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La pratique du luth en Nouvelle-France
par Paul Chomedey de Maisonneuve (1612-1676)
premier gouverneur de Montréal

les dernières années à Paris (1665-1676)
testament : le sieur Robert Carron Me joueur de luth

Legs testamentaires de Maisonneuve en liquidités
8 septembre 1676 à 21 heures

Le Blant 1959.09, p. 278-280, référence au Minutier central, minutes d'Aumont, étude XVII [ou XVIII ?], n° 364, 8 septembre 1676.

pris sur les dix mil huit cens livres principal de six cens livres de rente au denier dix huit que lui doibt la communauté des marchands de la ville de Troyes et arrerages

10 800#

ordonné l'inhumation de son corps en l'église desdits R.P. de la Doctrine chrestienne de la maison de St Charles auxquels il lègue tant pour le droit de sepulture que pour les prières

500#

à la congrégation Notre Dame de Montreal en la Nouvelle France dont Marguerite Bourgeois est superieure

2 000#

à Louis Fin son serviteur domestique

300#

aux hospitallliéres de S Joseph de Ville-marie dans ladite Isle de Montreal

1 000#

aux filles de la Congregation de la ville de Troyes ou ses sœur et niepce sont religieuses

1 000#

A Monsieur Le Bey promoteur de Monseigneur l'evesque de Troyes

300#

aux pauvres de l'hopital de Sainte-reyne

400#

il doibt à Jacques Le Bert et Charles Le Moyne marchands en Canada

400#

il doibt a la damoiselle de Saint Jacques de principal faisant rente

1 000#

TOTAL DES SOMMES LÉGUÉES

6 900#

[supputation des sommes résiduelles à être partagées moitié moitié par Turmenyes et les pères de la Doctrine chrétienne]

[3 900#]

audit sieur de Turmenyes moitié de ce qui se trouveres rester du principal et arrerages

[1 800#]

quand à l'autre moitié il veut qu'elle soit mise entre les mains du R.P. Charles provincial desdits R.P. de la Doctrine chrestienne cy dessus pour en disposer par lui pieusement comme il advisera, voulant touteffois que sur le total dudit restant il soit pris la somme de deux cens livres une fois payées qu'il donne et lègue au sieur Robert Carron Me joueur de luth

[1 800#, moins 200# pour le luthiste Robert Carron]

Le testateur y démontre donc son attachement au luth jusqu'à la fin de sa vie. Il s'agit d'une somme importante à cette époque qui indique certainement une relation privilégiée entre Paul Chomedey de Maisonneuve et le luthiste Robert Carron (Caron).

« J'ai regardé l'index du livre de Marcelle Benoit, "Musiques de cour, 1661-1733", mais son nom n'y figure pas (collaboration de Michèle Bimbenet-Privat 21 août 2000). »

« Un Robert Caron, joueur de luth, demeurant rue des Fossés-Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice, est présent à un baptême le 21 mai 1643 (Brossard 1965, p. 54). À supposer qu'il ait été compositeur, aucune pièce ne figure sous son nom ou ses initiales dans les manuscrits que je connais. Des recherches aux Archives nationales révéleraient peut-être si ce luthiste est un parent de Nicolas et Olivier Caron qui figurent dans l'entourage du gambiste Sainte-Colombe (collaboration de François-Pierre Goy, juillet-août 2000 : les deux volumes de Madeleine Jurgens sur les documents du Minutier central concernant les musiciens, qui couvrent la période 1600-1650 et les études I à XX du Minutier central, ne contiennent aucune référence à Caron ou Carron, pas plus que quelques autres recueils d'actes notariés sur les musiciens du XVIIe siècle). »

« J'ai parcouru rapidement les années 1635-1655 d'un recueil d'extraits des registres baptismaux de la paroisse Saint-Sulpice (BnF, Ms. Fr. 32593), mais n'y ai trouvé aucune mention de Robert Caron. Aucune trace de sa mort, non plus, dans les extraits des registres de décès de la même paroisse (BnF, Ms. Fr. 32594). Cependant, je ne m'attendais pas à grand-chose, étant donné que : 1) nous ne savons pas s'il était marié et s'il a eu des enfants ; 2) nous ne savons pas combien de temps il a habité dans cette paroisse ; et 3) je n'ai aucune idée de la proportion d'actes recopiés dans ces recueils, ni des critères des compilateurs (collaboration de François-Pierre Goy, 28 août 2000.). »

Nicolas Caron est un organiste qui est témoin, le 22 septembre 1669, au contrat de mariage de Françoise de Sainte-Colombe, habitant Rue de Bétizy à Paris, à Jean Varin « bourgeois de Paris ». Le père de Francoise, présumément le grand gambiste Jean de Sainte Colombe, avait également été témoin au mariage de Nicolas Caron en 1658 (Dunford 1995.07). Nicolas touche les orgues de Saint-Thomas du Louvre et de l'église Sainte-Oppurtune (Dunford 1995.07). Pourrait-il être apparenté à une Dame Nicole de Caron ?

« Dès 1634, c'est le catéchisme, et non la doctrine, que fonde à Paris, dans l'église Ste Opportune, tous les dimanches, Dame Nicole de Caron (Viguerie 1976, p. 370, note 64. A.N. S 6840 fol. 15 r°). »

En 1643, le prénom du luthiste Robert Caron est donné au fils de Marie Carron dont il est le parrain.

« Du jeudi 21 mai 1643, Robert, fils de René Leconte, agent du bureau des affaires des marchands merciers, et de marie Caron, demr. [demeurant] rue quincampoix, P. [Parrain] Robert Caron, Joueur de luth, demr [demeurant] rue des fossés St. Germain, par [paroisse] St Sulpice; M. [marraine] Anne Miot, fe. [femme] de Augustin (sic), brodeur et valet de Chambre du roi, demt. [demeurant] rue des bons enfants. St Jacq [Jacques] la boucherie n°. 26. » Collaboration de Corinne Vaast pour le repérage du document dans le Fichier Laborde et autres notes de recherches sur Marie Caron ; ainsi que de François-Pierre Goy, le 17 juin 2018, pour la référence au document numérisé (web ou pdf), ainsi que l'identification d'Anne Miot (web ou pdf), femme d’Augustin Delaporte inhumé le 17 décembre 1644 (web ou pdf).

Cette famille ne semble présenter aucun lien de parenté avec les organistes Caron reliés aux Sainte-Colombe. Le luthiste Robert Carron (Caron) ne semble pas non plus apparenté au guitariste François Carron qui habitait rue des Fossés Saint-Germain en 1655.

« J'ai le regret de vous informer qu'aucun des instruments de recherche élaborés au Minutier central, concernant l'histoire de la musique au XVIIe siècle (publications ou fichiers manuels), ne mentionnent le nom de ce musicien [Robert Carron]. Vous trouverez cependant dans le fichier Musique du CARAN, deux références à un nommé François CARRON, qualifié maître de musique et maître joueur de guitare (11 juillet 1655, ET/LIII/15 et 15 juillet 1655, ET/LXX/151). Si ce personnage est apparenté à Robert CARRON, ces deux actes pourront peut-être vous offrir des pistes de recherche (collaboration de Françoise Mosser suivie de celle de Corinne Vaast pour la photocopie des actes). »

Quant aux Caron de la Nouvelle-France, aucun lien de parenté ne peuvent être établis avec le luthiste parisien, que ce soit Robert Caron (fils de René Édouard Caron, de La Rochelle) né en France vers 1617, mort le 8 juillet 1656 à l'Hôtel-Dieu de Québec, ou son fils Robert Caron, né le 20 février 1647 en Normandie, mort le 30 avril 1714 à Beaupré (collaboration de François-Pierre Goy, 25 août 2000, qui a compulsé ces données biographiques d'après plusieurs sites internet avec Google). Ni le Dictionnaire biographique du Canada, ni le Bulletin des recherches historiques, ni Landry 1979 ne nous éclairent davantage, hormis la présence des obscurs Jean et Simon Caron domestiques au Collège des jésuites de Québec en 1667 (Jetté 1983, p. 199-202).

Comme la somme de 200# léguée à Robert Carron est prise sur la portion restante du legs aux Pères de la doctrine chrétienne, on peut présumer qu'il était bien connu du « R.P. Charles provincial desdits R.P. de la Doctrine chrestienne ». Et, que ce père Charles était tout aussi bien connu de Maionneuve ! Il s'agit dont très probablement du père Charles Gautherot qui est recteur du couvent Saint-Charles de la province de Paris en 1675-1678, puis général recteur des Pères de la doctrine chrétienne en 1678-1682 (collaboration de Corinne Vaast, photocopies de Viguerie 1976, p. 129 et 131).

Pourrait-on émettre l'hypothèse de liens privilégiés entre cette communauté et le luthiste Robert Carron (Caron) ? Pourrait-on supputer que ce luthiste y accompagnait les services religieux et liturgiques ? Ou enseignait le luth à leurs élèves ? Ou bien résidait chez les Pères de la Doctrine chrétienne (collaboration de Stéphane-D. Perreault) ?

L'enseignement de Pères de la doctrine chrétienne incluait bien sûr la religion, les lettres humaines et la philosophie, mais aussi la rhétorique et le théâtre. Viguerie 1976 ne fait aucune mention aux mots arts, ni musique, à l'index analytique ou à la table des matières. Par contre, le théâtre scolaire était une activité importante qui est développée sur plusieurs pages. L'index des noms de lieux réfère à plusieurs entrées concernant le couvent Saint-Charles-Borromée de Paris. Son établissement et sa fondation en 1626-1629 dans l'ancien Hôtel de Verberie « dans un espace circonscrit par la rue des Fossez St. Victor à l'Ouest, la rue des Boulangers au Nord, et la rue St Etienne au Sud, dans le faubourg St Marcel et sur la paroisse St Médard (Viguerie 1976, note 80. A l'emplacement des numéros 69 à 75 de la rue actuelle du Cardinal Lemoine (J. Hillairet, Dictionnaires des Rues de Paris, Paris, 1963, t. I, p. 272)). C'est un quartier de petites gens, d'artisans et de jardiniers (Viguerie 1976, p. 72-73) ». Cet établissement exerce des fonctions de résidence et de noviciat (Viguerie 1976, p. 89). Plusieurs données sont fournies sur les élèves, leurs origines, leurs âges, leurs professions, leur vie au collège, les costumes des pères, les revenus de la communauté, les messes et les saluts, les livres de prière, la bibliothèque, les dévotions, la prédication.

« Monique Rollin émet l'hypothèse que le luthiste Charles Mouton aurait pu être engagé par les Jésuites comme maître de luth (Rollin 1991, p. XXII-XXIII). Donc pourquoi pas Caron avec les Pères de la doctrine chrétienne ? L'argument de Monique Rollin est justement que Mouton, en 1692, habitait rue Saint-Antoine, où se trouvait la maison professe des Jésuites. Donc, à l'inverse, cela appuie l'hypothèse que Carron, au service des Pères de la doctrine chrétienne, aurait habité chez eux (collaboration de François-Pierre Goy, 28-29 août 2000). »

« Après avoir vanté les qualités professionnelles et artistiques du dédicataire [Charles Mouton], P. Dominique nous le fait découvrir sous un nouvel aspect. Il est animé, dit-il, d'un "zele ardent [à] loüer le Seigneur... [qui,] presidant en touttes [ses] pieces [le] fait distinguer parmi ceux de nôtre siecle". Il préfère ainsi "a un vain applaudissement des hommes l'esperence d'une récompense digne de [ses] travaux". L'auteur poursuit : "Qui donc apres cela pourroit estre surpris de ce qu'un celèbre Chapitre [le dictionnaire Furetière du XVIIe siècle, réédition par Le Robert en 1978, définit ainsi le chapitre : communauté des ecclésiastiques qui desservent une église ou collégiale ; est aussi l'assemblée que tiennent les chanoines, les religieux, et les ordres militaires pour délibérer de leur affaires et régler leur discipline ; lieu où se tient cette assemblée de chanoines, religieux, ou chevaliers] vient d'enfanter une nouveauté pour s'assurer une possession si rare. Le titre qu'ils [lui] ont accordé quelqu'extraordinaire qu'il paroisse est moins glorieux [pour lui] qu'il ne leur est avantageux...". Ainsi arrivé au faîte de la gloire, mais refusant les honneurs, Mouton nous est montré comme un chrétien fervent qui, de même que la plupart des poètes de son temps, a consacré une part de sa vie et de son œuvre à l'expression d'un foi sincère. Mais quel est donc ce célèbre chapitre heureux et fier d'accueillir un musicien comme Charles Mouton, pour participer aux activités musicales de son église collégiale ou de son couvent ? Quelle nouvelle charge a-t-on créé pour lui, quel titre "extraordinaire" lui a-t-on accordé ? Nous n'avons pas pu recueillir de renseignements précis concernant cette période de la vie du luthiste, mais nous voudrions toutefois formuler une hypothèse. Serait-il possible que les jésuites aient, une fois encore, exercé quelqu'influence sur la carrière d'un luthiste éminent comme Charles Mouton (Cf. Œuvres de Pierre Gautier dans ce Corpus, éd. C.N.R.S., 1984, pp. XIII et ss.) ? Rappelons qu'à cette époque, "les jésuites sont plus puissants... que jamais..." écrit Madame de Sévigné en 1678 (collaboration de Corinne Vaast qui nous a communiqué copie de ce texte tiré de Rollin 1991, p. XXII). »

L'hypothèse que Robert Carron (Caron) ait été au service des Pères de la doctrine chrétienne est d'autant plus alléchante que Viguerie 1976 démontre que leur intérêt pour le théâtre venait d'une imitation et d'une concurrence avec les collèges des jésuites...! Corinne Vaast a repéré dans Viguerie 1976 des références à des manuscrits de musiques, postérieurs semble-t-il au décès de Paul Chomedey de Maisonneuve, qui faisaient partie des bibliothèques de Pères de la doctrine chrétienne et qui sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque municipale de Toulouse ou à la Bibliothèque nationale de Paris (Viguerie 1976, p. 652-653, notes 95, 97 et 115).

« J'ai fait quelques recherches dans notre "fonds Montauban", mais en fait, nous n'avons rien sur la musique, ni sur Chomedey ou Robert Carron. Ce fonds contient essentiellement des ouvrages de théologie ou de littérature classique. À la Révolution française, en 1789, les bibliothèques d'établissements religieux ont été confisquées et les fonds redistribués dans les grandes bibliothèques publiques (Bibliothèque nationale et bibliothèque de la Sorbonne dans un premier temps). Les bibliothèques qui ont bénéficié de ces confiscations révolutionnaires se sont retrouvées, parfois, avec des livres en double, en triple exemplaire ou davantage. Les livres en plusieurs exemplaires ont été alors redistribués à diverses bibliothèques françaises. Lorsque la Faculté de théologie protestante de Montauban s'est créée au XIXe siècle, la bibliothèque de la Sorbonne a donné un certain nombre de livres à la bibliothèque de cette toute nouvelle Faculté (livres provenant de ces fameuses confiscations révolutionnaires). Cette Faculté de théologie a fermé au début du XXe siècle et les livres qui y étaient conservés ont été déposés à la bibliothèque universitaire de Toulouse. C'est ainsi, que nous nous sommes retrouvés les heureux possesseurs de livres anciens ayant appartenu à divers instituts religieux parisiens, dont, entre autres, quelques livres issus du couvent des Pères de la doctrine chrétienne. Les autres livres du couvent des Pères de la doctrine chrétienne se trouvent très certainement à la Sorbonne, peut-être aussi à la Bibliothèque nationale et sans doute dans d'autres bibliothèques publiques françaises (collaboration d'Agnès Bach). »

Si le luthiste Robert Carron est la même personne que le luthiste Robert Caron qui assistait à un baptême en 1643 (Brossard 1965, p. 54), et qui demeurait alors rue des Fossés-Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice, il serait donc âgé d'une soixantaine d'années en 1676, donc du même âge que Maisonneuve. Il pourrait alors être un ami personnel et intime qui de surcroît pourrait partager aussi les mêmes convictions religieuses, de même que la passion du luth et de ses musiques qu'elles soient civiles ou religieuses. Les recherches dans les fonds et les archives de cette communauté permettraient peut-être de corroborer ces hypothèses...!

Collaboration de Corinne Vaast

1er-3 février 2001

Dans le catalogue de la bibliothèque des Pères de la docrine chrétienne on trouve des merveilles, non soupçonnées par Jean de Viguerie (Viguerie 1976).

Jérome de Chomedey y figure, en tant que gentilhomme, conseiller de la ville de Paris et traducteur d'un ouvrage de François Guichardin, Histoire d'Italie. Cet ouvrage fut très populaire si l'on en juge par la quantité de rééditions (Paris 1567 ; Paris, B. Turrisan, 1568 ; Paris, M. Sonnius, 1577 ; Lyon, P. de Saint-André, 1577 ; Genève, les héritiers de E. Vignon, 1593 ; Paris, J. Orry, 1612). Le f°4r° reproduit un Sonnet à Chomedey écrit par Pierre de Ronsard. Il faut d'ailleurs s'interroger sur le pourquoi et le comment de cet ouvrage dans la bibliothèque des Pères : pourrait-il avoir été donné par Paul de Chomedey ? Jérôme (Hiérosme) était en effet le grand-père de Paul. Son épouse, Madeleine Tanneguy, avait une mère d'origine italienne, une de la Croce, ce qui pourrait expliquer son intérêt pour l'histoire de l'Italie. Jérôme a en outre publié la traduction de plusieurs ouvrages de Salluste (La Guerre Jugurthine, Paris, A. L'Angelier, 1541 ; L'Histoire de la conjuration de Catilina, Paris, 1575 ; Avis donné à Jules Coesar à l'issuë de la bataille de Pharsale, Paris, 1582) (BNF ; Daveluy 1965, p. 119-120).

Se touve également dans la bibliothèque des Pères de la doctrine chrétienne, grâce à deux entrées, de la musique (Catherine Massip le conservateur géneral du département de la Musique a salué cette découverte) : Airs de dévotion à deux parties du Père François de Berthod religieux de l'Observance, sur la musique de Michel Lambert (1610-1696).

« Quand Michel Lambert, en 1656, le Pére François Berthod cordelier, entreprennent de publier un Livre d'airs de dévotion à 2 parties ou Conversion de quelques-uns des plus beaux de ce temps en Airs spirituels, ils ne songent qu'au salut de nombreuses religieuses ou dévotes qui désirent faire de la musique sans offenser Dieu (Massip 1999) »

Nous pouvons supposer que Paul de Chomedey et Robert Caron aient joué ces airs à 2 parties. Jouer des airs de dévotion sur un des instruments de la vanité est pratiquable.

Le musicien Michel Lambert fut tuteur de Gaston d'Orléans, le frère Louis XIII. Chanteur et pédagoque, il fut l'un des plus importants compositeurs d'airs de la seconde moitié du XVIIe siècle et il influença des auteurs d'opéras de son époque. Il composa aussi des pièces en trio pour les violons, flûtes ou hautbois (Amsterdam, Estienne Roger, 1700).

Dans le catalogue des Pères de Doctrine figurent d'autres religieux et musiciens et, dans une autre entrée, de nombreuses comédies et tragédies latines et françaises données le plus souvent dans les colléges jésuites à Paris et en Province, mais aussi dans ceux des Péres de la Doctrine. Et à Paris, au séminaire Saint-Charles, a été donnée en 1659 la tragédie sainte Daniel délivré, entre autres exemples fort nombreux. Il y a toujours plus : ont été données des tragédies ballets, avec des ballets dansés durant ces tragédies.

On ne sait si Robert Caron y joua, mais il est raisonnable de penser que la pratique du luth partcipait de la bonne éducation des Pères de la Doctrine et que Robert Caron, tout en demeurant rue des fossés Saint-Germain, enseignait cette pratique au séminaire Saint-Charles.

Concernant ces musiques, il ne s'agit malheureusement que de références. Celles des tragédies données dans les collèges des jésuites et autres ordres a été en grande partie perdue. Cependant, le catalogue de la bibliothèque des Pères de la Doctrine indique, dans une sous-section musique, des traités de musique et des oeuvres : messes à 4 et à 5 voix, celles de Charles D'Helfer, celle de Le Tellier ; des oeuvres de Desmarets et des airs de dévotion, ceux de François Berthod - Michel Lambert (BNF, réserve du Département Musique), de Mathieu-Artus aux Coustiaux, des airs à 3 voix. La partie de basse pouvait se jouer au luth. Dans l'intimité Paul Chomedey et Robert Caron ont dû également jouer du Etienne Moulinié, entre autres.

Dans sa paroisse de Saint-Sulpice, Robert Caron a pu croiser le génial compositeur pour luth Gallot et l'organiste de la paroisse Guillaume Nivert et d'autres musiciens plus obscurs comme Étienne-Mathieu de Sauzea, demeurant rue des Cannettes et son épouse pour laquelle Monsieur de Sainte-Colombe a composé la Caligie. Turmeynies demeurait également dans cette paroisse sur une rue connue aujourd'hui sous le nom de l'ancienne Comédie. Les sulpiciens ont donc certainement joué un rôle entre tous ces personnages liés à l'histoire de Montréal.

Robert Caron, joueur de luth, bourgeois de Paris demeurant rue des fossés Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice en novembre 1676, est le même que Robert Caron présent lors du baptême du fils de René Lecomte, son beau-frère. En témoigne la suite de la quittance d'exécution testamentaire datée du 23 novembre 1676. Ainsi, la succession de Maisonneuve n'est pas déficitaire (voir deslivrance de legs, et compte dexecution testamentaire). Cette quittance est bien intéressante à plus d'un titre, la signature de Robert Caron y est bien présente.

Robert Caron sera également présent lors du mariage du serviteur de Maisonneuve, Louis Fin avec Françoise de Coin, le 23 juin 1677. À ce mariage sera présent tout un réseau de dévots, dont Nicolas Raisin, avocat au Parlement de Paris. Nicolas est le frère de Marie Raisin qui partit de Troyes en 1659 avec Marguerite Bourgeoys pour fonder la Congrégation de Notre-Dame à Ville-Marie (DBC). Les Raisin sont originaires de Troyes et comptent parmi les leurs d'importants comédiens et comédiennes qui ont côtoyé Molière : chez les Raisin il y donc des dévots et des comédiens. Turmenyes, qui appartient à ce réseau, est l'exemple parfait du dévot parisien et non un simple administrateur de biens.

Un autre personnage, qu'il faudrait mieux documenter, faisait probablement également partie de ce réseau. On trouve en effet plusieurs lettres de direction de conscience envers la Mission canadienne par le Père Hercule Audiffret (1603-1659), qui avait été Supérieur de l'ordre des Péres de la Doctrine Chrétienne. Homme de grande dévotion et de grande culture, il acheva de paraphraser tout le Psautier (Launay 1993). Il aurait pu être le Directeur de conscience de Madame de Bullion (à démontrer).

« Esprit Fléchier (1632 - 1710), orateur sacré, naquit à Pernes le 19 juin 1632. Il fut élevé par un oncle maternel, le Révérend-Père Hercule Audiffret, qui dirigeait alors le collège des frères de la Doctrine chrétienne à Tarascon. »

Le catalogue de la BNF fournit plusieurs ouvrages publiés par Hercule Audiffret (1603-1659):

Audiffret, Hercule (1603-1659), texte inédit, établi, présenté et annoté par Georges Couton et Yves Giraud, Lettres à Philandre, 1637-1638, Fribourg (Suisse), Éditions universitaires (Seges, n° 21), 1975,  107 p., [4] f., ill., 24 cm.

Audiffret, Hercules (Le P.), Ouvrages de piété. Ire Partie. La Maison d'oraison, ou Exercices spirituels pour des retraites de 10, 8 et 3 jours ( - IIe Partie, ou Instructions chrestiennes et religieuses contenuës en quelques discours de piété), Paris, G. Josse, 1675, 2 vol. in-12.

Audiffret, Hercules (Le P.), Questions et explications spirituelles et curieuses sur le Psautier et divers Pseaumes de David, par le R.P.H.A.D.L.D.C. [Hercules Audiffret, de la Doctrine chrétienne], Paris, G. Josse, 1668, In-12.

Questions et Explications Spirituelles et curieuses sur le [...], Paris, Georg. Jofre, 1668, In-12.

Audiffret, Hercule (1603-1659), introduction et notes par dom Yves Chaussy, Un Dévot bel esprit, le père Hercule Audiffret, 1603-1659, lettres de direction [choix], Paris, Éditions de la Source (Documents et textes spirituels, n° 1), 1974, 190 p., 22 cm.

Les exceptionnelles trouvailles de Corinne Vaast nous permettent de mieux connaître le luthiste Robert Caron de même que le réseau qui le reliait à Maisonneuve, aux dévots et aux Pères de la doctrine chrétienne. Ainsi fait jour tout un pan méconnu de l'activité musicale parisienne ! Ce riche réseau n'a donc probablement pas fini de nous étonner...

Toutefois, nous ne pouvons encore que conjecturer sur les relations entre le luthiste Robert Caron et le sieur Paul Chomedey de Maisonneuve. S'agit-il d'une forme de mécénat musical accordé par le sieur de Maisonneuve à ce musicien qu'il devait bien apprécier ? Doit-on plutôt imaginer Chomedey délaissant la pratique de son instrument, étant donné qu'il est malade, au profit de son audition sous les bons offices de Robert Carron ? Ou bien est-ce des arrérages sur des leçons de musique pour un retraité qui veut meubler ses loisirs ? Ou bien des compositions originales inconnues ? Ou bien d'autres liens amicaux, familiaux, professionnels ou financiers ? Ou bien des jeux musicaux à deux luths ? Il serait intéressant de retrouver le répertoire ou les compositions de ce luthiste.

 

  web Robert DEROME

La pratique du luth en Nouvelle-France