L'iconographie de saint Louis
chez de Heer
et Aide-Créquy
web Robert DEROME

Les pérégrinations du roi enfant d'Aide-Créquy

Aide-Créquy a peint, dans la deuxième décennie du Régime anglais (Siège de Québec en 1759, capitulation de Montréal en 1760, Traité de Paris en 1763, fin du Régime militaire en 1764) et peu de temps après l'Invasion Américaine de 1775-1776, sa très intéressante version consacrée à saint Louis. Contrairement à celle de de Heer, elle a connu une histoire plus mouvementée liée à des aléas de conservation, mais une fortune critique plus étoffée.

 


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Curé et peintre à Baie-Saint-Paul

Joseph Légaré, Baie-Saint-Paul et l'Isle-aux-Coudres (détail), vers 1830, huile sur papier contrecollé sur vélin,
36,8 x 55,9 cm, Québec, Musée de la civilisation, collection du Séminaire de Québec 1994.24989.

Le texte du premier biographe de Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), publié moins d'un siècle après son décès, a été repris par nombre d'auteurs par la suite malgré l'absence de sources pour justifier ses assertions.

« M. Jean-Antoine-Aide Créquy, ordonné prêtre le 24 octobre 1773, fut aussitôt après son ordination nommé curé de la Baie Saint-Paul où il arriva au commencement de novembre. C'était un homme d'une faible santé et l'application qu'il donnait à la peinture contribua encore à l'affaiblir. Ce n'était pas un Raphaël, mais cependant on voit qu'il avait du goût et de l'aptitude pour cet art. Le tableau de Saint-Louis de l'Ile-aux-Coudres et aussi, je crois, les tableaux des trois autels de l'église de Saint-Joachim sont de lui. La santé de M. Créquy diminuant de jour en jour, il fut obligé de quitter la cure au mois de juin 1780 et le soin de la paroisse resta encore au curé de l'Ile-aux-Coudres, qui était alors M. Compain, (a) jusqu'à l'arrivée de M. Gagnon en octobre suivant. M. Créquy mourut à Québec le 17 décembre 1780, à l'âge de 31 ans et 8 mois seulement, et fut enterré dans la chapelle Sainte-Famille de la cathédrale [Trudelle 1878, p. 115-116, (a) il s'agit d'une note sur M. Compain avec référence au "Dictionnaire de Bibeau" ; il n'y a aucune référence à Aide-Créquy dans ce Dictionnaire... de Bibaud 1857]. »

Les sources de Trudelle devraient cependant figurer dans un recueil manuscrit constitué une vingtaine d'années auparavant ; elles ont été corroborées et augmentées dans une récente biographie (Porter 1980c, référence à Charles Trudelle et al., Recueil de lettres et de notes concernant la paroisse de la Baie St Paul, Baie-Saint-Paul, Saints Pierre et Paul, Archives paroissiales, 1859, ainsi qu'à plusieurs autres sources d'archives).

Dessiné par John Jeremiah Bigsby (1792-1881) en 1819 à Baie-Saint-Paul, gravé par R. Young en 1850 à Londres,
Village of St. Paul, gravure, « J.J.B. del | R. Young sc. | Village of St. Paul », Bigsby 1850, vol. 1, frontispice.

Voir le site de Rolande Perron, Les Cahiers de Rolande, Histoire,
pour une discussion de l'architecture de cette église et de sa représentation divisée entre plusieurs documents
ou rassemblée ici en pdf avec une table des matières chronologique.
Voir aussi son texte Jean-Antoine Aide-Créquy (web ou pdf).

Paul-Gaston Masselotte (1848-1895), Église de Baie-Saint-Paul vers 1875, 1885-1890,
décor mural, église Saint-Louis, Isle-aux-Coudres. Photo collaboration Rolande Perron, avril 2010.

Un article récent, Jean-Antoine Aide-Créquy (1749–1780) : matériaux et technique picturale, publié en 2015 par trois spécialistes en conservation, Élisabeth Forest, Marie-Claude Corbeil et Elizabeth Moffatt (Forest 2015), permet de mieux connaître les méthodes de travail et les matériaux utilisés par ce prêtre artiste, le premier peintre né au Québec, à l'occasion de la restauration de deux de ses grands tableaux religieux, L’Annonciation et la Vision de saint Roch. En tout, huit tableaux sont étudiés, dont le Saint Louis, en espérant qu'il pourra bientôt être restauré afin d'en apprendre davantage et d'assurer sa conservation à long terme.

La brève carrière artistique du prêtre curé s'est jouée durant les sept années qu'il a passées comme curé à Baie-Saint-Paul. C'est durant cette très courte période qu'il a peint son oeuvre résumé dans ce tableau sommaire.

 

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Inventaire des oeuvres
(D'après Forest 2015 et nos ajouts)

Date
Titre
Photo
Localisation
H cm
L cm
Signature Conservation et notes
1
1774
Vierge à l’enfant
Augustines Hôtel-Dieu Québec
84
66
Pinxit Créquy / 1774 Surpeint et rentoilé. « Restauré par les Soeurs du Bon Pasteur 1926 ». Forest 2015, fig. 1.
2
1775
Sainte Famille
Notre-Dame de Québec
  Commandé pour remplacer un frère Luc détruit en 1759, il est incendié en 1866.
3
1775
Vision de la bienheureuse Angèle Mérici
Forest 2015, fig. 2.
Ursulines de Québec
210
173
Pinxit Créquy 1775 Toile et châssis d'origine.
4
1776
L’Annonciation
Notre-Dame-de-Bonsecours, L’Islet
352
242
A. Créquy pter pinxit 1776. Restauré en 2000 par Élisabeth Forest (Forest 2015, p. 11, 22 et 40 note 6 qui réfère à Forest 2002). Voir une meilleure reproduction dans Forest 2015, fig. 4.
5
1777
Saint Louis tenant la couronne d’épines
Église Saint-Louis, L’Isle-aux-Coudres
160
191
J. A.
Créquy P˜ter / pinxit. 7â Die Aug. 1777

Voir Conservation et photographies.

6
1777
Vision de saint Roch
Forest 2015, fig. 6.
Église Saint-Roch, Saint-Roch-des-Aulnaies
290
205
J.A. Créquy p˜ter
p˜xit 1777.
Restauré en 2001 : peinture par Michael O’Malley ; cadre par Patrick Albert et Florence D’Allaire (Forest 2015, p. 20 et 43 note 39).
7
1779
Saint Joachim présentant la Vierge au temple
Église Saint-Joachim, Saint-Joachim
230
170
A. Créquy p˜xit 1779. Revers caché par un dos protecteur de planches. Photo : Landry 2005, p. 129 fig. 146. Voir aussi Forest 2015, fig. 10.
8
1775-1780
Saint Pierre et saint Paul
Baie-Saint-Paul
52,1
69,9
Pinxit Créquy Incendié en 1962. Photo Jean-Paul Morisset 1954 (web ou réf).
9
10
Deux tableaux ?
Saint-Joachim
  Remplacés par des tableaux d'Antoine Plamondon en 1869 ?

11

 

12

Saint Paul

 

Saint Pierre

Augustines Hôtel-Dieu Québec
  Deux tableaux dorénavant attribués à Joseph Légaré par Lacroix 1998, p. 599 n° 197 fig. 158, et p. 601 n° 199 fig. 160.

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines, signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.

Plusieurs caractéristiques du Saint Louis ont été réutilisées, deux ans plus tard, dans le Saint Joachim : scène campée dans un décor architectural non identifié (imaginaire ou copié ?) ; plancher de tuiles qui trace une perspective par lignes de fuite ; personnages composés à partir de sources multiples, bien identifiées pour Joachim et la Vierge (Forest 2015, p. 22), mais plus complexes pour le roi enfant.

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Joachim présentant la Vierge au temple, signé et daté 1779, huile sur toile, 230 x 170 cm, Église Saint-Joachim, Saint-Joachim. Photo collaboration de Madeleine Landry 29 juin 2018, tirée de Landry 2005, p. 129 fig. 146, photographe Jacques Beardsell.

Aide-Créquy a utilisé ces deux tableaux comme sources pour ses personnages de Saint Joachim et de la Vierge.

Claude François dit frère Luc (1614-1685), Saint Joachim présentant la Vierge enfant, vers 1675-1676, huile sur toile, 161,3 x 114,3 cm, Musée de Sainte-Anne-de-Beaupré.

Jacques Gaillot (vers 1640–?), élève du frère Luc, Ex-voto de Marie-Anne Robineau de Bécancour, signé et daté 1675, huile sur toile, 124,6 x 91,2 cm, Musée de Sainte-Anne-de-Beaupré.

« Dans le tableau Saint Joachim présentant la Vierge au temple, Aide-Créquy, peut-être par souci d’économie, a employé une préparation jaune qui a été laissée à nu dans la zone du carrelage du plancher, des lignes de peinture étant ensuite tracées par-dessus la préparation pour rendre les joints entre les carreaux. Deux années plus tôt, Aide-Créquy avait peint un carrelage très similaire dans le tableau Saint Louis tenant la couronne d’épines, mais, cette fois, il avait fait l’inverse, utilisant la préparation brune du tableau pour rendre les joints des carreaux et appliquant par-dessus une peinture beige pour rendre les carreaux eux-mêmes. Par ailleurs, dans le cas de ces deux tableaux, la couleur de la préparation s’accorde à la tonalité générale du tableau, claire dans le cas du Saint Joachim, sombre dans le cas du Saint Louis. [...]

Bien que la composition des tableaux et l’exécution des figures laissent à désirer dans le cas du Saint Joachim et du Saint Louis, il faut reconnaître que le rendu de certaines figures est particulièrement réussi tant par les proportions, le modelé, l’expression des visages que par le rendu des drapés, témoignant ainsi du réel talent d’Aide-Créquy pour le dessin et la peinture. À cet effet, mentionnons les deux principales figures de L’Annonciation et de La Vision de saint Roch ainsi que les deux angelots dans le tableau représentant Angèle Mérici [Forest 2015, p. 32-34]. »

L'Annonciation d'Aide-Créquy au centre du retable, Église Notre-Dame-de-Bonsecours, L’Islet. Source : site et photo.

 

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Portrait-autoportrait Créqui-Beaucours...!?

Merci à la collaboration de Rolande Perron qui a attiré notre attention à propos de ses questionnements sur l'existence d'un autoportrait d'Aide-Créquy : « Je suis très impressionnée par votre recherche sur Aide-Créquy. J'espérais bien y trouver son autoportrait. »

Correspondance de Rolande Perron à propos de l'autoportrait d'Aide-Créquy

En ce qui a trait à l'autoportrait de Jean-Antoine Aide-Créquy (Créqui), et bien, j'ai fait, dans le passé, plusieurs démarches pour le trouver, dont l'une auprès de John Porter. Je vous remets la lettre que je lui ai fait parvenir à cet effet. Alors, si jamais vous pouviez me refiler des informations supplémentaires me permettant d'aller plus loin dans cette recherche, je vous en serai vraiment reconnaissante.

Baie-Saint-Paul, 29 août 2012. Bonjour M. Porter, Je fais appel à vous croyant que vous m’aiderez dans ma recherche. Nous sommes, Damien Lavoie et moi, à compléter une chronique sur les églises de Baie-Saint-Paul. Sur un tiré à part que vous avez eu la gentillesse de remettre à Damien, un certain nombre d’informations concernant l’abbé Jean-Antoine Aide-Créquy a attiré notre attention et nous aimerions bien avoir en mains une illustration de son portrait puisque la référence suivante, relevée dans les notes à la fin de votre texte sur Aide-Créquy dans le Dictionnaire biographique du Canada en ligne, me permet de présumer que ce portrait a peut-être bel et bien existé : Thomas O’Leary, Catalogue of the Chateau Ramezay museum and portrait gallery (Montréal, 1901), 35. Bien que nous ayons fait parvenir une demande à cet effet au Musée de Ramezay, la réponse fut décevante. La voici :

22 août 2012. Bonjour madame Perron, Comme je vous l’avais mentionné il y a un certain temps, je n’avais rien trouvé dans notre base de données des collections au sujet de ce portrait. Nous avons plus de 30 000 objets et archives et l’ensemble n’est pas complètement informatisé et numérisé. Néanmoins, si je vérifie au Catalogue du Château Ramezay datant de 1962 (le dernier qui fut publié), je n’y repère aucun portrait de l’abbé Créquy dans l’index. Je ne peux donc malheureusement pas vous aider davantage. Bien cordialement, Christine Brisson, Archiviste des collections, Musée de Ramezay.

Ma demande est la suivante : est-ce possible pour vous de nous aider à retracer ce dessin de Jean-Antoine Aide-Créquy ?

Les archives du Château Ramezay attestent bien de la réception de cette oeuvre le 18 septembre 1899 : « Don de Baby. No. 1583 [collaboration d'André Delisle et Christine Brisson 3 août 2018]. »

Transcription de O'Leary 1901 (p. 5, 23 et 35 n° 181)
Catalogue of the Chateau de Ramezay, Museum and Portrait Gallery.

Elgin Gallery. [...] (Artists name in small capitals. Donors name in italics). [...] West wall. | Portraits. [...] 181. Créqui, l'Abbé Jean-Antoine-Aide, born at Quebec 6 April 1749. Ordained priest 24 october 1773, died 7 December 1780. He was the first Canadian painter. Several of his paintings are in the Basilica at Quebec. The painting of the "Annonciation" over the main altar in the chruch at l'Islet is also by him.

Hon. Judge Baby

La Elgin Gallery (photo ci-dessous) était le local de l'actuelle salle de Nantes (collaboration d'André Delisle 12 juillet 2018). D'après cette notice, il aurait donc pu exister un portrait de l'abbé peintre, si l'identification du personnage s'avérait exacte. Faute de retracer cette oeuvre, on ne peut que conjecturer sur les fondements de cette identification. Il n'y a rien, à gauche en bas de la notice, là où le nom de l'artiste, auteur de ce portrait, devrait figurer en petites capitales. Il n'y a donc aucune attribution à son auteur éventuel, qui n'est pas mentionné, et rien ne permet de conclure qu'il puisse s'agir d'un autoportrait ! Le nom du donateur figure en italiques en bas de la notice à droite : soit le juge Louis-François-George Baby (1832-1906) qui était alors président de l'association mère du Château Ramezay : The Numismatic and Antiquarian Society of Montreal (O'Leary 1901, page des crédits). Ce catalogue présente quantité d'autres documents, antiquités et portraits provenant de lui.

On retrouve le même texte que ci-dessus dans les catalogues édités en 1903 (2nd edition) et 1905 (3rd edition), mais il figure dorénavant sous le n° 37 ainsi que dans les éditions subséquentes. À compter de 1908 (sixth edition), le nom du juge Baby n'est plus mentionné. En 1912 (eight edition) on ajoute la mention Crayon et ce nouveau texte est répété en 1914 (ninth edition), 1917 (tenth edition) et 1920 (eleventh edition). En 1922 (douzieme edition) le portrait se trouve dorénavant dans la salle Vaudreuil. Selon les autres éditions consultées, conservées dans les archives du Château Ramezay (collaboration d'André Delisle 12 juillet 2018), c'est toujours le même texte qui est publié en 1926 (memorial edition), 1930 (18th edition), 1932 (19th edition) et 1936 (23rd edition). Mais le portrait n'est plus mentionné dans les catalogues de 1937 et 1951, ni dans celui de 1962 consulté par Christine Brisson. L'oeuvre n'était donc plus présente dans les salles d'expositions. Doit-on définitivement la déclarer disparue ?

Ludger Gravel, Elgin Portrait Gallery. Souvenir Chateau de Ramezay. Galerie Elgin., Carte postale, BANQ, Collection Michel Bazinet 11-66-b.

Paramètres pouvant guider les recherches
afin de de retracer cette oeuvre dans les collections du Château Ramezay.

AUTEUR — Anonyme. Pourrait figurer sous un autre nom d'artiste.

TITRE — Portrait d'homme né en 1749 et décédé en 1780. Âgé de moins de 24 ans si habillé en civil. Âgé de 24 à 31 ans si habillé en prêtre. Pourrait avoir été identifié sous un autre nom.

DATE — XVIIIe siècle. Avant 1773 si habillé en civil. Vers 1773-1780 si habillé en prêtre.

MÉDIUM — Crayon. Donc un dessin, probalement sur papier.

DIMENSIONS — Inconnues. Pas très grandes si c'est un crayon sur papier.

SIGNATURE — Non signé, sinon l'auteur aurait été relevé au catalogue.

INSCRIPTION — Inconnue. Serait-ce la source de l'identification si précise de ce portrait d'homme à l'abbé Jean-Antoine Aide-Créquy ?

PROVENANCE — Collection du juge Louis-François-George Baby (1832-1906). Comment a-t-il pu identifier si précisément ce portrait d'homme ? Où le juge Baby aurait-il pu se procurer un portrait d'Aide-Créquy ? Chez des descendants de sa famille, fabrique ou communauté religieuse ?

PHOTOGRAPHIE — Pourrait apparaître sur des photos anciennes des salles d'exposition Elgin et Vaudreuil du Château Ramezay depuis sa fondation jusqu'à la dernière date où il figure aux catalogues publiés, soit entre 1895 et 1936. Il figurerait alors en compagnie des oeuvres exposées sur le même mur dont les listes et numéros dans les catalogues pourraient servir de points de repères éventuels.

Laprés & Lavergne, Salle du conseil du Château Ramezay (détail), vers 1910, photographie sels d'argent sur papier monté sur carton papier albuminé, 18 x 24 cm, Don de Mr. Stanley G. Triggs, Musée McCord MP-0000.838.9.

La salle Elgin avant sa restauration en 1902, Château Ramezay (détail), vers 1895, photographie sels d'argent sur papier monté sur carton papier albuminé, 19 x 24 cm, Don de Mr. Stanley G.Triggs, Musée McCord MP-0000.838.13.

Salon, Château Ramezay (détail), vers 1895, photographie, sels d'argent sur papier monté sur carton papier albuminé, 19,1 x 24,2 cm, Don de Mr. Stanley G. Triggs, Musée McCord MP-0000.838.2.

Malheureusement, cette stratégie de recherche ne peut pas être mise en oeuvre actuellement. Depuis des lustres, ce plus vieux musée montréalais réclame, de la Ville de Montréal et du Ministère de la culture, les fonds nécessaires pour se doter d'une véritable réserve aux normes muséales afin d'abriter et rendre accessibles ses importantes et rares collections. Or, ces autorités font la source oreille. En conséquence, cet unique et précieux portrait d'Aide-Créquy peut très bien se trouver dans l'une des caisses, fermées et empilées, conservées dans un local d'entrepôt non accessible aux chercheurs, en compagnie de plusieurs centaines d'autres oeuvres sur papier non inventoriées. Ce qui peut constituer une menace à la préservation, la conservation et la mise en valeur de ces uniques témoins de notre histoire. Situation d'autant plus choquante que cette institution fut à la source, au XIXe siècle, de tout un mouvement de préservation et de mise en valeur de notre patrimoine !

« La Société d'archéologie et de numismatique de Montréal est l'une des plus anciennes institutions à oeuvrer à la mise en valeur et à la sauvegarde du patrimoine montréalais. Créée en 1862 sous le nom de Société de numismatique de Montréal [...] la société change son nom pour celui d'Antiquarian and Numismatic Society, en 1866 [...] À la manière des sociétés savantes et des sociétés historiques canadiennes et américaines du XIXe siècle, le conseil et les membres de la société dirigent ou participent à des fouilles archéologiques. La société publie, à partir de 1872, le Canadian Antiquarian and Numismatic Journal, qui paraît, irrégulièrement à certaines périodes, durant soixante ans. Engagée dans la préservation du patrimoine, la société contribue par ses recommandations à la sauvegarde et à la valorisation d'immeubles et de sites historiques, au nombre desquels figurent la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours et les plaines d'Abraham. Elle organise plusieurs expositions d'objets et pose, en 1891, 75 plaques commémoratives à Montréal [RPCQ]. »

« Le début des années 1890 marque donc l'intensification des démarches de la NASM [Numismatic and Antiquarian Society of Montreal] en vue de concrétiser le premier musée historique permanent de type savant à Montréal. En octobre 1893, elle organise au Mechanic's Institute une assemblée de ses membres et des citoyens de Montréal en vue de mettre au point une stratégie de préservation du Château Ramezay [Gagnon 1995.12, p. 342, référence à La Minerve, 10 octobre 1893]. »

« En 1895, elle installe son musée dans le château De Ramezay, alors menacé de démolition [RPCQ]. »


Château Ramezay, vers 1890, photographie imprimée, tirée de John McConniff, Illustrated Montreal, the metropolis of Canada, Its romantic history, its beautiful scenery, its grand institutions, tis present greatness, its future splendor, 5th ed., Montreal, J. McConniff, Desbarats & Co. Engravers and Printers, [189-?], 110 p., ill., portr., 16 x 23 cm. Source BANQ ark:/52327/1957050.

Une grande partie des archives du juge Baby sont conservées à l'Université de Montréal. Des recherches avec les mots clés Créqui ou Créquy ne donnent aucun résultat. Ce n'est pas surprenant, car plusieurs des oeuvres d'art de cette collection se sont retrouvées, par legs testamentaire, chez les nièces et neveux du collectionneur et plusieurs ont par la suite été disponibles sur le marché de l'art, incluant l'orfèvrerie (voir Legs du collectionneur Louis-François-Georges Baby en 1904).

Les recherches d'Hélène Sicotte (Sicotte 2010, p. 22)

Dans l'autoportrait de Beaucourt que le Musée des beaux-arts du Canada a acquis en 1939 et dont l'authenticité n'a pas été remise en cause depuis 51, l'homme, assez jeune, s'y est représenté dans des vêtements rehaussés de fourrure. Ce costume fut autrefois associé à la Russie pour nulle autre raison que Beaucourt aurait voyagé dans ce pays 52. De l'avis de Robert H. Hubbard, il pouvait tout aussi bien s'agir d'une pelisse canadienne 53. Les deux hypothèses restent ouvertes, mais ces fourrures pourraient avoir un rapport avec le futur beau-père de Beaucourt qui, d'après une information fournie par Major Frégeau, avait à sa disposition à Bordeaux en 1774 « un reste de pelleteries propres pour des fourrures pour homme et femmes 54 ».

51 La plus ancienne référence à ce tableau apparaît sous « Créqui » dans Le Panthéon canadien, Montréal, 1858, p.68 [Bibaud 1858b]. Son auteur Maximilien Bibaud y précise qu'il appartient au commandeur Jacques Viger (1787-1858), un contemporain de la veuve du peintre. Major Frégeau ne met pas en doute son historique, mais questionne l'identité du personnage représenté ; La Vie et l'oeuvre de Beaucourt, p.63 [Major-Frégeau 1979]. L'oeuvre n'est pas signée, ni datée et aucune légende ou document attaché n'identifie l'homme portraituré. Si la veuve Beaucourt offrit ce tableau à Viger, elle en aura bien sûr identifié le sujet. La toile, qui ne mesure que 34,5 par 26,5 cm, avait pu suivre le couple dans ses pérégrinations.

52 MAJOR FRÉGEAU, La Vie et l'oeuvre de Beaucourt, p.63 [Major-Frégeau 1979].

53 L'Évolution de l'art au Canada, Ottawa, Galerie nationale du Canada, 1964, p.52 [Hubbard 1963].

54 MAJOR FRÉGEAU, La Vie et l'oeuvre de Beaucourt, p.26 [Major-Frégeau 1979].

François Beaucourt (1740-1794), Autoportrait, vers 1773-1786, huile sur toile, 34,2 x 26,7 cm, acheté en 1939, Musée des beaux-arts du Canada 4354. Photo : Wikipedia.


Les confusions créés par François-Maximilien Bibaud dans Le Panthéon canadien (Bibaud 1858b)

Beaucours. — Voyez Créqui [Bibaud 1858b, p. 21]

Créqui (Jean Antoine Aide) premier peintre canadien était né à Québec et fut ordonné prêtre le 24 Octobre 1773. Il mourut le 7 Décembre 1780. Une de ses toiles ornait encore la chapelle Ste. Anne de Québec en 1825 [De quelle chapelle et de quelle oeuvre pourrait-il s'agir ? Un des tableaux du Frère Luc à Saint-Anne-de-Beaupré ?], et l'Annonciation du maître autel de l'église de la paroisse de l'Islet est aussi de lui [voir Inventaire des oeuvres]. Le premier Canadien qui ait étudié en Europe et qui y ait remporté un prix, est Beaucours, dont le Commandeur Viger conserve le portrait dans sa collection, et dont l'auteur de ce livre a vu la veuve dans son enfance. Il voyagea dans la plus grande partie de l'Europe et vit même la Russie [Bibaud 1858b, p. 68].

À « Beaucours », sans prénom et sans italique, et contrairement à ses autres notices, Bibaud ne donne aucun texte et réfère à la notice biographique de « Créqui » sans autre explication. Comment doit-on interpréter cette façon de faire ? Cet amalgame d'informations concernant deux peintres différents, dans la même notice, est confondant ! Les dates d'activité de Créqui sont précises et exactes, mais absentes en ce qui concerne Beaucours, dont l'évocation des voyages en Europe et en Russie est cependant fondée.

Baby possédait un portrait de Michel Bibaud (1782-1857) (O'Leary 1901, p. 34, n° 179) dont François-Maximilien Bibaud (1823-1887), l'auteur du Panthéon canadien, était le fils. C'est peut-être dans cet ouvrage de Bibaud que le juge Baby puisa l'information pour identifier son présumé portrait d'Aide-Créquy. Il n'est donc pas étonnant qu'il n'ait retenu que le nom de « Créqui » qui figure au début de la notice de Bibaud. Le texte de O'Leary reprend d'ailleurs des éléments de celui de Bibaud. Mais Bibaud référait également au portrait d'un autre peintre, François Beaucourt, sans préciser qu'il pouvait s'agir d'un autoportrait ! Se pourrait-il que le portrait qu'on pensait être celui de Créqui ait pu être celui de Beaucours ? Ou vice-versa ? Mais les deux artistes n'ont pas pu faire le portrait l'un de l'autre, car Beaucourt réside à Bordeaux de 1773 à 1784 !

Bibaud précise que le présumé portrait de Beaucours était dans la collection du Commandeur Viger, soit Jacques Viger (1787-1858). Le juge Baby possédait un portrait de Denis-Benjamin Viger (O'Leary 1901, p. 36, n° 186), cousin de Jacques, ainsi qu'au moins un document « from de [sic] Album de Souvenirs of Lt.-Col. Jacques Viger, 1st Mayor of Montreal [O'Leary 1901, p. 109, n° 74]. »

Parmi les imbroglios liés à l'identification des oeuvres d'art de la collection Viger, citons celui d'une saga tout à fait exemplaire qui s'apparente à celle-ci, soit celle du portrait de Paul Le Jeune, autrefois à Caughnawaga (aujourd'hui renommé Kahnawake), converti en celui de l'historien Pierre-François-Xavier de Charlevoix (1682-1761) (cliquer sur les oeuvres à droite). Voir aussi les analyses des interprétations inventées par Morisset autour du présumé autoportrait de Beaucourt en lien avec les albums de Jacques Viger (Major-Frégeau 1979, p. 63).

Cette assertion de Bibaud porte à confusion car très mal formulée : « Beaucours, dont le Commandeur Viger conserve le portrait dans sa collection, et dont l'auteur de ce livre a vu la veuve dans son enfance ».

Ce ne peut pas être la veuve de Viger que Bibaud a rencontré dans son enfance car celle-ci est décédée 13 ans avant son époux. Viger avait en effet épousé Marie-Marguerite La Corne, de douze ans son aînée et veuve du major John Lennox, le 17 novembre 1808 (Roy 1999.09). Celle-ci décède le 27 mai 1845 à Montréal (web ou pdf) alors que Viger lui survit jusqu'au 12 décembre 1858, l'année où Bibaud publie ce texte.

Bibaud réfère donc à la veuve de François Beaucourt, soit Benoîte, fille de Joseph-Gaëtan Camagne peintre décorateur de théâtre, qu'il avait épousée le 12 juillet 1773 à Bordeaux. Beaucourt décède à Montréal en 1794. Sa veuve y épouse, en 1810, le négociant Gabriel Franchère père. Elle décède à Montréal en 1844 alors que Bibaud n'est âgé que de 21 ans.

C'est donc sur ces bases très fragiles que repose l'attribution actuelle du présumé autoportrait de François Beaucourt ! Soit sur une supposée tradition orale, peut-être recueillie avant 1844, et publiée trois ou quatre lustres plus tard dans une notice biographique qui laisse perplexe !

Anonyme, Portrait de Marie-Marguerite de La Corne (1775-1845), vers 1790, peinture miniature, 5,1 x 3,6 cm, achat de Mr. John L. Russell, Musée McCord M22338.

Les informations véhiculées par les antiquaires du XIXe siècle sont souvent très utiles. Il faut toutefois les resituer dans leur contexte. Souvent, elles orientent vers des interprétations qui ont été révisées et démenties par des recherches récentes. Il faut donc toujours les corroborer par d'autres sources. Or, l'attribution de ce portrait d'un homme non identifié ne repose que sur le témoignage de Bibaud, à partir d'une prétendue source orale rapportée plus de trois lustres après l'avoir recueillie dans une notice qui reste énigmatique ! C'est bien mince pour un tableau qui n'est si signé, ni daté. Surtout lorsqu'aucune autre source ne permet son authentification ! Tant du personnage représenté que de son auteur !

Élisabeth Forest (Forest 2015), alliée à deux autres restauratices d'oeuvres d'art, a constitué une banque de données remarquable sur les techniques et matériaux utilisés par Aide-Créquy dans ses oeuvres. Il serait donc très intéressant de les comparer avec celles de ce portrait-autoportrait afin de déterminer si elles se rapprochent davantage de celles de Créqui ou de celles de Beaucours ! Ou, s'il ne pourrait pas s'agir de celles d'un tout autre peintre ? Et, bien sûr, du présumé portrait d'Aide-Créquy, si on réussit à le retrouver dans les collections du Château Ramezay...

 


Curé peintre 2e église Sauvetage Diffusion Retour Conservation

La 2e église Saint-Louis à l'Isle-aux-Coudres (1770-1885)

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines, signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.

D'après le témoignage de Trudelle et la date accompagnant la signature sur le tableau, on peut déduire que le Saint Louis d'Aide-Créquy a décoré la deuxième église de l'Isle-aux-Coudres construite en 1770-1772 (voir aussi : Au sujet de l’église Saint-Louis de l’Île-aux-Coudres et du presbytère, collaboration de Rolande Perron). D'après sa description faite par Mailloux en 1879, elle devait ressembler à celle de Saint-François-Xavier-de-la-Petite-Rivière construite par Aide-Créquy en 1778.

« En l'année 1771, comme nous le verrons plus tard, M. Jean-Jacques Berthiaume, second curé de l'Ile-aux-Coudres, fit bâtir la seconde chapelle de la paroisse, un peu à l'Est de la première, que M. Charles Garrault avait fait bâtir en 1748, comme nous l'avons vu plus haut. M. Berthiaume se mit en frais de construire une autre bâtisse considérable dont les dimensions devaient être de 45 pieds sur 26. [...]

M. Berthiaume fit comprendre aux habitants qu'une chapelle de soixante et quelques pieds de long, sur trente-six de large, pouvait suffire pendant longtemps aux besoins de la population, et que c'était dans leur intérêt, bien entendu, de ne pas bâtir moins grands.

J'ai parlé ailleurs de la construction de cette chapelle, peut-être unique dans son genre. Elle fut bâtie en bois, ce qui est fort peu extraordinaire ; mais ce qui l'est davantage, c'est qu'elle fut construite avec des pièces de bois écarries, placées debout et unies par le haut à d'autres pièces de bois placées horizontalement qui servaient à les fixer. Les espaces laissés entre ces pièces placées debout furent remplis par de la pierre liée en maçonnerie ordinaire. Les pièces de bois où allaient se réunir les poteaux furent liées par des poutres qui traversaient la largeur de la chapelle, comme dans les maisons ordinaires. Un comble d'une grande hauteur, comme on les faisait à cette époque, et peut-être plus rationnel que ceux d'aujourd'hui, parce qu'ils empêchaient la pluie de pénétrer par la couverture, fut élevé sur ce carré, que les plus grands vents ne purent renverser.

L'hiver de 1770 et de 1771 fut consacré à préparer le bois pour la chapelle, dont la construction ne commença que dans l'été de 1771. Elle fut levée par un nommé Verreau ; les gradins du petit tabernacle, qui aujourd'hui est placé dans la petite chapelle du Saint-Sacrement dite de Sainte- Anne, furent faits par un nommé Levasseur. Suivant les comptes de la fabrique, les gradins de ce petit tabernacle et des petits chandeliers en bois argenté avaient coûté 136 francs.

Cette chapelle, ou église, comme on voulait la nommer, fut terminée dans l'automne de 1772, et bénite par M. Hubert à la fin du mois d'octobre [Mailloux 1879, p. 48 et 58-59]. »

« En plus de la cure de Baie Saint-Paul, l'abbé Aide-Créquy dut assumer la desserte de Saint-François-Xavier-de-la-Petite-Rivière (Petite-Rivière-Saint-François). Le 22 décembre 1773, il faisait part à l'évêque de ses projets relatifs à l'église de cette mission : "Nous avons tenu assemblée le Dimanche d'apres la fête de St Francois. il a été arreté qu'on rabatiroit une autre petite Eglise au pied du cap. elle aura Cinquante pieds de longueur, trente de largeur, et Dix sept de hauteur, qui donneront la facilité de faire servir le retable de l'ancienne Eglise, ce qui decorera la nouvelle avec grâce. le bois est déjà en parti coupé. on comprend la sacristie dans les Cinquante pieds qui font la longueur de ce batiment [Archives de l'Archevêché de Québec, 61 CD - Baie Saint-Paul, vol. l, 22 décembre 1773]." Le projet du jeune missionnaire aboutit en 1777-1778 alors qu'on achevait la construction d'une église en colombage. Celle-ci allait tenir le coup jusqu'à sa démolition en 1903 (Porter 1983b, p. 55-56). »

Une première église avait été érigée dès 1738 à Saint-François-Xavier-de-la-Petite-Rivière (web ou pdf). Son retable a été intégré dans la seconde terminée par Aide-Créquy en 1778. C'est celle illustrée sur les photos ci-contre.

2e église Saint-François-Xavier-de-la-Petite-Rivière (1778-1903). Photo Inventaire des biens culturels du Québec.

2e église Saint-François-Xavier-de-la-Petite-Rivière (1778-1903). Photo : site de Rolande Perron (web ou pdf) provenant de SHRPRSF 2005.

Outre le Saint Louis d'Aide-Créquy, des fragments de l'ancien décor de la 2e église ont été conservés.

« François-Noël Levasseur (?), Le Christ au jardin des Oliviers, 1772, bas-relief en bois doré, chapelle processionnelle dédiée à saint Isidore. Inspiré d'une gravure exécutée d'après une composition du peintre français Charles Le Brun, ce remarquable relief cintré à oreilles aurait fait partie du décor de l'ancienne église de la paroisse. Au revers de la porte, on trouve une inscription tardive qui se lit comme suit : "Cette sculpture a été faite en 1772 par un nommé Levasseur. M. l'abbé Berthiaume étant curé de cette paroisse" [Porter 1986, p. 432]. » Photo BANQ E6,S8,SS1,SSS282,D1247, Tabernacle Île-aux-Coudres, Saint-Louis, Charlevoix-Ouest - Chapelle Saint-Isidore, Jules Bazin, Jean-Paul Morisset, 1940-1960.

« La chapelle de procession Saint-Isidore, originellement dédiée à la Vierge, est érigée par corvées en 1836 [web ou pdf]. »

Ces autres éléments de décor sculpté se sont ajoutés au début du XIXe siècle dans cette 2e église.

François Baillairgé (1759-1830), Saint Louis, vers 1804-1810, sculpture dorée et polychromée, 146,5 x 62,5 x 39 cm, Église Saint-Louis, Isle-aux-Coudres. Source RPCQ. Photo collaboration Rolande Perron, 14 avril 2010.

François Baillairgé (1759-1830), Saint Flavien, vers 1804-1810, sculpture dorée et polychromée, 140,5 x 78 x 34,3 cm, Église Saint-Louis, Isle-aux-Coudres. Source RPCQ. Photo collaboration Rolande Perron, 14 avril 2010.

J. A. Créquy p~ter | pinxit. 7 à Die Aug. 1777

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines (détail), signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018. Voir aussi Forest 2015, p. 39, fig. 17c.

D'après Morisset, le tableau de Saint Louis peint par Aide-Créquy ornait le retable central de cette deuxième église.

« Il est impossible d'en dire autant d'une Vierge tenant l'Enfant Jésus, peinte en 1774 suivant la tradition et laissée à l'Hôtel-Dieu par le jeune prêtre mourant, en 1780. L'œuvre devait être jolie, sinon gracieuse, avant sa restauration. Elle a été repeinte avec tant d'indiscrétion qu'il n'y faut plus voir aujourd'hui l'ouvrage de l'abbé Aide-Créquy. Comme tant de peintures du Régime français, elle n'a résisté aux outrages du temps que pour périr sous les coups de pinceau d'un mauvais restaurateur. Cette petite peinture - elle a environ deux pieds et neuf pouces de hauteur - est conservée dans la salle de communauté de l'Hôtel-Dieu.

Un Saint-Louis de France tenant la couronne d'épines a eu le même sort. Cette toile datée avec précision - J.A.Créquy Pter Pinxit 7 a die AVG. 1777 - ornait autrefois le rétable central de l'église de l'Ile-aux-Coudres, l'une des deux missions du curé-peintre. Elle n'y était guère appréciée, ou bien, elle était vraiment trop défraîchie, puisque M. Emile Vaillancourt [1889-1968] la trouva, il y a quelques années, dans le grenier de la sacristie. Restaurée et copieusement repeinte [voir Conservation et photographies], elle est aujourd'hui conservée au Palais épiscopal de Chicoutimi. (Note 4. Je tiens ces détails de M. Hormisdas Magnan [1861-1935] et de M. Emile Vaillancourt.) Elle est, semble-t-il, une transcription d'une gravure du XVIIIe siècle [Morisset 1934.12.20 texte partiellement repris dans Morisset 1936c, vol. I, p. 73-74]. »

Jean-Antoine Aide-Créquy, Vierge à l’enfant, 1774, huile sur toile, 84 x 66 cm, « Pinxit Créquy / 1774 », « Restauré par les Soeurs du Bon Pasteur 1926 », Monastère des Augustines Hôtel-Dieu de Québec.

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines (détail), signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.

Les détails de la découverte de cette oeuvre diffèrent dans un ouvrage publié onze ans plus tard.

« Grande peinture placée à l’entrée de l’Évêché — Cette peinture représente S. Louis, roi de France, avec la couronne d’épines dans sa main droite. Elle a été faite par l’abbé J.A. Créquy ancien curé de la Baie-St-Paul en l’année 1777. Il avait composé ce tableau pour l’église St-Louis de l’Ile-aux-Coudres. Lors de la restauration de cette église par l’abbé J.-B. Pelletier, il avait été enlevé de l’église paroissiale, arraché de son cadre en bois naturel, roulé et relégué dans le grenier de la sacristie. C’est là que Mgr Labrecque trouva par hasard cette peinture au cours d’une visite pastorale vers 1915. Elle traînait dans la poussière et était un peu déchirée ça et là. Son Excellence fit rafraîchir cette toile par les religieuses du Bon Pasteur de Québec ainsi que son cadre et l’installa dans l’Évêché [collaboration de Nathalie Levesque, provenant d'un "feuillet" tiré de Frenette 1945 ; le supplément, Frenette 1947, n'a pas été consulté]. »

D'après Frenette, le Saint Louis d'Aide-Créquy aurait donc quitté le décor de cette église lors d'une « restauration » effectuée par l'abbé Jean-Baptiste Pelletier.

Pelletier est le 14e curé de cette paroisse, entré en fonction en 1843, d'après Alexis Mailloux (1801-1877) dans son Histoire de l'Île-aux-Coudres... publiée en 1879. Peu de temps après son arrivée, ce jeune curé construit, en 1845, un nouveau presbytère de « 40 pieds de longueur sur 34 de largeur, mesure française [...] bâti en bois, pièce sur pièce ». Mailloux le déclare « curé actuel » de cette paroisse lors de la rédaction de son livre qui ne sera cependant publié que deux ans après son décès (Mailloux 1879, p. 72-73 et 49).

Allaire apporte d'autres informations sur ce prêtre.

« PELLETIER (L'abbé Jean-Baptiste), né à Saint-Roch-des-Aulnaies, comté de L'Islet, le 1 mars 1814, de Jean- Baptiste Pelletier et de Céleste Leclerc-Francoeur, fit ses études à Sainte-Anne-de-la-Pocatière et fut ordonné, le 24 mai 1838. Vicaire à Nicolet (1838-1843); curé de l'Ile-aux-Coudres (1843-1878); grand-vicaire de l'évêque de Chicoutimi; décédé le 25 juin 1892 [Allaire 1910a, p. 421]. »

Jean-Baptiste Pelletier, milieu XIXe siècle, photographie. Tirée de Donald Dufour, « Chronique de l'Isle-aux-Coudres 1879 (suite) », Le Phare Isle-aux-Coudres, vol. 8, n° 3, mai-juin 2008, p. 6.

Casgrain livre une brève description de l'église et de son curé en 1876.

« L'église de l'Ile-aux-Coudres, dédiée à Saint-Louis, roi de France, n'a rien de remarquable ; son architecture toute simple est cependant convenable. La voûte et les bancs peints avec goût lui donnent un air de propreté qui atteste une foi attentive, et un zèle particulier pour la maison de Dieu. Toute petite qu'elle est, cette église n'a pas moins de trois cloches, dont les notes justes et argentines réjouissent les alentours et rehaussent l'éclat des solennités. L'église de l'Ile-aux-Coudres garde un souvenir légendaire [celui du père Jean-Baptiste de la Brosse] dont M. le curé nous fera part, quand nous aurons franchi le seuil de son presbytère. Il vient nous ouvrir lui-même sa porte, et nous reçoit le sourire sur les lèvres, sans aucune cérémonie, et avec une joviale hospitalité qui invitent à séjourner. M. l'abbé Pelletier est natif de Saint-Roch des Aulnaies, et curé de l'Ile-aux-Coudres depuis plus de trente ans ; il connaît par coeur l'histoire de son île, et peut nous entretenir pendant des heures sans lasser notre attention [Casgrain 1876, p. 184-185]. »

Jean-Baptiste Pelletier, fin XIXe siècle, photographie, Chicoutimi, archives de l'évêché, fiche personnelle, sans date, collaboration de Nathalie Levesque.

Une restauration est l'action de remettre en bon état une chose dégradée (CNRTL). Quelle aurait donc pu être cette « restauration », telle qu'évoquée par Frenette ci-dessus, à l'occasion de laquelle le curé Pelletier aurait décidé de soustraire du retable de la 2e église le Saint Louis d'Aide-Créquy qui l'ornait jusque-là, puis de le mettre au rancart dans le grenier de la sacristie ?

La collaboration de Rolande Perron permet d'apporter des éléments de réponses à cette question à partir de sa compilation des extraits d'archives paroissiales récupérés depuis les dossiers de l'Inventaire des Oeuvres d'Art de Gérard Morisset (BANQ). On n'y relève que peu de travaux d'envergure sous le règne de l'abbé Pelletier, soit de 1843 à 1878 (période où il fut curé selon Allaire 1910a, p. 421), qui puissent justifier l'enlèvement de ce tableau du retable.

• 1848 allonger la sacristie de dix pieds.
• 1853 allonge au jubé pour 12 bancs
• 1858 réparation extérieure de l'église.
• 1863 main d'oeuvre au petit clocher.
• 1868 placement d'un instrument de musique (orgue?) au jubé et zinc pour l'entourer. Main d'oeuvre et peinture du petit jubé.
• 1871 peinturage et sablage de l'extérieur.

Par contre, on trouve dans ces documents une transcription de cette brève information publiée en 1887.

« La nouvelle église construite à l'Ile aux Coudres est maintenant terminée. C'est un des plus beaux temples de la province. M. le curé Pelletier a conduit ces travaux avec énergie et habileté. Il est aussi habile architecte qu'artiste [« Chronique religieuse », Journal de Québec, 22 octobre 1887, p. 2, web ou pdf]. »

Chapelle de procession et Église Saint-Louis, Isle-aux-Coudres, début XXe siècle ? Photo BANQ Québec E6,S7,SS1,P24462 (web ou réf).

Les archives de l'évêché de Chicoutimi confirment que Jean-Baptiste Pelletier (voir sa fiche personnelle, sans date, collaboration de Nathalie Levesque) a bel et bien été curé jusqu'en 1878. Il se retire alors avec le titre de vicaire général honoraire au presbytère de l'Isle-aux-Coudres. Il y habite, jusqu'à son décès en 1892, avec son frère cadet de 25 ans, Jean-Alphonse Pelletier, 15e curé de cette paroisse de 1878 à 1894. Sa fiche ajoute cette remarque : « A donné $8,000. et son frère J.-Alphonse $7,000 en 1885 pour la construction de l'église de l'Ile-aux-Coudres. » Il a, en outre, été nommé grand vicaire de Mgr Racine le 25 juillet 1880 et vicaire général de Mgr Bégin le 13 novembre 1888.

« PELLETIER (L'abbé Jean-Alphonse), né à Saint-Roch-des-Aulnaies, comté de L'islet, le 20 mai 1839, de Jean-Baptiste Pelletier, cultivateur, et de Céleste Leclerc-Francoeur, fit ses études à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, où il fut ordonné par Mgr Baillargeon, le 11 octobre 1868. Professeur au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière ( 1868-1869) ; vicaire à Broughton (1869-1870) ; curé-fondateur du Sacré-Cceur-de-Jésus-de-Broughton (1870-1871) ; en même temps missionnaire-fondateur au Sacré-Coeur-de-Marie (1870-1871) ; curé de Saint-Onésime (1871-1877), de l'Ile-aux-Coudres (1877-1894), où il a bâti une église en 1884 et 1885 ; retiré à Lévis, depuis 1894 [Allaire 1908, p. 466]. »

« 1878 [...] 1er octobre Alphonse Pelletier, 15e curé, frère du précédent curé, prend possession de la cure de l'Isle-aux-Coudres. Alphonse Pelletier (1839-1924) Né à Saint-Roch-des-Aulnaies le 20 mai 1839, il est le fils de Jean-Baptiste Pelletier et de Céleste Leclerc dite Francoeur. Il a été ordonné prêtre au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière par Mgr Baillargeon, le 11 octobre 1868. C'est à ce même collège qu'il fit ses études. Postes occupés : Professeur au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière de 1868 à 1872. Curé de Saint-Onézime de 1872 à 1878. Curé de l'Isle-aux-Coudres de 1878 à 1895. En 1885, il fit construire l'église actuelle de l'Isle-aux-Coudres. Lui et son frère, l'abbé Jean-Baptiste Pelletier, auraient payé presque entièrement de leurs deniers les dépenses occasionnées par cette nouvelle construction : Jean-Baptiste Pelletier contribua pour 8 000 $ et Alphonse Pelletier pour 7 000 $. En 1895, l'abbé Alphonse Pelletier se retire à Notre-Dame-de-Lévis. Il est décédé dans cette dernière paroisse le six mai 1924 complètement aveugle depuis plusieurs années. Il fut inhumé dans un des caveaux de la chapelle de l'hospice Saint-Joseph-de-la-Délivrance à Lévis, le 9 mai [Donald Dufour, « Chronique de l'Isle-aux-Coudres 1877 (suite) », Le Phare Isle-aux-Coudres, vol. 8, n° 2, mars-avril 2008, p. 7, accompagné d'une reproduction de la photographie de l'abbé par Guy Bouchard 1989]. »

Église Saint-Louis et presbytère de l’Isle-aux-Coudres, vers 1888, photographie, BANQ.
Tirée de Rolande Perron, Au sujet de l’église Saint-Louis de l’Île-aux-Coudres et du presbytère, p. 7.

Faute de table de conversion pour le $ de 1885, nous avons traité les contributions financières pour le financement de cette 3e église avec la Feuille de calcul de l'inflation de la Banque du Canada qui permet d'évaluer le $ de 1914 et son équivalent en $ de 2018.

« 1885 Construction d'une nouvelle église dans la paroisse de Saint-Louis de l'Isle-aux-Coudres. En 1885, la population de l'île avait considérablement augmenté et elle se chiffrait à près de 900 personnes (selon le recensement du Canada la population de l'Isle-aux-Coudres comptait 790 personnes en 1881). L'église construite en 1771 était devenue trop petite et avec seulement 55 bancs, elle ne pouvait plus répondre aux besoins d'une population aussi nombreuse. La décision fut prise de construire une nouvelle église.

À cette époque, la paroisse était sous la juridiction du diocèse de Chicoutimi. Une requête, signé par la majorité des francs tenanciers de l'île fut donc adressée à Mgr Dominique Racine, évêque de ce diocèse, afin de demander la permission d’ériger un nouveau temple.

Dans cette requête on apportait comme argument que "nous avons une aide de 8 000 $ de monsieur le Grand Vicaire Jean-Baptiste Pelletier, notre ancien curé et l'aide gratis de notre curé actuel monsieur J.-Alphonse Pelletier, pour conduire les travaux" (Le curé J.-Alphonse Pelletier aurait aussi contribué pour un montant substantiel.). Une commission fut délivrée par Mgr Racine à l'abbé P. Boily, curé des Éboulements et ce dernier est venu à l'île pour rencontrer le curé et les paroissiens lors d'une assemblée tenue le 11 juin 1885. Après avoir examiné l'état des lieux, l'abbé Boily reconnut qu'il était nécessaire de construire une nouvelle église et en vertu de la commission qui lui avait été délivrée par l'évêque, il dressa un procès-verbal qui se lit comme suit :

"En vertu de ladite commission, j'ai fixé l'emplacement de la nouvelle église à la même place que l'église actuelle, le maître-autel devant être à la place du maître-autel actuel ou à peu près, le portail de ladite église devant être tourné vers l'ouest. J'ai arrêté, de plus, que ladite église qui sera construite en pierre aura environ 100 pieds en longueur, 50 pieds en largeur et 32 pieds de hauteur, lesdites dimensions prises en dehors et à mesure anglaise".

[Donald Dufour, « Chronique de l'Isle-aux-Coudres 1883 (suite) », Le Phare Isle-aux-Coudres, vol. 8, n° 4, juillet-août 2008, p. 5-6]. »

« 1886 [...] 19 juillet L'abbé Alphonse Pelletier, curé de la paroisse, fut autorisé par l'évêque à faire un emprunt ne dépassant pas la somme de 6 500 piastres à 6 % ou moins d'intérêt pour payer les travaux à réaliser à l'intérieur de la nouvelle église. Cet emprunt devait être payé par la paroisse [Donald Dufour, « Chronique de l'Isle-aux-Coudres 1886 », Le Phare Isle-aux-Coudres, vol. 8, n° 5, septembre-octobre 2008, p. 1]. »

Ce n'est donc pas à l'occasion d'une « restauration » de la 2e église que le Saint Louis d'Aide-Créquy fut mis au rancart par l'abbé Jean-Baptiste Pelletier, mais plutôt lors de la construction de la 3e église par son frère, de 25 ans son cadet, le curé Jean-Alphonse Pelletier. Lors de la décoration du nouveau retable, la toile s'est retrouvée dans la poussière du grenier de la sacristie jusqu'à sa redécouverte, trois décennies plus tard, dans un état lamentable...!

« Saint-Louis de l'Isle-aux-Coudres en 1923. L'église fut construite en 1885 et la chapelle Saint-Pierre en 1837.
Une partie du village fut détruite par le feu en 1958 [source]. »

Cette photographie pourrait provenir de la Société historique du Saguenay :
« P2-S7-P10668-6 L'Ile-aux-Coudres --- L'église, la chapelle, un peu du village de la paroisse St-Louis. »

 


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Sauvetage à l'Évêché de Chicoutimi

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines, signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm. Photo BANQ E6,S8,SS1,SSS328,D1439, Inventaire des Oeuvres d'Art, Laval Bouchard et Luc Chartier, 1963-1966, alors que le tableau se trouvait à l'Évêché de Chicoutimi.

Une lettre du 7 décembre 1989, de Mgr Jean-Guy Couture (né en 1929) évêque de Chicoutimi de 1979 à 2004, réitère les circonstances de l'arrivée de ce tableau à l'Évêché sous la juridiction de Mgr Michel-Thomas Labrecque (1849-1932), évêque de ce diocèse de 1892 à 1927 [RPCQ].

« Soyez assuré que le diocèse de Chicoutimi est fier pour sa part de l'avoir conservé pendant 75 ans après que Monseigneur Labrecque, votre évêque à cette époque, ait eu le souci de le sauver et de le faire restaurer. Vous constaterez d'ailleurs que ce tableau porte malheureusement des marques de ses aventures et pérégrinations [collaboration de Nathalie Levesque]. »

Troisième évêché de Chicoutimi, construit en 1889-1890, démoli en 1956 (source).
Photo : Société historique du Saguenay.


Rafraîchi chez des soeurs du Bon-Pasteur

En mauvais état, le tableau a donc été sauvé par Mgr Labrecque vers 1915 selon le texte de Frenette cité ci-dessus. Reste à déterminer la date où, selon la formulation de Frenette, il a été « rafraîchi » par les religieuses du Bon-Pasteur.

Le catalogue de l'exposition tenue en 1977 au Musée du Québec proposait « vers 1930 » sans citer de source (Thibault 1977, p. 15). Étant donnée la crise économique, en 1929, une date antérieure serait plus plausible, soit sous l'épiscopat de Mgr Labrecque entre 1915 et 1927. À l'occasion de la retraite de cet évêque, une des religieuses du Bon-Pasteur, soeur Saint-Jean-Berchmans, a justement peint son portrait.

Ces religieuses tenaient alors un important atelier de peinture de tableaux religieux et de portraits d'ecclésiastiques où se pratiquait également la « restauration » d'oeuvres anciennes, pratique alors bien différente de celle des ateliers de conservation professionnels d'aujourd'hui (Centre de conservation du Québec et Institut canadien de conservation).

Un autre tableau d'Aide-Créquy, la Vierge à l'enfant, a également été « restauré » à cet atelier où il a été rentoilé et surpeint en 1926.

Soeur Saint-Jean-Berchmans, Mgr Michel-Thomas Labrecque (1849-1932), évêque de Chicoutimi de 1892 à 1927, huile sur toile, 1927, 124 x 88 cm, Chicoutimi, Résidence Bon-Pasteur. Photo : Drolet 1987.02, p. 205, fig. 4.

Atelier de peinture des soeurs du Bon-Pasteur. Photo : archives de la communauté.

Extraits tirés de Drolet 1990.03, p. 46. Voir aussi Drolet 1987.02.

« La restauration de tableaux anciens constitue un autre champ d'action dans lequel les religieuses ont exercé leur talent. Ces activités sont maintenant difficiles à retracer, mais elles semblent avoir été nombreuses et appréciées aux XIXe et XXe siècles. Les collections du musée du Séminaire et de l'Hôtel-Dieu de Québec comptent plusieurs toiles restaurées (souvent avec beaucoup d'audace) dans les années 30 par soeur Marie-de-Saint-Amédée du Bon-Pasteur de Québec. Dans l'ouvrage À travers l'histoire de Beaumont (Lévis, 1943), Pierre-Georges Roy affirme à propos du Martyre de saint Etienne (tableau d'Antoine Plamondon surmontant le maître-autel de Beaumont) que "la dernière restauration fut l'oeuvre de la mère Marie de l'Eucharistie, des Soeurs de la Charité de Québec, dans l'été de 1928".

Les oeuvres peintes par les religieuses du Bon-Pasteur forment un ensemble de près de 800 composantes et résultent d'une pratique étalée sur un siècle, de 1860 à 1960. Regroupées en atelier où elles se partagent les tâches, les artistes de l'Institut jouissent d'une solide réputation auprès du clergé et de la bourgeoisie québécoise. Leurs oeuvres, surtout des copies de tableaux religieux et des portraits, connaissent une diffusion populaire dans tout le Québec et dans plusieurs paroisses catholiques de l'est américain.

L'atelier compte une quinzaine d'artistes. Certaines, comme Marie-de-Jésus, Marie-de-Sainte-Virginie (Marie-Elmina Rhéaume, 1864-1956), Marie-de-Saint-Jean-Berchmans (Célina Frechette, 1853-1942) et Marie-de-Saint-Aubin (Aima Aubin, 1885-1967) sont très prolifiques. D'autres, comme Marie-de-Saint-Amédée, participent à l'exécution des oeuvres en appuyant les chefs d'atelier de leurs connaissances techniques. Certaines développent des talents particuliers, comme les soeurs Saint-Aubin ou Saint-Jean-Berchmans pour le portrait.

Une grande partie des toiles réalisées résulte de la collaboration de plusieurs artistes. L'unité de style obtenue par une formation identique et l'esprit communautaire rend l'apport de chacune difficile à distinguer. Parfois signées du seul nom de la directrice d'atelier ou de celui de la communauté, ces oeuvres sont anonymes la plupart du temps. À quelques exceptions près, il est difficile d'attribuer les autres oeuvres.

Comme la plupart de leurs consoeurs des autres communautés, les peintres et dessinatrices du Bon-Pasteur bénéficient, parfois grâce à des mécènes fortunés, des leçons d'artistes en vogue comme Théophile et Eugène Hamel, peintres de Québec, David Ouellet, architecte et Robert Wickenden, un peintre anglais "disciple de l'École de Barbizon". Encouragées par leurs supérieures conscientes de la valeur de l'atelier et de la nécessité d'une formation adéquate, certaines des artistes effectuent des voyages éducatifs. Ainsi, dûment chaperonnée, soeur Marie-de-Jésus visite les plus grands musées de New York tandis que soeur Saint-Jean-Berchmans se rend au conservatoire de Boston. »

Soeur Marie-de-Saint-Amédée, d'après la gravure d'Edelinck d'après Le Brun, Saint Louis adorant la couronne d'épines, 1916, huile sur toile, 83 x 60 cm, signé centre gauche « Sr. St.-Amédée », Québec, Chapelle des Soeurs-du-Bon-Pasteur. Photo RPCQ Andréane Beloin 2014 (web ou pdf).

Joseph-Euclie Perron entrepreneur général, Quatrième Évêché de Chicoutimi, construit en 1956-1957 (source). Photo : source.

Les photographies prises en 1963-1966 par l'Inventaire des Oeuvres d'Art (IOA) à l'Évêché de Chicoutimi montrent que la toile était alors généralement gondolée tout en présentant plusieurs écaillures et éraflures.

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines (détail), signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm. Photo BANQ E6,S8,SS1,SSS328,D1439, Inventaire des Oeuvres d'Art, Laval Bouchard et Luc Chartier, 1963-1966, alors que le tableau se trouvait à l'Évêché de Chicoutimi.

 


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Diffusion par les historiens de l'art

En 1965, John Russell Harper et Robert Hamilton Hubbard, avec une introduction par Gérard Morisset, font figurer ce tableau dans l'exposition Treasures from Quebec / Trésors de Québec, organisée par la Galerie nationale du Canada et le Musée du Québec : « Ce tableau semblerait avoir puisé son inspiration, en partie tout au moins, dans une gravure du Louis XIV par Rigaud, au Louvre, mais il reproduit les traits du jeune Louis XVI, qui montait sur le trône en 1774 (Harper 1965 n° 56). » Puis, en 1969, Harper, dans sa prestigieuse monographie La peinture au Canada des origines à nos jours, en livre une interprétation très nationaliste.

« La plus surprenante de toutes les toiles d'Aide-Créquy, Saint Louis tenant la couronne d'épines, fut peinte en 1777 pour commémorer l'accession de Louis XVI au trône de France, trois ans pus tôt. Saint Louis y est représenté dans la pose d'un acteur qui imiterait le maintien d'un roi, dans une galerie de marbre. Cette toile, qui se trouvait à l'origine dans l'église de l'Île-aux-Coudres, dont Aide-Créquy était curé, a été découverte à notre époque dans une mansarde et se trouve maintenant exposée au palais épiscopal de Chicoutimi. Le sujet est une allégorie subtile où le roi de France récemment couronné se trouve identifié à saint Louis par le fait qu'il tient à la main les clous et la couronne d'épines normalement dévolus à ce saint, mais sans vraiment dissimuler, sous des décors peu équivoques, la véritable identité du monarque. Celui-ci est drapé dans de majestueux habits de cérémonie qui ressemblent à ceux que porte Louis XIV dans une gravure du beau portrait, conservé au Louvre, qu'a fait de lui Rigaud. Aide-Créquy a peint ce tableau pour manifester sa fidélité sans faille envers la France et son roi. Il était exposé dans son église comme un rappel pour ses paroissiens de leur origine ethnique, tout en évitant, pour lui comme pour eux, que les Anglais puissent mettre en doute leur attachement ; si quelqu'un se fût avisé d'un pareil soupçon, on aurait pu prétendre que le portrait en question était un hommage au saint patron de l'Île-aux-Coudres [Harper 1969 p. 38]. »

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines (détail), signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.

Cette interprétation d'Harper est corroborée par le récit de la résistance à l'envahissement britannique lors de la guerre de la Conquête. Le 19 juin 1759, deux chaloupes anglaises tentèrent un débarquement à l'Isle-aux-Coudres, « mais un parti de Canadiens et de sauvages les empêcha d'atteindre le rivage » et elles furent forcées de retraiter. Un groupe d'officiers anglais à cheval fut également chassé à coups de fusils. L'expédition du capitaine Gorham à la Baie-Saint-Paul fut fort mal reçue « par deux cents braves de cette paroisse, des Eboulements et de l'Ile-aux-Coudres [Mailloux 1879, p. 53-54]. » L'analyse iconographique du tableau, en rapport avec celle de saint Louis, démontre également qu'elle provient davantage des représentations des rois de France que des sources religieuses (voir le manteau fleurdelisé, la couronne royale, l'épée et la croix du Saint-Esprit). Les manifestations royalistes se sont poursuivies après la Révolution française à l'époque d'un ultramontanisme nostalgique de la monarchie et ne sont pas complètement mortes, même encore aujourd'hui.

En 1977, le tableau fait partie d'une autre exposition importante, L'art du Québec au lendemain de la Conquête (1760-1790) tenue Musée du Québec. En 1980, John Porter publie une biographie documentée de ce peintre dans le Dictionnaire biographique du Canada (Porter 1980c) puis, en 1983, il s'interroge sur les sources iconographiques utilisées par Aide-Créquy pour cette oeuvre. Alors qu'Harper interprétait la figure de saint Louis comme provenant de Louis XIV et Louis XVI, Porter penche plutôt vers une source iconographique reliée à Louis XIV et Louis XV.

« Toujours en 1777, notre curé-peintre exécuta un Saint Louis tenant la couronne d'épines pour l'église Saint-Louis à l'Île-aux-Coudres. Bien que différentes hypothèses plus ou moins vraisemblables aient été avancées jusqu'à maintenant, on ignore toujours la source précise utilisée par Aide-Créquy pour cette oeuvre aujourd'hui conservée à l'évêché de Chicoutimi ; il reste que le Saint Louis n'est pas sans rappeler certains portraits de Louis XIV et de Louis XV peints par Hyacinthe Rigaud (1659- 1743) et Carle Van Loo (1705-1765), portraits qu'Aide-Créquy aurait pu connaître par le biais de gravures [Porter 1983b p. 59]. »

Hyacinthe Rigaud, Louis XV, roi de France et de Navarre (1710-1774) (détail), 1715, huile sur toile, 189 x 135 cm, « fait par Hyacinthe Rigaud en septembre 1715 », Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon MV 3695, INV 7500, AC 2410. Photo : sources. Gravé par : Pierre et Pierre-Imbert Drevet entre 1719 et 1723 ; Laurent Cars après 1720 ; Nicolas Tardieu en 1744 Minerve présentant le portrait de Louis XV par Rigaud ; Manuel Louis Salvador Carmona en 1753 en buste (Perreau 2016 : web ou pdf).

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines (détail), signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018. 

Une étude plus récente opine qu'Aide-Créquy a représenté Louis XV (1710–1774) en se référant à ces oeuvres de Rigaud le représentant, à l'âge de 5 ans en 1715 et 11 ans en 1721, dont des gravures ont pu être utilisées pour en combiner les divers éléments pour le visage de son Saint Louis enfant, la station debout et la position des jambes, la couronne royale, l'épée et la croix du Saint-Esprit (Forest 2015, p. 21-22, notes 45-46).

Pierre et Pierre-Imbert Drevet d’après Hyacinthe Rigaud, Louis Quinze, vers 1719-1723, gravure, 68,2 x 50 cm, « Peint par Hyacinthe Rigaud | gravé par Pierre Drevet 1723 | Louis Quinze », deux états connus (Perreau 2016 : web ou pdf).

Hyacinthe Rigaud, Louis XV en costume royal (détail), 1721, Madrid, Palacio Real. Photo : Patrimonio Nacional. Source. Gravé par : Pierre Drevet en 1721 à mi-corps dans un ovale ; Nicolas IV Larmessin en 1720 en buste Perreau 2016 : web ou pdf).

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines (détails), signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.

1610-1643 Louis XIII — par Philippe de Champaigne, 1622-1639, Royal Collection Trust, RCIN 404108.

1643-1715 Louis XIV — par Hyacinthe Rigaud, 1701. Wikipedia.

1715-1774 Louis XV — par Louis-Michel Van Loo, 1763. Wikipedia.

1774-1792 Louis XVI — par Antoine-François Callet, 1789, Château de Versailles. Source.

1589-1610 Henri IV — Attribué à François Quesnel l'Ancien (1543-1619), Henri IV et le cardinal Alexandre de Médicis, 1589-1619, Musée national du château de Pau, BP53-2-49, MV4119.

1589-1610 Henri IV — par Frans Pourbus le Jeune, Florence, Galleria Palatina. Photo Leemage/Corbis via Getty Images.

La pose du roi dans le tableau d'Aide-Créquy, ainsi que son manteau fleudelisé laissant voir les longues jambes en collant, se réfèrent aux portraits de rois de France des XVIIe et XVIIIe siècles, incluant Henri IV avec son caractéristique manteau plus court.

Un siècle et demi d'historiographie a réussi à mieux cerner certaines sources utilisées par Aide-Créquy pour son Saint Louis. Mais il sied de conclure qu'il n'a pas copié servilement une seule oeuvre.

Il l'a donc créé de son imaginaire en puisant à plusieurs sources iconographiques qu'il a combinées dans une composition originale, en lui ajoutant la couronne d'épines tenue dans sa main droite et un intérieur architectural toujours non identifié.


Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines (détails), signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.

 


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Retour au bercail

Aide-Créquy peint son Saint Louis en 1777, pour lîle sise juste en face, alors qu'il est curé à Baie-Saint-Paul. Son tableau décore le retable de la 2e église de Saint-Louis à l'Isle-aux-Coudres jusqu'à ce que le curé Pelletier le mette au rancart, dans le grenier de la sacristie, lors d'une « restauration » effectuée entre 1843 et 1878. Découvert, par Mgr Labrecque ou par Émile Vaillancourt, selon les auteurs, il est sauvegardé à l'Évêché de Chicoutimi qui, au début du XXe siècle, le fait « rafraîchir » par les soeurs du Bon-Pasteur.

D'après Porter 1983b (p. 59), le tableau était encore à l'Évêché de Chicoutimi en 1983. Cette lettre de Mgr Jean-Guy Couture apporte davantage de détails sur les circonstances de son retour dans sa paroisse d'origine qui était alors revenue sous l'autorité du diocèse de Québec depuis le 23 juin 1951 (collaboration de Nathalie Levesque).

« Evêché de Chicoutimi, le 7 décembre 1989.

Monsieur l'abbé Jacques Pelchat, curé, Presbytère de Saint-Louis de l'Ile-aux-Coudres, ILE-AUX-COUDRES (Québec), GOA 1XO.

OBJET: Tableau de l'abbé Aide-Créquy: SAINT LOUIS.

Cher Monsieur le Curé,

Le 24 août 1981, j'offrais, dans une lettre à Monsieur le curé Lavoie, de retourner à la paroisse et aux paroissiens de Saint-Louis de l'Ile-aux-Coudres le tableau idendifié comme SAINT LOUIS TENANT LA COURONNE D'EPINES et peint en 1777 par l'abbé Jean-Antoine Aide-Créquy pour leur église.

Je n'avais pas pu le faire à cette époque parce que telle n'était pas la volonté de la fabrique de Saint-Louis, exprimée dans une lettre du curé le 19 octobre 1981. Maintenant que vous m'exprimez le désir de vos paroissiens et de votre fabrique de pouvoir placer ce tableau dans l'église de Saint-Louis de l'Ile-aux-Coudres, il me fait plaisir de vous le remettre en espérant qu'il fera la joie et la fierté de toutes et tous les vôtres.

Soyez assuré que le diocèse de Chicoutimi est fier pour sa part de l'avoir conservé pendant 75 ans après que Monseigneur Labrecque, votre évêque à cette époque, ait eu le souci de le sauver et de le faire restaurer. Vous constaterez d'ailleurs que ce tableau porte malheureusement des marques de ses aventures et pérégrinations.

Je vous félicite et je vous prie de transmettre mes félicitations à vos marguilliers, paroissiens et paroissiennes, pour ce souci de vouloir conserver le patrimoine de votre paroisse et je souhaite que ce tableau du XVIIIe siècle soit, pour les gens d'aujourd'hui et des générations futures, un constant rappel de la longue et belle histoire de votre paroisse.

Veuillez agréer, cher Monsieur le Curé, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

+ Jean-Guy Couture, Evêque de Chicoutimi [collaboration de Nathalie Levesque]. »

Mgr Jean-Guy Couture. Source.

Étudié par les historiens de l'art, exposé dans les musées, cette diffusion accentue sa notoriété dans les décennies 1960-1980. Le procès de l'Ange-Gardien alerte l'opinion publique quant aux pratiques liées à la vente des oeuvres d'art mobilier par leurs fabriques d'origine : le recours en justice est inscrit en 1976 et le jugement rendu par le juge Bernier en 1980 (Derome 1984.09 et Landry 2005, p. 144-145). Le verdict enclenche la restitution de certaines d'entre elles. On peut penser que, dans ce sillage, c'est ainsi que ce Saint Louis prend le chemin du retour au bercail pour s'ajouter au riche décor de sa troisième église.

La nef de l'église Saint-Louis de l'Isle-aux-Coudres avec, à droite, le tableau Saint Louis tenant la couronne d'épines d'Aide-Créquy.
Photo Pierre Rochette 13 juin 2017 (web ou pdf).

Louis Jobin, Saint Louis, sculpture grande nature, façade de l'église Saint-Louis, Isle-aux-Coudres. Photo collaboration Rolande Perron, 14 avril 2010.

David Ouellet (1844-1915) architecte, J.-Alphonse Pelletier constructeur, Troisième église Saint-Louis, 1885-1886, Isle-aux-Coudres (web ou pdf). Photo Encyclobec Normand Perron 2000 (web ou pdf).

Le retable de l'église Saint-Louis de l'Isle-aux-Coudres avec d'autres représentations de saint Louis en sculpture et en peinture. Photo Pierre Rochette 13 juin 2017 (web ou pdf).

Paul-Gaston Masselotte (1848-1895) : « Ses peintures sur la vie de saint Louis, pour l'église de Saint-Louis-de-l'Île-aux-Coudres, furent réalisées entre 1885 et 1890, compositions que Masselotte puisa dans des enluminures [Karel 1992, p. 547]. » Photo Pierre Rochette 13 juin 2017 (web ou pdf).

Paul-Gaston Masselotte (1848-1895), Église Saint-Anne à Sainte-Anne-de-Beaupré, 1885-1890, décor mural, église Saint-Louis, Isle-aux-Coudres. Photo collaboration Rolande Perron, avril 2010.

Edgar Gariépy (1881-1956), Sainte-Anne-de-Beaupré, église paroissiale au XIXe siècle, photographie négatif sur pellicule de nitrate de cellulose, 15,7 x 10 cm, Archives Ville de Montréal CA M001 BM042-Y-1-P2535.

« L'abbé Henri Gilbert, restaurateur de tableaux, Trente ans de miracles ! [...] La réalisation de loin la plus impressionnante aux yeux du profane, parce qu'elle demandait un investissement énorme de travail, a été celle faite à l'église Saint-Louis de l'île aux Coudres. "A l'hiver 1976, alors que je travaillais à la galerie d'art Charles-Huot, le curé de l'église Saint-Louis est venu me demander de réparer la voûte de l'église. C'était des peintures de la fin du XIXe siècle réalisées par Gaston Masselote [sic]. Elles avaient été faites à l'huile, directement sur un mortier à base de chaux et de sable. À cause du chauffage et du froid, il s'était formé un réseau d'îlots et de craquelures. Il fallait teindre le fond des craquelures, après avoir rempli les fissures avec un composé spécial, puis revernir. Il y avait 17 tableaux, l'ai commencé les travaux à la mi-août et j'ai poursuivi jusqu'aux froids ; je suis revenu le lundi de Pâques [10 avril 1977] et les derniers échafaudages ont été défaits le 25 août. Tu regardes ce que tu fais. Si tu regardes le reste, tu plies bagage et tu l'en vas." [Lamontagne 1980.02.16, voir aussi Legendre sd (pdf)] »

 


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Conservation et photographies

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines, signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.

Deux oeuvres d'Aide-Créquy ont été détruites. Six sont conservées dont deux ont été restaurées. Ce tableau phare est le plus abîmé des quatre autres (voir Inventaire des oeuvres). Son mauvais état s'explique par son historique mouvementé : enlevé de l’église paroissiale au milieu du XIXe siècle, arraché de son cadre en bois naturel, roulé et relégué dans le grenier de la sacristie où, déchiré ça et là, il traîne dans la poussière (voir citation ci-dessus). Découvert vers 1915, il est ensuite sauvé par l'évêché de Chicoutimi qui le fait « rafraîchir » par les soeurs du Bon-Pasteur.

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), L’Annonciation, huile sur toile, 352 x 242 cm, signé et daté 1776, Notre-Dame-de-Bonsecours, L’Islet. Photo Simon Pierre Barrette 2 juillet 2012 Wikipedia.

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines (détails), signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm, Église Saint-Louis Isle-aux-Coudres. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.

Quelle est l'étendue des réparations effectuées par les soeurs du Bon-Pasteur vers 1915-1927 ? En 1934, Gérard Morisset affirmait que la toile avait été « copieusement repeinte [Morisset 1934.12.20 texte partiellement repris dans Morisset 1936c, vol. I, p. 73-74]. »

« Je peux vous affirmer que le visage de saint Louis n'est pas surpeint. Ayant moi-même restauré L'Annonciation de l'Islet, je vous confirme que la couche picturale du visage de saint Louis est bien originale et de même facture que celui de la vierge ou de l'archange du tableau de l'Islet ; on voit d'ailleurs la préparation foncée là où la couche picturale est usée [conversation avec Élisabeth Forest 28 juin 2018]. »

Morisset avait raison de constater, en 1934, que le tableau de la Vierge à l'enfant avait été entièrement repeint. Il semblerait que, pour le Saint Louis, les soeurs du Bon-Pasteur n'aient effectué que des réparations minimales à l'oeuvre, en consolidant certaines déchirures, et avec peu de repeints.

Jean-Antoine Aide-Créquy (1749-1780), Saint Louis tenant la couronne d'épines (détails), signé et daté 1777, huile sur toile, 158 x 188 cm. Photo BANQ E6,S8,SS1,SSS328,D1439, Inventaire des Oeuvres d'Art, Laval Bouchard et Luc Chartier, 1963-1966, alors que le tableau se trouvait à l'Évêché de Chicoutimi.

État de conservation

• Toile en mauvais état, gondolée, bosselée (photo ci-dessus à gauche) ; anciennes déchirures avec réparations minimales (photo ci-dessus à droite) ; trou à gauche de la signature (photo à droite) laissant voir le mur blanc en arrière du tableau.

• Matière picturale abîmée : nombreuses gerçures, craquelures, boursouflures, éraflures, abrasions.

• Vernis jaunis.

• Réparations par les soeurs du Bon Pasteur.

• « Bien que le tableau n’ait pu être décroché pour l’examen du revers, on a pu néanmoins constater que la toile n’était pas rentoilée, que les bords de tension étaient encore souples, mais que le châssis d’origine avait été remplacé [Forest 2015, p. 22]. »

Tache blanche = toile trouée. Photo collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.

Son état de conservation nécessite une restauration afin de le consolider, prévenir sa détérioration et lui restituer son apparence d'origine. Dans l'état actuel des pratiques religieuses fortement à la baisse où plusieurs paroisses doivent se partager le même curé, de ventes et transformations d'églises, la petite communauté de Saint-Louis de l'Isle-aux-Coudres n'a peut-être pas les moyens de concrétiser un tel projet. Quoique l'espoir renaît depuis janvier 2017, car elle fait maintenant partie de la fabrique Saint-François-d'Assise regroupant Baie-Saint-Paul, Les Éboulements, Petite-Rivière-Saint-François, Saint-Bernard, Saint-Hilarion, Saint-Joseph-de-la-Rive, Saint-Louis, Saint-Placide et Saint-Urbain (web ou pdf). Cette situation fait songer à l'époque où le curé Aide-Créquy devait desservir, à partir de Baie-Saint-Paul, certaines de ces paroisses. C'est un objectif louable que toutes les oeuvres d'art puissent être conservées dans le lieu pour lequel elles ont été créées. On peut cependant se demander si ce tableau, si important pour le patrimoine québécois de la fin du XVIIIe siècle, n'appelle pas au secours afin qu'on lui octroie un second sauvetage ?

Son emplacement sur un mur extérieur n'est pas idéal et pourrait accélérer sa détérioration. Le fait qu'il soit accroché très haut évite qu'il soit touché et davantage abîmé, mais cela empêche également son étude de près. Son grand format (158 x 188 cm) ne permet pas qu'il soit décroché facilement. Des spécialistes de la conservation des oeuvres d'art l'ont étudié en 2007 : Élisabeth Forest, Marie-Claude Corbeil et Elizabeth Moffatt du Centre de conservation du Québec et de l'Institut canadien de conservation (Forest 2015). Malgré l'échafaudage installé et des éclairages d'appoints (collaborations de Marie-Claude Corbeil et Élisabeth Forest), elles n'ont pas pu décrocher l'oeuvre pour en observer l'endos. Elles ont prélevé des échantillons de peinture qu'elles ont analysés et publié une photographie de l'ensemble qui montre les importants gondelements de la toile, les gerçures généralisées de la matière picturale, ainsi qu'un détail du visage (Forest 2015, p. 21 fig. 9).

La hauteur de son accrochage le rend également difficile à photographier. Mais aussi parce qu'il est flanqué de deux fenêtres qui créent un contre-jour. Les photographies ont donc du êtres traitées avec photoshop afin d'en restituer les perspectives et les couleurs. Du fait que ses vernis soient très jaunis, des repeints, réparations et dégradations de la matière picturale, les images actuelles ne sont donc qu'un reflet approximatif de ce qu'Aide-Créquy a peint. Seule une restauration en bonne et due forme permettrait de le revoir sous son aspect originel. Ne reste plus qu’à espérer que ce tableau soit un jour restauré...
 

 
Photo originale :
collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.
Après traitement photoshop :
correction de perspective et réglages de niveaux.
 
 

 
 
Photo originale :
collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.
Après traitement photoshop :
correction de perspective et réglages de niveaux.
 
 
 
 
Photo originale :
collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.
Après traitement photoshop :
correction de perspective et réglages de niveaux.
 
 
 
 
Photo originale :
collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.
Après traitement photoshop :
correction de perspective et réglages de niveaux.
 
 
 
 
Photo originale :
collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.
Après traitement photoshop :
correction de perspective et réglages de niveaux.
 
 
 
 
Photo originale :
collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.
Après traitement photoshop :
correction de perspective et réglages de niveaux.
 
 
 
 
Photo originale :
collaboration de Jean Lacasse 15 juin 2018.
Après traitement photoshop :
correction de perspective et réglages de niveaux.
 

 

Curé peintre 2e église Sauvetage Diffusion Retour Conservation
L'iconographie de saint Louis
chez de Heer
et Aide-Créquy
web Robert DEROME