Les portraits du père jésuite Paul Le Jeune, confusions et conversions...


1665 René Lochon CStM

Grâce à la collaboration exceptionnelle du collectionneur Denis St-Martin (CStM) et son collègue photographe Germain Martin, nous pouvons maintenant en étudier un autre exemplaire avec des numérisations de grande qualité.

Réné Lochon (1636-1675), LE REVEREND PERE PAVL LE IEVNE DE LA COMPAGNIE DE IESVS, 1665, Gravure sur papier de 35,3 x 26,5 cm collée sur une autre feuille portant un filigrane sur laquelle on a ajouté à l'encre le chiffre « 68 » et marquée au verso à la position quatre heures « 120114 HD » au crayon, Collection Denis St-Martin (CStM), acquise vers 2010 de la marchande Colette Mass à Paris. Voir aussi : Les 2 Rives ou pdf.

Photo du filigrane sur la feuille de support
sur laquelle est collée la gravure.

Dessin du filigrane, non identifié,
à partir de la photo ci-contre.

Le chiffre « 68 », à l'encre sur la feuille de support en haut à droite, se réfèrerait-il à un ancien numéro de collectoin dans un spicilège ?

Que peut signifier ce chiffre, à la mine de plomb, au verso ?

« J’ai fait quelques recherches, avec les outils qui me sont disponibles, et je n’ai pas pu trouver le filigrane. L'exemplaire de OBAC ne porte pas de filigrane (collaboration de Madeleine Trudeau). »

« Je ne trouve aucune différence entre les légendes des exemplaires de la gravure de 1665 [voir aussi Légende et 1925 reproduction par Kenney et Légende, transcription, calligraphie et typographie]. En revanche, un tout petit détail peut prouver qu'elle n'a pas été retouchée : on lit à la toute fin "1664. agé de 72 ans." Au XVIIe siècle, le fait que le nombre 72 ne soit pas suivi de son point est une faute évidente. Si la gravure avait été retouchée, on aurait corrigé [collaboration de Guy Laflèche]. »

Pour connaître le contexte historique le cette légende, voir ces sections de la notice de 1665 Lochon OBAC : Légende et 1925 reproduction par KenneyDiffusion en plusieurs exemplaires. Et controverse avec les récollets ! Voir également une autre légende, très différente, étudiée dans la notice 1665 Anonyme AJPF, section Légende : trois transcriptions.

Cette longue légende est donc identique sur les exemplaires de 1665 Lochon OBAC et 1665 Lochon CStM, sauf que cette dernière a été rognée plus près du « qui » terminant la première ligne du texte. Les signatures sont également identiques, sauf qu'il manque le jambage inférieur du « f ».

Ci-dessus signatures de OBAC. Ci-dessous celles de CStM.

Des détails du visage démontrent que tous les éléments gravés sont semblables. Sauf, que les hachures de OBAC sont beaucoup mieux marquées et plus foncées que celles de CStM. Est-ce uniquement dû à la prise de vue photographique ? Ou parce l'exemplaire de OBAC figurait en tête d'impression et celui de la CStM en queue ? Ou par un autre graveur ?

Une plaque usée reproduit le même dessin, mais son altération des détails s'accentue au fur et à mesure des réimpressions. Ce qui peut être le cas d'une reproduction ultérieure au XVIIe siècle.

C'est ce qu'il advint pour la gravure La Mere Caterine de St. Augustin Religieuse Hospitaliere de Quebec en Canada… Créée avant novembre 1670 et très demandée, elle fut réimprimée sur des feuilles volantes, en 1755, après que le jésuite René Duval (1706 - après 1758), procureur des hospitalières à Paris, eût retrouvé la planche de cuivre originale (Martin 1988, p. 39). De nos jours, il existe toujours un marché actif de reproductions dites « historiques » [source : muzeo ou pdf].

On distingue bien les plis effectués pour insérer cette gravure dans son livre de destination. Bien que beaucoup plus petite que celle de Le Jeune, cette feuille devait être pliée pour s'insérer dans l'ouvrage de Ragueneau 1671, in-8°, soit, selon la table de Morel, grand in-8° (25 à 32 cm), in-8° (22 à 24 cm), petit in-8° (18 à 20 cm).

Jean Patigny (actif 1660-1670), La Mere Caterine de St. Augustin Religieuse Hospitaliere de Quebec en Canada…, avant novembre 1670, gravure sur papier, image 16,8 x 12,2 cm, feuille 21,8 x 15 cm, signé en bas au centre « Patigny In. Et Fecit », planche frontispice dépliante dans Ragueneau 1671. Photo : Brown University, John Carter Brown Library.

Sur les deux exemplaires de cette gravure, 1665 Lochon OBAC et 1665 Lochon CStM, il n'y a pas de marque apparente de la cuvette habituellement creusée par la plaque de métal. Peut-on en conclure qu'on aurait utilisé une plaque plus grande que les feuilles conservées ? Cela pourrait bien être le cas. 1665 Lochon OBAC présente la bordure normale irrégulière d'une feuille de papier de cette époque, alors que la feuille de 1665 Lochon CStM a été rognée. Nonobstant, les deux feuilles présentent des formes très irrégulières. Ce tableau permet de comparer leurs dimensions.

Les gravures anciennes du même état présentent habituellement des dimensions similaires pour la feuille et pour l'image formée par la plaque de gravure. Or, ces deux exemplaires, de 1665 Lochon OBAC et 1665 Lochon CStM, présentent des feuilles différentes l'un de l'autre, l'une présumément entière, l'autre rognée. Et, sur lesquelles on ne détecte aucune trace de cuvette ! Comment expliquer ces différences ? Par une plaque plus grande utilisée comme pour imprimer un papier de grand format ? De plus, ces deux exemplaires des portraits gravés de Le Jeune étaient montés sur un autre papier ! Pourraient-elles provenir d'un livre ancien dépecé pour être vendu en pièces détachées ? Non, puisque dès le début du XIXe siècle, Huber 1804 (p. 285-286) a répertorié cette publication comme grand in-folio.

Une petite différence d'un demi centimètre, tant sur la hauteur que sur la lageur, est compatible avec le fait que les marges de la CStM ont été rognées sur les quatre côtés. Toutefois ces mesures sont toutes relatives, puisque ces feuilles sont de formes très irrégulières et aucun de leurs coins n'est à angle droit : il n'est donc pas acquis que les mesures ont été prélevées de la même façon. Par contre, seules des mesures prises de façon très différentes peuvent expliquer les écarts de plus de 4 cm dans les dimensions de l'image, ainsi que dans la hauteur de celles de l'image et du texte. Les différences sont perceptibles dans les éléments gravés du contour où l'exemple de OBAC montre des détails supplémentaires.

Outre les dimensions, le papier de OBAC est jaune, alors que celui de CStM est plus blanc. Est-ce dû uniquement à la photographie ? Une numérisation partageant les mêmes caractéristiques permettrait probablement de mieux apprécier cette différence apparente !

Les marges du haut, de gauche et de droite, visibles sur OBAC (ci-dessus) ont été rognées sur CStM (ci-dessous,
gravure montée sur une autre feuille de couleur similaire dont la bordure apparente a été colorée en rouge).

À noter la présence (OBAC) ou l'absence (CStM) de marge à gauche des lignes gravées horizontales, au-dessus du texte de la légende. CStM a été rognée très juste au-dessous de la signature de Lochon.

Gravure montée sur une autre feuille de couleur similaire dont la bordure apparente a été colorée en rouge

OBAC, en bas à gauche.

CStM, en bas à gauche.

À noter la présence (OBAC) ou l'absence (CStM) de marge à droite des lignes gravées horizontales, au-dessus du texte de la légende. Ainsi que la largeur séparant le « qui », à la fin de la première ligne, et la bordure de la feuille.

Gravure montée sur une autre feuille de couleur similaire dont la bordure apparente a été colorée en rouge

OBAC, en bas à droite.

CStM, en bas à droite.

À noter la présence (OBAC) ou l'absence (CStM) d'une ligne verticale gravée près de la marge entre la pointe du décor gravé en lignes horizontales et les premières lettres de PAVL.

Gravure montée sur une autre feuille de couleur similaire dont la bordure apparente a été colorée en rouge

OBAC, au centre à droite.

CStM, au centre à droite.

Une superposition des images en alignant précisément les deux coins gravés, en haut à gauche et à droite, permet de constater des distorsions. Premièrement à cause de la découpe de la gravure qui est plus serrée sur l'exemplaire de la CStM. Comme il s'agit de deux photographies, les angles de prise de vue peuvent également provoquer des distorsions expliquant que la hauteur des images n'est plus à l'échelle, ni l'orientation. Des numérisations haute résolution des deux images permettraient probablement d'éliminer ces distorsions photographiques. La comparaison des textes montre cependant qu'ils sont identiques. Il s'agit donc probablement du même état gravé.

Exemplaire CStM par dessus celui OBAC,
avec alignement précis photoshop des deux coins gravés du haut.

Voir détail agrandi du bas sur l'image ci-dessous...

Une numérisation avec les mêmes caractéristiques permettrait probablement une meilleure comparaison de ces éléments. Il serait également approprié d'étudier les oeuvres originales en personne.

Dix gravures par René Lochon, Achenbach Foundation, Fine arts museums of San Francisco, acquises en 1963.

L'état de conservation de ces marges en bordure est partagé par d'autres gravures de René Lochon. Dix ont été acquises par l'Achenbach Foundation à Saint-Francisco en 1963 : l'identification imprécise des personnes représentées pourra être complétée avec l'aide de la base de données Ressources Moteur Collections sur culture.fr. Elles sont tous montées sur une autre feuille et huit ont les bordures rognées comme celle de la CStM. Une seule est complète avec sa bordure irrégulière et l'autre est abîmée (détail ci-dessous).

Les châteaux de Versailles et de Trianon conservent un exemplaire de Jérôme Bignon (1590-1656), Avocat Général au Parlement de Paris, Bibliothécaire de Louis XIII. Sa marge n'est pas complète, mais a été moins rognée de celle d'Achenbach. On note des différences dans les mesures d'un ordre similaire à celles existant entre 1665 Lochon OBAC et 1665 Lochon CStM.

 

Les portraits du père jésuite Paul Le Jeune,
confusions et conversions...

web Robert DEROME