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 La fascination de l'ange
à travers la sculpture québécoise.

© Danielle Lord, historienne de l'art et muséologue.


Introduction.

«  Dans un monde moderne trop souvent cloisonné, replié sur lui-même, où l'on déplore les méfaits de l'individualisme forcené, du matérialisme et de l'incommunicabilité, tout en scrutant le ciel dans l'espoir d'y rencontrer une vie extraterrestre, il est temps que l'homme reconnaisse que c'est en lui-même qu'il doit découvrir l'être céleste, sa personnalité secrète, vecteur de la connaissance la plus profonde.  »

FAURE, Philippe, Les anges, Paris, Fidès, Les Éditions du Cerf, 1988, p.123.

Fascinée par la thématique de l'ange et son iconographie à travers les siècles, j'ai abordé une première fois le sujet lors d'une exposition de sculpture ancienne au Musée d'art de Joliette : Les Anges. Regard sur le visible. Cette exposition m'a plongée en plein coeur du culte des anges et de la sculpture en Nouvelle-France et au Québec. Elle m'a permis de couvrir toutes les époques de la sculpture ancienne, des anges sculptés en bois par les Jacques Leblond dit Latour (1671-1715) et François-Noël Levasseur (1701-1794) jusqu'aux statuaires de plâtre des XIXe et XXe siècles, les Carli et les Petrucci.

Cette fascination pour tout ce qui entoure la thématique de l'ange, au sens large du terme : l'oiseau, l'envol, le vol, le messager, le porteur de bonnes nouvelles, se retrouve dans plusieurs disciplines artistiques ou autres. Les premiers aviateurs étaient obsédés par l'idée de voler. Les danseurs défient les lois de la gravité à chaque saut déployé. Wim Wenders, dans son film Les ailes du désir, nous propulse dans l'univers des anges versus celui de la nature humaine. Michel Serres, dans son magnifique livre La légende des anges, nous fait parcourir l'univers en une seule journée et nous amène au XXe siècle, à l'ère des communications où la technologie moderne (avion, Concorde, téléphone, télévision, télécopieur et maintenant Internet) nous bombarde de messages. Paul Auster, dans son livre Mr Vertigo, est préoccupé par la question de l'initiation, de la transmission d'un savoir et de l'apprentissage du vol chez l'homme.

L'art de tous les temps nous transmet une vision de ces créatures ailées appelées ANGES. Des anges aptères jusqu'aux anges à six ailes, nous retrouvons diverses iconographies reliées à de nombreuses thématiques de l'ange puisées dans la Bible et les Évangiles mais aussi reliées à l'imaginaire du génie créateur : l'Homme. L'histoire de l'art nous fournit des images extraordinaires de représentations angéliques, pour n'en nommer que quelques-unes : les fresques de Fra Angelico (1387-1455) au couvent Saint-Marc de Florence, Les trois archanges et Tobie, de Francesco Botticini (1446-1498) où nous trouvons réunis les trois archanges Gabriel, Michel et Raphaël, ce qui est excessivement rare, La chute des anges rebelles de Bruegel l'Ancien, vers1652 et le Christ et les anges, d'Édouard Manet, 1864. Pour faire référence à des artistes contemporains, signalons : Sans titre, 1982, de Keith Haring, L'Annonciation, 1990, de Komar et Melamid, Le poète, 1991, de Jean Prachinetti où l'être représenté, en l'occurrence le poète italien D'Annunzio, est en mutation ou métamorphose vers une condition que nous pourrions qualifier d'angélique ou de spirituelle.

Le thème de l'ange se retrouve aussi dans l'art en Nouvelle-France et au Québec. Il est relié au développement du culte des anges depuis les débuts de la colonisation. Une correspondance, entre Henri-Marie Boudon (1664-1702), archidiacre d'Évreux en France et l'abbé Charles De Glandelet, conservée aux archives du Musée de l'Amérique Française, nous informe sur le fait que des livres et des images pieuses étaient envoyés à Monseigneur de Laval et distribués dans les communautés religieuses. D'ailleurs, le livre de Henri-Marie Boudon, édité à Paris en 1695 et intitulé La solide dévotion à la très Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, inclut un chapitre sur les anges.

Ainsi, le culte des anges se développe rapidement en Nouvelle-France, voyant apparaître des églises dédiées à l'ange gardien et à saint Michel et des représentations d'anges dans la sculpture et la peinture. La collection des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal comprend plusieurs anges à thématiques variées et matériaux divers que nous analyserons en parallèle avec les anges des autres communautés religieuses et des autres musées. Nous aborderons aussi certains thèmes iconographiques absents de la collection des Hospitalières. Finalement, nous étudierons la question des statuaires de plâtre italiens immigrés au Québec, au siècle dernier.


Les anges sculptés dans la collection des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal, dans les collections des communautés religieuses et des musées.

La collection des Hospitalières de Saint-Joseph de l'Hôtel-Dieu de Montréal s'est formée autour du culte lié à Saint-Joseph et à la sainte Famille, et ce, dès sa fondation en 1634. Riche de peintures, de gravures, de sculptures et d'objets de dévotion, elle représente un patrimoine important pour l'histoire de cette communauté et pour le pays. Le corpus d'anges sculptés est récent et cela s'explique par les nombreux incendies qu'a subis cette institution au cours des siècles. Cela nous permet d'étudier un volet négligé dans la sculpture au Québec, la statuaire de plâtre.

La collection comprend de nombreuses statues de plâtre de dimensions variées : petits formats, demi-natures, natures et monumentales. Il serait intéressant de se pencher sur toute la collection de sculptures, car les Hospitalières en possèdent plusieurs représentants des Évangélistes et la sainte Famille, mais notre corpus est très précis « les anges sculptés » et nous nous en tiendrons à cette règle.

Au niveau iconographique, plusieurs types d'anges sont représentés, les anges nommés : saint Michel, (cat. 7-8), saint Gabriel (cat.9), saint Raphaël (cat.16-17) ainsi que des anges adorateurs (cat.13), des anges porte-candélabres (cat.4), des anges thuriféraires (cat.21), des anges bénitiers (cat.1) et des anges phylactères (cat.80) associés aux crèches de Noël. Ces anges sculptés faisaient partie du programme iconographique du maître-autel, du choeur et de la chapelle des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu. Une photographie, datée de 1904 et conservée dans les archives de la communauté, nous permet de constater que ces anges décoraient le maître-autel de la chapelle lors de cérémonies religieuses spéciales tels la Fête-Dieu, le saint Sacrement, etc. Nous pouvons affirmer que dès le tournant du siècle dernier la statuaire de plâtre occupe une place importante dans le programme iconographique de certaines églises ou chapelles de Montréal et que cette tendance a pris de l'ampleur au XXe siècle, et ce, jusqu'à ce que le Pape Jean XXIII, lors du deuxième concile oecuménique du Vatican (1962-1965) transforme la liturgie catholique, obligeant ainsi les fabriques à se départir des statues qui ornaient les églises.

La très grande majorité des anges, en plâtre moulé, appartenant au Musée des Hospitalières, provient des ateliers de la maison T. Carli qui avait pignon sur rue à Montréal de 1867 à 1923. La collection comprend plusieurs sculptures signées Petruci & Carli (1926-1972) dont un saint Joseph, un saint Stanislas et une Marguerite d'Youville et d'autres signées Cattelli qui était aussi un statuaire de plâtre réputé à Montréal. Nous reviendrons plus loin sur ces statuaires de plâtre venus d'Italie au XIXe siècle.

Un saint Michel en bois, anonyme, datant probablement de la fin du XVIIIe siècle ou du XIXe siècle (cat.8), se distingue des anges sculptés en plâtre de la collection des Hospitalières qui contient très peu d'oeuvres anciennes. Un seul ange sculpté est antérieur à 1900, comme nous l'avons signalé précédemment. Il est possible que plusieurs oeuvres aient péri dans les nombreux incendies qui ont eu lieu depuis la fondation des Hospitalières au XVIIe siècle, à Montréal.

La collection des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal se compare grandement à celle des Soeurs Grises de Montréal. Composée en grande partie d'anges en plâtre, nous retrouvons les mêmes thèmes iconographiques : saint Michel et saint Raphaël (ange gardien), des anges adorateurs, des anges thuriféraires (encensoirs) et des anges bénitiers qui proviennent des statuaires de Montréal. Quelques statues de la collection sont signées Petrucci & Carli. Ces anges moulés étant fabriqués en série, nous retrouvons des modèles identiques dans plusieurs églises de Montréal, dans les catalogues de ventes des différents fabricants et dans les catalogues de modèles venant de France et des États-Unis.

La Maison Saint-Gabriel située à Pointe Saint-Charles met en valeur ses bâtiments historiques et ses collections de mobilier artisanal des XVIIIe et XIXe siècles, d'ustensiles, d'art ancien et d'art religieux. Ce musée possède quelques anges en plâtre dont nous retrouvons les mêmes modèles dans différentes institutions. Nous retrouvons un Saint Michel terrassant Lucifer, signé P * P DEPOSE, en plâtre monochrome qui offre de grandes similitudes avec le modèle no 80 du catalogue de Benziger Brother conservé aux archives du Musée McCord d'histoire canadienne. Plusieurs statues de plâtre sont signées Petrucci & Carli dont une représente Jeanne LeBer. Le Musée des Ursulines de Trois-Rivières et le Musée des Ursulines de Québec possèdent plusieurs statues de plâtre signées Petrucci & Carli. Comme nous pouvons le constater, les statuaires de plâtre ont envahi le marché de la sculpture religieuse dès le début du XXe siècle. En revanche, le Musée des Ursulines de Québec possède dans ses collections de magnifiques anges en bois polychrome qui datent des XVIIe et XVIIIe siècles dont certains sont sculptés par les Levasseur.

Le Musée de l'Église Notre-Dame à Montréal conserve dans ses voûtes un Saint-Michel Archange (vers 1884) en bois décapé, de Louis-Philippe Hébert et un autre attribué à Olindo Gratton. L'Archevêché de Montréal conserve dans le sous-sol de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde de nombreuses sculptures d'anges en plâtre ou en pierre provenant des églises du diocèse de Montréal. Plusieurs modèles se retrouvent dans le catalogue de vente de chez Desmarais & Robitaille. Si vous faites une tournée des églises de Montréal, vous trouverez de nombreuses églises décorées de ces anges en plâtre qui témoignent de notre héritage patrimonial du début de XXe siècle et qui sont le reflet d'un contexte économique et social très particulier. En revanche, les fabriques qui ont suivi le renouveau liturgique des années soixante et qui ont dépouillé les églises de ces représentations ailées m'apparaissent bien dénudées.

Plusieurs musées du Québec collectionnent précieusement les anges sculptés en bois. Ces mêmes anges qui ont été exclus des églises, ont souvent été décapés durant les années cinquante et soixante suivant ainsi un courant qui « soi-disant » voulait retrouver l'essence même de ces sculptures. Mais en leur enlevant la riche polychromie qui les décorait, elles ont perdu une partie de leur dynamisme et de leur mouvement puisqu'elles avaient été conçues pour être peintes ou dorées. En revanche, il en existe quelques-unes qui ont gardé leur polychromie d'origine et d'autres que les restaurateurs découvrent sous d'épaisses couches de peinture monochrome. D'autre part, très peu pour ne pas dire aucun des musées d'art du Québec ne collectionne ces anges de plâtre qui ont orné nos églises au cours du XXe siècle. Il serait souhaitable que ces sculptures soient conservées dans nos musées, car elles reflètent un contexte socio-culturel important au Québec. John Porter parle en ces termes des sculptures de plâtre  :

« Non seulement l'oeuvre doit-elle être analysées pour sa forme, son équilibre et ses qualités esthétiques, mais encore faut-il l'étudier en fonction de son iconographie et du contexte socio-culturel dans lequel elle se situe. Même si elle n'était intéressante que sur le plan sociologique, elle mériterait de retenir notre attention. »

PORTER, John R., DÉSY, Léopold, L'Annonciation dans la sculpture au Québec suivi d'une étude sur Les statuaires et modeleurs Carli et Petrucci, Les Presses de l'Université de Laval, Québec, 1979, pp. 127-137.


Les thématiques non représentées dans la collection des Hospitalières.

La variété des thèmes iconographiques se rapportant aux anges sculptés dépasse largement la représentation des anges dans la collection des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal. Nous retrouvons, outre les thèmes déjà abordés précédemment, des anges céroféraires, des anges musiciens, des anges à phylactères et des anges de corbillard.

Les anges céroféraires, porteurs de cierges, sont l'équivalent des anges porte-candélabres ou porte-lumières que l'on retrouve au XXe siècle alors que les cierges ont été remplacés par des lumières. Ces anges, symbole de la lumière, se retrouvent de chaque côté du maître-autel et ils jouent le rôle des enfants de choeur. Très peu nombreux dans les collections au Québec, le Musée d'art de Joliette, possèdent deux paires d'anges céroféraires, en bois peint, agenouillés sur des nuages et tenant dans leurs mains des porte-cierges. Ces anges, de facture très sobre, sont anonymes et datent du XIXe siècle. Ce musée possède aussi un ange céroféraire en terre cuite glacée, exécuté par Giovanni Della Robbia, artiste italien du XIVe siècle. Ces terres cuites sculptées aux XIVe et XVe siècles sont aussi appelées majoliques (de l'Île Majorque). Cette sculpture, introduite au pays au XXe siècle, n'a pas de filiation directe avec des oeuvres exécutées au Québec mais elle est un témoignage d'un type d'ange populaire à cette époque, en Italie.

Les anges musiciens sont souvent représentés jouant de la lyre, de la harpe, du luth et du tambourin, symbole d'harmonie ou de la trompette, symbole du Jugement dernier. L'ange à la trompette est très populaire au Québec, il se retrouve sur l'abat-voix d'une chaire, à l'entrée des cimetières ou au-dessus du buffet d'orgue. Plusieurs musées conservent dans leur collection des anges à trompette. Chaque époque a généré ce type d'ange et il serait fastidieux de les nommer, compte tenu de leur nombre imposant. En revanche, le choeur de l'église Notre-Dame à Ottawa (1880-1887) dessiné par George Bouillon (1841-1932) nous dévoile un riche programme iconographique avec des sculptures exécutées par Louis-Philippe Hébert (1850-1917). Parmi ces sculptures se trouvent la hiérarchie des neuf choeurs des anges et une série d'anges musiciens des plus extraordinaires, alignés sur les retables latéraux, au-dessus des niches.

Les anges à phylactères portent des bandes de parchemins sur lesquelles sont inscrits des versets de la Bible ou du Nouveau Testament. Ils sont donc porteurs de messages. La collection du Musée des Hospitalières possède un ange à phylactère qui porte l'inscription « Gloria in Excelsis Deo »  ; cet ange est intimement lié à la crèche de Noël. Il existe au Musée d'art de Joliette des anges à phylactères volants attribués à Louis-Philippe Hébert qui proviennent du maître-autel de la chapelle du Sacré-Coeur de l'ancienne église Saint-Jacques à Montréal (vers 1885-1888). Ils portent les inscriptions suivantes  : « APPRENEZ DE MOI QUE JE SUIS DOUX ET HUMBLE » (Mathieu XI, 29) et « JE SUIS LA VOIE LA VÉRITÉ ET LA VIE » (Jean XIV, 6). Les anges à phylactères ou à bannières sont nombreux, le Musée du Québec et le Musée d'art de Saint-Laurent en conservent des semblables.

Les anges de corbillard avaient une place importante sur les corbillards hippomobiles, c'est-à-dire tirés par des chevaux. Cette pratique s'est popularisée au Québec, vers 1860. Parfois porteur de couronne, parfois jouant de la trompette ou tenant une croix, ils sont des intermédiaires entre le ciel et la terre, mais surtout ils sont porteurs d'une promesse de vie éternelle. Plusieurs musées au Québec collectionnent des anges de corbillard, entre autre, le Musée du Québec et le Musée d'art de Saint-Laurent. Ces anges, de facture très souvent naïve, sont exécutés par des artistes ou des artisans associés aux fabricants de corbillards, ainsi ils sont très variés et très intéressants à étudier. Beaucoup de recherches restent à faire dans ce sens. La croyance populaire veut que les anges de corbillard peints en blanc soient réservés aux corbillards pour enfants alors que ceux peints en noir soient réservés aux corbillards pour adultes, mais nous avons constaté que cette croyance s'avérait fausse puisque certaines restaurations ont permis de découvrir, sur ces anges, une riche polychromie et parfois même des traces de dorure.


Les statuaires de plâtre.

Dès le début du XIXe siècle arrive au Québec de nombreux immigrants italiens délaissant leur pays après des crises politiques internes, pour venir s'établir à Montréal. C'est vers le milieu du siècle dernier que des statuaires, sculpteurs et ornemanistes commencent à s'imposer à Montréal puisqu'ils apportent avec eux leur tradition et leur savoir-faire. Ils travaillent le marbre, le stuc, la pierre et le plâtre.

Ces statuaires venus d'Italie font rapidement connaissance et travaillent très souvent en association. Une des premières associations importantes est celles de George-Gaetano Beccerini et de Pasquale Filippi, pour former la maison G. Baccerini et compagnie en 1862. Cette association est la première d'une longue série d'associations entre différentes familles et différents membres d'une même famille (VIGNOLA, Luce, Essai de définition  : les sculpteurs, statuaires et ornemanistes italiens à Montréal de 1862 à 1880, Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal, septembre 1996, 187 p.). Pour n'en nommer que quelques-unes, citons les Cattelli, les Carli, les Petrucci, les Mariotti ou des individus comme Longtin, Gianotti, Alluisi, Giovanetti, Caffaratti, Realli, Rigali et Molinelli. Certains s'installent à Québec tels que Angelo Barsetti, Luigi Bastiani, etc. Les deux plus importantes familles de statuaires montréalais sont le Carli et les Petrucci. John Porter et Léopold Désy font, pour ainsi dire, l'arbre généalogique de ces deux familles et de leurs associations (PORTER, John R., DÉSY, Léopold, L'Annonciation dans la sculpture au Québec suivi d'une étude sur Les statuaires et modeleurs Carli et Petrucci, Les Presses de l'Université de Laval, Québec, 1979, p. 127-137).

La collection du Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal comprend de nombreux anges signés T. Carli. Thomas Carli est né en 1838, à Coreglia Antelminelli, en Toscane. Il passe par les États-Unis avant de s'établir définitivement à Montréal en 1858 où il travaille d'abord chez le statuaire Baccerini (1825-1895) avant de s'associer avec le statuaire Carlo Cattelli (1817-1906) en 1867 pour former la maison T. Carli (1867-1923). Il eut plusieurs fils dont Alexandre Carli (1861-1937) qui prit la relève de Thomas Carli à la mort de ce dernier, en 1909.

Alexandre Carli est le seul des quatre fils de Thomas Carli à faire carrière comme sculpteur indépendant. Il étudie la sculpture à l'École des arts et métiers de Montréal à partir de 1878  ; il débute au Salon de l'Art Association of Montreal en 1891. À partir de 1898, il enseigne au Conseil des arts et manufactures et ce, jusqu'au début de la Première Guerre mondiale, en 1914.

La maison T. Carli s'unit à la maison Petrucci et Frères (1910-1923) de Montréal en 1923 pour devenir la maison T. Carli-Petrucci (1923-1965). Cette dernière domina le monde de la statuaire religieuse pendant de nombreuses années au Québec. En 1926, deux membres de la maison T. Carli-Petrucci s'associèrent pour fonder la maison Petrucci et Carli (1825-1972).

La consultation des catalogues de ventes de ces maisons nous renseigne énormément sur les variétés de sculptures, sur les modèles, les prix, les dimensions et les matériaux en vigueur à certaines époques. Ces catalogues étaient disponibles en français et en anglais et la livraison se faisait par train à travers le Canada et les États-Unis, c'est donc dire que leur territoire de vente était très vaste. Nous pouvons constater que les ailes amovibles et les candélabres se vendaient séparément de la structure principale de l'ange permettant à l'acheteur quelques variantes. De plus, les clients pouvaient commander les couleurs de leur choix et différents styles de décorations : 1/4 riche, 1/2 riche, riche, très riche et extra riche  ; le visage, les mains et les pieds sont toujours de la même couleur, seule varie la décoration de la tunique et de la mante.

La maison Demarais & Robitaille, Limitée, fondée en 1909, fabriquait et vendait des statues de plâtre. Après consultation des archives du magasin, toujours situé rue Notre-Dame à Montréal, nous constatons qu'elle était aussi dépositaire des statues de chez T. Carli, et ce, en 1910. Leurs catalogues de vente contiennent une foule d'informations très pertinentes, nous permettant de voir la variété des modèles qui étaient disponibles chez ce marchand et les matériaux qu'ils utilisaient. Dans ce catalogue de 1926, nous pouvons lire « STATUES RELIGIEUSES. En composition de plâtre, bien décorées, blanc, crème et or ou autres couleurs aux choix » et dans le catalogue de 1932, nous lisons « En composition plastiques... ». La maison Desmarais & Robitaille a entrepris cette année de classer et d'identifier ses archives. Il sera donc possible, très prochainement, de faire des recherches fort intéressantes concernant les rapports qu'elle entretenait avec les statuaires de plâtre et les artistes à qui elle commandait des modèles (exemple : Sylvia Daoust).


Conclusion.

Cette exposition sur les anges dans la collection du Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal nous permet de poursuivre des recherches sur notre patrimoine culturel québécois. C'est une collection riche aux niveaux artistique et historique. Les anges sculptés dans l'art au Québec m'ont toujours menée vers des chemins inexplorés ou à approfondir. Cette exposition ouvre des portes sur un champ très peu exploré : la statuaire de plâtre au Québec. Le matériel de recherche est là, il suffit d'y accorder l'attention nécessaire pour découvrir de nouvelles avenues.


Édition html par Robert Derome, 6 février 1998.

Page créée le 6 février 1998.

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