Les publications de Mesplet et du Calvet

 

Rédigée en français pour convaincre les Canadiens de se joindre au projet d'indépendance des Américains, cette lettre dont Mesplet est l'imprimeur insiste sur le droit légitime des Canadiens à un gouvernement démocratique : « le peuple a part dans son gouvernement par ses représentans choisis par lui-même et est par conséquent gouverné par des loix de son approbation et non par les édits de ceux sur lesquels il n'a aucun pouvoir ». L'adresse évoque d'autres droits légitimes : procès avec jury, habeas corpus, droit de propriété, liberté de presse, Chambre d'assemblée, pouvoir de taxation, séparation des pouvoirs. Le texte invite les Canadiens à s'unir « à une cause si juste », et conclut en leur rappelant que « votre Province est le seul anneau qui manque pour compléter la chaîne forte et éclatante de leur union ».

Fleury Mesplet, Lettre addressée aux Habitans de la Province de Québec, Ci-devant le Canada, De la part du Congrès Général de l'Amérique Septentrionale, tenu à Philadelphie, Imprimé & publié par ordre du Congrès, à Philadelphie, De l'imprimerie de Fleury Mesplet, 1774, 7 pages, 21 cm, Montréal, Bibliothèque nationale du Québec. Photo Robert Derome.
 

Fleury Mesplet, Gazette littéraire pour la ville et district de Montréal, Imprimé à Montréal chez F. Mesplet imprimeur et libraire, page frontispice du 21 octobre 1778, 26 cm, Ottawa, Bibliothèque nationale du Canada. Photo Robert Derome.

On doit à Mesplet, imprimeur du Congrès américain, ce premier journal unilingue français du Québec qui, dès sa création à l'été 1778, s'engage dans la diffusion des Lumières. Avec le journaliste Valentin Jautard, Mesplet fait de cet hebdomadaire un lieu de débats et de contestation, mais aussi un outil pédagogique offert aux étudiants du Collège de Montréal. Durant sa courte année d'existence, la Gazette de Montréal commente notamment la mort de Voltaire et la création d'une « Académie voltairienne » à Montréal. Tout en discutant de sciences, d'éducation, de lettres et de philosophie, Jautard invite ses lecteurs à lui envoyer des poèmes qu'il commente et corrige sous le pseudonyme de « Spectateur tranquille ». Avec Pierre du Calvet, il s'attaque aux juges Rouville et Southouse : en juin 1779, les journalistes sont emprisonnés, ce qui met fin à cette aventure intellectuelle.

 

Né d'une famille huguenote française, Pierre du Calvet garde toute sa vie un sens aigu de la tolérance. Il propose des réformes juridiques et constitutionnelles, il multiplie lettres ouvertes, mémoires et procès, jusqu'à ce qu'on le jette en prison. Favorable à la cause américaine durant la guerre d'Indépendance, il défend passionnément les principes démocratiques avec ses amis journalistes de la Gazette littéraire de Montréal. À peine sorti des fers, il part à Londres réclamer justice. C'est là qu'il publie en anglais et en français son Appel à la justice de l'État (1784), avant de périr en mer, sans avoir pu assister à la réalisation de son utopie : la première constitution canadienne (1791).

Pierre du Calvet (1735-1786), Appel à la Justice de l'État ou Recueil de Lettres au Roi, au Prince de Galles, et aux Ministres [...], London, [s. é.], 1784, xiv, -320-viii p., 22 x 14 cm, in 8N, Montréal, Bibliothèque nationale du Québec. Photo Robert Derome.