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Les faubourgs de Montréal, évolutions et confusions.

Phagocytage du bourg par les faubourgs.

Inclure dans le territoire des Faubourgs le BOURG d'origine est un non sens toponymique et historique...! (Voir Appellations nouvelles et anciens faubourgs et Confusions autour de l'appellation « Faubourgs ».) Jamais telle confusion n'aurait été faite en France où les parties anciennes des villes sont clairement identifiées et où les faubourgs sont également fort bien délimités en périphérie du bourg d'origine.

Comment alors expliquer qu'une telle confusion topographique et toponymique ait pu voir le jour à Montréal en rapport avec l'ancienne Ville-Marie d'origine ??? Voici quelques pistes de réflexion...

Les fonctionnaires qui ont présidé aux appellations qui concernent les Faubourgs habitent-ils ce territoire ou bien proviennent-ils des banlieues ? Connaissent-ils les réalités de ce territoire ou les ignorent-ils ?

L'ignorance généralisée du sens et de l'acception du mot FAUBOURG par la population francophone de Montréal, liée à l'ignorance de notre histoire. Pourquoi pensez-vous que le Québec se soit doté de la devise « Je me souviens » si ce n'est parce que notre population a une très forte tendance à ignorer son passé...! D'ailleurs que nous reste-t-il de la Ville-Marie d'origine détruite sous les constructions des XVIIIe, XIXe et XXe siècles ? (Pour plus d'information sur l'ancienne Ville-Marie voir cette page web.)

Notre position très particulière de francophones dans une mer d'anglophones en Amérique du Nord et surtout dans la très très bilingue Montréal, où l'anglais est omniprésent, pourrait expliquer l'origine de la confusion, d'abord par l'ignorance de la terminologie française, mais aussi par l'habitude très nord américaine de détruire ses anciens centres villes. La ville de Québec ne fait pas de confusion entre sa vieille ville et ses faubourgs...!

La renaissance de l'utilisation du toponyme faubourg pourrait remonter à la création du centre commercial le Faubourg Sainte-Catherine. Par effet d'entraînement cette nouvelle terminologie se serait répandue comme une traînée de poudre dans les raisons sociales, tout comme on l'a fait à Paris.

Depuis les années 80 on assiste au centre-ville de Montréal à un retour des banlieusards et des yuppies fatigués de traverser les ponts. On achète donc le patrimoine mobilier du centre-ville que l'on tranforme et habite. Ce mouvement est donc une migration. À l'origine de Ville-Marie cette migration partait du bourg pour aller vers les faubourgs. Aujourd'hui cette colonisation suit le chemin inverse : elle part des faubourgs et des banlieues pour revenir vers le centre. Le centre se trouve ainsi devenir un nouveau territoire colonisé, donc un nouveau faubourg. Pour s'en convaincre on n'a qu'à établir la liste des nouvelles constructions de multi-logements dans le Vieux-Montréal et sa périphérie depuis les années 1990. Les vestiges archéologiques de l'ancien Faubourg Québec n'ont d'ailleurs pas échappé au massacre...!

Les modifications profondes des structures montréalaises et des multiples paliers d'organismes et institutions qui y travaillent favorisent les décalages et confusions territoriales avec des topographies et des toponymies qui se recouvrent, se découpent, se partialisent et se concurrencent. On veut redonner au centre-ville un sens humain et y retrouver le confort du foyer. On a d'abord fondé la minuscule Ville-Marie à la Pointe-à-Callières, puis on l'a agrandie vers le Vieux-Montréal, puis vers ses faubourgs et ses quartiers, et finalement on l'a incluse dans l'immense territoire de l'actuel Arrondissement de Ville-Marie. Comme ce territoire est trop multiple et trop vaste, comme il recouvre trop de différents milieux de vies, on « re-faubourg-ise » ces milieux afin de leur donner une dimension humaine. On veut donc humaniser le centre-ville en le rendant plus habitable et sympathique.

 

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