Les portraits du père jésuite Paul Le Jeune, confusions et conversions...


Vers 1711-1738 Pierre-Michel Laure (Jean-François Régis)

« Notons également, en ce qui concerne le Père Le Jeune, qu'un portrait conservé chez les Ursulines de Québec a longtemps été censé le représenter, alors qu'il s'agit vraisemblablement d'un portrait du Père Jean-François Régis, s.j. (1597-1640) ; voir à ce sujet notre article, Martin 1986, p. 9-11. [Martin 1988, p. 4-5.] »

Résumons cet excellent article de Martin 1986 (pdf), « Notes sur l'iconographie de Saint François Régis en Nouvelle-France », qui révèle, avec force détails savoureux non repris ci-dessous, un autre avatar du portrait de Le Jeune, supérieur des jésuites de Québec de 1632 à 1639 : sa confusion avec celui de Jean-François Régis (1597-1640) conservé par les ursulines. Ce tableau était auparavant attribué à Claude François dit le Frère Luc et donné comme un portrait de Paul Le Jeune.

Cette oeuvre a servi de modèle, à la fin du XIXe siècle, après de multiples confusions et mutations, aux portraits de Charlevoix puis de Marquette !

Pierre-Michel Laure (1688-1738),
Jean-François Régis (1597-1640), vers 1711-1738,
huile sur toile, 30 x 21 cm, QU.
Photo : François Lachapelle.

En 1634, le jeune prêtre Régis, après avoir lu la Relation de Le Jeune (Laflèche 1973), rêve de devenir un martyr de la Nouvelle-France. Après une réponse encourageante de ses supérieurs, on décide de le garder aux missions françaises où il venait de s'illustrer. Les jésuites de Québec stimulent la dévotion à ce "missionnaire de désir", héros international de leur ordre. Plusieurs hagiographies paraissent entre 1643 et 1737, d'innombrables reliques et objets de piété circulent, ainsi que divers portraits gravés à Anvers, Lyon, Paris et Louvesc.

À l'Hôtel-Dieu de Québec, en 1675, une petite image du père Régis opère un miracle. On en fait faire un portrait par un jeune amérindien, formé à l'art pirctural par un français, oeuvre disparue qui fut exposée un certain temps dans le choeur de la chapelle du monastère. La dévotion prend de l'ampleur dans toute la Nouvelle-France.

Les ouvrages de la fin du XVIIe siècle, présentant son iconographie, ont souvent été dépecés de leurs pages frontispices ! Elle est donc mieux connue après sa béatification, par Clément XI en 1716, et sa canonisation, par Clément XII le 16 juin 1737 : soit avec un crucifix assez grand entre ses mains, son outil favori de prédication ; ou avec une simple croix pectorale.

On conserve, au monastère de l'Hôtel-Dieu de Québec, un exemplaire de Daubenton 1717 présentant, en frontispice, un portrait gravé se rapprochant du tableau des ursulines. On y lit cette inscription, dédicace ou marque de possession : « Au Pere Laure J. 1719 ».

Le jésuite Pierre-Michel Laure (1688-1738) arrive en Nouvelle-France en 1711. Il est, à cette époque, l'un des rares peintres actifs dans la colonie. Ce portrait des ursulines se rapproche, stylistiquement, de quatre oeuvres qu'il exécute entre 1724 et 1734. Il a pu, à titre de bibliothécaire chez les jésuites, s'inspirer également d'autres gravures où Régis est tourné vers la gauche.

Ordonné en 1719, Laure part en mission au Saguenay l'année suivante. Sa dévotion marquée envers Jean-François Régis lui vaut diverses faveurs. Il construit, en 1725-1726, la chapelle de Chicoutimi dédiée au bienheureux Régis et à saint François Xavier, décorant la voûte et sculptant le retable. Il n'est donc pas étonnant que son saint de prédilection ait pu inspirer son pinceau.

Leclerc, B JOANNES FRANCISCVS REGIS SOCIE TATIS IESV, gravure dans Daubenton 1717, frontispice.

Jean-François Cars, LE VENERABLE P. IEAN FRANCOIS REGIS RELIGIEVX PRETRE DE LA COMPAGNIE DE IESUS, avant 1716, gravure, 24,7 x 19,87 cm, BNF Ec 5b in-fol.

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web Robert DEROME