PREVOST Claude (XVIIe siècle)

LE GENDRE Elisabet (XVIIe siècle)

 

Claude Prévost, ancien échevin de la ville de Paris, et sa femme Élizabeth Legendre donnèrent deux ostensoirs fabriqués à Paris par Claude Boursier, l'un à l'église de Trois-Rivières en 1664 (aujourd'hui à Wendake), l'autre à Kahnawake en 1668. Ces deux ostensoirs avaient été données aux jésuites pour leurs missions. Prévost et Le Gendre faisaient-il partie du réseau des dévots de la Nouvelle-France, de la Compagnie du Saint-Sacrement (Tallon 1990) ou de la Société de Notre-Dame (Daveluy 1965) ? 

 
Poinçon de maître orfèvre : une fleur de lys couronnée, deux grains, une grappe de raisin entre C et B.
Poinçon de maison commune : Paris, 8 juin 1667 - 14 juin 1668 : Y couronné.

Boursier, Claude, France, Paris (poinçon déclaré le 13 août 1647 - encore actif en 1698). Ostensoir. 1667-1668. Argent et argent doré. H. 60,3 cm. Poinçon de maître orfèvre : une fleur de lys couronnée, deux grains, une grappe de raisin entre C et B. Poinçon de maison commune : Paris, 8 juin 1667 - 14 juin 1668 : Y couronné. Inscription sous le pied : « CLAUDE PREVOST ANCIEN ESCHEVIN DE PARIS ET ELIZABETH LE GENDRE SA FEMME MON DONNE AUX RR PP JESUITES POUR HONORER DIEU EN LEUR PREMIERE EGLISE DES IROQUOIS, 1668 ». Kahnawake, Mission Saint-François-Xavier. Photos Robert Derome et Pierre-Olivier Ouellet.

Description des blasons

collaboration de Daniel Cogné 10 et 18 mars 2002

Tout d'abord, remarquons que les deux écus appartiennent par leur facture à l'esprit des créations héraldiques françaises du XVIIe siècle. La présence de deux écus en accolade, dit parfois «écus français ou de Louis XIV» est typique de cette période. À noter aussi le fait que ces écus soient entourés de branches de lauriers (cela me semble plus évident pour l'écu Legendre) et qu'ils ne soient timbrés d'aucun cimier. C'est la disposition la plus courante des armoiries françaises au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle.

Les meubles des écus sont bien différents ; il faut y voir deux familles bien distinctes.

Prévost (Paris) : D'argent à trois roses de gueules. (Rietstap 1967).

restitution par Robert Derome

Le casque qui timbre l'écu de Prévost est une convention qui a été reprise par plusieurs bourgeois au XVIIe siècle. De même les couronnes nobiliaires qui timbraient les écus nobles ont été usurpées très fréquemment à partir de cette période jusqu'à la Révolution. Il ne faut donc y attacher qu'une importance relative.

Legendre : D'azur à la fasce d'argent accompagnée de trois têtes de pucelle de même chevelées d'or, posées deux en chef et une en pointe.

restitution par Robert Derome

Il existe quelques variantes utilisées par d'autres membres de cette famille pour les émaux des têtes, par exemple dans certains cas, les têtes sont dites de carnation. (Armorial de la Généralité de Paris).

En principe les émaux de l'écu auraient pu être indiqués par le système de hachures conventionnelles qui existaient depuis le XVIe siècle. L'exécution de ces hachures dans le métal demandent à l'orfèvre une grande virtuosité, ce qui n'a pas été le cas ici.

 

Prévost (Paris) : D'argent à trois roses de gueules. (Rietstap 1967).

 

Poinçon de maître orfèvre : une fleur de lys couronnée, deux grains, une grappe de raisin entre C et B.
Poinçon de maison commune : S de 1663-1664.

Boursier, Claude, France, Paris (poinçon déclaré le 13 août 1647 - encore actif en 1698). Ostensoir. 1663-1664. H. 53,5 cm. Base 19 x 26 cm. Poinçon de maître orfèvre : une fleur de lys couronnée, deux grains, une grappe de raisin entre C et B. Poinçon de maison commune : S de 1663-1664. Inscription : « CLAVDE PREVOST ANTIEN ESCHEVIN DE LA VILLE DE PARIS ET ELISABET LE GENDRE FAMME MONT DONNE POVR SERVIR A LEGLISE DES PERES IESVITES AVX TROIS RIVIERES LAN 1664 ». Wendake, Village des Hurons, Église Notre-Dame-de-Lorette. Photos Robert Derome 1972.

 

Qui étaient Claude Prévost et Élizabeth Le Gendre ?

Collaboration de Christine Noël de Tilly

Recherches et textes à faire.

 

Qui était Claude Boursier ?

Collaboration de Michèle Bimbenet-Privat et Robert Derome

Claude Boursier est l'orfèvre dont les 8 œuvres conservées au Québec étaient jusqu'ici attribuées à Claude Ballin (Trudel 1974a). Boursier est le fils d'un orfève parisien, Martin, et le neveu d'un autre orfèvre, Jacques Boursier. Il devient maître orfèvre et choisit son poinçon le 13 août 1647 « CB et au milieu une grappe de raisin ». Les archives nous disent qu'il vivait dans l'Île de la Cité, près de Notre-Dame, ce qui peut expliquer pourquoi son répertoire est essentiellement religieux. Il n'apparaît pas comme un orfèvre important, mais plutôt comme un artisan modeste. Il épouse l'année de sa maîtrise la fille d'un maçon. On sait peu de chose sur sa carrière, seulement qu'il vivait encore en juin 1698 date à laquelle il est condamné par la Cour des Monnaies de Paris parce qu'il ne tient pas ses registres d'achats et de ventes, ce qui est illégal. Sa mort se situe vraisemblablement à l'extrême fin du siècle.

 

Un troisième ostensoir de Claude Boursier à Neuville

Collaboration de Michèle Bimbenet-Privat et Robert Derome

On trouve un troisième ostensoir de Claude Boursier à Neuville. Aurait-il été donné par les mêmes commanditaires ? Il ne porte pas d'armoiries, mais une inscription dans le même style que celle des deux autres ostensoirs : « POUR LA CHAPELLE STE ANNE ». Des recherches devront être faites pour identifier cette chapelle. 

Cet ostensoir a été beaucoup réparé et altéré. On a ajouté des pierreries qui ont troué le métal et abîmé plusieurs poinçons. Une plaque soudée sous la base a également rendu illisible plusieurs poinçons. On ne peut donc pas dater présiment l'objet. L'ostensoir fut retourné en France en 1717-1722 comme l'attestent des poinçons sur la bate et sur les rayons qui furent redoublés pour augmenter leur solidité. En 1765-1766 on remplaça le « croissant » qui supporte l'hostie. En 1826-1827 on paya 21# à l'orfèvre Laurent Amiot « pour réparation de l'ostensoir (Fonds Gérard Morisset, FM1-8336-91, transcription des Livres de comptes de la paroisse) ». Le 18 novembre 1994, le curé Paul Tremblay de Neuville nous informait que l'ostensoir avait été « redoré à Québec il y deux ou trois ans », donc vers 1991-1992. Notons encore des réparations aux collerettes, ainsi que tout autour du lien entre la base et la tige.

Sous la base, poinçon de maître orfèvre parisien : CB, symbole emporté par un trou d'anciennes pierreries.
Sur le rebord de la bate, poinçon de décharge de Paris de vieille vaisselle, Étienne de Bouges, 1717-1722 : une rose.
Sur un des rayons, poinçon de décharge de Paris, menus ouvrages, Étienne de Bouges, 1717-1722 : une fleur de lys dans un losange.

Boursier, Claude, France, Paris (poinçon déclaré le 13 août 1647 - encore actif en 1698) [attribution]. Anonyme, France, Paris (XVIIIe siècle) [réparation]. Ostensoir. 1647-1698, 1717-1722 [réparation à Paris], 1826-1827 [réparation par Laurent Amiot], 1991-1992 [redorure à Québec]. Argent, redoré à Québec vers 1991-1992. H 51 cm avec la croix ; D soleil 12,4 cm. Sous la base, poinçon de maître orfèvre parisien : CB, symbole emporté par un trou d'anciennes pierreries. Sur le rebord de la bate, poinçon de décharge de Paris de vieille vaisselle, Étienne de Bouges, 1717-1722 : une rose. Sur un des rayons, poinçon de décharge de Paris, menus ouvrages, Étienne de Bouges, 1717-1722 : une fleur de lys dans un losange. Inscription sous la base : « POUR LA CHAPELLE STE ANNE ». Neuville. Photos Robert Derome.