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La pratique du luth en Nouvelle-France
par Paul Chomedey de Maisonneuve (1612-1676)
premier gouverneur de Montréal

portraits fictifs et mythes historiographiques
portraits par Albert Ferland, Anonyme, Ozias Leduc, Albert Decaris

L'iconographie du portrait de Paul Chomedey de Maisonneuve imposée par Wilson-Sulte en 1882, telle que créée par leurs dessinateurs et graveurs, a servi de modèle aux multiples versions connues (Martin 1988, p. 105-109), hormis une sérigraphie française récente par Albert Decaris (1901-1988) qui est de plus en plus utilisée dans la publicité touristique sans être identifiée. Cette version plus romantique s'apparente à celle de Louis-Philippe Hébert, mais reprend les traits et attitudes de Jean Marais dans l'un de ses films de cap et d'épée...

« Albert Decaris, né à Sotteville-les-Rouen le 6 mai 1901, est originaire d'une famille qui compte parmi les plus anciennes de Vernouillet. Lui-même a d'ailleurs fait toutes ses classes primaires à l'école du centre. La charmante maison de ce fidèle conservateur des traditions Vernolitaines offre aux regards des visiteurs de nombreuses œuvres du Maître. Elève de l'école Estienne, il a étudié ensuite, à l'école des beaux-arts de la rue Bonaparte. Premier prix de Rome de gravure à dix huit ans. Membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1943, il en a été Président pour l'année 1960. Considéré comme le grand maître du burin, il en a exploré toutes les possibilités et sa fécondité est légendaire. Il a illustré entre autre son fameux Don Quichotte qui comporte deux cents planches. C'est notre plus célèbre graveur de timbres (CREMIV - Centre de Rencontres Micro-Informatique de Vernouillet, Projet BEATEP). »

 
Albert Ferland (1872-1942), Portrait de Paul Chomedey de Maisonneuve, [1899], reproduit dans Lejeune 1931, face à la p. 218.
Ozias Leduc (1864-1955), Portrait de Paul Chomedey de Maisonneuve, XXe siècle, huile, Montréal, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.
Anonyme, Portrait de Paul Chomedey de Maisonneuve, XIXe ou XXe siècle, photographie rehaussée de fusain et de gouache, 97 x 84,2 cm, Montréal, Musée des Hospitalières de Saint-Joseph 1988.X.962.
Albert Decaris (1901-1988, Vernouillet, Yvelines, France), Portrait de Paul Chomedey de Maisonneuve, XXe siècle, gravure, Montréal, Collection Maurice da Silva (photo Archives nationales du Québec, Collection initiale, P600,S5,PGN62,03-Q).

Robert Le Blant en 1959 a porté un jugement sévère sur le portrait de Maisonneuve par Albert Ferland publié dans Lejeune 1931 :

« Quelques autres obscurités des procès-verbaux [dressés après le décès de Maisonneuve] sont plus ennuyeuses pour qui serait désireux d'entreprendre la critique d'un portrait reproduit par un de nos plus éminents prédécesseurs [Lejeune 1931], donnant au gouverneur quelque peu l'apparence d'un chevalier du Moyen âge (Le Blant 1959.09, p. 269). »

Le Blant porposera un autre portrait littéraire de Maisonneuve beaucoup plus convaincant tiré des informations consignées à son inventaire après décès qui fournit des informations de première main sur la place du luth dans la vie du premier gouverneur de Montréal.

    

Le Monument Maisonneuve à la Place d'Armes par Louis-Philippe Hébert

Au sujet du portrait de Maisonneuve sculpté par Louis-Philippe Hébert pour son magnifique monument dressé face à l'église Notre-Dame de Montréal, on « rapporte que l'historien Benjamin Sulte, ami du sculpteur, servit de modèle pour cette figure énergique, dont Hébert accentua l'idéalisation (Martin 1988, p. 109). » Sulte est donc à l'origine de la double iconographie de Maisonneuve créée à la fin du XIXe siècle : la gravure romantico-médiévale parue dans son Histoire des Canadiens-Français (Sulte 1882-1884) et ses traits idéalisés pour la sculpture épique par Louis-Philippe Hébert !

Benjamin Sulte (1841-1923)

Louis-Philippe Hébert (1850-1917), détails du Monument Maisonneuve incluant le bas-relief La Première Messe à Ville-Marie, 1895, bronze et pierre, H. 9,15 m, Montréal, Place d'Armes face à l'église Notre-Dame. (Photo de gauche : Robert Derome. Photo de droite : Bibliothèque nationale du Québec, Fonds Édouard-Zotique Massicotte 4-165-d.)
      

Léo-Paul Desrosiers : journaliste, romancier, historien

« D'après sa sœur aînée, Louise, et Dollier de Casson qui recueillait les récits de Jeanne Mance, le jeune Paul de Chomedey aurait commencé une carrière militaire à l'âge de treize ans. Il aurait servi dans les armées du nord, en Hollande, pendant la Guerre de Trente ans, contre la maison d'Autriche6. Richelieu avait momentanément contracté alliance avec les Luthériens, leur fournissant vivres, subsides, quelques milliers de volontaires, c'est-à-dire de mercenaires avides de pillage, de carnage et de beuveries. Sa sœur Louise rend un témoignage direct : "La frange de ses cheveux, coupés à la façon des ecclésiastiques, lui donne l'air d'un croisé, et, sous sa tente, il aime à jouer du luth, pour tromper la monotonie des soirs brumeux". »

« 6 D'après un livre intitulé : Conduite de la Providence dans l'établissement de la Congrégation de Notre-Dame, par Louis Gaspard-Bernard [sic], Pont-à-Mousson (Desrosiers 1967, p. 36-37, qui réfère à Bernard 1732). »

Sur la Guerre de Trente ans voir
Le XVIIe siècle : guerre et occupation
Guerre de trente ans (1618-48) - Période française (1635-48)
Le XVIIe siècle en Alsace

Ce texte et ce témoignage de Louise de Chomedey à propos de son frère Paul sont tout à fait exceptionnels. Malheureusement on doit se demander s'il s'agit vraiment d'un témoignage original ou fabriqué ! En effet, Léo-Paul Desrosiers (1896-1967) était certes un historien reconnu. Mais il était d'abord journaliste et romancier tel qu'en fait foi sa biographie publiée en introduction aux Fonds Léo-Paul Desrosiers (P11) conservé par le Centre de recherche Lionel Groulx ainsi que celui de la Bibliothèque nationale du Québec : Fonds Michelle-Le Normand et Léo-Paul-Desrosiers. Il admet de façon on ne peut plus claire que l'appareil scientifique historique lui répugnait et même le dérangeait dans la fabrication de la trame de son récit sur Maisonneuve présenté sous forme de roman historique, un genre littéraire dominant depuis le XIXe siècle :

« Un problème se posait : fallait-il répéter les références de Faillon, de Massicotte, de Marie-Claire Daveluy, de Gustave Lanctôt, de sœur Mondoux ? Reproduire des séries de documents déjà reproduits, y compris Les Véritables Motifs si chers aux montréalistes ? Donner l'origine de citations que l'on trouve dans presque tous les volumes d'histoire ? S'attarder dans les Relations feuilletées chaque jour par les gens du métier ? Dresser une liste d'ouvrages lus qui ressemblerait comme une sœur à d'autres listes déjà connues ? L'auteur aurait ajouté une cinquantaine de pages à un manuscrit déjà long et sans être bien convaincu de leur utilité. Il a donc préféré réduire au minimum tout cet appareil historique qui a servi maintes fois (Desrosiers 1967, p. 8.). »

À cause de ce parti pris, nous voilà privés de la source de ce portrait littéraire de Paul par sa sœur Louise ! En effet, il ne se trouve pas dans l'ouvrage de Bernard 1732, dont Desrosiers cite mal en note infrapaginale le véritable nom qui est Louis-Gaspard Bernard et non « Louis Gaspard-Bernard ». Nous avons vérifié toutes les pages de cet énorme ouvrage du début du XVIIIe siècle. Les seules mentions concernant Louise de Chomedey se trouvent au tome 2 (p. 186-187 et 197-200). On doit donc chercher ailleurs la source de ce portrait de Paul par sa sœur Louise. Leymarie 1926 a publié un court texte sur Louise de Chomedey que Daveluy 1965 affirme être la source la plus importante sur ce personnage.

« L'acte de baptême de Louise de Chomedey n'a pu être retracé. Mais M. Leymarie cite dans Nova Francia (année 1925, p. 26), un acte où Louise de Chomedey apparaît comme marraine. L'acte est daté de 1614. Louise deviendra plus tard Mère Louise de Sainte-Marie de la Congrégation de Notre-Dame, à Troyes. C'est elle qui présentera à son frère Paul, en 1652, Marguerite Bourgeoys, préfète de la Congrégation des Externes. Léo Leymarie a consacré un petit article documenté à la sœur aînée de Maisonneuve, dans une livraison de Nova Francia, année 1926, p. [28]-32. On ne connaît point la date de décès de Mère Louise de Sainte-Marie (Daveluy 1965, p. 120, note 6) [; ] nous savons toutefois qu'elle survécut à son frère Paul, comme en témoigne le legs qu'il lui fit dans son testament du 8 septembre 1676 (Daveluy 1966, p. 218). »

Leymarie 1926 reproduit des extraits de Bernard 1732 augmentés de corrections, d'annotations et autres documents, mais le portrait littéraire cité par Desrosiers ne s'y trouve pas ! Bernard donne cependant cette information intéressante :

« C'est la célèbre Mere de Chomedey, connue dans la religion sous le nom de Louise de sainte Marie, Religieuse du Monastère de Troye, qui a procuré ces établissemens [de la Congrégation Notre-Dame en Nouvelle-France], & qui doit en être regardée comme la mère. [...] elle vint à bout de persuader à un frere unique qu'elle avoit, de mépriser tous les avantages qu'une famille noble & ancienne dont il étoit issu, & des biens considérables qu'elle possedoit, lui présentoient dans le siècle, pour aller au de-là des mers travailler à éclairer ces peuples [...] (Bernard 1732, t. 2, p. 198) ».

Il reste encore à vérifier les autres auteurs mentionnés ci-dessus dans l'introduction de Desrosiers afin de retrouver le portrait littéraire de Paul par sa sœur Louise de Chomedey. Nous avons déjà compulsé Daveluy 1965 sans l'y trouver. Cet ouvrage est un sommet d'érudition historique qui donne le plus d'informations disponibles sur Louise de Chomedey. S'il avait existé d'autres documents la concernant ou de la correspondance, Daveluy n'aurait certes pas manqué de les connaître si on en juge par l'ampleur et la qualité de sa bibliographie qui démontre une connaissance approfondie des auteurs cités par Desrosiers, que ce soit Mondoux 1942, les ouvrages de Gustave Lanctot, d'Étienne-Michel Faillon (1799-1870) (Faillon 1865-1866) ou d'Édouard-Zotique Massicotte (1867-1947) concernant Maisonneuve. Nous nous croyons donc dispensés de les vérifier à nouveau. Toutefois, si vous y trouviez la citation originale attribuée à Louise de Chomedey par Desrosiers, votre collaboration serait appréciée...

Ne pouvons-nous pas songer, comme nous l'a si bien fait remarquer François-Marc Gagnon, que ce portrait littéraire de Paul par sa sœur Louise aurait pu servir de modèle au plus ancien portrait pictural connu de Maisonneuve gravé en 1882 pour l'Histoire des Canadiens-Français... de Benjamin Sulte (Sulte 1882-1884) ? À condition cependant que ce portrait littéraire soit bien authentique et qu'il ait été connu de Sulte et du graveur qui travaillait pour son éditeur Wilson & cie : « La frange de ses cheveux, coupés à la façon des ecclésiastiques, lui donne l'air d'un croisé » ! Ce qui ne pourra être confirmé que lorsque nous aurons retrouvé le texte original cité par Desrosiers.

Toutefois, on peut se demander si Desrosiers ne se serait pas laissé emporter par la plume et la rhétorique ? Au lieu de référer à une véritable source d'époque, peut-être une hypothétique lettre signée par Louise de Chomedey, aurait-il succombé à la tentation toute littéraire et romanesque de simplement décrire le portrait publié de Maisonneuve depuis 1882, sans en faire la critique et sans se rendre compte qu'il ne s'agissait pas d'un portrait authentique du XVIIe siècle mais d'une fabrication de la fin du XIXe siècle ! Littérairement, cette description aurait été d'autant plus intéressante mise dans la bouche de Louise de Chomedey ! On doit d'ailleurs noter que le texte de cette citation ne ressemble ni au vocabulaire ni au style épistolaire du XVIIe siècle. Prenons-en pour témoin le mot « brumeux » dont l'utilisation est attestée seulement depuis 1787 d'après Le Petit Robert (édition de 1996), soit un siècle et demi plus tard que le moment où Louise de Chomedey aurait pu écrire ce texte ! Ainsi donc s'envolerait la belle image littéraire médiévo-romantique de Maisonneuve qui, tel un « croisé », la «  frange de ses cheveux coupés à la façon des ecclésiastiques », jouait du luth sous la tente « pour tromper la monotonie des soirs brumeux »...!

Cette hypothèse d'une « mise en scène » romanesque par Desrosiers, pour ne pas utiliser les mots de « fraude historique», peut s'avérer vraisemblable surtout dans le contexte du décapage en profondeur sur cette question des Portraits des héros de la Nouvelle-France, Images d'un culte historique, tel que réalisé par Martin 1988 et que Desrosiers ne pouvait pas connaître 21 ans plus tôt...! Il faudrait également voir ce qu'en pense Michelle Gélinas dans son étude Léo-Paul Desrosiers ou le récit ambigu (Gélinas 1973) dans un contexte de roman historique de type hagiographique. Le reste du texte de Desrosiers est tout à fait dans ce style et rapporte certaines informations douteuses, qui sont encore loin d'être démontrées, entremêlées avec d'autres tirées de documents d'archives :

« Il possède un goût pour la musique puisqu'il pince le luth à ses heures de désoeuvrement. Il en emportera un à Ville-Marie. C'était la guitare du temps. Mais il l'oubliera à son départ, les Sulpiciens le retrouveront et l'utiliseront dans les cérémonies religieuses. À Paris, il s'en procurera un autre qu'on retrouvera dans l'inventaire de ses biens ; parmi les legs indiqués par son testament, il y en aura un pour l'un des maîtres en cet art (Desrosiers 1967, p. 37). » 

Desrosiers n'aurait-il pas pu s'inspirer, en l'élaguant de plusieurs détails et mises en garde, de la description du portrait telle que donnée par Pierre Rousseau en 1886 dans sa biographie de Maisonneuve :

« Si le portrait qui nous a été conservé de lui est le véritable, sa taille s'élevait au-dessus de la moyenne, il portrait les cheveux taillés comme les ecclésiastiques, le front large, les sourcils légèrement arqués, l'oeil bien dessiné, le nez droit et fort accentué ; la lèvre supérieure est fine, le menton accuse de la fermeté, et l'ovale allongé de sa tête est fermement assis sur la colonne du cou. La figure respire l'intelligence, mais surtout la bonté et le calme d'une vertu que n'ont jamais troublée les passions. Il y a là un charme qui attire la confiance et le respect, c'est le reflet d'une âme pure, modeste, timide peut-être dans les rapports de société qu'elle redoute (Pierre Rousseau, 1886, cité par Martin 1988, p. 106-107). »

« Je ne saurais trop m'accorder avec cette analyse d'une citation truquée par Desrosiers à propos du portrait de Maisonneuve en ecclésiastique. Il a dû se demander dans la bouche de qui je devrais mettre le portrait de Maisonneuve que tout le monde a vu dans son Histoire du Canada à l'école ? Et l'illumination s'est faite : sa soeur Louise, bien sûr (François-Marc Gagnon, 10 juillet 2000) ! »

      

Un sobre portrait littéraire par l'historien Gustave Lanctôt

Au récit romanesque de Desrosiers on peut opposer la rigueur et la sobriété historique dûment documentée de Gustave Lanctot dans ce portrait uniquement littéraire de Maisonneuve, plublié un an plus tôt, sans aucune référence aux fictifs portraits picturaux ou sculpturaux alors connus de tous (Lanctot 1966, p. 33-34 et 38) :

« Fils d'une famille de noblesse ancienne, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve était né à Neuville-sur-Vanne en février 1612. De ses antécédents on sait fort peu de faits authentiques. Très jeune, selon l'usage du temps, à treize ans, il aurait joint les rangs de l'armée et servi dans plusieurs campagnes notamment celle de Hollande. C'est ainsi qu'il acquit la pratique de la discipline et l'expérience du commandement. Ayant quitté le régiment à l'âge de vingt-neuf ans il se trouvait libre de toute attache. [...] "Homme de grande oraison" il possédait un fonds de sympathie humaine, un esprit de profonde justice et un jugement solide. De plus il ne désirait pas les honneurs et ne recherchait ni les avantages ni la richesse. Au contraire il donnait généreusement du revenu de ses biens personnels. D'une bravoure froide et d'une fermeté inébranlable il se révélera le chef qui refuse de céder devant les Iroquois, les gouverneurs malveillants et les autorités théocratiques. Ces qualités de l'homme d'action s'accompagnaient dans la vie quotidienne d'une humeur aimable, animant la conversation de réflexions piquantes. Il professait un goût marqué pour la musique et se plaisait, aux heures de loisir, à jouer du luth, la guitare du temps11. »

« 11 Casson, p. 16-19 [Dollier de Casson 1992]. Sœur Morin, Annales de l'Hôtel-Dieu, Montréal 1921, p. 81 et 84 [Morin 1921 et Morin 1979]. Daveluy, Marie-Claire. La Société de Notre-Dame de Montréal, p. v21 [sic, voir Daveluy 1965, p. 121]. »

 

Un portrait hagiographique par Charles de Glandelet en 1700-1715

Terminons avec un des plus anciens portraits littéraires de Maisonneuve. Il a été dressé par l'abbé Charles de Glandelet très peu de temps après le décès de Marguerite Bourgeoys dont il écrit la biographie en 1700-1715 :

« Ce fut dans ce temps-là [vers 1652, à Troyes, avant sa venue à Ville-Marie] qu'elle [Marguerite Bourgeoys] eut le songe suivant : "Il lui sembla voir saint François avec un jeune homme beau comme un ange, et un autre homme chauve, habillé simplenent comme quelque prêtre qui va en campagne, et qui n'était guère savant."

Le lendemain, elle raconte son songe, et quelques jours après, on lui mande de venir au parloir où était Monsieur de Maisonneuve, de l'arrivée duquel elle n'avait point eu connaissance. En entrant : "Voilà, dit-elle, mon Prêtre que j'ai vu en songe." (Simpson 1999, p. 60, référence à Glandelet 1993, p. 46) »

Patricia Simpson, dans l'introduction de sa biographie sur Marguerite Bourgeoys, décrit et évalue le courant historiographique et hagiographique dans lequel Glandelet site ce portrait littéraire de Paul Chomedey de Maisonneuve :

« Charles de Glandelet fut son premier biographe ; c'était un prêtre attaché au Séminaire de Québec depuis 1675, qui l'avait rencontrée et qui avait peut-être même été, à l'occasion, son directeur spirituel. Il avait en sa possession des lettres qu'elle avait écrites et des notes fournies par les soeurs qui l'avaient connue, ainsi que d'autres documents, aujourd'hui disparus. La biographie de Glandelet a été rédiége en deux étapes : Le vray esprit de l'institut, en 1700-1701, immédiatement après la mort de Marguerite, et La Vie de la Soeur Bourgeoys dite du Saint-Sacrement, en 1715. Des recherches effectuées au cours des cinquante dernières années ont montré l'inexactitude de plusieurs des faits présentés par Glandelet à propos du début de la vie de Marguerite à Troyes. Il convient toutefois de rappeler que Glandelet ne s'intéressait pas principalement aux événements de la vie de Marguerite ni à leur insertion dans le contexte historique de Montréal et de la Nouvelle-France. Son intention était plutôt de transmettre ce qu'il comprenait de sa spiritualité et de sa sainteté. Glandelet savait que Marguerite Bourgeoys était généralement considérée comme une sainte. Inévitablement, il est porté, dans une certaine mesure, à lui donner les traits qui, solon ses propres critères, devraient être ceux d'une sainte. Comme plusieurs de ses contemporains et contemporaines, il cherche "les signes et les prodiges", tel que des visions et révélations extraordinaires ou des pénitences exceptionnelles. Pour lui comme pour certains de ses premiers biographes, Marguerite était, de ce point de vue, un peu déroutante (Simpson 1999, p. 7-8). »

En outre, Patricia Simpson évalue plus directement ce portrait littéraire de Maisonneuve tel que revisité par Glandelet d'après les rêves de Marguerite Bourgeoys :

« Ce récit ressemble aux histoires merveilleuses qui se rattachent à la fondation de Montréal [...] Des faits connus concernant Marguerite Bourgeoys et Maisonneuve donnent du crédit à certains des détails : saint François d'Assise est le seul saint non relié à la Bible ou aux apocryphes auquel Marguerite fait référence dans ses écrits, et Marie Morin souligne que Maisonneuve n'était jamais vêtu avec ostentation. Il est évidemment assez vraisemblable qu'à l'époque où Marguerite mûrissait sa grande décision, elle en ait retrouvé des éléments dans ses rêves (Simpson 1999, p. 60-61. »

 

Momument Paul Chomedey de Maisonneuve
Neuville-sur-Vanne

Photos de Michel Cardin, le 12 juillet 2001.
 

web Robert DEROME

La pratique du luth en Nouvelle-France