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Divers peizages figures et fortifications
dessinees a la main en lanée 1675


0. Page titre.

Ce premier folio du carnet en constitue la page titre. Nous l'avons numérotée « 0 » afin de conserver aux autres pages les mêmes numéros que ceux utilisés par l'artiste. Tout en nous donnant plusieurs informations importantes, cette page pose certains problèmes d'interprétation. Le tampon apposé deux fois « ARCHIVES DU COLLÈGE DE MONTRÉAL », où enseignaient les sulpiciens, a dû être ajouté au XXe siècle. C'est effectivement dans les locaux du Grand Séminaire de Montréal que nous avons photographié en diapositives ce carnet vers les années 1970.

Remarquons tout d'abord la belle écriture du titre et de la date : « Divers peizages figures et fortifications dessinees a la main en lanée 1675 ». Le paraphe central semble être de la même main. Cette écriture et ce paraphe semblent être de la même main que la signature « De Lajoüe » et son paraphe apparaissant en haut au centre du folio 1. La graphie du D majuscule est identique dans les mots « Divers » et « De Lajoüe ». Cette hypothèse devra évidemment être corroborée par l'analyse de documents d'archives écrits ou signés par François de Lajoüe (1656-1719) auquel nous attribuons ce carnet sur cette base graphologique, mais aussi pour plusieurs autres raisons liées à sa biographie et sa profession.

Tous les autres noms qui apparaissent semblent avoir été ajoutés ultérieurement par des propriétaires successifs du carnet. Tout en haut de page titre au centre, le mot « dominique » a été biffé et surchargé. Le gribouillis sous « dominique » semble être une imprégnation d'encre imbibée par apposition d'une autre feuille fraîchement écrite. Il demeure tout aussi indéchiffrable à l'endroit qu'à l'envers.

L'identification du mot au-dessus du paraphe au milieu de la page titre pose problème. Son style d'écriture est très différent du paraphe et du titre ; il semble donc avoir été ajouté ultérieurement. Nous avons d'abord et longtemps crû y voir l'énigmatique mot « darsun [ou darsan ?] qui paraît impossible à élucider. L'index du Dictionnaire biographique du Canada ne fournit aucune clé permettant de l'identifier, ni la vie et la carrière des personnages liés aux autres signatures : Lajoüe, Belmont ou d'Argenteuil. On trouve sur le web quelques noms qui reprennent la graphie « darsun », mais aucun nom français traditionnel. Pourrait-il s'agir d'une abréviation, ou d'un nom de lieu, ou d'un surmon, ou d'un pseudonyme ?

Au lieu de « darsun » nous proposons de lire « Janson »... Il pourrait alors s'agir de Pierre Janson dit Lapalme, architecte des fortifications de Québec au même titre de Lajoüe. Et le « dominique » pourrait alors être Dominique Janson dit Lapalme, également un architecte de la même famille mais résidant à Montréal. Ce lien pourrait peut-être expliquer le transport de ce carnet dans cette ville où il est conservé aujourd'hui par les sulpiciens dont Vachon de Belmont fut l'un des membres éminents, également architecte, et dont la signature apparaît au folio 1.

Notons que la signature « Janson » semble être de la même main et de la même encre pâle que la répétition de la date « 1675 », ce qui pourrait être interprété comme une reconfirmation ultérieure par une autre personne de la date originale apposée en même temps que le titre par l'auteur des dessins. Dans les deux cas il s'agit bien d'un cinq si on les compare aux chiffres qui apparaissent sur les folios 15 et 25, le folio 5 étant quant à lui pratiquement illisible.

Notons qu'un autre signature apparaît au folio 34 à la toute fin du carnet. Ce « Mosier dargenteüile » pourrait être Pierre d'Ailleboust d'Argenteuil (1659-1711), né à Québec en 1659 et décédé à Montréal en 1711, ce qui pourrait encore une fois expliquer le transfert du carnet de Québec à Montréal. D'Argenteuil était soldat et voyagea beaucoup en Amérique du Nord, mais on ne lui connaît pas de voyage en Europe, ce qui le disqualifie comme auteur de ces dessins. Par ailleurs ce nom qui apparaît à la toute dernière page du carnet s'apparente à un exercice d'écriture si on en juge par la répétition du « M ».


1. Fort carré au milieu d'un lac, maison à l'arrière, pêcheur avant-plan gauche, boeufs ou vaches avant-plan droite.

La signature de « Belmont », quelque peu tremblante en haut à gauche, semble un ajout ultérieur, datant peut-être de la fin de la vie de François Vachon de Belmont (1645-1732). On y décèle une toute autre main d'écriture que celle du titre au folio 0 ou de la signature « De Lajoüe » qui la jouxte immédiatement à droite. Vachon de Belmont, né à Grenoble, était en France en 1675. Il pourrait être l'auteur de ce carnet de dessins, mais le style de sa signature est trop différent de celle du titre pour retenir cette hypothèse.

« François Vachon de Belmont reçut une "éducation raffinée, tout à fait grand siècle". Il apprit plusieurs langues, s'adonna au dessin et à la musique, dont le luth, en plus d'obtenir un baccalauréat en théologie de la Sorbonne. Passa-t-il une partie de son adolescence à la cour ? On affirme en tout cas qu'il fut page de la reine avant d'occuper un poste dans la magistrature du Dauphiné. » Diacre, il arrive en Nouvelle-France en 1680 et est ordonné prêtre l'année suivante. Il correspond avec le supérieur de Saint-Sulpice à Paris, M. Tronson. Il passe une grande partie de sa vie à s'occuper des Amérindiens mis en réserve au fort de la montagne, au Sault-au-Récollet, puis au lac des Deux-Montagnes. En 1701 il succède à Dollier de Casson à titre de supérieur des sulpiciens en Nouvelle-France et comme lui se consacre aux travaux historiques par son Histoire du Canada. Il fournit sa fortune et ses multiples talents aux plans et à la construction du séminaire de la rue Notre-Dame, du fort de la Montagne, d'un moulin, de la façade de l'église Notre-Dame, de la chapelle de la congrégation des hommes. Il n'est donc pas étonnant que ses activités d'architecte l'aient amené à s'intéresser à ce carnet qui contient plusieurs dessins d'architecture et de fortifications.


2. Château sur minuscule îlot rocheux escarpé, barque avec rameurs avant-plan gauche.


3. Cavalier sur une route près d'un château, navire dans une baie arrière-plan droit.


4. Alignement de quatre écuries dans un paysage aux fermiers, hameau à gauche et église à l'horizon.

 

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