Cuiller à servir d'Ignace-François Delezenne aux armes de la famille Baby.

Les cuillers à servir sous le Régime anglais (1759-1839).


RÉGIME ANGLAIS

Territoires et contexte historique.

Pour bien comprendre l'histoire de l'orfèvrerie sous le Régime anglais (1759-1839), il est essentiel d'évoquer l'évolution du territoire durant cette période troublée par les guerres et révolutions. Avant la conquête de Québec en 1759, puis celle de Montréal en 1760, la Nouvelle-France couvrait un grande partie de l'Amérique du Nord, à l'ouest de la Nouvelle-Angleterre, jusqu'à la Nouvelle-Orléans via le Missouri et le Mississippi. Le Royaume-Uni y contrôle désormais la « Province de Québec », la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve, ainsi que les colonies américaines, tel que confirmé par le Traité de Paris en 1763. Au temps des guerres révolutionnaires américaines où plusieurs loyalistes émigrent vers les territoires fidèles à la couronne britannique, l'Acte de Québec de 1774 s'élargit aux territoires amérindiens où se pratique la traite des fourrures dans les Pays d'en haut, soit au-delà des Rapides de Lachine incluant les Grands Lacs jusqu'à Saint-Louis (Missouri).

Images: Jacques Leclerc, collaborateur à la CEFAN, L'aménagement linguistique dans le monde.

Le Traité de Versailles, en 1783, met fin à la Guerre d'Indépendance Américaine par la cession d'une partie des territoires du Québec qui, à son tour, est divisé en Bas et Haut Canada par l'Acte Constitutionnel de 1791. La guerre de 1812 ne modifie pas ces frontières qui demeurent telles quelles jusqu'en 1840 lors de la création du Canada-Uni en réponse aux Rébellions de 1837-1838.

 


RÉGIME ANGLAIS

Le changement de régime et les orfèvres.


Statistiques : cuillers à servir, population, orfèvres et ateliers.

Sources : archives RD pour les cuillers et les orfèvres ; web ou pdf pour la population.

On conserve trois fois plus de cuillers à servir de la période du Régime anglais (1759-1839) où la population a été décuplée dans la Province de Québec (1759-1791) et au Bas-Canada (1791-1840) par rapport à celle de la fin du Régime français. On n'arrive pas à dater certaines cuillers à servir qui peuvent autant être d'une période ou de l'autre, ce qui en dit long sur la persistance des formes et styles. D'autres proviennent de l'étranger, mais n'ont pas nécessairement été importées à l'époque de leur fabrication. Le marché de l'orfèvrerie a été fortement structuré par les nouvelles influences de l'Empire britannique, mais tout en conservant des liens avec la France (Derome 1994.11 ou pdf). La quantité totale d'orfèvres actifs a été multipliée par 4,6 sous le Régime anglais par rapport à celle de la Nouvelle-France, alors que le ratio d'orfèvres actifs par année a été multiplié par 5,37.

La ventilation par décennies des orfèvres actifs sous le Régime anglais est révélatrice. En prenant référence sur la décennie de 1760-1769, la quantité d'orfèvres augmente légèrement dans la suivante (1770-1779), double (1780-1789), triple (1790-1819), puis régresse (1820-1839). En calculant chaque décennie par rapport à la précédente, celle de 1780-1789 a connu la plus forte croissance (+32 orfèvres soit 174%), tendance diminuant graduellement par la suite jusqu'à devenir négative. Ces statistiques corroborent la ruée vers l'orfèvrerie de traite caractéristique du prépondérant marché montréalais des fourrures pour la période allant de l'Acte de Québec (1774) jusque dans les années 1810 alors que la Compagnie du Nord-Ouest se heurte à la puissante Compagnie de la Baie d'Hudson pour être finalement absobée par elle. Ce déclin provient également de l'expansion des territoires des États-Unis diminuant d'autant ceux auparavant accessibles aux québécois. La carrière de Dominique Rousseau (1755-1825) est tout à fait représentative de cette période : débutée comme orfèvre, vers 1776, il la termine en grand bourgeois du commerce de la traite des fourrures (Derome 1987g ou web).

Les ateliers comptant le plus de personnel sont ceux où se pratique non seulement l'orfèvrerie civile et religieuse, mais également celle pour la traite. Delezenne est le premier à le faire, sous le Régime français, avec Louis-Alexandre Picard (Derome 1980c) qui poursuit cette activité sous le Régime anglais en utilisant des outils spécialisés. Ayant appris le métier sur le tas, Joseph Schindler (Derome 1980d et Derome 1983c) va même s'installer brièvement à Michillimakinac sur les lieux de traite, tout comme d'autres orfèvres à Détroit. Formé au métier en Angleterre, Robert Cruickshank révolutionne la stylistique de cet art, mais le perruquier Pierre Huguet lui fait concurrence. Les carrières de Dominique Rousseau (Derome 1987g) et Narsise Roy (Derome 1983f) dépendent de la traite, mais les grands orfèvres de Québec, tels François Ranvoyé et Laurent Amiot, ne s'orienteront pas vers cette production proto-industrielle et n'auront besoin que de peu d'apprentis ou d'engagés.

La commercialisation de l'orfèvrerie par les grands ateliers de fabrication, provenant surtout de l'Empire britannique, provoque le déclin du travail artisanal traditionnel à la fin de cette période : les orfèvres deviennent de plus en plus des ouvriers salariés ou des marchands écoulant des produits fabriqués en usines. Une autre révolution fait suite à l'invention de la galvanoplastie, puis de l'argenture électrochimique ou électrolytique, en Allemagne avec Siemens, qui vend son procédé à Elkington (1841) en Angleterre ; en France, le brevet Ruolz (1841) est acquis par Christofle (1842) de même que celui d'Elkington, ce qui industrialise désormais la pratique de l'orfèvrerie jusqu'en Russie avec la fabrique de Jacobi (1844) (Arminjon 1998, p. 109 note 2 et 287 note 1).


Delezenne et ses cuillers à servir.

Nous avons déjà étudié Les cuillers à servir de Delezenne produites en Nouvelle-France sous le Régime français. La carrière de Charles François Delique, également initiée sous le Régime français, a été poursuivie sous le Régime anglais, mais son poinçon ne permet pas de discerner sous quelle période ses objets ont été fabriqués. Ce qui n'est pas le cas de Delezenne qui, avec le changement de régime, a laissé tomber son ancien poinçon d'influence française pour en adopter un autre selon les nouveaux modèles britanniques.

Delezenne, Ignace-François, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1764-1790, Argent, 34,2 cm,
DZ (1), ME une croix sur M, QS 4-338-Ag38, QMC 95-698, Photo IOA recto.

Delezenne, Ignace-François, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1764-1790, Argent, 33,1 cm,
DZ (1), ME une croix sur M, QS 4-338-Ag37, QMC 1991.1055, Photo IOA recto.

Trois cuillers à servir portent le poinçon DZ et dateraient donc de la dernière période de sa carrière allant de 1764 à 1790. Leurs longueurs avoisinent celle de Gérard Morisset produite sous le Régime français. Les deux du QMC, provenant de QS, présentent un style similaire à celle de Gérard Morisset, dans un style franc et robuste.

Delezenne, Ignace-François, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1764-1790, Argent, 27,2 cm,
DZ (1), AP HOPITALLE, QMA A-24, Photo RD QHD:3:25-28 recto verso poinçon chiffre.

On notera l'élégance raffinée, malgré son cuilleron très usé, de la cuiller à servir de QMA contrairement à la rusticité de celle du MMMAQ. Ses larges doubles gouttes sont similaires à celles de Gérard Morisset. Son manche très fin, sans épaule pour sa spatule, dénote un style plus britannique que français telle que la cuiller à servir de Michael Keating conservée à QMA, ce qui corrobore, stylistiquement, sa fabrication sous le Régime anglais.

Keating, Michael, Cuiller à servir, (Dublin) 1787-1787, Argent, 31,2 cm, QMA, Photo RD QHD:6:12-15 et 16-17. (Jackson 1964, p. 613 et 616.)


Jacques Varin dit Lapitole.

Varin dit Lapistole, Jacques, Cuillère à servir (3), (Régime anglais) 1762-1791, Argent, 31,8 x 4,80 cm, Montréal Maison Mère d'Youville 1993.G.134.1-3, Photo non disponible.

Jacques Varin dit Lapitole, né en 1736, a certainement appris l'orfèvrerie avec son beau-frère Jean Joram Chappuis dit Comtois qui avait été présent au mariage de Delezenne, en 1748 à Montréal, ville où il exerce son activité de 1762 à 1791 (Derome 1980e) ; trois cuillers à servir portent son poinçon.


Jean-Nicolas Amiot apprenti de Joseph Schindler.

Amiot, Jean-Nicolas, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) 1767-1821, Argent, 41,9 x 7,7 cm, QMNBAQ 1954.252, Photo recto.

Amiot, Jean-Nicolas, Cuillère de service, (Régime anglais) 1767-1821, Argent, 34,8 x 6,4 x 4,1 cm,
Herbert T. Schwartz 1960.09.14, Birks, OMBAC 26390, Photo RD B81:29:31-33.

Jean-Nicolas Amiot (1750-1821), né sous le Régime français, effectue son apprentissage (1767-1771) sous le Régime anglais avec Joseph Schindler (actif 1763-1792) d'origine suisse (Karel 1992, p. 9-10, Derome 1980d). Tout comme celles de Delezenne à cette période, ses cuillers à servir utilisent des éléments des deux périodes en les fusionnant dans un style transitionnel.


Joseph Lucas plutôt que John Lumsden !

Lumsden, John, ou Joseph Lucas, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) Lumsden 1793-1802 ou Lucas 1771-1791, Argent, 35,9 x 6,8 x 4,1 cm, IL (carré 1), lion passant (carré 1), Chiffre D (revers du manche), MEND?, Baron 1952.07.04, Birks, OMBAC 27155, Photo RD B81:38:0-2.

Le poinçon ci-dessus a été attribué à John Lumsden qui fut un marchand actif une dizaine d'années (1793-1802) et qui écoulait donc des produits fabriqués par d'autres orfèvres. Les mêmes initiales sont partagées par l'orfèvre Joseph Lucas qui fut actif deux fois plus longtemps (1771-1791). La facture plus artisanale et au style archaïque plus traditionnelde cette cuiller (cuilleron arrondi, goutte et épaule au manche) permettrait de pencher plutôt vers Lucas, qui fut lié à Schindler et Louis Huguet, donc probablement aussi à Pierre Huguet dont il partage la formé rectangulaire du poinçon ainsi que l'utilisation d'imitation de poinçons britanniques.


Ranvoyzé et ses cuillers à servir.

Ranvoyzé, François, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1771-1819, Argent, 43,3 x 7,1 x 5,2 cm,
Une couronne FIR (ou U.R.), LOMBARD (presque effacé) SBR (ovale),
Birks, OMBAC 27863, Photo RD B82Hamilton:2:27-32.

EN HAUT — Ranvoyzé, François, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1771-1819, Argent, 38 cm,
FR (carré), HD CRP 1781 RQDS, QMA, Photo RD QHD:3:6-13.

EN BAS — Ranvoyzé, François, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1771-1819, Argent, 40 cm,
FILR dans un cartouche-listel (3), AP HDK, QMA, Photo IOA B-8, RD QHD:3:6-13.

Plusieurs cuillers à servir (dont trois illustrées ci-dessus)
du plus grand orfèvre du Régime anglais
ont déjà été étudiées en détail dans la section
Les cuillers à servir de Ranvoyzé et leurs liens avec celles de Delezenne.

 


RÉGIME ANGLAIS

L'écossais Cruickshank, maître orfèvre londonnien, et la traite de fourrures.

Cruickshank, Robert, Cuillère à servir ou cuillère à ragoût (2), (Régime anglais) 1774-1807, Argent, 29,3 x 4,9 x 2,9 cm, Cygne gauche dans un ovale, R un point C dans un cartouche irrégulier, Montréal dans un rectangle arrondi, Birks C608, OMBAC 24323.1-2, Photo MMBAM 4/82 MAA Neg. 8510 recto poinçon.

Robert Cruickshank est né vers 1745, fils du « Rev. George Cruickshank of Aberbrothock in the Shire of Forfar in North Britain ». Il effectue son apprentissage chez l'orfèvre londonnien Alexander Johnston du 4 avril 1759 au 9 avril 1766, ville où il travaille jusqu'en 1772. Il est actif à Montréal de 1774 à 1807 qu'il quitte pour un voyage en Angleterre où il décède en 1809 alors qu'il s'apprêtait à revenir. Son atelier est l'un des plus important à cette époque, ayant formé et engagé de nombreux orfèvres. Les clans écossais de Montréal avaient investi le commerce de la fourrure ; il est donc normal qu'ils aient choisi l'un des leurs pour fabriquer quantité d'orfèvrie de traite. Son orfèvrerie civile a marqué cette période. Malgré sa langue, ses origines et confession, il a également oeuvré pour l'église catholique (pour plus de détails voir Derome 1996).

Robert Cruickshank, Service à thé au chiffre de la famille Chartier de Lotbinière, vers 1790-1795,
Argent et bois, Acheté en 1997, OMBAC 38441.1-4.

 


Michael Arnoldi.

Arnoldi, Michael, Cuillère à servir, (Régime anglais) 1784-1807, Argent, 28,9 x 5 cm, QMNBAQ 1960.101, Photo recto.

Cette cuiller à servir s'orne de motifs décoratifs typiques de l'orfèvre de traite, largement produite par Cruickshank & Arnoldi.

Michael Arnoldi (1763-1807) semble avoir fait son apprentissage d’orfèvre chez Robert Cruickshank, à Montréal, puisqu’il était déjà en affaires avec celui-ci dès l’âge de 21 ans. En effet, le 14 octobre 1784, une annonce parue dans la Gazette de Québec avertit créanciers et débiteurs que la société Cruickshank and Arnoldi sera dissoute le 1er novembre suivant, Cruickshank étant « duement autorisé » à percevoir les comptes et à rembourser les dettes.

Malgré l’annonce parue en 1784, Arnoldi a été associé à Cruickshank jusqu’au 17 février 1789, date à laquelle ce dernier rachète toutes les « marchandises et effets » ainsi que tous les comptes de la maison Cruickshank and Arnoldi pour la somme globale de £150.

Le poinçon d’Arnoldi et celui de son frère Peter offrent une similitude frappante : les initiales MA ou PA sont inscrites dans un rectangle au coin supérieur droit tronqué. Quant au poinçon CA, plusieurs auteurs l’ont attribué à Charles Arnoldi, frère des deux précédents. Cependant, tous les documents d’archives mis à jour présentent celui-ci comme horloger, et on peut penser que ce poinçon pourrait être celui de la maison Cruickshank & Arnoldi, puisque sa forme et son graphisme ressemblent à s’y méprendre au poinçon de Cruickshank, principal partenaire de cette association. Au cours de ses quelque cinq années d’activité, cette société fut en mesure de produire les nombreux objets d’orfèvrerie de traite et les autres pièces d’orfèvrerie marqués du poinçon CA (Derome 1983a et Derome 1996).

Robert Cruickshank, Cruickshank & Arnoldi, PC, PIV, TG/SG et autres orfèvres, Broches et couettes, 1780-1880, Argent, Ancienne collection Joseph W. Keppler (1872-1956), acquis par George Heye en 1910, National Museum of American Indian 2/9711 (web ou pdf).

 


Jean-Henri Lerche.

Lerche, Jean-Henri, Cuillère à servir, (Régime anglais) 1788-1801, Argent, 31,7 x 5,4 cm, QMNBAQ 1953.58, Photo recto.

Lerche, Jean-Henri, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) 1788-1801, Argent, 30,2 x 5,2 cm, QMNBAQ 1960.392, Photo recto.

Lerche, Jean-Henri, Cuillères à ragoût (3), (Régime anglais) 1788-1801, Argent, 31,2 x 5,4 x 3,5 cm,
JHL (2) MONTREAL (rectangle 1), AM superposés (sulpiciens), Baron, Birks, OMBAC 27179.1-2-3, Photo RD B81:39:4-7.

Le poinçon de Jean-Henri Lerche imite celui de Robert Cruickshank par son cartouche polylobé et ses initiales cursives.


Frederick Delisle.

Delisle, Frederick, Cuillère de service, (Régime anglais) 1802-1816, Argent, 29,8 x 5 x 3,3 cm,
Chiffre Saint-Ours, Birks, OMBAC 25124, Photo non disponible.

Frederick Delisle a été apprenti de Cruickshank en 1795 (Derome 1983b, Karel 1992 p. 225).

 


RÉGIME ANGLAIS

Le perruquier Huguet et les orfèvres montréalais.

Huguet dit Latour, Pierre I et II, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) 1781-1828, Argent, 29,8 x 5,7 cm, QMNBAQ 1967.127, Photo recto.

Après Ignace-François Delezenne et Robert Cruickshank, Pierre Huguet dit Latour est l’un des plus importants orfèvres montréalais de cette époque.  Né à Québec en 1749, il se marie à Montréal en 1770 alors qu’il exerce le métier de perruquier.  Son frère Louis, né à Québec en 1754 et qui a appris le métier d’orfèvre avec Joseph Schindler, s’installe aussi à Montréal où il se marie en 1776 et fréquente l’orfèvre Dominique Rousseau qui s’occupe d’orfèvrerie pour la traite des fourrures.  En 1778, les affaires du perruquier prospèrent :  il achète une maison de pierre rue Notre-Dame où il établit son atelier.

Robert Cruickshank, Pierre Huguet dit Latour, Pierre Jean Desnoyers et autres orfèvres, Broches ou couettes d'orfèvrerie de traite, vers 1780-1820, Argent, Excavées en 1900 près de Cross Village (Emmet County Michigan), ancienne collection de Walter C. Wyman (vers 1851-1927) collectionneur et antiquaire de Chicago, acquises par George Heye en 1907, National Museum of the American Indian 1/2134 (web ou pdf).

C'est le lucratif marché de l'orfèvrerie de traite qui amène le perruquier à devenir orfèvre. Les objets porduits par millieurs à partir de feuilles d'argent laminées, largement ajourés et décorés sommairement, sont très faciles à reproduire, d'où les innombrables faux ayant envahi le marché ainsi que les musées. Un catalogue d'exposition du Musée National de l'Homme, à saveur plus politique que scientifique, en a même publié plusieurs sans vergogne (Fredrickson 1980). Voilà pourquoi il vaut mieux se tourner vers des sources sûres, par exemple ces couettes de divers orfèvres trouvées lors de fouilles archéologiques. L'atelier d'Huguet en intégra même les formes et motifs jusque dans son orfèvrerie religieuse, tel le décor de la cheminée de l'ostensoir de Saint-Marc sur Richelieu.

Pierre Huguet dit Latour, Encensoir (et détail de la cheminée), Argent, 25 cm,
P un point H rectangle (2), Fabrique de Saint-Marc sur Richelieu, Photo RD.

En 1781, le perruquier se fait bourgeois en engageant et logeant les deux orfèvres Simon Beaugrand et François Larsonneur (formé à Québec par Joseph Lucas, un ancien apprenti de Joseph Schindler) : ils doivent fabriquer de grandes quantités de boucles d’oreilles, soit 9 600 paires en un an pour le seul Larsonneur !  À compter de 1785, Huguet se décrit désormais comme orfèvre lorsqu’il engage un apprenti, Michel Létourneau.  Il capitalise en achetant des terres dans le faubourg Saint-Antoine.  Son fils Pierre, âgé de 17 ans lors du décès de sa mère en 1788, travaille à l’atelier équipé d'un riche outillage et présentant un assortiment d’orfèvrerie civile (écuelles, pots, gobelets, pinces à sucre, diverses cuillers, fourchettes et louches), de l’orfèvrerie de traite (pendants d’oreilles, épinglettes, bracelets, croix, broches) et de l’argent en lingot.  L’ameublement privé révèle un style de vie raffiné. La même année, un document inédit (Archives RD, 24 novembre 1788) révèle une guerre commeciale à l'égard du perruquier-orfèvre menée par les apprentis et ouvriers de Robert Cruickshank (Nathan Starnes, John Oakes, Charles Duval) accompagnés de quelques autres personnes (Robert Allen, George Schindler et son frère. Plus de détails dans Derome 1996, p. 45-46).

Les affaires de Huguet prennent de l’expansion car il engage plusieurs apprentis :  Augustin Lagrave en 1791, Faustin Gigon en 1795, François Blache en 1797, Salomon Marion en 1798, Joseph Tison en 1801, Paul Morand en 1802 et Alexandre Fraser en 1810.  Il répare de l’orfèvrerie religieuse pour l’église Notre-Dame en 1795, année où il ajoute un second étage à sa maison derrière laquelle loge son atelier.  De 1797 à 1801, la Compagnie du Nord-Ouest dépense £4 184 en ornements d’argent pour la traite, dont £3 068 versés à Huguet.  Les frères James et Andrew McGill comptent aussi parmi ses clients.  En 1802, l’inventaire après le décès de sa seconde épouse montre un net accroissement de son capital et de ses affaires.  Ses outils valent deux fois et demie l’évaluation faite en 1788, et leur nombre est passé de 152 à 188.  En 1803, il construit un nouveau bâtiment de deux étages derrière sa maison pour y loger son atelier et ses ouvriers, ce qui lui permet d’entreprendre la fabrication d’orfèvrerie religieuse.

Pierre Huguet dit Latour, Bénitier, Argent, 18,5 cm, P un point H rectangle (3), MONTREAL rectanle (1), Fabrique du Sault-au-Récollet, Photo RD.

Pierre Huguet dit Latour, Instrument de paix, Argent, 10,5 x 7,7 cm, P un point H rectangle (2), Fabrique Saint-Michel de Vaudreuil, Photo RD.

En 1810, Huguet conclut une contrat d’exclusivité avec son ancien apprenti, Salomon Marion, pour la fabrication d’orfèvrerie religieuse.  Il domine alors le marché montréalais.  Ni Marion ni Morand, ses deux apprentis les plus talentueux, ne sont en mesure d’établir une clientèle avant la mort du maître en 1817.  Par son testament de 1812, Huguet avait légué à son fils Pierre tous les outils et biens meubles de son atelier, de même que l’usage de la maison et des bâtiments de la rue Notre-Dame, en reconnaissance des services rendus depuis 24 ans.  À cette époque, il se retire dans sa propriété du faubourg Saint-Antoine et décède en juin 1817, retraite dorée assurée tant par son commerce d’orfèvrerie, ses spéculations foncières que ses nombreuses relations d’affaires parmi les bourgeois montréalais.

Son poinçon était apposé sur tous les objets fabriqués par les apprentis, compagnons ou orfèvres engagés.  La production de son atelier peut donc se qualifier de proto-industrielle.  Parfois on peut reconnaître la main de Marion ou de Morand, mais on ne peut départager la production du père de celle du fils, à moins que l’œuvre ne soit datée de la période suivant la mort du père jusqu’au décès du fils en 1828.  L'éclectisme et la spontanéité de la production de cet atelier doivent beaucoup à la stylistique de l’orfèvrerie de traite (Massicotte 1940.09, Morisset 1950.07.02, Derome 1980a, Derome 1983d, Derome 1992a, Derome 1993, Derome 1994.11).

Pierre Huguet dit Latour, Encensoir, Argent, 25 cm, P un point H rectangle (2), Fabrique de Saint-Marc sur Richelieu, Photo RD.

 


Salomon Marion.

Marion, Salomon, Cuillère de service, (Régime anglais) 1803-1830, Argent, 31,4 x 5,9 x 3 cm, Birks, OMBAC 27814, Photo non disponible.

Salomon Marion (1782-1830 voir Derome 1987e) devient apprenti de Pierre Huguet en 1798. Il côtoie, dans cet important atelier, les orfèvres Faustin Gigeon, François Blache et Paul Morand. Son contrat expire en février 1803, le jour de son vingt et unième anniversaire. En octobre 1804, il se dit maître orfèvre lorsqu’il loue une maison rue du Saint-Sacrement à Montréal. En mai, il s’était engagé pour un an envers le négociant Dominique Rousseau ; il travaille à sa profession et recueille la moitié des profits nets, tandis que Rousseau doit fournir « l’ouvrage d’orfèvrerie suffisamment pour l’Employer », de même que la boutique et les outils. Connaissant l’intérêt de Rousseau dans le commerce des fourrures, on peut supposer que les objets fabriqués sous ce contrat étaient principalement des pièces d’orfèvrerie de traite.

Le statut de Marion évolue sensiblement comme l’indique un marché fort différent conclu en juin 1810 avec son ancien maître. Il a la permission de travailler chez lui, mais seulement pour « les chaines de lampe, d’encensoir et porte chaine » ; par contre, pour les fins de ce marché, il utilise l’atelier de Huguet qui s’engage à fournir « l’argent, le charbon et les outils ». Les ouvriers nécessaires sont à la charge de Marion, qui doit en outre travailler « au moins quatre jours régulièrement par chaque semaine ». C’est en ces termes qu’il s’engage pendant une année, à fabriquer, pour une somme totale de 2 568#, au moins 27 pièces majeures d’orfèvrerie religieuse, dont certaines avec une décoration fort élaborée. Avant même la signature de ce contrat, Marion avait livré à Huguet quelques objets du même type. C’est probablement la raison pour laquelle ce document détaille de façon aussi précise toutes les étapes et techniques de fabrication, les prix ainsi que les conditions de travail. Une clause d’exclusivité démontre clairement l’emprise de Huguet sur Marion qui « ne pourra faire chez lui, ni y faire faire ni ailleurs aucun ouvrage en argent pour les Églises, pour aucune autre personne quelconque ». On comprend dès lors pourquoi plusieurs objets qui portent le poinçon PH ressemblent à s’y méprendre à ceux de Marion !

En 1813, Marion devient le parrain du fils aîné de l’orfèvre William Delisle, vraisemblablement à la suite de quelques années d’amitié sinon de relations professionnelles. En 1816, il fait paraître une annonce dans le Spectateur canadien pour informer « ses Amis et le Public qu’il se propose d’exercer sa profession d’ORFÈVRE sur un plan plus étendu que ci-devant, c’est-à-dire dans toutes ses branches ». Aux pièces d’orfèvrerie religieuse qu’il fabriquait déjà, il ajoute « Des meubles de Tables dans le dernier gout, Bijouteries, dorures, Gravures, et une infinité d’autres articles ». Cette publicité marque sans contredit l’émancipation professionnelle de Marion. Peut-on alors penser qu’il employait l’horloger Hugh McQuarters, établi dans sa maison en 1815 ? Quoi qu’il en soit, son carnet de commandes est suffisant pour lui permettre d’engager un apprenti en 1817, Hilaire Seguin, âgé de 12 ans, qui l’assistera jusqu’à sa majorité. À compter de 1818, les fabriques deviennent ses clients habituels. Vers cette époque, il exécute pour l’église de Verchères la statue de la Vierge Marie, conservée au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa. Unique figure en ronde-bosse d'un ancien orfèvre du Québec, sa virtuosité et ses qualités esthétiques en font indiscutablement un chef-d’œuvre de notre tradition artistique (Trudel 1975).

Salomon Marion, Vierge Marie, vers 1818, Argent, 50,5 cm, piédestal 16,5 cm, OMBAC 9669, Photo RD.

En octobre 1817, Marion avait épousé une veuve, Sophie Lafrenière ; les orfèvres Joseph Normandeau et Paul Morand assistaient à la cérémonie. En 1819, il assiste à son tour au mariage de l’orfèvre Joseph Auclair, son beau-frère ; l’orfèvre Nathan Starns y est également présent. La même année, il est constitué procureur de François Loran, « chef dans le Département Sauvage, résidant à St-François », centre actif de production et d’échange d’orfèvrerie de traite. En 1822, il prend un nouvel apprenti, Jean-Baptiste Guimont, âgé de 14 ans. Un dernier apprenti est engagé en 1826 pour un terme de quatre ans : André-Zéphirin Grothé, fils de l’orfèvre Christian Grothé. Son talent est désormais consacré par les journaux.

« Nous conseillons à ceux qui s’intéressent au progrès des arts dans ce pays, et surtout au succès de leurs compatriotes en ce genre, d’entrer chez Mr. MARION, orfèvre de cette ville. Ils y verront un morceau d’ouvrage de sa façon qui mérite l’attention des connaisseurs, et qui ne peut manquer d’être admiré par toutes les personnes de goût. C’est une lampe d’église en argent. Des guirlandes de feuillages, de fleurs et fruits en relief en font l’ornement. Des têtes d’anges avec leurs ailes masquent les premiers anneaux de la chaîne qui soutient la lampe. Le tout est de la plus grande beauté [Canadian Spectator]. »

Suite à son décès, le 31 octobre 1830, les journaux publient des notices nécrologiques louangeuses : « sa perte prématurée plonge dans le deuil ses nombreux amis qui le regretteront longtems [La Minerve] » ; « il s’était acquis dans son art une juste célébrité [La Gazette de Québec, 4 novembre 1830] ». Sa veuve publie à plusieurs reprises cette annonce :

« aucun ordre qu’il lui sera confié pour tout ouvrage d’Eglise et Orfèvrerie, seront exécutés à l’ordinaire, et à des prix très modérés. Elle a encore en mains une quantité d’ouvrages de la branche ci-dessus, et autres Argenteries exécutés par feu Mr. Marion [La Minerve, mars et avril 1831]. »

Elle liquide donc le fonds d’atelier. Mais, a-t-elle vraiment fait exécuter de nouveaux objets ? À moins de pratiquer elle-même le métier, elle a dû alors compter sur l’aide d’un orfèvre, peut-être André-Zéphirin Grothé, dont l’apprentissage était terminé. L’œuvre de ce dernier a du reste été fortement influencée par celle de son maître, sans toutefois atteindre sa qualité. Quoi qu’il en soit, Mme Marion déménage d’abord chez une dame Millette, puis dans la maison occupée auparavant par l’orfèvre Joseph Normandeau. Elle se remarie en 1832 et de nouveau en 1834. On ignore si elle continue alors d’exploiter son commerce d’orfèvrerie. Par une clause de son testament de novembre 1830, elle léguait à sa sœur, épouse de l’orfèvre Joseph Auclair, tous les outils d’orfèvrerie en sa possession à son décès.

Salomon Marion (1782-1830) : poinçons imitant les poinçons britanniques de ville et de date, utilisés à titre de fabricant pour Savage & Son (vers 1825-1850). Cuiller à café, vers 1825-1830, Argent, 14,3 cm, Profil droit de lion dans un ovale, SAVAGE & SON dans un rectangle, Profil droit d'une tête dans un ovale, QMNBAQ 60.152. (Derome 1994.11 ou pdf, p. 274 fig. 12).

Les nombreux et magnifiques objets sortis des mains de Salomon Marion révèlent un artisan productif et consciencieux. Son style se caractérise par une intelligence innée des formes, un sens décoratif raffiné et une technique d’exécution soignée. C’est l’œuvre d’un esthète et d’un poète, comparable à celle de François Ranvoyzé par sa puissance de création et son génie du métier. Elle mérite sans aucun doute d’être mieux connue, car il a signé plusieurs oeuvres commercialisées par d'autres marchands, tel Savage & Son.


Joseph Tison plutôt que Jonathan Tyler !

Langdon 1966, p. 135 et 137.

John E. Langdon avait attribué le poinçon « J un point T » accompagné de celui de « MONTREAL » à Jonathan Tyler d’après des annonces parues dans les journaux de 1816 et 1817, qui nous informent à propos d’un vol commis chez Tyler & Flint et de la dissolution de cette brève association. L’article concernant le vol démontre que ces deux marchands vendent des produits de luxe dont les auteurs sont identifiés à « R.C. », soit Robert Cruickshank, Curtis, S. Flint et l’horloger Wilter de Londres.  C’est là une base tout à fait insuffisante pour présumer que Tyler ait pu être orfèvre (Langdon 1966, p. 72 et 137.  TUT, LP, copie du Montreal Herald, 10 février 1816).

Tison, Joseph, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1810-1820, Argent, 33,7 cm, Montréal Archevêché, Photo IOA B-1 et 2 ainsi que B-3 (fiche).

Nous proposons d’identifier dorénavant les poinçons « I un point T » et « J un point T » à Joseph Tison (1787-1869) (voir les sources d'archives citées en détail dans Derome 1996, p. 49-50). Les deux poinçons différents trouvés sur une petite boîte, ou tabatière, permettent de dissiper tout doute quant à leur attribution à cet orfèvre à la courte mais intéressante carrière. D'autant plus que son décor à motifs d'orfèvrerie de traite est typique des ateliers montrélais de cette période, d'autant plus qu'on le retrouve également sur ses cuillers à servir.

Joseph Tison (1787-1869), Boîte, vers 1810-1820, Argent, 2 x 5 x 6,7 cm, À l’intérieur du couvercle deux fois « J, un point, T » dans un gros rectangle et une fois « MONTREAL » dans un rectangle, À l’intérieur de la base deux fois « JT » dans un petit rectangle et une fois « MONTREAL » dans un rectangle, Sur le couvercle monogramme « MM », Angleterre, Londres, Shredds of Portobello, achat en 1978 subvention du Gouvernement du Canada Loi sur l’exportation et l’importation de biens culturels, OMBAC 23006.

Le père de Joseph Tison, perruquier de son état, achete une maison de Pierre Huguet en 1796, l’ex-perruquier devenu orfèvre, chez qui Joseph est mis en apprentissage en 1801 pour un terme de quatre ans. Sa courte carrière est typique de celle des orfèvres qui ont profité du lucratif marché de l'orfèvrerie de traite et qui ont dû se recycler après le déclin des activités dans ce domaine (voir Le changement de régime et les orfèvres). Une couette, datée de 1807, porterait son poinçon. Sa couronne au Musée du Québec est identique à celle de Huguet ; elle a appartenu au chef huron Nicolas Vincent, puis à Zacharie Vincent qui la porte dans ses nombreux autoportraits.

Zacharie Vincent, Autoportrait, XIXe siècle, Musée du Château Ramezay.

Joseph Tison, Plume (recto, verso, poinçon), Argent, IT dans un rectangle,
« Classis 4.rce praemium 2.dim meruit J. paternoster. », Schredds, London, achat été 1977 MMBAM 463998.

Tison, Joseph, Cuillère de service, (Régime anglais) 1810-1820, Argent, 27,8 x 5 x 2,6 cm, Birks, OMBAC 27225, Photo non disponible.

Tison, Joseph, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) 1810-1820, Argent, 33,5 x 5,3 cm, QMNBAQ 1960.551, Photo recto.

Tison, Joseph, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) 1810-1820, Argent, 30,5 x 4,9 cm, QMNBAQ 1960.552, Photo recto.

Joseph Tison s'établit en 1810 : il se marie à Marguerite Demers et achète un banc à l’église Notre-Dame de Montréal. On l’identifie comme orfèvre demeurant au faubourg Saint-Antoine jusqu’en 1820. La forme de son poinçon et l'esthétique de ses oeuvres proviennent de l’atelier Huguet, mais avec plus de finesse et de raffinement, tant dans l'orfèvrerie de traite que civile, par exemple une exceptionnelle plume à écrire donnée en prix d'études en classe, ainsi que d'élégantes cuillers à servir d'influence britannique mais arborant les décors typiques de l'orfèvrerie de traite. En 1827, Tison est devenu huissier à la cour du Banc du Roi du District de Montréal, profession qu’il exerce jusqu’à son décès en 1869.


Joseph Smith.

Smith, John, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1794-1796, Argent, ??? cm,
J un point SMITH MONTREAL, Birks, OMBAC 27220, Photo RD B81:41:17-18 poinçon.

Une cuiller à servir porte ce magnifique poinçon « J un point SMITH » et « MONTREAL », dans des rectangles, que l'on peut attribuer à Joseph Smith, actif à Montréal en 1794-1796. C'est ce genre de poinçon d'influence britannique qui a pu servir de modèle à ceux de Pierre Huguet et aux autres orfèvres reliés à son important atelier.


Louis Haldimand.

Haldimand, Louis, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1823-1831, Argent, 29,5 cm, LH (1), lion marchant (1), tête de léopard (1), AM superposés (sulpiciens), Baron, Birks 1952.7.4, Photo RD B81:34:16-17.

Les initiales LH sont partagées par Louis Huguet (1754 - avant 1795, actif 1754-1792), le frère de Pierre, ainsi que par Louis Haldimand. Leurs dates d'activité permettent de départager leurs poinçons surtout, ici, par l'utilisation de pseudo poinçons imitant ceux de l'empire britannique largement utilisés au début du XIXe siècle. Cet orfèvre importateur est peu connu. Le 26 juillet 1823, « Kurczyn & Haldimand » viennent de recevoir un nouvel arrivage de Londres : tabatières d'argent, objets plaqués d'argent ou en argent, ainsi que des jouets et poupées de cire (Montreal Gazette, vol. I n° 31, 2 août 1823). Le 6 novembre 1823, Haldimand est « sponsor » au baptême de « George Louis, son of Nicholas [il signe Nicolous] P. M. Kurczyn of Montreal Merchant, and Sarah Wurtele his wife [...] born on the first day of October 1823 [IOA, transcription par Louis Carrier de l'état civil, Christ Church, Montréal, f° 64v] ». Haldimand publie plusieurs annonces dans La Minerve en 1828-1829 et son nom serait inscrit au recensement de 1831 (Langdon 1966, p. 80).

Louis Haldimand, Fourchette de table, Argent, 18,1 cm, HALDIMAND & Co., Louis Carrier, QMNBAQ A 60 304 O.


Louis-Philippe Boivin.

Boivin, Louis-Philippe, Cuillère à servir, (Régime anglais) 1833-1858, Argent, 28 x 5 cm, L.P.B., Léopard passant à gauche, Tête, Léopard passant à gauche, QMNBAQ 1960.116, Photo recto.

Louis Philippe Boivin (-1818-1858-) fut joaillier, horloger, marchand importateur et orfèvre à Montréal, actif de 1833 à 1858. Cette cuiller à servir présente, sans autres artifices, la simplicité des formes traditionnelles d'influence britannique.


Nelson Walker, orfèvre, armateur et ingénieur.

Barzillai Benjamin, Cuiller à servir, (Connecticut) 1820-1840, Argent, 22,7 cm,
B. Benjamin capitals within rectangle, EUC script,
New Haven Colony Historical Society, Bohan 1970, p. 210-211 plate 179.

Walker, Nelson, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1823-1835, Argent, 31 cm,
NW (rectangle 1) tête (carré 3) 1 (carré 1), GMCH A1924 v34, Photo RD MH81:2:36-37.

La mode change considérablement dans cette cuiller à servir qui se rapproche de celle de l'orfèvre du Connecticut Barzillai Benjamin. Un article solidement documenté (Joyce 2009.11) permet de mieux connaître son auteur, Nelson Walker, qui est né à Montréal le 21 mars 1799 d'un immigrant britannique exerçant alors la profession de « hairdresser ». Il serait étonnant que celui-ci ait placé son fils en apprentissage chez l'ancien perruquier francophone devenu orfèvre ! Cet apprentissage a-t-il alors été effectué à Montréal, aux États-Unis, ou bien en Angleterre où il aurait épousé Mary Ann Carter, le 13 février 1823, à St Olave's (Southwark Surrey UK) ? Quoiqu'il en soit, le nouvel orfèvre s'établit à Montréal dès le 12 mai 1821.

« Le Soussigné prévient respectueusement ses amis et le public, qu'il a commencé le commerce au No. 126, rue St. Paul, et recevra par les premiers vaisseaux de Londres, un bel assortiment de Montres, Horloges, Bijouterie, et autres articles dans cette branche, de la première qualité. Il espere que par une connaissance parfaite de la profession, il méritera une part à la faveur publique. Montréal, 12 Mai, 1821. N. WALKER [Montreal Gazette, n° 1343, 16 mai 1821, p. 2]. »

Mais comment, alors, expliquer son mariage en Angleterre en 1823 s'il est déjà établi comme orfèvre à Montréal en mai 1821 ? Ses factures, à en-têtes qu'il a lui-même gravées, indiquent qu'il tient bien boutique au 126 rue Saint-Paul où il a donc oeuvré, de 1821 à 1835, en tant que « Silversmith Jeweller & Watchmaker ».

Facture de Nelson Walker à Joseph Rousse Esq, 21 octobre 1835 (et détails ci-dessous),
Archives de la Ville de Montréal (numérisation obtenue via la collaboration de Lise Lavigne).

« Bo[?].. of Nelson Walker, | SILVERSMITH, Jeweller & WATCHMAKER. | N° 126 St. Paul's Street. | Manufacturer of all kinds of Silver Plate &c. Importer of Plated Wares, Jewellery, Watches. | &c. | Plated & Bronze Tea Urns, Lamps, Lustres, &c. »

« b.o. abbreviation for 1. (Commerce) back order 2. (Commerce) branch office 3. (Banking & Finance) broker's order 4. (Commerce) buyer's option [source] ». « Definition of b.o. in US English: Best offer [source] ».

« A receipt from 1835, with an ornate billhead engraved by Walker himself, shows that he had premises at 126 St Paul' s Street (Fig 3 note 2). Note 2. Picture courtesy of the Société Historique de Montréal. A photographic copy of this receipt was provided by the librarian of the Society, Lise Lavigne, who kindly retrieved the document from the Archives department of Montreal City Hall. Mr Warren Baker also provided me with a slightly earlier (1833) copy of the billhead alone, and informed me that Nelson Walker had been using this billhead as early as 1823 [Joyce 2009.11 p. 2 fig. 3 et p. 7 note 2]. »

Nelson Walker était donc un homme aux multiples talents, puisqu'il a bel et bien gravé lui-même ses factures à entête. On distingue d'ailleurs les coins arrondis de la plaque de gravure ainsi que ses lignes horizontales et verticales : à gauche, en bas de la console supportant l'écu (flèche rouge), ainsi que dans le haut ; à droite et en-dessous du grand texte portant son nom et décrivant ses activités (flèche rouge). Il a signé, en toutes petites lettres, sous la console supportant les armoiries en haut à gauche : « N. Walker. ſc Montreal. » Le catouche, flanqué de colonnes cannelées, décrit, en petits caractères, les aptitudes du marchand : « Every Description of Musical | Watches, Clocks & Snuff Boxes | Cleaned and Repaired. »

La devise apparaissant au listel, sous l'écu illustré d'une horloge couronnée (aux aiguilles remplacées par une rose des vents), réfère à la dictature du temps en version originale latine « TEMPUS RERUM IMPERATOR ». Cet écu, orné d'un heaume et surmonté d'une sphère armillaire (référant au mouvement perpétuel des astres dans le temps), est flanqué sous un dôme de rayons du soleil entouré de nuages (référant aux temps changeants) : à gauche par une allégorie du temps, un vieillard barbu ailé, tenant un sablier (temps qui passe) et s'appuyant sur une faux (pour faucher les vies), fine mèche de cheveux épars et très léger tissu cachant son sexe, le tout soumis au vent (du temps soufflant tout sur son passage) ; à droite par une allégorie d'un empereur rigide donc autoritaire (habit militaire romanisant, jambes nues, couronne, grande cape doublée d'hermine) tenant un sceptre surmonté d'un oiseau en plein vol (référant au temps qui s'envole). Ci-dessous, une autre facture datée du 20 septembre 1831.

Facture de Nelson Walker à J[?] Fraser Esq. Montreal 20th. September 1831,
MMMCc, Comptes et reçus de John Samuel McCord, chemise n° 446
(document communiqué par Paul Bourassa et Johanne Chagnon le 1er mars 1988).

Attribué à Nelson Walker, Spatule à poisson (recto), 1823-1835, Argent, Montréal Archevêché, Photo IOA, Source BANQ.

Un homme aussi versatile ne pouvait pas tarder à ajouter d'autres cordes à son arc. En 1839, on décrit Nelson Walker comme un ancien orfèvre devenu marchand et dorénavant identifié en tant que « Gentleman ». Dès 1833, il s'était intéressé aux bateaux à vapeurs, en tant que président de la compagnie possédant le Patriote Canadien dont il vend 43 parts en 1836. En 1841, il construit de tels bateaux, incluant hélices et moteurs. Nouveau changement de cap, il travaille en tant que surveyor draftsman pour le Civilian Department of the Royal Engineers à Bytown (Ottawa) de 1847 à 1854, profession qu'il poursuit à Woolwich (Kent UK) de 1855 à 1863, alors qu'il habite à Plumstead (Kent UK). Il déclare banqueroute, en janvier 1864, alors qu'il réside à Plymouth (Devon UK) où il décède le 9 décembre 1865 atteint de « debility and exhaustion ».

Walker, Nelson, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) 1823-1835, Argent, 29,6 x 5,7 x 3,2 cm, Birks, OMBAC 24532, Photo non disponible.

 


Lampe de sanctuaire de Beauharnois : Paul Morand plutôt que Nelson Walker !

Photo IOA, Source BANQ.

Photo tirée de Derome 1985a, Saint-Clément de Beauharnois, p. 36 : « Il manque une applique de feuille au-dessous (brisée). Il manque le cul-de-lampe (dans coffre-fort), bosselée à certains endroits. Ornementation : Trois appliques d'angelots en haut de la lampe, appliques de métal. »

Lampe de sanctuaire, Argent et métal, environ 26 x 38 cm, cul-de-lampe 11 x 6 cm, Fabrique Saint-Clément de Beauharnois.

Gérard Morisset a lui-même inventorié, sous ses initiales « G.M. », cette lampe de sanctuaire pour son IOA le 7 septembre 1943 : « BEAUHARNOIS, Église, Lampe de sanctuaire en argent massif, par Nelson Walker », fiche accompagnée de photographies (ci-dessus à gauche). Contrairement à son habitude, Morisset ne relève aucun poinçon, aucun payement aux livres de comptes et ne donne aucune référence bibliographique pour soutenir cette assertion que l'on doit donc considérer comme une pure attribution ne reposant sur aucune base solide. Les mentions d'orfèvrerie relevées par Morisset dans les archives de la paroisse s'étalent de 1839 à 1861. On n'y retrouve aucune mention concernant Nelson Walker et la lampe de sanctuaire.

Relevés effectués par l'IOA en 1943.
Date Orfèvre identifié Objet inventorié Mentions relevées aux livres de comptes de Saint-Clément de Beauharnois [ou autres références].
Actif 1781-1828 Pierre Huguet. Encensoir. •  15 février 1839 Raccomodage de l'encensoir (15s). • 1851 Dix piastres a M. Morand orfèvre pour réparation des burettes, de l'encensoir & pour dorer l'ostensoir (2£ 10s). • 1856 Raccomodage de l'encensoir et du pot à boire (1£ 3s). • 1861 Achat cuillère à encens (7,5s).
Actif 1816-1830 Salomon Marion. Boîtier aux saintes huiles.
Calice. • 1861 Ouvrages pour arranger 1 calice (2s 6p).
Ciboire.
Ostensoir. • 1851 Dix piastres a M. Morand orfèvre pour réparation des burettes, de l'encensoir & pour dorer l'ostensoir (2£ 10s). • 1859 Réparation de l'ostensoir (R. E. Beaudry) (11£ 3s).
Plateau à burettes. • 1851 Dix piastres a M. Morand orfèvre pour réparation des burettes, de l'encensoir & pour dorer l'ostensoir (2£ 10s).
Actif 1821-1835 Nelson Walker (attribution). Lampe de sanctuaire.
1847 Paul Morand. Porte-dieu. • 1847 Payé à M. Morand pour un porte-dieu d'argent (1£ 5s).
1848 Calice.

• 1848 Payé à M. Truteau v.g. pour le calice (974£ 2s). • 1848 « Vases sacrés : Un calice doré acheté par M. Charland en 1848 [Leduc 1920 p. 85 note 1]. » • 1861 Ouvrages pour arranger 1 calice (2s 6p).

1848 Goupillon. • 1848 Achat d'un goupillon (16s).
Avant 1851 Burettes. • 1851 Dix piastres a M. Morand orfèvre pour réparation des burettes, de l'encensoir & pour dorer l'ostensoir (2£ 10s).
1855 Bénitier. • 1855 Le coût d'une croix de procession et d'un bénitier cinquante une livre treize chelins courant (51£ 13s).
Croix de procession. • 1855 Le coût d'une croix de procession et d'un bénitier cinquante une livre treize chelins courant (51£ 13s).
Avant 1856 Pot à boire. • 1856 Raccomodage de l'encensoir et du pot à boire (1£ 3s).
1857 Burettes. • 1857 Une paire de burettes (2£ 6s).
1861 Cuiller à encens. • 1861 Achat cuillère à encens (7,5s).
Porte-dieu. • 1861 Achat d'un porte-dieu en argent (1£ 5s).
1885 Calices. • 1885 « Vases sacrés : [...] deux autres calices dont l'un acheté en 1885 par les Congrégations [Leduc 1920 p. 85 note 1]. »
1886 Ostensoirs. • 1886 « Vases sacrés : [...] Un ostensoir, don du Dr Perreault, bénit par S.S. Léon XIII, le 4 novembre 1886, et deux autres [Leduc 1920 p. 85 note 1]. »
Avant 1920 Ciboires. • Avant 1920 « Vases sacrés : [...] quatre ciboires [Leduc 1920 p. 85 note 1]. »
? E.M. (poinçon). Navette.

Pierre Huguet (encensoir) ainsi que les orfèvres formés à son atelier, Salomon Marion (boîtier aux saintes huiles, calice, ciboire, ostensoir, plateau à burettes) et Paul Morand (porte-dieu), sont les fournisseurs attitrés de l'orfèvrerie à Saint-Clément de Beauharnois dans la première moitié du XIXe siècle, objets dûment identifiés par leurs poinçons relevés par Morisset à son IOA en 1943. Les livres de comptes ne révèlent cependant aucun payement d'origine pour ces achats. On doit donc présumer qu'ils ont été fabriqués durant la période d'activité de ces orfèvres, sauf pour le porte-dieu acheté de Morand, en 1847, orfèvre également rémunéré pour diverses réparations en 1851 (burettes, encensoir, dorer l'ostensoir). De toutes les pièces d'orfèvrerie photographiées par Gérard Morisset, en 1943, seule la lampe de sanctuaire était encore présente à Beauharnois lors de l'inventaire dressé en 1985 qui présente toutefois plusieurs objets plus récents de facture industrielle (Derome 1985a). Les antiquaires ont en effet écumé les fabriques de leurs trésors d'orfèvrerie ancienne artisanale (Derome 1984.09) pour les commercialiser auprès des collectionneurs ; quantité de ces objets se retrouvent maintenant dans la Collection Birks donnée au OMBAC.

Une mission catholique est fondée dès 1736 à Beauharnois (LMQ) : « les fidèles allaient à Chateauguay [12,9 km] —leur paroisse— à l'Ile Perrot [probablement via le fleuve car à 36,7 km aujourd'hui par la route], aux Cèdres [19,9 km] ou à Vaudreuil [27,7 km] ; parfois aussi, les curés de ces paroisses venaient à Beauharnois et y célébraient la sainte messe dans des maisons privées [Leduc 1920 p. 72]. » La première église est construite en 1818 (Voyer 1981 p. 49), un curé y réside en 1819, date de l'ouverture des registres, suivie de l'érection canonique de la paroisse en 1829 (Originis). La vieille église est transformée en école en 1844 et la deuxième, ouverte au culte en 1845, est démolie en 1925 (Voyer 1981 p. 49). En 1861, la paroisse Saint-Clément de Beauharnois comptait 3 563 habitants (Originis).

James Duncan, Église de Beauharnois, vers 1845, crayon et aquarelle, 13,3 x 18,4 cm, Québec Archives du Séminaire de Québec Fonds Jacques Viger. Todd 1978 p. 151, Voyer 1981 p. 49. À gauche : la première église de 1818 transformée en école en 1844. Au centre : la deuxième église de 1845. À droite : probablement le presbytère.

La vie de Pierre Huguet père se termine un an avant la construction de la première église de Beauharnois en 1818 ; c'est donc probablement Pierre Huguet fils, décédé en 1828, qui a fabriqué cet encensoir. L'essor professionnel de Salomon Marion se concrétise à compter de 1816, alors qu'il s'affranchit de sa dépendance envers Pierre Huguet père, juste avant le décès de celui-ci en 1817. L'atelier de Marion est donc fin prêt à fournir les nombreuses pièces d'orfèvrerie à cette nouvelle église : boîtier aux saintes huiles, calice, ciboire, ostensoir. La fabrique n'aura pas, d'après les inscriptions connues aux livres de comptes, les moyens financiers requis de commander d'autres objets d'argent avant l'ouverture de la deuxième église en 1845. Paul Morand (né vers 1782-1785, voir Derome 1985b) en semble alors l'orfèvre attitré, jusqu'à son décès en 1854, mais sa contribution est beaucoup plus modeste que celle de Marion.

Dans ce contexte de commandes à Pierre Huguet, Salomon Marion et Paul Morand, est-il plausible que Beauharnois ait fait appel à un autre orfèvre pour qu'il fabrique cette lampe de sanctuaire ? Et que celui-ci soit anglo-saxon et protestant ? C'est pourtant ce qu'a fait Robert Cruickshank, actif de 1774 à 1807, mais il a également fabriqué divers types de vases sacrés pour plusieurs paroisses catholiques de la grande région montréalaise ! Ce qui n'est pas le cas de Nelson Walker : on ne lui connaît aucun objet religieux sur les 106 répertoriés dans la base de données Artefacts Canada - Sciences humaines qui sont principalement des ustensiles de table. Ce qui n'est pas étonnant, car sa production était tournée vers les importations anglaises et une grande variété de produits civils de luxe (voir ci-dessus ses annonces et ses factures). S'il en était l'auteur, cette lampe de sanctuaire aurait probablement été commanditée après le décès de Marion en 1830 et avant la cessation des activités de Walker en orfèvrerie vers 1835. Mais, sa morphologie et son style sont-ils compatibles avec une telle datation ?

Schéma traditionnel de la lampe de sanctuaire
depuis Paul Lambert.

Lampe de sanctuaire, XIXe siècle, Argent et métal, environ 26 x 38 cm, cul-de-lampe 11 x 6 cm, Fabrique Saint-Clément de Beauharnois. Photo IOA, Source BANQ.

Une lampe de sanctuaire en argent constituait un très grand luxe à cause de la grosseur de l'objet et donc de son poids conséquent en métal précieux. C'est pourquoi on en trouvait en bois ou autres matériaux. Paul Lambert a fixé, depuis 1739, le schéma traditionnel de la lampe de sanctuaire en orfèvrerie, modèle suivi durant le Régime anglais (1760-1840), époque d'établissement de nombreuses nouvelles paroisses rurales, par la majorité des ofèvres, entre autres par Pierre Huguet et Salomon Marion qui en personnalisent les gabarits convexes et concaves à leur style. Le profil particulier de la lampe de Beauharnois ne permet donc de l'attribuer ni à Pierre Huguet, ni à Salomon Marion, ni à aucun autre orfèvre actif entre 1818 et 1830. Pourrait-on, cependant, penser qu'il puisse s'agir d'une oeuvre de Paul Morand dont on ne conserve aucun objet de ce type ? De forme unique, elle diffère considérablement du modèle traditionnel et laisse donc présumer une date de fabrication plus tardive, assertion soutenue par les caractéristiques de son décor.

Salomon Marion, Calice (détail de la bordure ciselée de la base), Argent, coupe en or, 30,3 cm, Une tête, S un point M, Leopard droite (bordure de la coupe et sous la base), QMNBAQ A.70.14.O. Photo RD.

Lampe de sanctuaire (détail). Photo tirée de Derome 1985a, Saint-Clément de Beauharnois, p. 36.

Le détail ciselé de la bordure de la lampe de sanctuaire de Beauharnois est tout à fait inhabituel pour ce type d'objet. En effet, les motifs de feuilles de vignes et de grappes de raisins réfèrent au vin et se retrouvent habituellement sur le calice qui sert, justement, à changer cette boisson en sang du Christ par la transsubstantiation. S'inspirant de ce nouveau décor à la mode au début du XIXe siècle sur l'orfèvrerie religieuse en France, Salomon Marion a fréquemment utilisé ces motifs, sur ses calices, mais pas sur ses lampes de sanctuaire, ce qui constitue, en plus du gabarit, un deuxième critère dissuasif d'attribution. La ciselure de Marion est, selon son habitude, beaucoup plus finement et poétiquement ciselée que sur cette lampe de sanctuaire, ce qui permet donc d'avancer un troisième critère dissuasif pour la lui attribuer.

Paul Morand, Calice de Saint-Rémi de Napierville (détail de la fausse coupe et du noeud), Argent, Dorure à l'intérieur de la coupe, Traité du rhodium, Vis de la base changée, Masque, Lion, Tête, P un point M (1), 27 cm, Birks, OMBAC 24619. Photo RD B:24:27-30.

Gérard Morisset a inventorié ce calice de Paul Morand, le 9 septembre 1943, à Saint-Rémi de Napierville. Sa ciselure, plus brouillon que celle de Marion, se rapproche de cellle de la lampe sanctuaire de Beauharnois, tant sur la fausse coupe que sur le noeud central. Les motifs enchevêtrés, de facture floue, ne permettent pas d'y reconnaître des feuilles de vignes, mais les pointillés pourraient se rapprocher des grappes de raisin de la lampe de sanctuaire.

Paul Morand, Calice de Saint-Rémi de Napierville (détail de la base), Argent, Dorure à l'intérieur de la coupe, Traité du rhodium, Vis de la base changée, Masque, Lion, Tête, P un point M (1), 27 cm, Birks, OMBAC 24619. Photo RD B:24:27-30.

Morand économise temps et énergie en évitant de ciseler dans la masse d'argent la base du calice de Saint-Rémi. En lieu et place, il fixe, de façon rudimentaire, des appliques fondues, coulées dans des moules, aux motifs de la crucifixion (à l'arrière à droite), de blé (référant au pain de l'eucharistie en avant à droite), de quenouille (en avant à droite) et probablement de vigne (non visible à gauche à l'arrière). Cette technique est similaire à celle utilisée pour les minces feuilles bordant la partie supérieure de la panse de la lampe de sanctuaire de Beauharnois !

Lampe de sanctuaire (détail). Photo tirée de Derome 1985a, Saint-Clément de Beauharnois, p. 36.

Lampe de sanctuaire (détail). Photo tirée de Derome 1985a, Saint-Clément de Beauharnois, p. 36.

La technique de feuilles d'acanthe plus épaisses, coulées puis soudées au bas de la panse de la lampe de sanctuaire de Beauharnois, se retrouvent également sur la panse d'une tasse de Paul Morand conservée au QMNBAQ depuis son acquisition avec les autres objets provenant de la collection de Louis Carrier en 1960. En outre, cette tasse présente un galbe pansu de forme similaire à celui de cette lampe de sanctuaire !

Paul Morand, Tasse, Argent et or, 12,2 cm,
PM (2), Louis Carrier, QMNBAQ 1960.426.

Hendery & Leslie, Bénitier, fin XIXe siècle, Argent, Saint-Georges de Beauce, Photo RD août 1981.

Ces critères sont-ils suffisants pour attribuer la lampe de sanctuaire de Beauharnois à Paul Morand : ciselure des feuilles de vigne, appliques de feuilles d'acanthe minces et épaisses, galbe de sa forme pansue ? Il ne faut pas oublier que Robert Hendery, Hendery & Leslie, puis Birks, ont fabriqué quantité de vases liturgiques à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Les feuilles d'acanthe ci-dessus, ciselées dans la masse d'argent, y paraissent cependant beaucoup plus sophistiquées que celles de la lampe de sanctuaire de Beauharnois. Celles appraissant sur un trophée de Caron Frères, fabriqué en 1910, présentent également des similitudes, mais sont beaucoup plus finement ouvragées.

Caron Frères (1902-1930), Coupe La Presse — Caron Frères, offerte à l’équipe de crosse Le National de l’Association athlétique d’amateurs Nationale de Montréal (détail), 1910, Argent, H. 22, L. 50,5, P. 34 cm, « CARON FRERE | MONTREAL » sous la base du trophée, Montréal, Université du Québec à Montréal, Service des archives et de la gestion des documents, 1P15. Photo RD. Pour une analyse détaillée, voir Derome 1996.

Photo IOA, Source BANQ.

Photo tirée de Derome 1985a, Saint-Clément de Beauharnois, p. 36 : « Il manque une applique de feuille au-dessous (brisée). Il manque le cul-de-lampe (dans coffre-fort), bosselée à certains endroits. Ornementation : Trois appliques d'angelots en haut de la lampe, appliques de métal. »

Attribuée à Paul Morand, Lampe de sanctuaire, vers 1845, Argent et métal,
environ 26 x 38 cm, cul-de-lampe 11 x 6 cm, Fabrique Saint-Clément de Beauharnois.

Aucun élément ne permet d'attribuer la lampe de sanctuaire de Saint-Clément de Beauharnois à Nelson Walker, alors que plusieurs convergences historiques, morphologiques, techniques et stylistiques pointent en direction de Paul Morand qui l'aurait conçue afin d'orner la toute nouvelle deuxième église ouverte au culte en 1845. On peut donc synthétiser en ces quatre points les atouts indéniables de cet objet aux formes et décors inusités :

1. c'est la seule lampe de sancturaire pouvant être attribuée au très important orfèvre Paul Morand ;

2. c'est un témoin fort intéressant du décor intérieur perdu de la deuxième église de Beauharnois ;

3. c'est la seule relique de l'orfèvrerie artisanale de l'ancienne église de Beauharnois qui ait échappé aux antiquaires prédateurs du milieu du XXe siècle ;

4. c'est un rare objet transitionnel permettant de comprendre l'évolution de l'orfèvrerie à cette époque peu étudiée entre le style artisanal traditionnel, où l'orfèvre artisan cède la place à l'ouvrier orfèvre d'atelier, et les nouveaux objets dévotionnels industriels d'importation, souvent anonymes, qui demeurent, malheureusement, les témoins majoritaires de cet art dans cette paroisse ancienne, à l'instar de plusieurs autres (Derome 1985a).

James Duncan, Église de Beauharnois (détail), vers 1845, crayon et aquarelle, 13,3 x 18,4 cm,
Québec Archives du Séminaire de Québec Fonds Jacques Viger. Todd 1978 p. 151, Voyer 1981 p. 49.
À gauche : la première église de 1818 transformée en école en 1844.
Au centre : la deuxième église de 1845. À droite : probablement le presbytère.

 


RÉGIME ANGLAIS

Amiot, influences métissées et commercialisation à Québec.

Le très important orfèvre Laurent Amiot s'est très probablement initié aux rudiments du métier auprès de son frère aîné Jean-Nicolas (Karel 1992, p. 9-10). La période qui va de 1771 à 1839 est profondément marquée par l'oeuvre des deux très grands orfèvres François Ranvoyzé (1739-1819) et Laurent Amiot (1764-1839). Tous deux établis à Québec, ils desservent principalement le culte catholique mais aussi le marché domestique. Ils illustrent deux styles antinomiques : l'homme d'Ancien Régime formé par un orfèvre français établi en Nouvelle-France (voir Les cuillers à servir de Ranvoyzé et leurs liens avec celles de Delezenne) ; l'homme nouveau, formé en France, qui apporte le néoclassicisme. Ranvoyzé est un artisan qui travaille seul toute sa vie ; Amiot est un homme d'affaires qui entre de plain-pied dans l'ère proto-industrielle en établissant un atelier et des modèles qui lui survivront plus d'un siècle. Le premier réparait les objets anciens auxquels il ajoutait sa touche (Derome 2004.02.20 : François RANVOYZÉ réparateur d'orfèvreries anciennes) ; le second a subordonné la préservation du patrimoine à ses ambitions personnelles, en fondant les pièces anciennes de plusieurs fabriques afin de les remplacer par des ensembles neufs d'un style homogène « pur » Amiot lassement répétitif. En matière de conservation du patrimoine ancien d'orfèvrerie, Ranvoyzé remporte ainsi le prix orange, alors que le citron est dévolu, sans aucun doute, à Amiot...!

Plusieurs informations sur Amiot sont reprises de cet ouvrage : Derome 2005.

Les données concernant les oeuvres de Ranvoyzé et d'Amiot sur la Côte-de-Beaupré (Derome 2005) bousculent une historiographie abondante prônant une « rivalité » entre ces deux grands orfèvres (Derome 2005 note 240). Ces interprétations sont basées sur une tradition orale qui date de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Rapportées par différents auteurs, les interprétations varient considérablement de l'une à l'autre, ce qui entache leur crédibilité (Derome 2005 note 241). Pourtant, elles ont toutes les mêmes sources, les derniers des successeurs de l'atelier d'Amiot ou leurs apprentis, qui furent dans l'ordre : François Sasseville (1797-1864), Pierre Lespérance (1819-1882) et Ambroise Lafrance (1847-1905). Ce récit est donc partiel et partial, car il ne vient que du seul côté d'Amiot. Donc possiblement un discours de type « propagande revancharde ». La répartition chronologique de leurs oeuvres sur la Côte-de-Beaupré ouvre une autre fenêtre d'interprétation. La clientèle de Ranvoyzé croît dans les années 1780, décroît, puis remonte dans la décennie 1810-1819. Amiot lui aurait-il soufflé la commande de 2 objets dans la décennie 1800-1809, pour ensuite en perdre 7 dans la décennie 1810-1819 ? Chose certaine, Amiot reçoit près de la moitié de ses commandes en fin de carrière, bien après le décès de Ranvoyzé...!

Tableau tiré de Derome 2005 p. 167 illustrant la chronologie des oeuvres de Ranvoyzé et d'Amiot dans ces paroisses de la Côte-de-Beaupré : Château-Richer, L'Ange-Gardien, Saint-Joachim, Sainte-Anne-de-Beaupré.

Laurent Amiot (Derome 2005 note 250) a séjourné à Paris de 1782 à 1788 où il fut envoyé par son père et où il a appris son métier d'orfèvre. Cette initiative, dictée par le soi-disant refus de Ranvoyzé de le prendre comme apprenti (d'après une tradition orale douteuse), est tout à fait similiaire à l'exemple de François Baillairgé qui effectua un séjour d'études, en peinture et sculpture, d'environ 3 ans à Paris, soit de 1778 à 1781. Tout comme ce dernier, Amiot jouit de la protection du Séminaire, son stage étant placé sous la responsabilité des mêmes administrateurs, soit messieurs Thomas-Laurent Bédard et Henri-François Gravé de La Rive, supérieurs et procureurs à Québec, et de François Sorbier de Villars, délégué pour les affaires du Québec à Paris ainsi que procureur du Séminaire de Paris (Derome 2005 note 251). La traversée s'effectue d'ailleurs avec un autre prêtre de cette institution, Arnauld-Germain Dudevant. Les lettres de Villars en 1783, 1785 et 1787 nous informent sur le séjour d' Amiot à Paris.

Il est connu que Villars avait fait travailler Baillairgé chez le sculpteur Jean-Baptiste Stouf. Par contre, aucune indication n'a été publiée sur le maître orfèvre où Amiot a été mis en apprentissage. Les archives du Séminaire à Paris indiquent des payements à Stouf comme sculpteur. Il est donc normal de penser que le fournisseur attitré en orfèvrerie de cette institution pourrait avoir accueilli Amiot en apprentissage. En effet, on retrouve dans les archives du Séminaire de Paris des mentions de payement à un orfèvre Porcher. Des membres de cette dynastie d'orfèvres avaient déjà vendu des objets somptuaires en Nouvelle-France (Derome 2005 note 252). Le néoclassicisme de leur production (Derome 2005 note 253), à la fin du XVIIe siècle, correspond tout à fait au style qu'Amiot mettra en valeur à son retour. Il pourrait donc avoir travaillé chez l'un ou l'autre des membres de cette famille : Jean (actif 1759-1791), Louis Claude (actif 1762- 1791) ou Pierre-Marin (actif 1757-1786) (Derome 2005 note 254).

Amiot a prolongé son séjour et n'est revenu à Québec qu'en 1788. Il déclarera, en 1791, avoir travaillé six ans comme orfèvre à Paris (Derome 2005 note 255). Ses premières commandes d'orfèvrerie religieuse datent d'ailleurs de 1788 et proviennent des paroisses de Deschaillons, Saint-Joachim et Repentigny. C'est donc fraîchement débarqué qu'Amiot fabrique l'encensoir et la navette de Saint-Joachim. Il n'est donc pas étonnant qu'il considère ces oeuvres comme un défi et un test, une sorte de « chef-d'oeuvre » qui démontrera la supériorité de son art tel qu'appris en métropole ! Cet encensoir est donc tout à fait exceptionnel, tant par sa valeur historique et esthétique que par son poinçon. En effet, il s'agit là d'un poinçon unique, par la forme de son trapèze que l'on n'a encore retrouvé sur aucune autre oeuvre. À l'évidence, la magnifique navette, même si elle n'est pas poinçonnée, fait partie de la même commande.

Laurent Amiot (1764-1839), Encensoir et navette, 1788, Argent, Encensoir 24,5 cm, Navette 8,5 x 15 cm, Saint-Joachim.

À la signature du contrat d'apprentissage de Pierre Lespérance, le 20 juin 1836, Amiot a fait rayer par le notaire le mot « boutique » pour le faire remplacer par le mot « attelier ». Amiot fut le premier à faire cette distinction dans sa discipline. Cela semble donc indiquer une nette séparation entre le lieu de fabrication et le lieu de vente (Derome 2005a). Amiot fait également supprimer le mot « métier » d'orfèvre pour le faire remplacer par « art » d'orfèvrerie. ll est également le seul de toute la profession à s'être fait appeler « maître ès art d'orphevrerie » durant la période qui va de 1816 à 1835 (Derome 2005 note 256). Le fait qu'il ait été le seul orfèvre québécois de naissance à avoir obtenu sa formation à Paris, entre 1782 et 1788, n'est sûrement pas étranger à sa propension de se prévaloir de cette appellation ronflante (Derome 2005 note 257). Donc, malgré ses prétentions « artistiques », Amiot est avant tout un homme d'affaires qui déploie tous les moyens pour faire fortune, tel que le démontre la rationalisation de toute sa production pour en faire une orfèvrerie sérielle proto-industrielle. Ces cuillers à servir illustrent bien la monotonie de cette orfèvrerie sérielle sans âme ni poésie lorsqu'on la compare à l'inventivité de celle de Ranvoyzé (voir Les cuillers à servir de Ranvoyzé et leurs liens avec celles de Delezenne). En sus, elles témoignent beaucoup plus des influences des importations de l'orfèvrerie civile britannique ambiante que des fruits de son assimilation des styles à la mode à Paris...!

Bateman, Peter, et William Ann, Cuillère à servir, (Royaume-Uni) 1810-1810, Argent, 30,2 x 5,4 cm, QMNBAQ 1957.466, Photo recto.

Amiot, Laurent, Cuillère à servir, (Régime anglais) 1787-1839, Argent, 31,4 x 6,1 x 4,2 cm, Deux cartouches rectangulaires avec les initiales LA, Chiffre HC sur le manche, TRMU 1998.236, Photo RD TRMU:3:25-28 recto poinçon chiffre.

Amiot, Laurent, Cuillère à servir, (Régime anglais) 1787-1839, Argent, 31,1 x 6 cm, QMNBAQ 1958.466, Photo recto.

Amiot, Laurent, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) 1787-1839, Argent, 32,2 x 5,8 cm, QMNBAQ 1962.170, Photo recto.

Amiot, Laurent, Cuillère à servir, (Régime anglais) 1787-1839, Argent, 31,3 x 6,1 cm, QMNBAQ 1980.17, Photo recto.

Amiot, Laurent, Cuillère de service, (Régime anglais) 1787-1839, Argent, 28,3 x 5,1 x 3,5 cm,
Chiffre B, lion gravé sur le manche, Mrs Mark Donohue Québec 1971.10.28, Birks, OMBAC 24272, Photo RD B81:30:5-8.

OMBAC 24272 (ci-dessus).

OMBAC 24271 (ci-dessous).

Laurent Amiot ou Ambroise Lafrance, Cuillère à ragoût, (Régime anglais ou Québec) 1787-1839 ou 1868-1905, Argent, 30,4 x 5,8 x 3,7 cm, Monogramme MCL, Jean Octeau 1971.10.21, Birks, OMBAC 24271, Photo RD B81:30:5-8.


Influences anglaises et françaises.

Lorillon, Pierre-Benoît, Cuillère à ragoût, (France) 1798-1809, Argent, 31,4 x 5,7 x 4,9 cm, maître un soleil levant surmontant PB au-dessus de L dans un losange vertical, titre un coq dextre regardant senestre le chiffre 1 dans un octogone, garantie tête de vieillard vue de face le numéro 85 dans un ovale, O.F au dos du manche gravé en creux, Don Serge Joyal, MMBAM 2010.806, Photo non disponible.

Naudin, François-Dominique, Cuillère à ragoût (2), (France) 1800-1809, Argent, 27,2 x 5,3 cm, maître (incomplet) une fleur de giroflée surmontant FD au-dessus de N dans un losange vertical, titre un coq dextre regardant senestre le chiffre 1 dans un octogone aux angles tronqués, garantie tête de vieillard vue de face le numéro 85 dans un cercle, B au dos du manche, Don Serge Joyal, MMBAM 2010.812, Photo non disponible.

Du fait du protectionnisme du commerce de l'orfèvrerie civile britannique, sa contrepartie française n'avait donc que peu de pénétration au Québec ancien. La présence de cuillers à servir françaises de cette époque au MMBAM s'explique donc par des importations plus récentes.

La domination des styles britanniques se retrouve, en outre, très bien illustrée dans plusieurs cuillers à servir d'autres orfères de cette période, tels François Delagrave, Martin Cheney et James Smillie.


François Delagrave.

Delagrave, François, Cuillère à servir, (Régime anglais) 1796-1843, Argent, 30,5 x 6 cm, QMNBAQ 1953.166, Photo recto.

Delagrave, François, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) 1796-1843, Argent, 30 x 5,2 cm, QMNBAQ 1960.188, Photo recto.

Delagrave, François, Cuillère à ragoût, (Régime anglais) 1796-1843, Argent, 32,6 x 6,2 x 4,9 cm, FD (rectangle 2), oiseau dressé (carré 1), oiseau horizontal (rectangle 2), H. Allice 1970.04.17, Birks, OMBAC 26454, Photo RD B81:33:24-25.

Delagrave, François, Cuillère de service, (Régime anglais) 1796-1843, Argent, 30 x 5,9 x 4,3 cm, Birks, OMBAC 26451, Photo non disponible.
A.M., Cuillère de service, (États-Unis) 1798-1799, Argent, 33,2 x 5,2 x 3,1 cm, Birks, OMBAC 27624, Photo non disponible.


Martin Cheney.

Cheney, Martin, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1809-1839, Argent, 30,9 cm, Cheney rectangle (1), lion marchant (1), tête de léopard (1), Monogramme JLB, H. Griffin 14 juillet 1941, Birks, OMBAC 26443, Photo RD B81:31:25-26.


James Smillie.

Smillie, James, Cuillère à servir, (Régime anglais) 1819-1829, Argent, 29,70 x 5,5 x 3,2 cm, Jean Palardy (1905-1991), MMMAQ 1983.28, Photo RD recto verso poinçon.

Allodi 1989 fig. 23.

James Smillie a gravé, vers 1825, une magnifique représentation de la vitrine du magasin de son oncle, marchand d'orfèvrerie et de d'objets de luxe, situé en haut de la rue de l'Escalier au beau milieu de la Côte-de-la-Montagne, qui illustre parfaitement l'ampleur et la variété des importations britanniques en orfèvrerie au début du XIXe siècle.

 


RÉGIME ANGLAIS

Anonymes.

Anonyme, Cuiller à servir, (Régime anglais) 1780-1820, Métal plaqué argent, 35,5 x 6,9 x 4,3 cm, MMMAQ NN 600, Photo RD recto verso goutte.

Les IAD ne révèlent aucune cuiller à servir en argent haché ou en cuivre argenté sous le Régime français. Le MMMAQ en possède cependant une, en métal argenté, qui imite celles en argent, mais avec une exécution beaucoup moins sophistiquée.

Anonyme, Cuillère à servir, (Pays inconnu) Date inconnue [1784 d'après la fiche du musée ?], Argent, 32,4 x 6,1 cm, QMNBAQ 1954.40, Photo recto.

Anonyme, Cuiller à servir, (Nouvelle-France et Régime anglais) 1700-1900, Argent, 31,8 cm, Aucun poinçon, Montréal Archevêché, Photo IOA B-3 (fiche).

 

RÉGIME ANGLAIS

web Robert DEROME

Cuiller à servir d'Ignace-François Delezenne aux armes de la famille Baby.