Photographie.

Michel Goulet, Les leçons singulières, 1990, oeuvre d'art public, Montréal, Place Roy, photo Robert DEROME.

En réponse à la question de JojoThePerfect, le 26 septembre 2014. - « Vous êtres historien et vous avez comme intérêt la photographie. Est-ce que vous prenez des photos en rapport avec votre métier ? »

L'oeuvre d'art est d'abord connue en la voyant directement. Au fil des siècles, on a eu besoin de la reproduire, pour la faire connaître, l'étudier et la diffuser : par la copie, le dessin et la gravure. Puis, par la photographie, après son invention au XIXe siècle.

Les oeuvres d'art demeurent méconnues si elles ne sont pas photographiées. Sa photo est un outil indispensable pour l'historien de l'art. Elle permet de connaître l'oeuvre, d'en révéler certains aspects cachés. Mais aussi, peut-être, de l'interpréter, voire d'en fausser la lecture si la photo est mauvaise ou trop interprétative. Ce fut là l'objet d'un grand débat : la photographie est-elle un art en soi ou un simple médium de reproduction ? L'histoire de l'art se sert donc de la photo pour connaître les oeuvres d'art, mais elle étudie également la photographie en tant qu'oeuvre d'art.

Outre son aspect de production de l'oeuvre, certaines techniques photographiques permettent d'aller plus loin dans la connaissance scientifique des oeuvres d'art. Ces techniques sont utilisées dans la restauration des oeuvres d'art.

La photographie à la lumière ultraviolette permet de voir les repeints.

 

La photographie à l'infrarouge pénètre davantage la surface. Ici, elle montre que Paul Klee a peint cette oeuvre sur une page de périodique.

Informations tirées de : Robert E. Mates, Photographing Art, New York, Amphoto, 1966, p. 62-63.

 

Et les rayons X vont encore plus profondément...

William Berczy et William Dunlap, William McGillivray et sa famille (détail), 1806 avec repeints en 1820,
Huile sur toile, 122.4 x 92.4 cm, Musée McCord M18683.

Les repeints de Dunlap montrent McGillivray tenant un fusil dans sa main droite et, dans l'autre, un oiseau qu'il présente à son épouse et leur fille. La radiographie révèle la composition originale de Berczy où, de la main droite, McGillivray présente un panier de fruits à sa famille.

Informations tirées de : Derome, Robert, Paul Bourassa et Joanne Chagnon, Dulongpré, De plus près / A Closer Look, Catalogue d'exposition (Montréal, Musée McCord, du 2 novembre 1988 au 29 janvier 1989), Montréal, Musée McCord d'histoire canadienne, 1988, p. 12-15.

 

Et, au fil du temps, certaines oeuvres détruites, ou disparues, ne sont aujourd'hui connues que par la photographie...

Bouddha de Bâmiyân, VIe siècle, détruit par les Talibans en 2001.

 

De façon plus personnelle, j'ai pris mes premières photos en famille avec les caméras de ma mère. Lorsque je visitais l'Expo 67, je désirais un 35 mm réflex avec lentilles multiples, que j'ai obtenu peu de temps après.

Dès mon entrée à l'université, j'ai fait moult safaris photos pour croquer les oeuvres d'art de notre patrimoine québécois dans les églises, les couvents, les musées, les collections privées. La photo est alors devenue un outil de connaissance des oeuvres d'art, mais également un revenu pour financer mes études.

La photo m'a souvent fait faire des découvertes étonnantes, qu'une simple observation ou description de l'oeuvre n'aurait pas réussi à me donner. Cette banque d'images m'a permis, et me permet toujours, de publier en histoire de l'art sur des objets méconnus.

J'ai donc vécu la fulgurante évolution de la photo : développement et impression des négatifs noir et blanc en chambre noire ; diapositives pour l'enseignement ; photo numérique et traitement photoshop ; publications web.

Cette passion pour la photo des oeuvres d'art m'a également fait donner quelques cours en photographie des oeuvres d'art, dont les collaborations étudiantes côtient encore les miennes sur ce site web dédié à l'Art public à l'UQÀM. Je les mettais alors en garde que diverses photographies peuvent orienter la perception d'une même oeuvre (voir aussi la page Muséologie).

 

web Robert DEROME