Les portraits du père jésuite Paul Le Jeune, confusions et conversions...


1665 René Lochon OBAC

Quand cette gravure est-elle entrée dans les collections d'OBAC ?

Cette gravure a été publiée en 1665, probablement par les jésuites de Paris, après le décès de Paul Le Jeune (voir Évolutions... pour la mise en perspective du contexte historique socio-politique). Une photographie ancienne fait découvrir une légende différente : 1665 Anonyme AJPF montrerait-il un second état ou un montage ?

Ni la provenance, ni la date d'acquisition, de cet exemplaire OBAC ne sont connues. La plus ancienne référence consignée dans les dossiers de conservation est 1931 (collaboration de Madeleine Trudeau).

« C'est en 1872 que fut établi le service des archives publiques. Toutefois on ne commença pas à colliger les gravures historiques avant la nomination du conservateur actuel des archives, en 1904, ou plutôt quelque temps après l'occupation, en 1906, de ce qui constitue aujourd'hui l'ancienne aile de l'édifice des archives. Alors la collection des gravures des archives ne comprenait que des illustrations dans les livres de la bibliothèque ainsi que quelques dessins et quelques photographies insérés dans des albums et conservés dans cette bibliothèque [Kenney 1925, p. xvi]. »

Cette gravure faisait partie des collections avant 1925 puisqu'elle est décrite par Kenney 1925 (p. 128-129 ou pdf), chef de la section de publication et de recherche aux Archives publiques du Canada, qui en donne une reproduction tronquée sans le long texte en légende au-dessous du portrait dont il donne une transcription détaillée à part (voir Légende). Aurait-elle pu servir de source à l'excellente reproduction publiée en 1888 DI QMA ?

En outre, Kenney dresse une liste des portraits de Le Jeune alors publiés, ce qui s'avère une source importante d'informations qui seront répétées dans l'historiographie sans être toujours vérifiées. Nous nous y réfèrerons lors de l'étude de chacune de ces oeuvres.

Réné Lochon (1636-1675), LE REVEREND PERE PAVL LE IEVNE DE LA COMPAGNIE DE IESVS, 1665, Gravure sur papier auparavant attachée à une autre feuille moderne, feuille 36,0 x 27,0 cm. Source : OBAC, No MIKAN, 2919673 ou pdf.

 

Le graveur René Lochon (1619 ou 1620 - 1674 ou 1675).

Cette gravure est signée à gauche et datée à droite, sous la légende,
« R. Lochon faciebat et excudebat, Cum priuilegio Regis, 1665. »
Soit, traduit en français : « créé et gravé par R. Lochon, avec privilège du Roi, 1665. »

La BNF (sources 1 et 2) donne 1636 comme date de naissance à René Lochon. Le Blanc 1854 (p. 559) le fait naître en 1636 ou 1640 à Boissy, alors que Huber 1804 (p. 285-286) donne Poissy. Jal propose plutôt 1633, sur la base du baptême de sa fille Françoise, document qui met en lumière ses liens avec Robert Nanteuil ; il fournit également une liste détaillée de ses enfants.

« • Le 2 juin 1653, René Lochon eut une fille, Francoise, que tint, en 1652 [sic !], sur les fonts de bapt. Robert Nanteuil, peut-être le maître de Lochon. (St-Etienne du Mont.) Sans doute s'il avait épousé Marie Pernelle, ce n'était pas à l'âge de 16 ans qu'il s'était marié et à plus forte raison à l'âge de 12 ans. Rayons donc les dates 1636 et 1640 de la biographie de R. Lochon, et sans pouvoir leur en substituer une autre authentiquement affirmée par un acte de naissance, admettons qu'en 1653 Lochon avait au moins vingt ans.
• Le 4 fév. 1656, il fit baptiser Marie-Renée ;
• le 7 octobre 1657, Jean-Louis ;
• le 9 sept. 1659, Jeanne-Geneviève, tenue par Nicolle-Geneviève , fille de Nanteuil ;
• le 21 juil. 1661, Jacques-François ;
• le 9 juil. 1662, Jean-François, tenu par Françoise Lochon, sœur de René ;
• le 21 juil. 1663, Marie-Anne ;
• le 17 juin 1664, Etienne ;
• le 22 juil. 1665, second Etienne [l'autre étant mort (?)], tenu sur les fonts par Etienne Villequin, peintre du R., et Anne, fille de Jean Dieu, peintre ;
• le 15 juil. 1666, Jeanne-Nicolle, levée sur les fonts par une fille de Nicolas Regnesson ;
• le 29 mars 1668, Noël présenté à l'église par Noël Coypel, peintre du R. ;
• enfin, le 18 août 1670, Luc. - [Jal 1867, p. 792, et Jal 1872, p. 792]. »

Si on en croit Herluison, il faudrait peut-être même faire remonter encore plus loin la naissance de René Lochon, puisqu'il lui attribue des enfants en 1649 et 1650. En admettant qu'il se soit marié au moins un an plus tôt, en 1648, et en calculant son âge de majorité à 21 ans, il aurait donc pu naître vers, ou avant, 1627 !

« Le samedy 24 juillet (1649). Convoy de presbtre et clerc de Catherine, fille de René Lochon, graveur, prise rue de l'Arbre-Sec (St-Germ.-l'Aux.).

Du lundy 6me (juin 1650) fut b. Claude, fils de René Lochon, marchd graveur de taille douce, et de Marie Pernelle, sa fe. Le parin Georges Houy me pâtissier; la mar. Margtte Mauguin, fe de Antoine Le Roy, marchand frippier (St-Germ.-l'Aux.). Cet enfant mourut le lendemain [Herluison 1873, p. 258]. »

Ne manque plus, à cette liste d'enfants, que la naissance de Pierre (1651-1725) qui, comme son père, deviendra graveur (Préaud PRL, p. 2 et 24-25).

La collaboration exceptionnelle de Maxime Préaud (voir 1665 Lochon BNF) met fin aux spéculations, à propos du lieu et de la date de naissance de René Lochon, par de solides références d'archives qui permettent, enfin, d'ajuster un âge réel plausible et cohérent aux événements de sa biographie. René Lochon est né vers 1619-1620 d'après l'âge déclaré, d’environ 18 ans, à son contrat d'apprentissage auprès du graveur et éditeur d’estampes Jean Ganière, le 3 novembre 1638 [Préaud PRL, p. 23 note 20, M. C., CX-90], et son contrat de mariage, du 16 août 1647, où on le dit natif de Paris âgé de 27 ans passés ([Préaud PRL, p. 24 note 22, M. C., XXIII, R 284 vérifier cette cote).

Dommage que Duportal ne donne pas la source de l'information à l'effet que René Lochon ait adopté, en 1643 à Rome, une signature latine que l'on peut traduire par « René Lochon de Lutèce ».

« En général, on trouve au bas des estampes l'inscription "N... inv. N... sculp." avec toutes les variantes que ces termes comportaient. Il est à remarquer que contrairement à l'usage le plus répandu au XVIe siècle, aucun graveur du XVIIe, ne signe de son prénom seul, et qu'au contraire, suivant une habitude qui peut dater de bien loin, quelques-uns ajoutent à leurs noms et prénoms ce que les Grecs appelaient le "démotique". Ainsi Mellan, dans les gravures faites à Rome, se qualifie de "Gallus", Sanson se dit "Abbevillain", Lochon signe en 1643 "Renatus Lochon Lutetianus" [Duportal 1914, p. 141-142]. »

« Lutetianus »

4. La Sainte Famille, d’après Claude Vignon, 1643.
9. Sainte Famille, avant 1651.
00. Le Combat d’un chien contre un gentilhomme qui avait tué son maître.
00. La réception faite par le magister d’Asnières aux députés de Vaugirard et au greffier de Villejuif, en début de carrière.
53. Portrait équestre de Louis XIII, après 1650 ?

« Renatus » et/ou « Lochonius »

1. Le Péché originel, d’après François Chauveau.
29. Doni d’Attichy (Louis), évêque d’Autun, 1663.
30. Douglas, d’après Gilbert de Sève.
37. Grillet.
40. Harlay (François de), d’après Nicolas Loir, 1659.
000. 1. Titre, 1651.
000. 2. Trophées d’armes, 1651.
000. 3. Trophées d’armes, 1651.
000. 5
. Trophées d’armes, 1651.
000. 1. Titre dans un médaillon ovale, 1651.
000. 4. Une plante se terminant par deux rinceaux entourant chacun une fleur, 1651.
000. 5. A dr. un putto, une couronne de lauriers sur la tête, tient dans chaque main un serpent, 1651.
000. 6. Au centre d’une composition symétrique, un angelot debout sur une plante, tourné vers la dr., les bras tendus vers un nid avec une portée d’oisillons, 1651.
89. Frontispice pour Foscarini (Giovanni Paolo), Dell’armonia del mondo lettioni due, Paris, 1647, in-8°, 139 p.

Signatures de René Lochon sur les oeuvres conservées à la BNF (Préaud PRL).

Un voyage à Rome pourrait être plausible à cette période du début de sa carrière. À 23 ou 24 ans, René Lochon est probablement compagnon, et n'est pas encore marié ni établi. Il aurait donc pu quitter Paris après être devenu parrain de René, le 6 août 1643, fils de Jacques Lagniet qui n'exerce pas encore la profession d'éditeur d'estampes (Préaud PRL, p. 24 note 21, Fichier Laborde, NAF 12145). Il aurait pu revenir en 1645, suffisamment de temps avant de terminer, le jour de l’an de 1646, le portrait de Julien Du Fos (Préaud PRL, p. 24). Mais, peut-on vraiment conclure à un tel voyage seulement à partir de cette signature qui fut pourtant utilisée sur une période de temps plus longue ? Une mode à laquelle le graveur aurait pu adhérer ?

Les parrains et marraines de ses enfants montrent les liens du graveur avec plusieurs artistes importants de son époque : Robert Nanteuil, Jean Dieu peintre, Nicolas Regnesson, Noël Coypel peintre du roi (voir, ci-dessus, la liste de ses enfants tirée de Jal). Basan en ajoute quelques autres.

« Graveur François du dernier Siecle, duquel on a, Divers Portraits d'après Ph. Champagne, Plusieurs Pieces d'après Polydore de Caravage, les Carraches, le Guide, Charles Errard, Le Poussin, N. Loir, &c. [Basan 1767, p. 276] »

Suite à la proposition de Jal, basée sur la généalogie, Huber relève d'autres liens unissant Lochon à Nanteuil, cette fois sur la base de son esthétique.

« Son goût de gravure tient de celui de Nanteuil, dont il n'a pas tout-à-fait saisi le moëlleux [Huber 1804, p. 285-286]. »

Jal conteste que Jean-Baptiste Corneille ait pu le former.

« Si Jn-Bapt. Corneille fut le maître de René Lochon, à quel âge René prit-il de ses leçons ? Jn-Bapt. Corneille naquit le 2 déc. 1649 ; il ne fut probablement guère en état d'être le maître de Lochon avant 1669 ; or, dès 1657, Lochon se disait graveur. Je crois que, si un des Corneille fut, en effet, l'artiste qui mit le crayon à la main de René Lochon, c'est à Michel Ier qu'il faut restituer cet élève [Jal 1867, p. 792]. »

Maxime Préaud, en plus de se référer à son contrat d'apprentissage avec Jean Ganière en 1638 (voir ci-dessus), en situe le contexte.

« Cependant, Regnesson est bien introduit dans le milieu des graveurs et des marchands d’estampes parisiens (23 Il signe en 1651 avec Nanteuil et bon nombre de ses confrères la convention contre les projets de maîtrise proposés par François Mansart [Préaud 1987]), qu’il continue de fréquenter, sans doute depuis son passage chez Ganière, dont plusieurs apprentis atteindront une certaine célébrité dans le petit monde de l’estampe : ainsi René Lochon en 1638 (24 Lochon est natif de Paris. Mais après son passage chez Ganière, on peut penser qu’il a travaillé un peu pour Nanteuil, lequel est parrain d’une de ses filles le 2 juin 1653, tandis qu’une autre sera tenue sur les fonts par Nicole-Geneviève Nanteuil le 9 septembre 1659 et une autre le 15 juillet 1666 par une fille de Regnesson [Jal 1872]), Pierre Landry en 1648, Nicolas Bonnart en 1655 (25 Pierre Landry et Nicolas Bonnart sont tous deux parisiens d’origine.) [Préaud 2015.10.28]. »

« Jean Ganière (vers 1615-1666) est un graveur, éditeur et marchand d'estampes français (1 Roger-Armand Weigert, Inventaire du fonds français, graveurs du XVIIe siècle, Paris, Bibliothèque nationale, tome IV, « Ecman-Giffart », 1961, pp. 314-342.). Jean Ganière, fils d'un imprimeur lyonnais, fut placé en apprentissage à Paris chez Jean Vallet. Après la mort de Vallet en 1637, il épousa sa veuve, Marguerite de Lericourt, et s'imposa comme graveur, imprimeur d’estampes et marchand de la rue Saint-Jacques à l'image de Sainte-Catherine, puis à l'image Saint-Louis en 1652. [...] Jean Ganière forma de très nombreux apprentis, comme Nicolas Regnesson (vers 1616-1670), Dominique Leroy, Nicolas Bonnart (vers 1637-1718), René Lochon, Pierre Landry ou Nicolas Levesque (vers 1640-après 1712). Bibliographie : Maxime Préaud, Dictionnaire des éditeurs d'estampes à Paris sous l'ancien régime, s.l., Promodis, 1987, p. 310-312. [Wikipedia.] »

La BNF (sources 1 et 2) donne 167? ou 1674? comme date de décès de René Lochon. Jal propose que ce fut avant 1675.

« Je n'ai pu savoir à quelle époque mourut René Lochon, mais je vois que ce fut avant 1675. En effet, Marie-Renée Lochon, qui, le 22 avril 1675, épousa, non pas un artiste, mais un maître rôtisseur de la paroisse St-Eust., c'était assez sage - est dite dans l'acte de son mariage fille de feu René Lochon. Le témoin de Marie René fut un de ses frères, Pierre Lochon, dont je n'ai pas vu le baptistaire, et qui est un 13e enfant de René. (St-Et. du Mont.) - [Jal 1867, p. 792] »

D'après les travaux de Maxime Préaud, on peut désormais fixer ainsi les dates de naissance et de décès du graveur René Lochon (1619 ou 1620 - 1674 ou 1675), puisqu'il est décédé entre 30 avril 1774 et le 22 avril 1775.

« 1674 Le 30 avril, René Lochon, qui demeure alors place de Cambrai, se porte garant pour Antoine Sanson, graveur en taille-douce et le beau-frère de son fils Pierre Lochon (il est l’époux de Marguerite Pocque), qui achète une "presse d’imprimerie en taille douce garnie de tous ses ustensiles, moyennant la somme de cent livres" à Marin de Montmical, imprimeur et marchand libraire à Paris [Préaud PRL, p. 28 et note 39, M. C., XLIII-152]. »

En 1804, Huber dresse une liste révélatrice de 10 portraits exécutés par René Lochon. Le jésuite Paul Le Leune y figure, partageant ce privilège avec 7 ecclésiastiques (1 archevêque, 3 évêques, 3 prêtres dont l'un docteur en Sorbonne) et 2 civils (1 magistrat et 1 savant). Les dates de production s'étalent de 1657 à 1667.

Portraits [liste établie par Huber 1804, p. 285-286].

1. Buste d'un jeune Magistrat, dans une bordure octogone de feuilles de chêne. R. Lochon ad vivum del. et fec. 1657. in-fol. [Reproduction à droite et identification en légende ci-dessous.]

2. Charles de Bourbon, Evêque de Soisson. Id. 1657. in-fol. [voir Bourlon.]

3. Eustaches de Lesseville, Evêque de Coutance, 1661. in-fol.

4. Félix Vialart, Evêque de Châlon. in-fol.

5. Balthasar Phélipeaux de la Vrillière, Abbé; ad vivum fec. 1667. in-fol. [voir La Vrillière daté 1661.]

6. Jérôme Bignon, savant célèbre du dernier siècle. R. Lochon ad vivum furtim del. et sc. in-fol

7. Louis de Marillac, Docteur en Sorbonne et Curé de St. Jacques de la Boucherie, mort en odeur de Sainteté en 1696. in-fol. [Gravé par Pierre Lochon, Préaud PRL, p. 16-17, n° 29.]

8. Paul le jeune, de la Compagnie de Jésus. gr. in-fol.

9. Hardouin de Perefix, Archevêque de Paris, 1676. d'après Champagne. in-fol. [Voir Péréfixe daté 1661 et 1664.]

10. Antoine Arnauld, Prêtre de l'Oratoire ; d'après le même. in-fol. [Gravé par Pierre Lochon, Préaud PRL, p. 9-10, n° 14.]

Le n° 1 de cette liste, intitué « Buste d'un jeune Magistrat », correspond à cette oeuvre telle que décrite dans la collection où elle est conservée : René Lochon, Jacques Albert (16..-....), burin, 334 x 265 mm (élt. d'impr.), R. Lochon ad vivum delineabat et sculpebat. 1657, BSG, EST 81-2 RES (P.16). Préaud PRL, p. 38, n° 16, l'identifie à Alibert (Jacques d’), 1657, conseiller au Parlement de Metz.

Le relevé des signatures permet de conclure à une activité de dessinateur physionomiste de la part du graveur suite à l'utilisation, pour quatre portraits sur dix (1, 2, 5 et 6), de l'expression « ad vivum del. et fec. », ou sous d'autres formes incluant même « furtim » (6), ce qui signifie "dessiné et gravé d'après le modèle vivant", voire même "furtivement", à la dérobée, sans que le sujet n'en sache rien ! Maxime Préaud émet cependant un bémol à ce propos (voir Ad vivum et d'après plusieurs artistes).

Deux gravures sont d'après les portraits du grand peintre Philippe de Champaigne (9 et 10), mais la source des quatre autres (3, 4, 7 et 8) n'est pas mentionnée, incluant celui Le Jeune. Étant donné sa date de publication, un an après son décès, elle n'a probablement pas été réalisée d'après le modèle vivant ! À moins que Lochon ait pu lui rendre visite avant son décès et esquisser « furtivement » son portrait ! Reste donc à trouver le modèle source, si tant est qu'il en existât un ! Le tableau disparu des jésuites de Québec (XVII-XVIIIe Anonyme QJ) pourrait-il être un candidat possible ? À moins qu'il s'agisse d'un portrait « idéalisé » (voir Physionomie) ? Tous les formats indiqués sont « in-fol. », sauf pour celui de Le Jeune : « gr. in-fol. » (voir Format). Huber relève également deux sujets religieux, dont l'un daté de 1668, copiés d'après divers grands maîtres auxquels Basan ajoute quelques autres noms.

« Sujets d'après divers maîtres [liste établie par Huber 1804, p. 285-286].
1. Jésus-Christ portant sa croix, figure seule; d'après le Carrache, in-fol.
2. La Vierge, avec l'enfant Jésus, et le jeune St. Jean ; d'après N. Coypel, R. Lochon sc. 1668. in-fol. »

« Graveur François du dernier Siecle, duquel on a, Divers Portraits d'après Ph. Champagne, Plusieurs Pieces d'après Polydore de Caravage, les Carraches, le Guide, Charles Errard, Le Poussin, N. Loir, &c. [Basan 1767, p. 276] »

Thérèse Picquenard a publié une étude sur « L'iconographie du docteur Jean Hamon » (Picquenard 1987).

Elle soutient, avec une argumentation assez complexe, que René Lochon aurait dessiné son portrait ad vivum, donc avant 1675, alors que la gravure n'a été publiée que plus de douze ans plus tard, après le décès de Jean Hamon (1618-1687).

Pour sa part, Maxime Préaud donne deux états du portrait de Hamon, non datés, à Pierre Lochon, fils de René, ce qui est à la fois plus simple et plus logique (Préaud PRL, p. 14, n° 23, N2, SNR- 1).

Pierre Lochon (1651-1725) et François Jollain (ou Iollain) dit l'aîné (1641-1704), Me. Iean Hamon Docteur en Medecine de la Faculté de | Paris decedé le 22 Feurier 1687 Agé de 69 ans. | Du monde et de la Chair le trompeur artifice | Ne peut lengager dans le vice : | Il vescut dans l'austerité ; | Il secourut le Miserable. | Et pour prix de sa Charité, | Il jouit dans le Ciel d'un bien toujours durable., gravure, « Lochon fecit » et « A Paris chez F. Iollain l'Ainé rüe St. Iacques a la ville de Cologne », BN, Série N.2, Hamon.

Dix gravures par René Lochon, AFGA, acquises en 1963.

L'identification imprécise des personnages sur les dix gravures de l'AFGA pourra être complétée à l'aide de la base de données Ressources Moteur Collections sur culture.fr qui révèle quantité de portraits gravés par René Lochon parmi lesquels dominent le haut clergé et divers nobles. Quelques 39 de ces résultats sont également disponibles sur la banque d'images du Centre de recherche, Château de Versailles. Ils sont en outre identifiés dans la notice 1665 Lochon BNF, dans ces deux sections : Chronologie des portraits et Portraits non datés. Voici deux portraits exceptionnels de personnages hors normes dont les idéaux se situent dans le même champ de la spiritualité active que celle de Le Jeune.

René Lochon, d'après François Simon dit le Petit François (1606-1671), VINCENT DE PAVL INSTITVTEVR DE LA CONGREGATION DE LA MISSION +1660 [1575-1660], 1664, gravure, 0,254 x 0,206 m, signatures illisibles sur l'image, « Si tu veux dans un seul visage | Voir le Portrait de deux grands saints : | Icy Paul et Vincent sont peints ; | Mais pour l'Esprit, lis cet ouvrage... », Versailles LP29-112.

René Lochon, Madeleine Lvillier de Ste. Bevve | Institutrice des Religieuses Ur | sulines, et Fondatrice de leur premier Monastere | au faubourg St. Jaques de Paris Decedée le 28e d'Aoust 1630 | +1630 | Madeleine Luillier de Ste. Beuve | Anagramme | Unie a Dieu ell'est mere D'Abeille [1562-1630], fondatrice du couvent des Ursulines à Paris, 1673, gravure, 0,201 x 0,136 m, « R. Lochon [1673] », Versailles LP23.106.2.

Le BM (British Museum), Department of Prints and Drawings, présente 12 oeuvres auxquelles est rattaché le nom de René Lochon, soit de gauche à droite, de haut en bas, sur la mosaïque ci-dessus : 1. Oraison a Saint Traisin (Pierre Lochon, Saint Trézain d’Avenay, Préaud PRL, p. 7-8, n° 10) ; 2. Hier Bignonius (voir Bignon) comes consistorianus et in supremo Galliae senatu advocatus catholicus ; 3. Guillaume de Lamoignon ; 4. D. Gertrude More Magnes Amoris Amor ; 5. François de Villemontée (image ci-dessous) d'après Philippe de Champaigne ; 6. et 9. Antoine Vallot ; 7. Jacques August de Thou (image ci-dessous), Conseillier en ses Conseils d'Estat et Privé Président au Parlement de Paris ; 8. Peter Paul Rubens ; 10. Robertus Mentethus (voir Menteith) d'après Pierre Mignard ; 11. plusieurs Pieces d'Arquebuzerie par C. Jacquinet qui étaient accompagnées d'un portrait de l'arquebusier François Marcou (image ci-dessous) par René Lochon ; 12. frontispice, Histoire de Monsieur de Thou, Paris, 1659.

René Lochon d'après Philippe de Champaigne, François de Villemontée (1598-1670) chevalier, seigneur de Montaiguillon et de Villenaux, évêque de Saint-Malo, BM O,5.168.

René Lochon, Jacques August de Thou Conseillier en ses Conseils d'Estat et Privé Président au Parlement de Paris, BM 1862,0208.212. Jacques-Auguste de Thou (1553-1617) magistrat, historien, écrivain et homme politique français (source).

D'autres auteurs, ou bases de données, mentionnent nombre de portraits signés René Lochon, mais aucune autre mention de celui de Le Jeune n'y a été relevée (voir Diffusion). On trouve plusieurs gravures au nom de Lochon décrites dans Flandrin 1887. Une douzaine de portraits sont décrits de manière très détaillée dans Firmin-Didot 1875-1877 (t. 2, p. 146-151, n° 1367 à 1378) qui le fait naître en 1832, plus deux oeuvres « dans le genre de Lochon », Louis XIII et Anne d'Autriche (t. 1, p. 2-3, n° 6-7).

Le HAM (Harvard Art Museums) offre de bonnes reproductions de quelques oeuvres mal identifiées : un cardinal (voir Du Lude) ; un homme (voir Lamoignon) ; François Marcou (image à droite) ; Félix Vialart de Herse Bishop and Count of Châlons sur Marne ; Cardinal César d'Estrées. Le magnifique portrait de l'arquebusier François Marcou, ad vivum, démontre la même vivacité que celui de Paul Le Jeune, peut-être également réalisé de son vivant (Physionomie).

La New York Public Library, Samvel Bochartvs (voir Bochart). Le Boston Museum of Fine Arts conserve un Cardinal de Retz et le Trattato della pittura di Lionardo da Vinci, mais sans reproductions. Le Metropolitan Museum of Art quelques oeuvres décoratives mais pas de portrait.

On ne trouve rien sur Lochon dans les collections suivantes : Cleveland Museum of Art ; Princeton University Art Museum ; National Gallery of Art ; Cincinnati Art Museum ; Museum of Fine Arts Houston ; Victoria and Albert Museum ; New-York Historical Society ; Musée des beaux-arts de Montréal ; Musée des beaux-arts du Canada ; Musée national des beaux-arts du Québec ; Artefacts Canada ; Infomuse ; Cubiq.

Google Images donne également plusieurs résultats parmi lesquels il vaut mieux sélectionner les sources dignes de confiance.

René Lochon, François Marcou, Engraving, John Witt Randall, bequest to his sister
Belinda Lull Randall gift 1892 to HAM, R7603.

Grâce à l'exceptionnelle collaboration de Maxime Préaud, on trouvera la description des cinq exemplaires du portrait de Le Jeune par René Lochon à la BNF et leur place dans son corpus.

 

Format du papier : grand in-folio, grand in-4° grand jésus, grand in-4° jésus.

Mortet 1925, p. 39, Bodleian Library, Oxford University.

Huber 1804 (p. 285-286) signalait que René Lochon avait publié une gravure grand in-folio du portrait du jésuite Paul Le Jeune.

Les tables de Mortet 1925 (tableau ci-dessus), situent le format du grand in-folio de 46 à 50 cm.

Il serait donc plus approprié de parler, pour le format de la gravure de Le Jeune, d'un grand in-4° grand jésus (38 x 28 cm) ou d'un grand in-4° jésus (36 x 28 cm).

Cependant, les formats « apparents » des livres, dont les dénominations proviennent du pliage des feuilles, ne correspondent pas aux conventions des dimensions adoptées par les différentes bibliothèques les concernant (tableau à droite établi d'après Mortet 1925, p. 15-16) !

Les dimensions des exemplaires de cette gravure de Paul Le Jeune varient selon des méthodologies différentes de prises de mesures, mais également selon leur état de conservation, car certains ont été rognés. Ce tableau a été préparé afin de mieux comparer ces dimensions disparates. Il semblerait que cet exemplaire OBAC serait plus petit, de 2 mm en largeur, que la planche telle que mesurée par la BNF (voir aussi Formats des portraits).

Le papier de cette gravure ne présenterait pas de filigrane selon la conservatrice de cette collection. La gravure était auparavant attachée à une autre feuille moderne (collaboration de Madeleine Trudeau).

Le verso ne nous apprend que peu de choses, sinon les chiffres « c-021401 » et « 60 », ainsi que des notes qui semblent destinées à son encadrement.

 

En frontispice des Epistres spirituelles ? Et 1875 Hotelin dans Fressencourt !

Jusqu'à maintenant, dans l'historiographie de l'histoire de l'art du Québec, ce portrait gravé était principalement connu par les reproductions de Denis Martin tirées de cet exemplaire de OBAC. Il indique que ce portrait gravé figure : « En frontispice des Epistres spirituelles du Père Paul Le Jeune, publiées à Paris en 1665 [Martin 1988, p. 4-5, et Martin 1990, vol. 2, p. 63]. ». Cette information a probablement été reprise de Nicole Boisclair.

« Ce portrait [de 1863 Hamel] coïncide exactement, en sens inverse, au portrait du Père Paul Le Jeune que René Lochon grava en 1665 pour la première édition des Lettres Spirituelles [sic] du missionnaire jésuite (cf. Catalogue of Pictures including Paintings, Drawings and Prints in the Public Archives of Canada... by James F. Kenney..., part I, Ottawa 1925, p. 128, n. 574 rep. [Boisclair 1977, p. 41.] »

Or, Kenney 1925 (p. 128-129 ou pdf) ne fait pas référence à ces Lettres Spirituelles ! On peut donc se questionner à savoir d'où cette interprétation peut provenir ? Le titre de l'ouvrage de Le Jeune, cité par Boisclair, fournit la réponse : « Lettres Spirituelles ». C'est celui de la réédition de Fressencourt 1875 où figure un portrait de Le Jeune étudié dans la notice 1875 Hotelin. Peut-être aussi de la mauvaise reproduction partielle de Kenney qui, en éliminant la légende de la gravure de Lochon, ressemble davantage à celle de Hotelin ? Peut-être aussi de la date « Cum privilegio Regis 1665 », gravée par Lochon, transcrite mais non illustrée par Kenney ? Boisclair a donc présumé que cette gravure ornait aussi l'ouvrage de Le Jeune 1665 ! Or, ce n'est pas le cas...

« J'ai vu l'exemplaire de l'ouvrage de Le Jeune 1665 aux AJC et on n'y trouve pas trace de la gravure. La Bibliothèque de Toulouse n'en dit rien non plus dans sa notice. Pour l'instant, je crois qu'il s'agit, à l'origine, d'une gravure qui a circulé en feuille libre. En outre, l'ouvrage intitulé Epistres spirituelles... de 1665 (que j'avais mal daté dans mon édition de Laflèche 1973, p. 229), est publié de la manière la plus parfaitement anonyme. C'est Fressencourt 1875 qui l'identifiera dans sa réédition. Non, on ne peut pas imaginer trouver un portrait de son auteur dans un ouvrage anonyme. Je dis bien son "auteur" [collaboration de Guy Laflèche]. »

L'exemplaire de Le Jeune 1665 aux AJC porte cette inscription, à l'encre noire manuscrite, dont les mots sont répartis de part et d'autre de quatre lignes sur la page titre, en face de laquelle n'apparaît aucun frontispice gravé.

« Colleg. | quebec. | Soc. | Jes. | Cat.[alogo] | inscr.[iptus] | an.[no] | 1745. »

Ce qui signifie que ce livre a été inscrit au catalogue de la Société de Jésus de Québec en 1745 (collaboration Marc-André Bernier pour la traduction du latin). Il était donc présent dans la bibliothèque des jésuites de Québec en 1745. Savait-on alors, 81 ans après le décès de Paul Le Jeune, qu'il en était l'auteur ? Confié on ne sait où après le décès du père Casot, l'ouvrage a par la suite réintégré son emplacement d'origine après le retour des jésuites en 1842.

En plus d'être anonyme, Le Jeune 1665 est un ouvrage in-12° selon les bibliothèques consultées, celle de Sèvres donnant une mesure de 15 cm, donc beaucoup trop petit pour contenir la gravure de Lochon sans qu'elle ne soit pliée (voir Format). Or, aucune des épreuves connues ne présente de traces de pliages ! Si le portrait de Le Jeune avait été prévu pour figurer dans autre livre de petit format, on aurait alors utilisé un papier pouvant être plié. La minceur requise pourrait expliquer pourquoi certains exemplaires ont été montés sur une autre feuille afin de leur donner davantage de corps ! Mais, pourrait-il s'agir d'une planche que l'on destinait à un autre ouvrage du XVIIe siècle, au format grand in-4° grand jésus, qui alors aurait pu recevoir la planche entière sans qu'elle ne soit pliée ?

Le Jeune 1665, aucun frontispice en face de la page titre, « Cliché Bibliothèques d'Amiens Métropole, TH 5600 A » (collaboration d'Emeline Pipelier et Véronique Simard).

 

1893 Reproduction en héliogravure par Hamy.

Hamy 1893 semble être le premier à donner une très belle reproduction, par le procédé sophistiqué de l'héliogravure, de ce portrait de Le Jeune par Lochon, complète avec la légende, mais dont les détails sont cependant moins nets que l'original.
La gravure source de Hamy provenait-elle de la BNF qui conservait cinq exemplaires du portrait de Le Jeune par René Lochon et qui offrait, dès avant 1895, un service de reproduction photographique (Bouchot 1895, « Atelier de photographie », p. xxi-xxii) ?

La gravure source de Hamy provenait-elle de OBAC ? Mais, y était-elle déjà conservée ? Ses portraits de Charlevoix et de Lafitau, dans ce même ouvrage, démontrent qu'il connaissait ceux de Duncan pour l'Album de Jacques Viger, copiés depuis ceux de Caughnawaga, et qu'il était donc en contact avec des correspondants montréalais et canadiens !

La source de cette reproduction aurait également pu provenir de la fabuleuse collection de 4 200 gravures des jésuites alors conservée à Boulogne-sur-Mer (voir Où pourrait bien être conservé un exemplaire original de cette gravure ?).

Hamy 1893, vol. 4, non paginé, f° 84/128 sur archive.org. Voir aussi : Alfred Hamy's Jesuit Portrait Gallery, Marquette University, Raynor Memorial Libraries.

 

1897 reproduction en photogravure par Parkman.

Kenney 1925 (p. 128-129 ou pdf) donne référence à cette reproduction :

« There is a photogravure copy of this engraving in The Jesuits in North America, by Francis Parkman, Champlain Edition, vol. I (Boston : 1897). »

Cet ouvrage de Parkman a été largement diffusé dans une version non illustrée, fréquemment numérisée, mais aucune numérisation de cette « Champlain Edition » n'a été repérée.

« 1579. PARKMAN (Francis) Works. Edition illustrée connue sous le nom de Champlain, édition en vingt volumes in-8. Publiés à Boston, par Little Brown & Company, en 1897 et 1898, et imprimée à la University Press; John Wilson & Son. Cambridge, U.S.A. L'un des vingt-cinq exemplaires de luxe, imprimés pour présentation. Le nôtre porte le No. 5. Ces oeuvres comprennent les ouvrages suivants: "Pioneers of France in the New-World", 2 vols. "The Jesuits in North America", 2 vols. "La Salle and the Discovery of the of the Great West", 2 vols. "Old Regime in Canada", 2 vols. "Count Frontenac and New France under Louis XIX", 2 vols. "A half Century of Conflict", 2 vols. "Montcalm and Wolfe", 3 vols. "The Conspiracy of Pontiac", 3 vols. "The Oregon Trail", 2 vols [Gagnon 1913a, p. 219, n° 1579]. »

Toutefois, une « édition de luxe [exemplaire 129 sur 300] », à l'Université Cornell, fournit l'image ci-contre (Parkman 1897, vol. III, face à la p. 88) d'une grande qualité, mais sans la légende, comme si l'on avait utilisé la même photographie tronquée que Kenney 1925 (p. 128-129 ou pdf). Pourrait-il s'agir du même exemplaire que celui de OBAC ? Y était-il déjà conservé ? Ou dans une collection privée qui l'aurait ensuite transmise à OBAC ?

Les AJC conservent une gravure identifiée selon les informations de cette fiche technique.

« Little Brown & Co., Goupil & Cie., Le révérend père Paul Lejeune de la compagnie de Jesus, 1897, Lithographie dans un cadre de bois, 21 x 18 cm (objet), 14 x 11 cm (image), AJC 209.175, source C1 Collège Sainte-Marie. »

Cette image est identique à celle ci-dessus tirée de Parkman 1897. Son ouvrage The Jesuits in North America in the Seventeenth Century est publié dès 1867 à Boston chez « Little, Brown, and Company » (Parkman 1867), nom également inscrit sur la gravure des AJC. Cet ouvrage a connu de nombreuses autres rééditions, apparemment chez le même éditeur selon cette recherche sur archive.org. Parkman y consacre son chapitre III à Paul Le Jeune ainsi que plusieurs autres pages notées à l'index.

Goupil & Cie, l'un des plus gros marchands et éditeurs d'art du XIXe siècle (source).

 

Légende et 1925 reproduction par Kenney.

Transcription du texte de la légende
et reproduction de la gravure sans la légende
par Kenney 1925, p. 128-129.

Légende et sa transcription. Collaboration de Guy Laflèche.

LE R P PAVL le IEVNE enflamé d'vn S.t zele pour la conuerſion des Infideles = Sauuages de la Nouuelle France, fut le premier qui | les ſuiuit dans les bois les frequenta reconut leur humeur, et en aprit leur langue la reduisit en preceptes; jl n'est pas croyable combien il ſouffrit de | froid, de chaud, de faim en ses courſes dans les rigueurs de pluſieurs Hyuers et Estez parmy ces barbares qui le plus souuent estoient ſur le point de l'aſom= | mer, et dont il a êuité miraculeusement la fureur, ce sont les preuues de ſon ardeur pour l'augmentation de nostre Religion pour la gloire de Dieu; Il | passa Dix-Sept ans dans le Canada, d'ou apres auoir fait [addition en surcharge à l'interligne : grand] nombre de conuertions de ces Infidelles, il fut rapelé en l'Antienne France ſon pays | natal pour les affaires de cette Mission, et en être le Procureur, pour l'Interest de laquelle il a agi auec ſoing continuel, jusqu'a ce qu'il rendit | sa bien-heureuse Ame entre les mains de son Sauueur chargé de Merittes et conſommé dans les trauaux ſpirituels le 7.e d'Aoust i664. agé de 72 ans. | R. Lochon faciebat et excudebat, Cum priuilegio Regis, 1665.

« Je viens de confronter la transcription de Kenney 1925 (p. 128-129 ou pdf) à la mienne [voir aussi 1665 Lochon CStM et Légende, transcription, calligraphie et typographie]. Je trouve deux petites fautes dans la sienne, aucune dans la mienne. Et "ce son't les preuues" : je ne vois pas ce que l'apostrophe vient faire là ! En revanche, il marque les fins de lignes d'un trait vertical, ce qui est tout à fait approprié. Par ailleurs, il faudrait lire "Dix-Sept", avec des majuscules, même si cela peut être contesté ou contestable ! Le "d" a ici la forme qui sera très courante pour la lettre minuscule au XVIIIe siècle, dans les manuscrits. Mais dans la légende qu'on a ici, tous les "d" minuscules, sans exceptions, ont la forme du caractère imprimé. En revanche, il est vrai, on n'a pas le beau "D" de "Dieu" (fin de la 4e ligne), mais on a certainement une accentuation calligraphique. Bref, même si les lettres sont bien formées pour être imprimées, nous sommes bien en calligraphie, avec ses traits capricieux, mais tout de même significatifs. On pourrait dire que Dix-Sept se situerait au-delà l'insignifiante et courante préposition "de", mais sans atteindre la majesté de "Dieu". N'exagérons rien ! Je m'amuse [collaboration de Guy Laflèche]. »

Ce texte doit être du jésuite Etienne Agar Dechamps (1613-1701 ou 1711) ou rédigée à partir de sa lettre circulaire du 7 août 1664, au matin de la mort de Paul Le Jeune.

« Lettre circulaire sur la mort de Paul Lejeune qu'Etienne Dechamps adresse à son Provincial le 7 août 1664. Nous la reproduisons ici avec l'aimable autorisation de M. Joseph Dehergne, archiviste de la bibliothèque de Chantilly : Mon R. Père, Pax Christi. Nous venons de faire une perte qui nous est très sensible, et que beaucoup de personnes pleureront avec nous : c'est du P. Paul le Jeune qui est mort sur les 6 heures du matin dans la 73e année de son aage et dans la 51e de son entrée en la Compagnie. II y a beaucoup travaillé pour la gloire de Dieu, et principalement dans le Canada où les Supérieurs l'ayant envoyé sans qu'il l'ait jamais demandé, il fut le premier qui suivit les sauvages dans les bois durant plusieurs hivers, pour apprendre les langues montagnaises et algonquines qu'il a le premier réduit en paraphes. Il n'est pas croyable combien il souffrist en ces courses, non seulement de la mauvaise humeur de ces barbares qui furent souvent sur le point de l'assommer, mais encore du froid, de la faim, de la soif, de la fumée, et d'une grande maladie dans laquelle il se trouva abandonné de tous les secours humains. Après avoir passé 17 ans dans cette pénible mission et y avoir donné de grandes preuves de son zèle infatigable et de son addresse à gaigner les Sauvages, il fut rappellé en France pour en estre procureur. Il s'est comporté dans cest emploi avec beaucoup de sagesse, et ayant de par son moyen quelque entrée à la cour, il s'y est acquis l'estime et la confiance d'un très grand nombre de personnes de qualité qu'il entretenoit d'une manière très religieuse et pleine de mortification. Le Roi mesme et la Reine mère lui tesmoignoient de l'affection et il leur parlait souvent avec une sainte liberté des choses de leur salut. Beaucoup de maisons religieuses dans Paris et aux environs suivaient sa conduite ; et on a remarqué que toutes les personnes qui estoient plus attachées à lui estaient très intérieures et lui portaient un respect tout extraordinaire. Sa mort n'a pas esté moinsdre que sa vie : car après une fièvre continue de 15 jours dans laquelle il a fait paroistre beaucoup de patience, il a reçu les sacremens avec grande dévotion, et ayant dit à un des nostres en particulier qu'il s'estimoit bienheureux de mourir en la Compagnie, il dit publiquement quand on lui donna le viatique qu'il remercioit Dieu particulièrement de deux choses. La 1re de ce qu'il l'avait appellé à la foi catholique apostolique et romaine, car il s'estoit trouvé engagé dans l'hérésie par sa naissance et s'estait converti malgré ses parents à l'âge de 16 ans. La 2e de ce qu'il avoit esté employé aux missions. Une vie si sainte, suivie d'une si belle mort nous fait espérer qu'il jouit maintenant du fruit de ses travaux. Je prie néanmoins V.R. de lui procurer les suffrages ordinaires de la Compagnie, et de se souvenir dans ses saintes prières de celui qui est de tout son coeur Mon R.P., de V.R., à Paris ce 7e aoust 1664 Le très humble et très obéissant serviteur E. Dechamps [collaboration de Guy Laflèche, référence à Laflèche 1973, p. xiv-xvi.] »

« Il n'y a aucune "source" qui donne la gravure de 1665 comme venant des jésuites de Paris. Mais on le déduit de la légende, puisqu'elle vient de Dechamps et même si elle est de lui, elle vient de sa lettre annonçant le décès de Lejeune. Or, cette lettre est datée et signée de "Paris". J'en déduis que la gravure est une publication des jésuites de Paris [collaboration de Guy Laflèche]. »

Voir également une autre légende, très différente, étudiée dans la notice 1665 Anonyme AJPF, section Légende : trois transcriptions.

 

Diffusion en plusieurs exemplaires. Et controverse avec les récollets !

Collaboration de Guy Laflèche.

À remarquer, d'ailleurs, que les jésuites devaient avoir l'habitude de publier des gravures pour être encadrées. C'est le cas des divers formats de la gravure sur les martyrs jésuites. J'en ai acheté deux des jésuites de Paris, une petite que j'ai perdue et une très grande que je possède encore de 40 par 52 cm. Paul Lejeune n'a pas eu de son vivant, justement, la stature des martyrs jésuites et il n'y a aucune raison d'écrire sur lui.

C'est un militaire anonyme qui rédige (voir Laflèche 2000), en 1689, Histoire chronologique de la Nouvelle-France ou Canada, depuis sa découverte (mil cinq cents quatre) jusques en l'an mil six cents trente deux (voir Le Tac 1888) rapportant cette controverse...

"Cependant m'en tenant à ce qui a été écrit par le Sr de Champlain & Frere Gabriel Sagard, j'ay remarqué que les PP. Jesuittes n'ont pas rendu aux PP. Recollects la justice qui leur est deüe, lorsqu'ils ont fait imprimer une histoire de Canada en latin sous le nom du P. le Creux, du collège de Bourges. [...] Outre cela cet autheur pouvoit-il ignorer les missions qu'ils ont entrepris depuis même avec les PP. Jesuittes comme nous dirons dans la suitte ? Il affecte cependant de passer toutes ces choses sous silence afin de donner plus d'éclat à sa Compagnie, & sur ces faux principes, les PP. Jesuittes ne font pas difficulté de se déclarer les premiers apostres du pays & de faire paroistre des portraits ou estampes du P. Paul Le Jeune qui vint en 1632 dans lesquels ils marquent ce Père comme le premier apostre des sauvages Montagnais, qui ayt reduit en dictionnaire leur langue & qui les a suivi le premier dans les bois [Le Tac 1888, p. 129-130, étudié par Trudel 1997, p. 300, n° 4]."

Cet ouvrage sert à Valentin Leroux pour son Premier Établissement de la Foy dans la Nouvelle-France (voir Leclercq 1691f, Laflèche 2003, Ferland 2005.05), relancé l'année suivante sous un nouveau titre, Histoire des colonies françaises (voir Anonyme 1692 et Laflèche 2000).

C'est le militaire anonyme qui dit que les pères jésuites font paraître DES portraits ou des estampes du P. Paul Le Jeune. Je m'avise seulement du pluriel de son affirmation. Bien sûr, ce pluriel peut bien être, comme je l'ai cru d'abord, une simple figure de rhétorique. Mais il m'apparaît que ce militaire anonyme fort bien instruit et qui est un bon historien, honnête, devrait être pris au premier degré. Il aurait donc vu DES exemplaires de la gravure de René Lochon, si mon analyse, de l'ordre de l'intuition, est exacte. Il ne peut s'agir que de la gravure de René Lochon, c'est évident, à cause de la légende (voir Légende et 1925 reproduction par Kenney ainsi que Légende, transcription, calligraphie et typographie).

Il en a vu plusieurs exemplaires. Où ? À Québec, à la résidence et au séminaire des jésuites, c'est ce qu'on peut penser tout naturellement. Or, les ursulines ont été longtemps liées à Lejeune, lorsqu'il était en Nouvelle-France et bien longtemps après. Même chose, dans une moindre mesure, je crois, pour les hospitalières de Québec. Y aurait-il également des dévots de Québec qui auraient acquis la gravure, et plus largement des familles, nobles, proches des jésuites ? Et des jésuites, des religieuses, on passe facilement à l'archevêché.

Si mon intuition est juste, cela signifie que deux, trois, une dizaine d'exemplaires de la gravure devraient pouvoir se trouver au Québec... Sinon, il faudrait pouvoir expliquer leur disparition (ce qui est évidemment plus facile que de les retrouver !)

D'après cettte Histoire chronologique, on doit donc conclure que ce portrait gravé de Le Jeune est une planche individuelle, corroborant ainsi les analyses sur le Format du papier... (voir aussi Formats des portraits) et son absence comme frontispice dans un ouvrage imprimé (voir En frontispice des Epistres spirituelles ? Et 1875 Hotelin dans Fressencourt !). De par sa nature même, cette estampe fut donc diffusée en plusieurs exemplaires. Le militaire anonyme de l'Histoire chronologique, en aurait même vu plusieurs à Québec en 1689. Or, pourquoi n'en a-t-on conservé si peu ?

Denis Martin, dans L'estampe importée en Nouvelle-France (Martin 1990), ne se réfère qu'à un seul exemplaire de cette gravure, celui étudié dans la présente notice. Cette thèse de doctorat fait état de nombreuses recherches dans les archives des communautés religieuses du Québec et de France, ainsi que des archives nationales de ces deux pays. Étant donné qu'il a consulté les archives des ursulines, il a dû avoir accès à leur fond de gravures, même s'il ne cite pas, dans sa bibliographie, le Répertoire... qui en a été dressé (Lachapelle 1982). Par ailleurs, s'il en avait connu dans Les collections de gravures du Séminaire de Québec, Histoire et destins culturels, titre de son mémoire de maîtrise (Martin 1980), il n'aurait pas manqué de le signaler dans sa thèse de doctorat.

 

Physionomie et personnalité.

Outre les caractéristiques générales de l'ensemble de l'image gravée, étant donné que cette gravure est la source de tous les portraits de Paul Le Jeune, il convient de préciser les caractéristiques de cette physionomie.

Il est chauve. Ses cheveux et sa barbe sont blanchis par l'âge. Décédé à 73 ans, ce portrait le représenterait donc vers la fin de sa vie, mais encore plein d'énergie. Les traits sont réguliers et beaux. Ses yeux brillants et allumés, observateurs mais doux. Son nez régulier est bien campé. Sa barbe, bien ordonnée, se répartit harmonieusement en lien avec des cheveux mi-longs, juste ce qu'il faut de désordonné pour un intellectuel.

Le survêtement est ouvert suffisamment large pour permettre d'admirer le détail bien observé du très beau fermoir du vêtement du dessous dont le haut collet, légèrement entrebaillé sur le devant, cache presque complètement le cou. Le rendu gravé est tout à fait magnifique.

Était-ce là la réalité de sa physionomie ? Ce visage, très présent et animé de vivacité, aurait-il pu être dessiné ad vivum, puis publié après son décès (voir Ad vivum et d'après plusieurs artistes) ?

« Sur cette gravure, Lejeune est beaucoup trop beau car, vers 40 ans, les Innus de la famille de Mestigoït le trouvaient affreux, "barbu comme un lièvre", avec "la teste faite comme une citrouille", en plus d'être "difforme" et "laid" ! (Relation de 1634, JR, 7: 62). Et le plus extraordinaire c'est que ce n'était pas méchant, et parfaitement juste : un vrai Français !

La question que me pose votre étude est vraiment passionnante. J'ai lu tout ce que Lejeune a écrit (sauf le mot à mot de ses textes dévots, comme sa correspondance spirituelle). Et tout ce que l'on a écrit sur lui. Le père Dehergne m'avait présenté ses portraits, mais jamais je ne les avais vraiment regardés. Or, Paul Lejeune n'est pas seulement l'écrivain que j'admire, c'est une vraie personne. Pourtant de tous ses textes, je ne vois rien pour l'instant qui me permette de le représenter physiquement. S'il était grand ou petit, mince ou gros, etc.

Mais depuis ce matin que je vous ai relu, je pense que le portrait de Lochon doit correspondre à la réalité. Certes, un portrait réalisé en son honneur, doit se présenter sans aucun défaut. Et il est certain qu'il est "trop beau pour être vrai". Il n'en est pas moins certainement parfaitement juste. Je vais tenter de voir si je peux me le figurer.

Jean de Brébeuf est fort et gros comme un boeuf, au point qu'on ne veut pas l'avoir dans son canot. Lejeune doit être assez fort et agile, vers 40 ans, pour entreprendre le circuit de chasse de la cabane de Mestigoït. Il faut vraiment y mettre de la force pour l'empêcher de jeter dans le fleuve le petit baril de vin, comme il l'avait promis, si l'on en abusait. Mestigoït, qui a le même âge que lui, a dû le saisir à bras de corps pour l'en empêcher.

À votre description du portrait, il faudrait ajouter le trait peut-être le plus important : la bouche. C'est vraiment le style Joconde ! On peut dire que sur la gravure, il ne sourit pas, mais s'apprête à sourire ; mais on peut dire également qu'il sourit et s'apprête à rire. Et voilà qui conviendrait bien au sentiment qui se dégage de ses relations de la Nouvelle-France, notamment de sa Relation de 1634 : le sarcasme qui s'approche de l'humour et l'humour qui se développe en comique [collaboration de Guy Laflèche]. »

 

Les portraits du père jésuite Paul Le Jeune,
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