Sulpiciens (à Montréal depuis 1657)

Les sulpiciens sont fondés par Jean-Jacques Olier en 1641, l'un des membres de la Société de Notre-Dame à l'origine de Ville-Marie. Les prêtres de Saint-Sulpice arrivent à Montréal en 1657 dont il deviennent propriétaires et seigneurs le 9 mars 1663 (Lahaise 1980, p. 227). Le Vieux Séminaire est le plus ancien édifice conservé dans le Vieux-Montréal, bâti de 1683 à 1688, vraisemblablement selon les plans du supérieur François Dollier de Casson. Au cours des siècles cet immeuble fut souvent modifié.

« Durant les premières années du XVIIIe siècle, deux ailes, projetées depuis le début, furent ajoutées. Bien que certains auteurs avancent l'hypothèse que les pavillons latéraux aient été construits en deux temps, l'état actuel des connaissances ne nous permet que de constater que les ailes furent érigées entre 1704 et 1713, soit entre l'élaboration du plan de Jacques Levasseur de Néré (1704) et celui de Gédéon de Catalogne (1713) [source : Vieux séminaire de Saint-Sulpice]. »

James D. Duncan émigre au Bas-Canada à l'été de 1830. En 1831 il collabore à l'Album de Jacques Viger (Boivin 1990). Ses dessins des édifices montréalais sont une source documentaire exceptionnelle ; ils ont été gravés par P. Christie et édités par Bosworth en 1839. Celui du Seminary atteste l'existence, avant 1839, des armoiries sculptées des sulpiciens au fronton du portail du mur de clôture de leur séminaire du Vieux-Montréal (DeVolpi 1963, pl. 68 ; Lahaise 1980, p. 243 ; Todd 1982).

James D. Duncan (1806-1881) gravé par P. Christie, Seminary (détail des armories), 1839, dimensions totales d'environ 4,5 x 7,8 cm, dimensions des armoiries d'environ 0,4 x 0,8 cm, gravure tirée de Bosworth 1839.

D'azur au monogramme d'argent AM pour AVE MARIA, cimier d'azur aux roses d'argent, deux guirlandes d'argent, à dextre un lion rampant d'argent sur une palme de gueules et un autre d'or identique en miroir à senestre. Armoiries et Vieux Séminaire photographiés le 20 juillet 2001 par Robert Derome.

Ce mur de clôture joignait l'aile ouest, construite en 1705, et l'aile est construite en 1715 par Deguire dit Larose puis démolie en 1848. « Le mur se prolongeait sur une distance de 200 pieds en bordure de la rue Saint-François-Xavier après avoir formé un quart de cercle à l'intersection des deux rues (Pinard 1987-1989, tome 2, p. 253). »

Ces armoiries dateraient-elles du XVIIIe siècle ? Des collaborations sont sollicitées afin retrouver l'auteur de ces armoiries et leur date de fabrication.

« Ce blason, augmenté de trois fleurs de lis en chef, se trouve aussi au fronton du collège André-Grasset de Montréal (architecture Art Déco). J'en ai publié la photo dans la revue de la Société héraldique du Canada (collaboration de Daniel Cogné le 31 juillet 2001). »

« Ce qui orne présentement le fronton du portail du mur de clôture du séminaire des Sulpiciens du Vieux-Montréal représente davantage une forme d'emblème assez bizarre que des armoiries. Je ne pense pas qu'il soit utile pour le moment d'en tenter la description héraldique. Il y a des différences marquées entre la gravure de Christie et la photographie récente. Dans la gravure, le monogramme AM me paraît surmonté d'un croissant (assez souvent associé à la Vierge) et l'écu (en cartouche) semble sommé d'un chapeau ecclésiastique. On constate aussi que le support dextre (gauche du spectateur), bien que la corne manque, ressemble plus à une licorne (qui a une tête de cheval et une queue de lion) qu'à un lion. Ceci signifierait que les supports étaient à l'origine calqués sur les armoiries de Grande-Bretagne avec leur position inversée. Il est à noter que la licorne des armoiries britanniques est blanche comme le présent lion de la sculpture. La palme sous l'écu actuel (bizarre de position) était peut-être à l'origine un listel portant une devise. Je soupçonne donc des armoiries remaniées beaucoup plus plausibles comme emblème héraldique à l'origine. Il s'agit d'un problème intéressant, mais de taille (collaboration d'Auguste Vachon, le 27 juillet 2001). »

Ces « armoiries » sont en bois avec une peinture toute fraîche. Sur cet agrandissement photographique on distingue d'ailleurs les bordures des diverses planches utilisées pour l'écu bleu, les lions et le fonds rouge. Exposées aux intempéries comme elles le sont, il est tout à fait normal qu'elles aient dû être entretenues, réparées, modifiées au cours des décennies. Nous pourrions même être en présence d'objets recopiés sur les originaux attaqués par la pourriture comme ce fut souvent le cas dans les sculptures de façade des églises (Béland 1994, p. 27-28). Une expertise scientifique et des recheches historiques s'imposent. Notons plusieurs différences entre la gravure de Christie et le portail actuel : la disparition des trois éléments décoratifs tournés en forme de vases décorant les trois pointes du fronton ; la disparition de deux des pilastres doriques adossés de chaque côté du portail, soit ceux qui arrivaient vis-à-vis les deux extrémités du fronton triangulaire, ce qui a pour effet de rompre l'équilibre architectonique de l'ensemble. Dans le même ordre d'esprit, il est donc tout à fait plausible que les armoiries aient été remaniées.

La gravure de Christie d'après le dessin de Duncan est de toute petite dimension (environ 4,5 x 7,8 cm) et très imprécise dans les détails. Il faudrait donc être prudent dans l'interprétation des meubles héraldiques à partir de cette source sur laquelle les armoiries ne mesurent que 0,4 x 0,8 cm ! Étant donné que la forme générale ressemble beaucoup à celle d'aujourd'hui, nous proposons donc d'y lire, au-dessus du monogramme AM, les mêmes éléments, soit une couronne de roses et une guirlande d'argent.

Par contre, les éléments d'influence britannique repérés par Auguste Vachon pourraient-ils indiquer que ce fronton armorié puisse dater du Régime anglais ? Donc, après la Conquête ? Longtemps après la construction du mur au début du XVIIIe siècle ? Pourrait-on y lire un message adressé aux autorités britanniques au coeur de la Place d'Armes et de la paroisse à côté de l'église Notre-Dame ?

« La Conquête fut lourde de conséquences pour les Sulpiciens de Montréal. Avant 1764, ils ne formaient en somme qu'une succursale de leur compagnie ; la maison-mère de Paris était propriétaire de tous leurs biens. Mais, en février 1764, à la suite du changement de métropole la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice cédait ses biens du Canada au séminaire de Montréal. Ce transfert de propriété suscita d'épineuses questions concernant le statut légal du séminaire. Le gouvernement britannique ne reconnut le séminaire comme organisme constitué juridiquement qu'en 1840 [source : Vieux séminaire de Saint-Sulpice]. »

« En 1693, les Sulpiciens, seigneurs de l'île de Montréal, font l'acquisition d'un terrain au nord de l'église Notre-Dame dans le but d'en faire une place publique qu'on appellera "place de la fabrique". Il s'agit de la seconde place publique à Montréal, la première étant la place Royale actuelle, qui servait, depuis 1676, de place du marché et de place d'Armes. Située en un lieu privilégié de la haute-ville, la nouvelle "place de la fabrique" devient rapidement un lieu de rencontre et de socialisation où se fait, à la sortie de l'église, la lecture des décrets et ordonnances. Suite aux réaménagements qui découlent de l'incendie dévastateur de 1721 autour de la place Royale, on déplace le site des manœuvres des soldats sur la "place de la fabrique" agrandie par l'occupation d'une bande de terrains situés sur la moitié nord de la place actuelle. C'est à partir de ce moment que le lieu prend son nom actuel de place d'Armes. La place se distingue par les événements qui s'y sont déroulés. C'est là qu'en septembre 1760, les régiments français déposeront tour à tour leurs armes en présence des principaux officiers anglais. [... En 1773,] les résidants de la ville y installent le premier monument érigé à Montréal, un buste de George III, roi d'Angleterre. En 1775, avant l'occupation américaine, des inconnus barbouillent la statue de noir et lui passent autour du cou un collier de pommes de terre avec une croix portant l'inscription "Voilà le pape du Canada et le sot anglais". Par la suite, le buste disparaît. Il sera retrouvé plusieurs décennies plus tard dans l'ancien puits de la place d'Armes. Ce buste est conservé au musée McCord. (source : Place d'Armes). »

Ville-Marie avait été placée au XVIIe siècle sous la protection de la Vierge dont le vocable Notre-Dame arborait le sceau de sa fondatrice, la Société de Notre-Dame. Il n'est donc pas étonnant que les sulpiciens aient voulu prolonger cette tradition en adoptant le monogramme de la Vierge, AM pour Ave Maria, que l'on retrouve sur plusieurs de leurs objets anciens, par exemple leur magnifique et exceptionnelle soupière du XVIIIe siècle.

Détail du monogramme AM surmonté d'une couronne à cinq pointes trilobées. Le point noir au centre est le reflet de la lentille de la caméra.
Jacques Varin dit Lapistole (1736-1791) pour la soupière et Robert Cruickshank (vers 1745 - 1809) pour le couvercle, Soupiere, XVIIIe siècle, argent et bois, H 28,8 cm, L 49,5 cm, Montréal, Vieux Séminaire, photos par Robert Derome.

« Je ne suis pas certain que le monogramme des sulpiciens soit AVE MARIA. Je pense qu'un sulpicien m'a déja dit qu'il s'agissait du monogramme Jésus Marie Joseph (I MA I). Il faudrait vérifier cette source auprès des autorités sulpiciennes : archiviste de la paroisse Notre-Dame, par exemple (collaboration de Daniel Cogné le 31 juillet 2001). »
Lettres I MA I superposées : on note les empattements caractéristiques des « I » en haut et en bas.
Détail du monogramme AM tiré des armoiries du fronton de la clôture du Vieux Séminaire.
Lettres AM superposées : on note l'absence des empattements caractéristiques des « I » en haut et en bas.

Le monogramme de gauche ci-dessus présente les lettres « I MA I » superposées, pour Iesus Maria Ioseph, les trois personnages de la sainte Famille dont la confrérie était très active à Montréal au XVIIe siècle et qui a jeté les bases de cette iconographie en Nouvelle-France (QMQ 1984c, p. 55-72). Afin de confirmer l'hypothèse de l'utilisation de ces lettres IMAI on devra en attester l'utilisation dans les oeuvres d'art ou les archives antérieures à 1839, date où l'on sait que ces armoiries ornaient le fronton de la clôture de pierre du Vieux Séminaire dont le monogramme ne présente pas les empattements caractéristiques des I, ce qui nous fait opiner vers un monogramme AM similaire à la superposition de ces lettres dans celui de droite. Le monogramme de la soupière ci-dessus présente par ailleurs les lettres cursives A et M superposées sur lequel l'utilisation de deux I au début et à la fin est tout à fait exclue.

Par ailleurs, les religieuses Hospitalières de Saint-Joseph utilisent dans leur correspondance les lettres JMJ pour Jésus Marie Joseph (soeur Nicole Bussières le 3 août 2001). Elles suivent en celà la tradition implanté par Jérôme Le Royer de la Dauversière qui signait ses lettres « Vivent J. M. J. » (archives MRHSJ).