Les portraits du père jésuite Paul Le Jeune, confusions et conversions...
1875 Hotelin dans Fressencourt 1875

Félix Fressencourt, ses publications et les Lettres spirituelles.

Le fichier d'autorité de la BNF fournit les dates de naissance et de décès de Félix Fressencourt (1802-1895) qui sont corroborées par cette mini biographie.

« FRESSENCOURT, Félix, né à Chaumont (Ardennes), le 9 mars 1802, admis le 29 septembre 1822, enseigna la grammaire à St Acheul, fut appliqué au saint ministère, sortit de la Compagnie en 1836, y rentra le 2 mars 1842, et mourut à St Germain-en-Laye, le 21 décembre 1895 [Backer 1960, t. IX, p. 370]. »

À l'âge de 22 ans il est novice, au Petit Séminaire des jésuites de Bordeaux, où il officie à titre de surveillant pour l'année 1824-1825 et où il est l'un des 63 signataires d'une lettre collective adressée à Mgr D'Aviau le 24 septembre 1824 [Bertrand 1894, p. 230 et 295].

Ancienne Abbaye de Saint-Acheul, aujourd'hui Collège Lycée Saint-Riquier, Amiens. GoogleMaps.

Si on comprend bien sa sibylline biographie jésuite ci-dessus, il enseigna ensuite la grammaire à l'ancienne Abbaye de Saint-Acheul, à Amiens, l'institution jésuite la plus importante et célèbre de France. Dès le rétablissement de leur compagnie, en 1814, les jésuites y avaient ouvert leur premier collège, petit séminaire et noviciat (Wikipédia). Fressencourt dut quitter ce poste lors de sa sortie non expliquée de la compagnie de Jésus, de 1836 à 1842, et à propos de laquelle on ne peut que spéculer... Ne connaissant que peu d'éléments de sa vie appliquée « au saint ministère », les extraits qui suivent permettent de cerner d'autres facettes de ce personnage à la forte constitution, alors âgé de 68 ans en 1870, de 75 ans en 1877, mais qui vivra encore jusqu'à 93 ans !

« Souvenirs de 1870, Les allemands à Versailles [par Jean Noury jésuite] — Le P. Fressencourt et moi, nommés aumôniers par Mgr Mabile, évêque de Versailles, et munis du brassard de la Croix rouge, nous nous dirigeâmes du côté où s’entendait le bruit du combat. [...] Arrivés sur le champ de bataille, dans la plaine de Vélizy, nous dûmes, quelque temps encore, nous tenir à distance, parce que le combat n'était pas entièrement terminé, et que les boulets tombaient à quelques pas de nous. [...] Les morts et les blessés gisaient çà et là, dans les champs et sur les chemins. [...] Nous pûmes absoudre un grand nombre de mourants ; pas un ne refusa le secours de notre ministère. Quelques bavarois blessés nous firent entendre par signes qu’ils étaient catholiques, et demandèrent l’absolution. Ni le P. Fressencourt ni moi ne connaissions la langue allemande. Ces pauvres gens nous montraient leurs blessures, prenaient dans leurs mains notre crucifix, et le portaient à leurs lèvres. Nous pûmes leur donner à tous l’absolution. [...] Pour sortir de ces incertitudes, nous formâmes le projet, le P. Fressencourt et moi, d’essayer de pénétrer dans les lignes françaises, et même, si nous le pouvions, d’aller jusqu’à Tours, pour renseigner les membres de la Défense nationale sur ce qui se passait à Versailles et dans les environs. Ce projet offrait de sérieuses difficultés. Nous avions obtenu, comme aumôniers, un permis de circuler dans les lignes allemandes. [...] Le P. Fressencourt manifesta le désir de rester près des Pères du Mans, et d’y attendre mon retour. Je partis seul. [...] Nous reprîmes, le P. Fressencourt et moi, le chemin de Versailles. Nous ne trouvâmes aucune difficulté jusqu’à notre arrivée à Dreux [Noury 1897.10]. »

« Construction d'une nouvelle église de Saint-Lambert. [...] Une inscription en marbre blanc avec lettres rouges, apposée dans cette chapelle de Saint-Joseph, indique que la Confrérie de la Bonne-Mort fut établie en cette église, le 1er mars 1877, par M. E. Guérin, curé de Saint-Lambert, avec affiliation à la Confrérie du Gésu à Rome, par le P. de Fressencourt, de la Compagnie de Jésus [Lambeau 1912, p. 145]. »

Dans plusieurs de ses publications, Fressencourt agit en tant qu'éditeur pour des ouvrages tournés vers la spiritualité tirés d'écrits de plusieurs autres auteurs. Quelques-uns de ces livres, très appréciés, ont connu plusieurs rééditions.

Fressencourt 1841 — Fressencourt, Félix (1802-1895), Petits traités ascétiques à l'usage des communautés religieuses et des personnes pieuses... [Dom Sans de Sainte-Catherine (1570-1629), Pratique de l'humilité et Flamme d'amour ; Ignace de Loyola (1491-1556), Lettre sur la vertu d'obéissance ; Règles de la modestie, proposées aux religieux de la Compagnie ; Instruction pour rendre compte de sa conscience ; Méthodes pour s'examiner et pour prier tirées du livre des Exercices spirituels], Paris, Gaume frères, 1841, IV-181 p., In-32. Réédition 1847, 1870.

Fressencourt 1849 — Fressencourt, Félix (traduction du latin au français), Nicolas Lancinius s.j., Méditations sur la vie et les mystères de N.S. Jésus-Christ pour tous les jours et les fêtes principales de l'année, Paris, Poussielgue-Rusand, 1849, XVIII-453 p., 17 cm. Notes Trad. attribuée au P. F. Fressencourt par B. N., T. 55, col. 250. Réédition 1850, 1870, 1874.

Fressencourt 1872 — Fressencourt, Félix (s.j. 1802-1895) éditeur scientifique, Henri Ramière (s.j. 1821-1884), Johannes Dirckinck (s.j. 1641-1716), Les secrets de la vie religieuse découverts à une novice fervente par son père spirituel, Paris, Téqui, 1872, 142 p., 13 cm. Réédition 1879, 1883, 1919, 1930.

Fressencourt 1875 — Fressencourt, Félix (revues par), Paul Le Jeune, Lettres spirituelles écrites à plusieurs personnes de piété vivant en religion et dans le monde, touchant la direction de leur intérieur, Paris, V. Palmé, 1875, In-18, XXVI-534 p., portrait, 19 cm. Réédition 1895.

Fressencourt 1877 — Fressencourt, Félix (1802-1895), Pèlerinage de saint Berthauld, à Chaumont-Porcien, litanies, prière, cantique, Reims, Impr. coopérative, (1877), 14 p., In-32.

Fressencourt 1878 — Fressencourt, Félix (s.j. 1802-1895) éditeur scientifique, Jean-Baptiste de Bélingan (s.j. 1666-1743), Retraite spirituelle pour tous les états, Paris, E. Baltenweck, 1878, X-427 p., 18 cm. Notes Ed. rev. par le P. Fressencourt d'apr. Sommervogel, T. 1, col. 1150.

Fressencourt 1881.06.06 — Fressencourt, Félix (1802-1895), Notice historique sur les pèlerinages de Sainte Olive et de Sainte Libérète à Chaumont-Porcien, Paris, Impr. de V. Goupy et Jourdan, (6 juin 1881), 16 p., fig., In-16.

Fressencourt 1895 — Fressencourt, Félix (s.j 1802-1895, éditeur scientifique), Paul Le Jeune (s.j., 1591-1664, auteur), Lettres spirituelles écrites à plusieurs personnes de piété vivant en religion et dans le monde touchant la direction de leur intérieur, Paris, Téqui, 1895, XXVI-534 p.. portr. en front., 19 cm.

Fressencourt sd — Fressencourt, Félix, Règlement pour sanctifier sa vie par la dévotion au Sacré Cœur de Jésus et au Cœur immaculé de Marie à l'occasion de l'Acte de consécration approuvé par le Saint-Père, A. M. D. G., Paris, G. Téqui, s. a., 16°, pp. 61.

Tous les ouvrages de Fressencourt se situent dans la même mouvance spirituelle. Il en va ainsi de celui consacré à Le Jeune en 1875, réédité en 1895, l'année de son décès. Cette publication est une réédition, sous un titre légèrement différent, des Epistres spirituelles ecrites a plusieurs personnes de pieté, touchant la direction de leur interieur, Par une personne fort experimentée dans la conduite des ames. Paru à Paris, chez Florentin Lambert en 1665, cet ouvrage de [24]-682 p. in-12°, ne présente pas de nom d'auteur et a donc été publié anonymement (Le Jeune 1665).

 

Notice sur la vie du R. P. Paul Le Jeune de la compagnie de Jésus.

Pouliot 1966 se réfère ainsi à ce texte.

« En tête de son édition des Epistres spirituelles (Lettres spirituelles, Paris, 1875), le père Fressencourt a donné une intéressante notice sur le père Le Jeune. Celui-ci, après avoir été oublié pendant près de trois siècles, connaît aujourd’hui une juste popularité. »

Cet ouvrage rare étant difficile d'accès, et pas encore numérisé sur internet, on consultera l'édition pdf de cette Notice... effectuée à partir de rapides photographies. Nous ne répéterons donc pas ici les informations biographiques données par Fressencourt sur Le Jeune que l'on retrouve dans Pouliot 1966, Laflèche 1973 et Deffrain 1995.

Les Epistres spirituelles..., parues à Paris en 1665, ne présentent pas de nom d'auteur. Dans cette réédition par Fressencourt, on se serait attendu à une démonstration sur les justifications de son attribution à Paul Le Jeune. Or, il n'en est rien. La science infuse semble être descendue spirituellement du ciel et, en conséquence, ne nécessite aucune discussion. Voilà, c'est un fait, c'est une certitude : « Le P. Le Jeune, dont nous publions les Lettres spirituelles [p. I] ». Les sources et références sont donc inutiles et demeurent vagues.

« Les auteurs que nous avons pu consulter pour composer cette biographie, ne nous ont donné que des dates sur les années de son noviciat, sur celles qu'il a consacrées à ses études personnelles et à la régence dans les collèges, selon l'usage de la Compagnie [Fressencourt 1875, p. III]. »

Un voyageur français en Nouvelle-France au XVIIe siècle,
Étude littéraire des relations du père Paul Le Jeune (1632-1641).

Collaboration de Guy Laflèche à propos de cet ouvrage Deffrain 1995.

Ce livre de Dominique Deffain est bien du genre classique de « l'homme et l'oeuvre ». La biographie de Lejeune y occupe beaucoup de place.

Son chapitre II, la bibliographie de Lejeune, enregistre évidemment ses Epistres spirituelles, escrites à plusieurs personne de piété, touchant la direction de leur intérieur, PAR UNE PERSONNE FORT EXPERIMENTÉE DANS LA CONDUITE DES ÂMES, Paris, Florentin Lambert, 1665, in-12o, 682 p.

Je souligne une partie du titre qui montre que la publication n'est pas de Lejeune, l'année qui suit son décès. C'est donc l'oeuvre des jésuites de Paris.

En note (p. 22, n. 38), D. Deffrain donne la référence à l'édition de Fressencourt 1875, Lettres spirituelles. Deux siècles séparent l'édition originale anonyme et sa réédition sous le nom de Lejeune. Mon hypothèse est que les jésuites ont la mémoire longue. Ils savent que l'édition anonyme des Epistres est de Lejeune ; la tradition peut être tout simplement orale ; mais un document, un exemplaire de l'ouvrage par exemple, pourrait l'attester dans les archives des jésuites de Paris. Fressencourt n'a pas effectué de démonstration de son attribution, mais il faut retenir que c'est mon premier argument : l'attribution est telle qu'elle ne fait aucun doute à ses yeux. La question qui se pose, est simplement de savoir d'où Fressencourt tient sa conviction ou, plutôt, l'information, s'il n'étudie pas la question.

Tout le premier chapitre de l'ouvrage de D. Deffrain est consacré à la biographie de Lejeune. C'est la section « d) Le confesseur, le conseiller spirituel » qui nous intéresse (p. 12-13). D. Deffrain cite deux textes extraits des Epistres, qu'il date de 1662, mais sans en donner les références.

Automne 1662 : « je me prépare à quitter la procure du Canada et à la remettre entre les mains du Père N. [Ragueneau] qui vient d'arriver. Je suis trop faible pour suffire au travail ; on m'a dit de l'instruire en cet office ; je le fais, et vois bien que j'en serai relevé ; mais je ne sais pas quand, ni à quoi on m'emploiera ensuite. Je doute fort que ma santé se soutienne longtemps [...] »

« Dans une autre de ses Lettres spirituelles, il précise que, tout en n'étant plus Procureur, il continue à s'occuper du Canada : "J'ai remis le dernier jour de l'année dernière le soin des affaires du Canada entre les mains du Père N. ; je suis bien plus libre que je n'étais. La difficulté que j'ai de marcher beaucoup m'a mis dans ce repos, qui n'est pas encore absolu, pour qu'il me faut aider le Père qui me succède, en tout ce que je pourrai" ».

Malheureusement, l'auteur ne donne pas les références aux pages qu'il cite (et je n'ai pas conservé les notes de ma lecture des Épistres ou des Lettres). Cela dit, il devrait être facile de localiser les deux citations. Les procureurs des missions de la Nouvelle-France ont été Charles Lalemant (1629 ou 1632 à 1649), Paul Lejeune (1649 à 1662) et Paul Ragueneau (1662-?, qui meurt en 1680).

À l'époque de Le Jeune, certains jésuites étaient certainement en mesure de connaître son travail et de savoir qu'il était l'auteur des Epistres... anonymes. Par contre, la Compagnie de Jésus est bannie de la France par Louis XV, en 1763-64, et ses deux cents collèges sont fermés. Dissoute par le pape, en 1773, elle n'est rétablie qu'en 1814 (Wikipedia). Comment cette tradition orale, datant de 1665, aurait-elle pu se rendre, deux siècles plus tard, jusqu'à Fressencourt, surtout après cette très sévère interruption d'un demi-siècle en France où, en sus, leurs biens ont été confisqués et dispersés par l'État ? D'autant que les quelques jésuites rescapés devaient avoir bien d'autres chats à fouetter ! Fressencourt n'a pas effectué de démonstration de l'attribution de cette publication à Le Jeune et il ne cite aucun document ni argument à l'appui de sa théorie. Cette hypothèse est par contre mieux étayée par Deffrain tel que rapporté ci-dessus par Guy Laflèche.

Dans cet ouvrage de Fressencourt, on ne navique donc pas dans la science historique, mais sur le terrain de la spiritualité, discipline que Fressencourt a fait sienne par ses publications évoquées ci-dessus. Il insiste donc sur les louanges et références aux professeurs et ouvrages de spiritualité : Cours de méditations du P. Hayneuve, ceux du « P. Louis Lallemant, dont nous retrouvons les saints enseignements dans la Doctrine spirituelle du P. Rigoleu [p. III-IV]. » En outre, Fressencourt se situe clairement dans l'hagiographie en référant aux écrits de Le Jeune...

« On a dit que les correspondances faisaient connaître leurs auteurs, nous pensons que la connaissance de leur vie ajoute quelque chose à la lecture de leurs oeuvres, quand ces oeuvres sont celles des saints [Fressencourt 1875, p. II]. »

La plus grande partie de cette Notice... est donc consacrée aux missions, aux écrits et à l'apostolat de Le Jeune, ce qui, avant tout, intéresse Fressencourt, de même que les saints tourments des tortures subies pour les accomplir ! Et, bien sûr, à la direction des consciences pour laquelle il évoque cette étonnante information non étayée par les sources historiques requises : « La Reine le pria en vain de se charger de la direction de sa conscience [Fressencourt 1875, p. XVI]. » Fressencourt s'intéresse également aux généreux donateurs qui ont permis l'établissement des missions de la Nouvelle-France, à la gestion qu'y accomplit Le Jeune en tant que supérieur et aux Relations qu'il a écrites.

La notice se poursuit sur un long portrait psychologique et spirituel laudatif de Le Jeune fortement aromatisé à la sauce hagiographique (Fressencourt 1875, p. XVI-XIX). Le Jeune rentre en France en 1649 : Fressencourt y décrit son activité de directeur de conscience dédié à la « conduite des âmes » des « dames de la plus haute distinction » : confessions, vocations, instructions, exercices spirituels, jusqu'à son décès « en 1664, à Paris, à l'âge de 72 ans » (Fressencourt 1875, p. XIX-XXI). Suit un panégyrique hagiographique sur la « grande réputation de sainteté » de cet « homme miraculeux » (Fressencourt 1875, p. XXI-XXII).

Fressencourt dresse ensuite une bibliographie des oeuvres de Le Jeune (Fressencourt 1875, p. XXII), y incluant plusieurs écrits spirituels qui ne figurent habituellement pas dans la liste de ceux relevés par les historiens.

1° les Relations de dix années sur la mission du Canada ;
2° une Lettre au Provincial de France, sur le même sujet ;
3° des Exercices spirituels ;
4° la Solitude de dix jours sur les plus solides vérités et maximes de l'Évangile ;
5° la Solitude de la mort ;
6° la Dévotion des élus ;
7° les Constitutions revues et complétées des Religieuses Hospitalières de la Miséricorde de Jésus ;
8° les Lettres spirituelles, que nous publions.

[Voir la bibliographie plus élaborée donnée par Backer 1960, t4 p. 794-799, t9 p. 517.]

Après une courte description de ces lettres spirituelles et de leur contenu, Fressencourt évoque trop brièvement l'historique de l'édition originale et son approche d'éditeur, mais sans justifier son attribution à Le Jeune.

« On en dressa le recueil quelques mois après la mort du P. Le Jeune, sur un appel fait aux Religieuses et aux personnes du monde qui les possédaient. Les dates, les noms propres ont été omis, nous le regrettons. Bien des incorrections plus ou moins graves s'y étaient glissées. Nous les avons fait disparaître ainsi que les expressions surannées, mais avec discrétion. Trois lettres nous ont paru tout à fait altérées, nous les avons supprimées [Fressencourt 1875, p. XXIII]. »

Cette Notice... a été complétée le 19 mars 1875 à l'Institution libre de l'Immaculée-Conception, Paris-Vaugirard (Fressencourt 1875, p. XXIV).

Il s'agit de l'École libre, ou Collège, de l'Immaculée Conception (Google), dans l'ancienne commune de Vaugirard, intégrée au 15e arrondissement de Paris en 1860 (Wikipedia).

Fressencourt était alors âgé de 73 ans. Résidait-il dans cet immeuble de l'actuel Pavillon Joly ? Y était-il enseignant ? Ses écrits le qualifieraient davantage en tant que conseiller spirituel...

« Pavillon Joly », du nom de l’architecte, construit par les jésuites en 1869, Université Paris Descartes. Le Brize 2009.01, p. 9-12 (voir pdf).

 

En frontiscipe, un nouveau portrait gravé de Le Jeune.

En 1875, Fressencourt est un pionnier dans l'historiographie consacrée à Le Jeune. De toute évidence, cette gravure en fronstispice s'inspire de celle de Lochon, mais elle en diffère également par le traitement et l'absence de légende.

Mais, quel fut l'exemplaire source utilisé ?

  • Celui de OBAC n'était pas encore connu.
  • Y en avait-il un à Boulogne-sur-Mer ? Dans la collection de quelques 4 200 portraits de jésuites décrite par Hamy en 1893.
  • Un de ceux conservés à la BNF ?
  • Pourquoi faire faire une gravure et pas une reproduction par photogravure ?
  • La photographie ancienne des AJPF aurait-elle pu servir de modèle au graveur ?

Quelques passages de la Notice... apportent des éléments de réponses à ces questions.

« En 1631, le P. Le Jeune fut nommé supérieur de la Résidence que la Compagnie avait à Dieppe. Nous savons qu'on admirait déjà en lui l'homme profondément religieux et de grande expérience, d'après un ancien manuscrit conservé dans les maisons des Religieuses Hospitalières de la Miséricorde de Jésus [Fressencourt 1875, p. IV]. »

Fessencourt a-t-il vu et consulté cet « ancien manuscrit » ? L'expression utilisée incite à induire qu'il est l'auteur de la transcrition tapuscrite de la légende, et de la photographie qui l'accompagne aux AJPF, dans ce 2e état du portrait publié en 1665 où il est indiqué : « Tiré d'un ancien manuscrit ».

Cette interprétation est corroborée par une longue note en bas de page de la Notice..., étalée sur deux pages et partiellement transcrite ci-dessous, où Fressencourt s'intéresse à Dieppe, son Hôtel-Dieu et la fondation de celui de Québec qui sont, justement, le sujet de cette même légende basée sur cet « ancien manuscrit ».

« L'Hôtel-Dieu des Hospitalières de la Miséricorde de Jésus à Dieppe, berceau ou point de départ de toutes les maisons de l'Ordre, remonte, dans son origine, à une haute antiquité. En 1625, les Religieuses qui l'habitaient eurent l'heureuse pensée de s'établir dans la plus exacte régularité. Avec l'approbation de l'Ordinaire, elles prièrent le R. P. Lignier de la Compagnie de Jésus, Supérieur de la Résidence de Dieppe, de leur rédiger des Constitutions. Le travail, interrompu par le départ du P. Lignier, fut repris, complété et perfectionné par son successeur, le R. P. Le Jeune. Ces Constitutions, approuvées par une bulle d'Alexandre VII, 27 août 1665, sont pleines de sagesse, d'onction, pourvues de moyens d'une étonnante efficacité pour le bien. [...]

Quelques années s'étaient à pein écoulées depuis l'adoption de ces Constitutions, que le P. Le Jeune pouvait écrire : "L'Hôpital des Hospitalières de Dieppe est un des mieux réglés en Europe, et les Religieuses aussi zélées que pas autres." Il n'est pas étonnant que bien des villes, en France, les appelassent alors pour qu'elles prissent la direction de leurs Hôtels-Dieu et de leurs Hospices, et ce fut partout à la grande satisfaction des malades et des pauvres, quand elles purent l'accepter.

Madame de Combalet pensait, en ce temps-là, à établir un hôpital à Québec ; elle jeta, de son côté, les yeux sur nos Hospitalières, et en obtint trois de la Rév. Mère Supérieure pour fonder cet établissement qui, toujours servi par une charité intelligente, a contribué si puissamment au bien de la mission du Canada [Fressencourt 1875, p. XIV-XV, note 1]. »

Ce long écart d'ordre historique fait d'ailleurs digression dans le discours de Fressencourt sur la spiritualité apostolique de Le Jeune. Indice de plus dénotant sa connaissance et son intérêt pour cette gravure ancienne. Sa photographie a donc, très probablement, servie de modèle à cette nouvelle gravure reproduite en frontispice de cet ouvrage. Car cette photographie de mauvaise qualité ne pouvait pas être utilisée en photogravure. Ni sa légende pratiquement illisible exigeant une transcription tapuscrite. Ce qui explique également, en partie, le fait qu'aucune légende n'accompagne ce nouveau portrait.

Ce portrait en frontispice, par Hotelin dans cet ouvrage de Fressencourt, a amené les historiens de l'art Nicole Boisclair et Denis Martin à écrire que celui de René Lochon ornait également le frontispice des Epistres spirituelles, publiées en 1665, alors qu'il n'en est rien. Cette méprise a été analysée plus en détail dans En frontispice des Épistres spirituelles ? Et 1875 Hotelin dans Fressencourt !

1875 Hotelin Fressencourt

L'ancien portrait de Lochon présente une esthétique rigoriste mais humaniste. Ce qui n'est plus du tout à la mode en cette fin du XIXe siècle où règnent l'éclectisme de tous les styles « néo » revus, corrigés et recréés au goût du jour. La flamboyante religion catholique de cette fin de siècle s'abreuve davantage au romantisme et à la grandiloquence ambiante. L'image se retrouve de plus en plus partout et son besoin dicte sa forme dans les nouvelles techniques en explosion. Le choix de Hotelin est donc très approprié afin de proposer cette toute nouvelle interprétation visuelle de ce portrait. C'est le maître de la gravure sur bois, technique diamétralement opposée à la taille douce de Lochon : le bois enlevé donne les blancs, alors qu'en taille douce l'intaille donne les noirs. Ce qui donne des noirs plus dramatiques que l'on retrouve dans les travaux de Hotelin pour Gustave Doré.

 

HOTELIN graveur sur bois.

L'Inventaire du fonds français après 1800 (IFF) donne un seul Hotelin pour les collections de la BNF.

« HOTELIN (Laurent). Graveur sur bois, né à Vallant Saint-Georges, travaille entre 1836 et 1884. Élève de Caillois, il entre à partir de 1844 dans l'équipe des graveurs Best, Leloir et Régnier et illustre avec eux nombre d'ouvrages et de revues, dont le Musée des familles, le Tour du monde et surtout le Magasin pittoresque, auquel il demeure fidèle, signant avec Hurel, son nouveau collaborateur à partir de 1862. Il se signale au Salon de 1863 en exposant deux gravures d'apr. Bida : Prédication maronite sous les cèdres du Liban et le Prophète de Rethel, et une gravure d'apr. Charlet, le Paganini de la grande Pinte. Les contemporains signalent encore ses gravures du Salon de 1879 : Tigre déchirant un caïman, la Mort bienfaisante, d'après Dürer, Sainte Audebierge, d'apr. Langlois... etc. Nous renvoyons à la notice Best (Adolphe-Jean) pour la description de plusieurs pièces entre 1845 et 1862, notamment aux nos 24 et 30 à 33 pour les défets conservés aux S. n. r. Best et dans la collection Gentil (Zb 11 et suivants) [IFF, 1800.t10, p. 458] »

« BEST (Adolphe, Jean). Né à Toul, 1808; †1879. Son nom figure sur plusieurs milliers de gravures sur bois, depuis l'époque de Johannot jusqu'aux débuts de Doré. Quand il signe seul, ce qui est rare, c'est sous l'une des formes : Adolphe Best, — Ad Best, — A. Best, — Best, — Best et Cie, — A. B, — B. Il est chef de l'atelier de gravure du Magasin pittoresque depuis la fondation de ce journal (1833). Il en devient plus tard l'imprimeur, sous la signature : Typographie de J. Best, aux adresses suivantes : rue Poupée, 7 (1853-1855), — rue St Maur St Germain, 15 (1856-1867), — rue des Missions, 15 (1868-1879). Dans les dernières années de sa vie, il est même gérant du journal. Cette dualité d'emplois et de prénoms a troublé quelques biographes, mais les contemporains parlent du graveur et de l'imprimeurgérant, d'Adolphe et de Jean comme d'un même homme. Peut-être était-il plus discutable de lui attribuer, comme nous l'avons fait, les signatures Best Jne et A. Best jeune, qui apparaissent de 1841 à 1843. Mais Best ne nous aide guère à circonscrire sa personnalité. Ce n'est qu'un artisan et quand il s'élève jusqu'au style, c'est qu'il n'a eu qu'à « détourer » le trait de Gavarni ou de Daumier. D'autre part, il pratique surtout le travail en équipe et même, pourrait-on dire déjà, « à la chaîne ». Cet exemple a été suivi par plus d'un de ses confrères, mais ce qui est resté propre à l'atelier auquel Best a appartenu c'est que les associés signent ensemble. Nous avons déjà rencontré la signature collective Andrew Best-Leloir, très répandue depuis 1832. A partir de 1845 le premier de ces noms se fait de plus en plus rare, mais il est remplacé par ceux de Hotelin et de Régnier, qui subsistent jusqu'à la fin. A défaut des noms entiers de nos graveurs, nous avons les groupes d'initiales suivantes, juxtaposées ou combinées en monogrammes : A. B. L, — A. B. L. H. R, — B. H., — B. H. Cie, — B. H. R, — B. L, — B. L. H. R, — L. A. B, — L. B. H. R, — R. H. A. B. L, — R. H. B. L. Relevons encore les signatures : H. Best, — H. Best et Cie, — H. B. et Cie, qu'il faut lire : Hotelin-Best et notons, pour finir, quelques essais de collaboration avec Cosson et Smeeton [IFF, 1800.t02, p. 357-358]. »

Nonobstant, le catalogue de la BNF donne une dualité de prénoms à Hotelin : Abraham ((graveur, 1815-18..) et Laurent (graveur, 18..-18..?), sans plus d'informations d'ordre biographique. La signature « HOTELIN » en lettres capitales, de cette gravure de Le Jeune, est du même style que celles des gravures attribuées par la BNF à Abraham et à Laurent. Ne pourrait-il pas s'agir d'une seule et même personne portant ces deux prénoms ? D'autant plus que ce sont toutes des gravures sur bois ! Il serait d'ailleurs étonnant que deux graveurs optent pour une signature semblable à la même période et dans la même ville ! L'adoption de cette signature en lettres capitales s'accorde d'ailleurs assez bien avec la carrière connue de ce Hotelin, chef d'ateliers regroupant de nombreux graveurs produisant quantités d'images gravées. Cette signature devient pratiquement une marque de commerce, une griffe, reconnue par tous, et facile à recopier pour les artisans graveurs subalternes et salariés ayant à la reproduire, même si l'un d'entre eux y a gauchement inversé la lettre N et peut-être ajouté un A qui ne devait pas être là !? La signature de son portrait de Le Jeune spécifie toutefois que Hotelin l'a dessiné et gravé lui-même. Un grand luxe à l'époque de gloire de ce très important graveur parisien, qui a certainement été facturé en conséquence !

Portrait de Le Jeune dans Fressencourt 1875,
détail de la signature en bas à gauche : « HOTELIN. DEL et sct » soit "Dessiné et gravé par Hotelin".

Gustave Doré (1832-1883) dessinateur, Abraham Hotelin (1815-18..) graveur, Planche sans titre dans "Journal pour tous", 1861 , Gravure sur bois, image 12,4 x 17,8 cm, BNF PET FOL-DC-298 (O).

Gustave Doré (1832-1883) dessinateur, Abraham Hotelin (1815-18..) graveur, Jacob se rend en Egypte, 1866, Gravure sur bois, image 24,3 x 19,5 cm, BNF FOL-DC-298 (E).

Gustave Doré (1832-1883) dessinateur, Abraham Hotelin (1815-18..) graveur, Jésus succombant sous sa croix, 1866, Gravure sur bois, image 25 x 20 cm, BNF FOL-DC-298 (E).

Croquis de M. Moullin, Gravure de Laurent Hotelin, Alexandre Hurel et Alfred Sargent, Quadrille d'honneur improvisé par S. M. l'Empereur au camp des grenadiers, à Vichy, le 21 juillet, 1861, Gravure sur bois, image 22,8 x 32 cm, titre courant « Le Monde Illustré [p.] 489 », écriture manucrite « 3 août 61 », BNF reserve FT 4-QB-370 (157).

« HUREL (Alexandre). Graveur sur bois, né à Metz ; élève de Hotelin et Régnier. Expose au Salon, à partir de 1866. A collaboré au Magasin pittoresque, avant 1862 [IFF, 1800.t11, p. 6]. »

« SARGENT (Alfred), né à Paris en 1828, graveur sur bois, élève de Timms, expose depuis 1855 [Beraldi 1885-1892, t12 p. 10]. »

Cette hypothèse d'un seul et même graveur Hotelin, à qui l'on attribue à la fois les prénoms Abraham et Laurent, s'accorde également assez bien avec les informations glanées dans plusieurs livres anciens. L'Annuaire-almanach du commerce... de 1875, à la date de ce portrait de Le Jeune, ne donne qu'un seul Hotelin à Paris, soit L. pour Laurent, graveur sur bois.

« Hotelin (L.), graveur sur bois, Delambre, 10 [Firmin-Didot 1875, p. 342]. DELAMBRE (rue). XIV Arr. (Observatoire). Montparnasse. [...] 10 Bigot, cordonnier. Codin (Eug.), épicier. Dedron, menuisier. Guillon (François), vins. Hotelin (L.), graveur sur bois [Firmin-Didot 1875, p. 1605]. »

L'imposant ouvrage de référence de cette époque, Les Graveurs du XIXe siècle, Guide de l'amateur d'estampes modernes, fournit beaucoup plus d'informations sur ce Hotelin, sans toutefois en préciser le prénom ! Ce qui s'accorde bien avec notre hypothèse d'une « marque de commerce » facilement reconnaissable et lui étant directement associée.

« HOTELIN, graveur sur bois. Associé avec Best, Leloir et Régnier [Beraldi 1885-1892, t8 p. 126]. »

« BEST (Jean), né à Toul en 1808, graveur sur bois. Ce nom est important à retenir, il symbolise pour ainsi dire la première période de la gravure sur bois moderne : si l'on voulait donner en quatre mots l'istoire de cette gravure depuis cinquante ans, on le pourrait en écrivant quatre noms : Best, Lavoignat, Pisan, Pannemaker. Best, représentant la gravure en fac-similé à son début : pour tout dire, l'organisateur de l'illustration du Magasin pittoresque fondé en 1833 ; Lavoignat , cette même gravure en fac-similé arrivée à la perfection ; Pisan, la gravure d'interprétation, qui renonce à reproduire fidèlement le trait du dessinateur, par la bonne raison que le dessinateur ne lui fournit plus de dessin au trait ; Pannemaker enfin , cette gravure d'interprétation portée au plus haut degré d'habileté , et rivalisant par des tours de force avec la tailledouce. C'est le dernier mot de la perfection dans ce que la gravure sur bois ne peut pas rendre. Best forma d'abord une association avec Andrew (voyez ce nom) et Leloir ; plus tard, une autre avec Leloir, Hotelin et Régnier. On trouvera ces quatre noms réunis, par exemple, sur un bois de Daubigny du Diable à Paris, sur les bois des Nouvelles genevoises (un des livres les plus rares à trouver en bonne date, 1845), et de Jérôme Paturot. Mais ces bois, qui les a gravés ? Best ? Leloir? Hotelin? Régnier? Peut-être aucun d'eux. Peut-être tout simplement les nombreux ouvriers qu'ils employaient. Bien souvent, en effet, la gravure sur bois n'est qu'un véritable travail industriel exécuté dans des ateliers. Dans les Contes drôlatiques, vous voyez des bois porter une signature qui rappelle plutôt un produit commercial qu'une œuvre d'art : Best et Cie. ([Note] 1 Voilà pourquoi, — sans prendre parti dans la question de savoir si [l]a gravure sur bois est un métier ou un art , — nous n'insistons pas sur l'œuvre des graveurs sur bois. Nous ne donnons pas le détail de ce qu'ils ont fait, ce serait inutilement long. Nous préferons indiquer, à l'article de chaque graveur, le litre des livres pour lesquels il a exécuté des illustrations. Nous faisons ainsi passer successivement sous les yeux du lecteur les principaux ouvrages illustrés du XIXe siècle, et en récapitulant leurs titres dans une table, il sera facile d'avoir une bibliographie générale sommaire des livres de ce genre publiés à notre époque.) Le nom de Best, seul ou en association, figure dans le Magasin pittoresque, le Musée des familles, l'Illustration, et dans beaucoup de livres illustrés [...] Jean Best a eu une imprimerie, d'où est sorti, entre autres livres, le Juif errant de Doré [Beraldi 1885-1892, t2 p. 66-69]. »

« LÉVEILLÉ (Auguste-Hilaire), né à Joué-du-Bois (Orne), le 31 décembre 1840, élève de Best et Hotelin. Un de nos meilleurs graveurs sur bois. Il n'a pas d'atelier ; les bois qui portent sa signature sont entièrement gravés de sa main, et d'un travail extrêmement fin et très franc. Léveillé a été, comme Pannemaker, Lepère, Baude, Cl. Bellenger, etc., un des artistes qui ont assuré, dans l'Exposition Universelle de 1889, la supériorité remarquable de la gravure sur bois française [Beraldi 1885-1892, t9 p. 171]. »

« Les bois [de L'Illustration] portent pour signature le monogramme A. B. L. H. R. (André, Best, Leloir, Hotelin, Régnier) : c'est-à dire qu'ils sont de pure gravure d'atelier sans personnalité et lourde. A la page 8 du tome 2 [corriger par le tome 3] est justement une vue des ateliers de gravure de L'Illustration : c'est une fabrique dans laquelle travaille une collectivité d'ouvriers [Beraldi 1885-1892, t10 p. 132]. »

Voyageons dans le temps et suivons le guide dans cette vieille rue de Paris qui n'existe plus via cet article : « Les mystères de l'Illustration, À nos abonnés », L'Illustration, tome III, n° 53, samedi 2 mars 1844, p. 7-9 et 13 (Mystères 1844.03.02 ou pdf).

La rue Poupée est à gauche, vis-à-vis l'Église Saint-Séverin.
Xavier Girard (17..-18..), Plan géométral de la ville de Paris (détail), Paris, 1840, Carte, BNF, Cartes et plans, GE C-7026.

Les ateliers des graveurs de L'Illustration étaient situés sur l'ancienne rue Poupée, au numéro 7, entre la place Saint-André-des-arts et la rue de La Harpe.

« Pénétrons ensemble dans cette rue étroite, sombre et humide qui unit la place Saint-André-des-Arts à la rue de La Harpe, et qui porte le nom de rue Poupée. Parvenus au milieu de cette rue, nous nous arrêterons devant une vieille maison nouvellement badigeonnée, et même peinte à l'huile, n° 7. Elle et un peu penchée par l'âge ; mais n'ayez aucune crainte, ses fondations sont solides. Elle a été construite à une époque où les architectes se croyaient encore obligés de travailler pour plusieurs générations. »

Les anciennes rue Poupée et Percée, entre les rues Hautefeuille et de La Harpe.
Cadastre de Paris par îlot (1810-1836), Paris Archives, 42e quartier, îlots n° 4-5, F/31/94/08.

Plan détaillé du n° 7 de l'ancienne rue Poupée.
Cadastre de Paris par îlot (1810-1836), Paris Archives, 42e quartier, îlots n° 4-5, F/31/94/08.

« Ces appartements sont vastes et bien aérés ; mais comme l'escalier qui y conduit est roide et dangereux ! »

« L'industrie, en effet, a besoin d'espace ; à peine même si elle se trouve à l'aise dans ces immenses salons d'autrefois. Jetez un regard sur l'atelier des graveurs de l'Illustration : toutes les places sont occupées ; partout où la lumière pénètre, elle est avidement interceptée au passage par un groupe d'artistes sur lesquels veille sans cesse l'oeil du maître. »

« Le soir venu, les tables qui avoisinent les fenêtres son abandonnées ; tous les gravauers chargés, à tour de rôle, de passer la nuit, se réunissent autour des tables circulaires ranvées de distance en distance. C'est un spectacle des plus curieux. Les rayons de la grosse lampe qui s'élève au centre de chaque table, traversant les globes de verre remplis d'eau, répandent une lumière tellement éclatante sur les mains, les figures, les burins et les bois de chaque graeur, que tout le reste du salon paraît plongé dan sune obscurité profonde. Les yeux éblouis, on se dirige à tâtons vers ces phares lumineux.

L'artiste dessine avec un crayon ordinaire de mine de plomb, sur un morceau de buis bien sec, bien uni, légèrement blanchi, comme sur une feuille de papier. Le dessin, jugé et accepté, est immédiatement porté à l'atelier général des graveurs, dont le dessin ci-joint vous offre l'image fidèle. Dès qu'il arrive, on le grave, sans trêve ni repos, jour et nuit ; car souvent il doit être achevé en moins de quarante-huit heures. Le procédé est fort simple, mais la mise en application exige une grande adresse. Il s'agit, en effet, d'enleve, à l'aide de burins de différentes grosseurs, toutes les parties du dessin qui doivent être blanches. La gravure sur bois diffère du tout au tout de la gravure en taille-douce. - Le graveur sur cuivre ou sur acier creuse sur la planche les mêmes trais que le graveur sur bois a le soin de laisser en relief ; en d'autres termes, le graveur sur cuivre ne touche pas tout ce qui doit, dans la gravure, être blanc ; le graveur sur bois, au contraire, laisse parfaitement intact tout ce qui doit être noir. - Non seulement on travaille jour et nuit dans cet atelier, mais, quand la nécessité l'exige, on coupe un dessin en deux ou en autre morceaux, qui sont gravés séparément, et qui après avoir été soigneusement recollés, sont retouchés et terminés par un maître habile. [...]

Le graveur sur bois n'a pas les mêmes ressources que le graveur sur cuivre : il ne produit, à l'aide de son burin, que des blancs et des noirs uniformes ; des demi-teintes, il n'en peut pas faire. Pour donne une certaine couleur à une gravure sur bois, il faut absolument teinter à divers devrés les parties noires. C'est le travail du metteur en train, travail long et difficile. Le metteur en train tire, sur un carton léger, une éprouve de la gravure qu'il s'agit d'imprimer ; puis, à l'aide d'un instrument tranchant, il enlève sur ce carton les parties de la gravure qui ne divent pas être complètement noires ; pus les teintes vont s'affaiblissant, plus il creuse profondément. Cette espèce de découpage ou de gravure achevée, le carton est collé solidement à la partie de la mécanique qui presse la feuille de papier sur les formes composées des gravures et des caractères d'imprimerie. Dès lors on conçoit aisément qu'une gravure correspondant exactement à son carton découpé recevra une pression plus ou moins forte, et par conséquent se colorera des teintes plus ou moins vives, selon que le carton a été plus ou moins profondément entamé. Souvent ce premier travail ne suffit pas ; il faut, pendant plusieurs heures, coller des morceaux de papier sur les parties du carton qui ne sont pas assez saillantes, et ceuser encore celles qui le sont trop. »

Outre L'Illustration, une autre importante publication illustrée faisait également appel à ce très important atelier de graveurs : Le Magazin pittoresque. Le prénom indiqué de Hotelin est alors « Abraham » ! Alexandre Hurel (1827-18..), avec qui Hotelin signe le Quadrille d'honneur, est un graveur sur bois d'illustration qui collabore également au Magasin pittoresque (BNF).

« Le Magasin pittoresque est un magazine français paru de janvier 1833 à 1938. [...] Édouard Charton, d’après l’exemple des magazines anglais (dont le Penny Magazine), en avait conçu l’idée, tracé le plan, recruté les rédacteurs, dont la plupart appartenaient aux grandes écoles, préparé, même sous le rapport matériel, la mise en œuvre du Magasin pittoresque.

L’une des plus grandes difficultés auxquelles se heurta le directeur du nouveau Magasin fut de se procurer des gravures sur bois, en nombre suffisant. Ancien saint-simonien, Charton tenait essentiellement à éclairer et compléter les enseignements écrits par des images. C’était ce qu’il appelait « parler aux yeux pour arriver plus sûrement à l’esprit. » Or, la gravure sur bois était alors le seul genre de gravure qui se prêtât à la composition d’œuvres illustrées à bas prix, et l’usage en avait été presque complètement abandonné en France. Lorsque Charton demanda à une maison de Paris de s’engager à lui fournir quatre ou cinq gravures par semaine, on se récria, disant qu’on pourrait tout au plus livrer ce même nombre par mois.

Ce mode de gravure s’étant heureusement continué en Angleterre, où de nombreux magazines existaient depuis le xviie siècle, Charton se rendit à Londres où il emprunta des clichés. Mais bientôt les graveurs français, stimulés par le succès du Magasin pittoresque et des concurrences qu’il suscita, revinrent au genre délaissé, se multiplièrent et ne tardèrent pas à rivaliser en somme de travail et en habileté avec les artistes anglais.

Comme il a été fait des réimpressions des premiers volumes pour lesquelles les anciens bois ont été perfectionnés, on voit, en suivant la série à partir de l’édition originale, quels progrès ont été accomplis, d’année en année. La renaissance de la gravure sur bois en France est donc, en grande partie, redevable à la fondation du Magasin pittoresque.

Charton travailla surtout les premières années avec l'entreprise parisienne ABL, regroupant John Andrew (1817-1870), Jean Best (1808-1879) et Isidore Leloir, trois graveurs sur bois, association devenue ensuite Best LHR (pour Best, Leloir, Abraham Hotelin, Régnier) : éditeur, Jean Best fut même un temps nommé gérant du Magasin [Wikipedia]. »

 

Les portraits du père jésuite Paul Le Jeune,
confusions et conversions...

web Robert DEROME