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La pratique du luth en Nouvelle-France
par Paul Chomedey de Maisonneuve (1612-1676)
premier gouverneur de Montréal

les dernières années à Paris (1665-1676)
procès verbal des scellés et obsèques

Maisonneuve décède à Paris, le mercredi 9 septembre 1676 à 21h. Aussitôt, les scellés sont apposés sur ses biens car sa nièce Marie Bouvot se réclame les droits d'héritage. Un inventaire de ses biens sera donc dressé. Les documents découlant de cette contestation permettent de reconstituer l'habitat domestique de Maisonneuve à la fin de sa vie et d'y comprendre la place qu'y occupait son luth.

 « L'inventaire est rendu nécessaire par les prétentions de Dame Marie Bouvot, nièce de Maisonneuve, qui se déclare "seule habile à se dire et porter héritière du deffunt Paul de Chomedey". Pourquoi cette prétention ? Dans son testament, Maisonneuve ne donne rien à ses héritiers légaux dont sa nièce Marie Bouvot, fille de sa soeur Jacqueline. Celle-ci a contexté le testament mais Maisonneuve avait pris ses précautions, son ami et exécuteur testamentaire Philippe de Turmenyes a veillé à son exécution (CHM 1996, p. 84). »

Le procès verbal des scellés a été publié par Édouard-Zotique Massicotte en 1916 (Massicotte 1916.05) d'après les transcriptions effectuées par A. Léo Leymarie en juin 1913 du document original conservé à Paris, Archives nationales, Minutier central (Y, 15728).

Le texte rouge identifie les dates et heures.

Le texte vert identifie les passages concernant l'appartement et les biens inventoriés.

Le texte lilas identifie les passages concernant le luth.

Le texte bleu identifie nos ajouts et interprétations.

[Mercredi 9 septembre 22h]

L'an g vi c soixante seize, le mercredy neufiesme jour de septembre, dix heures du soir, sur la requeste faite à nous par François Poiret, conseiller du Roy, commissaire au Chastelet de Paris, nous sommes transporté sur le fossé d'entre les portes Saint-Marcel et Saint-Victor, en une maison nouvellement bastie sur le devant et deppendant de la maison des Pères de la doctrine chrestienne ou estans monté en une première chambre ou entressolle [Le scribe utilise bien le mot « monté », ce qui laisse supposer un escalier, probablement accessible depuis la cour. Le mot « première » doit donc être interprété comme la première pièce visitée lors de cette démarche et aussi comme la première pièce dans l'ordre de succession des étages de bas en haut. Cette pièce est bien désignée ici comme étant celle de l'entresol, donc la pièce du bas de l'appartement sur deux étages de Maisonneuve.] ayant veue sur ledit fossé et sur la cour des Pères de la doctrine chrestienne nous y aurions trouvé M. Philippes de Turmenyes, controlleur ordinaire des guerres, au régiment des gardes, demeurant rue Saint Martin, au coing de la rue [Oguart ?] lequel nous a dit que sur ladvis quil a eu que Paul Chaumedet, escuier, sieur de Maisonneuve, cy devant gouverneur de lisle de Montréal en la Nouvelle France, estoit deceddé en ladite chambre où nous sommes il y a une heure ou environ [Maisonneuve est-il décédé dans la pièce du bas sise à l'entresol ou dans la pièce du haut sise au premier étage ? D'après son testament il était au lit malade. Le procès verbal des scellés fait d'ailleurs état d'une garde qui est à son chevet en la personne d'Anthoinette Hardelet. L'inventaire situera deux lits, ceux de Maisonneuve et de Fin, dans la pièce du haut.] il auroit envoyé quérir pour nous requérir comme il fait pour la conservation des biens et effets de la succession dud. deffunt sieur de Maisonneuve, à laquelle il a un intérest très considérable de veiller en la qualité qu'il possède de son exécuteur testamentaire ainsi qu'il nous a justiffié par une expédition qu'il nous a représenté du testament dudit deffunt passé par devant Torinon et Aulmont notaires aud. Chastelet, le jour dhier, d'apposer nos scellez et cachets et de faire description des meubles qui se trouveront en évidence, eslisant à cet effet domicile en la maison sus déclarée sans préjudicier à ses droits et actions et au legs précédent qui luy est fait par led. testament et a signé.

De Turmenyes.

 

Suivant lequel réquisitoire après qu'il nous est apparu du corps mort dud. deffunt estant sur une paillasse, dans la chambre devant déclarée [D'après l'inventaire, les lits sont dans la pièce du haut. Y avait-il un lit dans la pièce du bas ? Marguerite Bourgeoys mentionne que Maisonneuve y avait fait dressé un lit cabane en 1671 ! D'après l'inventaire les deux lits à l'étage étaient munis de paillasses.], avons en la présence de Me Francois Le Chantre, prestre habitué, en la paroisse de St-Estienne du Mont et dudit sr De Turmenyes proceddé à lapposition de nos scellez ainsy quil ensuit, après serment fait par Louis Fin valet dudit défunt et par Anthoinette Hardelet, Ve de Charles Taconnet, garde du mesme deffunt quilz nont détourné ny vu détourner aucuns des effets de ladite succession

Premièrement, nous avons apposé nos scellés et cachets sur lentrée de la serrure de la porte d'un petit cabinet fait d'ais de sapin, estant dans la chambre cy devant déclarée, ensemble sur les quatre bouts de deux bandes de papier mises sur la porte dudit cabinet.

Avons aussy apposé nos scellez et cachets sur lentrée de serrure d'un grand coffre de bahut quarré couvert de cuir noir ensemble sur les deux bouts d'une bande de papier mise sur icelluy.

Navons apposé scellé sur un petit coffre de cuir estant en ladite chambre qui nous a esté dit appartenir audit Fin par ledit sieur De Turmenyes.

 

Meubles en évidence.

Un lit à haut pilliers avec matelas, lit de plumes [l'inventaire décrit plusieurs autres matériaux], traversin et couvertures et son autour de meschante tapisserie de Bergame, cinq morceaux de tapisserie de Bergame [l'inventaire donnera trois morceaux dans la salle basse et 13 aunes en plusieurs morceaux dans la chambre haute], tendue en lad. chambre en entresolle, une table avec un meschant tapy de tapisserie, environ dix ou douze livres destain, une cuillere, une fourchette dargent ayant esté mises dans lun des coffes, deux cuilleres et deux fourchettes aussy d'argent un tourne broche et un petit miroir.

 

Dans la salle

Sest trouvé quatre morcecaux de tapisserie de Bergame [l'inventaire donnera trois morceaux dans la salle basse et 13 aunes en plusieurs morceaux dans la chambre haute] avec six petites chaises couvertes de vieille tapisserie de [...] et plusieurs estampes.

Ce fait lesdits scellés et choses dont la description est cy devant faite, du consentement dudit sieur de Turmenyes, ont esté mis et laissez en la garde et possession dudit Fin qui s'en est volontairement chargé et promis le tout représenter touttes fois et quantes, comme dépositaire et ont signé fors ladite veuve Taconnet qui a déclaré ne scavoir escrire ny signet, dece interpellée

Poiret - Louis Fin - De Turmenyes

 

[Jeudi 10 septembre]

« [septembre 1676] Le jeudi dixiesme fut transporté en l'Église des Pères de la Doctrine chrétienne Paul de Chomedey, escuyer, Sieur de Maisonneuve, gouverneur de l'Isle de Montréal en la Nouvelle France, près le fossé entre les portes S. Marcel et S. Victor, en présence du soussigné. Royer (CHM 1996, p. 39, ne précise pas la source d'archives de ce document qui est donnée dans Leymarie 1926b, p. 211, note 3 : "Registre paroissial de Saint-Étienne-du-Mont, septembre 1676".). »

A.-Léo Leymarie (1876-1945) était un historien méticuleux qui donnait toujours des références très précises aux fonds d'archives qu'il consultait. Or, Leymarie réfère bien au « Registre paroissial de Saint-Étienne-du-Mont » pour sa transcription de l'acte d'inhumation de Paul de Chomedey. Jean-Paul Maillard, le sacristain de la paroisse Saint-Étienne-du-Mont, nous a gentiment ouvert les archives de sa paroisse. Mais les plus anciens registres de baptême qui y sont conservés remontent à 1795, alors que les plus anciens registres de décès datent de 1834. Actif dans cette paroisse depuis vingt-et-un ans, il a succédé au précédent sacristain qui y a officié pendant quarante ans. Ni lui, ni son prédécesseur, ne connaissaient donc depuis 1940 de registres plus anciens.

La question se pose donc à savoir qu'elle est la source du document transcrit par Leymarie dans les années 1920 (Leymarie 1926b) ? Les deux exemplaires des archives de l'état civil parisien ont été brûlés en mai 1871 lors des incendies allumés par la Commune (collaboration de Michèle Bimbenet-Privat qui nous a fait connaître l'ouvrage de Gasnault 1997).

Les ruines de l'Hôtel de ville de Paris où était conservé l'un des deux exemplaires de l'État civil parisien, gravure parue dans L'Opinion publique, 13 juillet 1871, p. 337.

Le Fonds A.-Léo Leymarie qui est conservé aux Archives nationales du Canada (MG 30 D 56) pourrait peut-être fournir des informations supplémentaires (Stéphane-D. Perreault en a tracé une fort éloquente évaluation dans CHM 1996, p. 69-81, basée sur un inventaire inédit photocopié). Il faudrait peut-être aussi vérifier les archives de l'Archevêché de Paris qui sont actuellement inaccessibles à cause de travaux majeurs dans leurs divers locaux.

 

Collaboration de Corinne Vaast

3 février 2001

Léo Leymarie a dû utiliser l'Histoire de la colonie française en Canada publiée en 1865-1866 par Etienne Faillon qui lui a eu accès directement aux registres paroissaux avant qu'ils ne brûlent dans les incendies de 1871 : « état civil de Paris, paroisse Saint-Etienne-du-Mont, 10 septembre 1676 (Faillon 1865-1866, p. 116). »

 

[Vendredi 11 septembre]

Et le vendredy, unzieme jour dudit mois de septembre, audit an 1676, est venu en lhostel de nous. Commissaire susdit, Mr Tristan Perrier procureur au Chastelet et de Me Philippes de Turmenyes audit nom d'exécuteur testamentaire dud. deffunt sr de Maisonneufve lequel nous a apporté et mis es mains la requeste par luy présentée à Mr le lieutenant civil, au bas de laquelle est son ordonnance du dixiesme portant la permission de lever nos scellez dont la teneur ensuit : « A Mr le lieutenant etc. » en vertu de laquelle ordonnance attendu quil n'y a aucun opposant et que la dame présumptive héritière dudit deffun a promis de se trouver en la dite maison où est décédé ledit sieur de Maisonneuve de nous transporter pour la reconnaissance et lévée des dit scellez estre ensuite procédé à linventaire

Perrier.

 

[Vendredi 11 septembre 14h ou 15h]

Suivant lequel réquisitoire, nous, commissaire susdit, nous sommes transporté sur le fossé dentre les portes St-Victor et St Marcel, en La maison ou nosdits scellez sont apposez sur les deux ou trois heures de relevée ou estant sont comparus pardevant nous.

Ledit Mr Philippes de Turmenyes, audit nom d'exécuteur testamentaire dudit deffunt, assisté dudit Me Perrier son procureur qui nous a requis estre procédé à la reconnaissance et levée de nos scellez pour estre les meubles qui se trouveront en évidence et papiers qui se trouveront soubs iceux inventoriez à sa requeste, à la conservation des droits de ce qui il appartiendra, par Me Bernard Musnier et son compagnon nottaires aud. Chastelet et la prisée par Francois Jacob, servent à verge, ce fait lesd. meubles luy estre dellivrez conformément audit testament, mesme les actes escrits par [...] diceluy sans préjudice à ses droits et autres et ont signé

De Turmenyes - Perrier

 

Est pareillement comparu, dame Marie Bonnot, femme séparée quant aux biens d'avec Mr Bernard Baraillon, escuyer, seigneur de Neufville et autres lieux, demeurant rue Masarine, paroisse St Sulpice habile à se dire et porter héritière dud deffunt, sieur paul Chaumedé sieur de Maisonneufve, son oncle, assisté de Me Louis de Villeneuve, son procureur qui a protesté que la qualité prise par ledit sieur de turmenyes d'exécuteur testamentaire dud. deffunt ne luy puisse nuire ny préjudicier, attendu que le présent testament a esté sugéré contre lequel elle entend se pourvoir par les voyes de droit, en temps et lieux et estime que l'inventaire doit estre fait à sa requeste, comme seule et unique préseumptive héritière de tout ce qui se trouvera en évidence soubs nos scellez. par ledit Me Bernard Musnier et de Launay nottaires seroit délivré en la possession de Louis Fin, vallet dudit deffunt, pour ce fait estre procédé à la ventre diceulx, sil y eschet et ont signé

M. Bonnot - Villeveufve

 

Nous ne transcrivons pas ici les documents suivants : réclamation pour 1 000 livres de Madelaine Patrois « laquelle comme ayant charge de damelle Gabrielle Le Messier, Vve de noble homme bertrand Hardouin de St Jacques docteur en médecine » ; attestation de Turmenyes que le testament « n'a jamais esté sugéré » comme le prétend Marie Bonnot ; consentement à l'inventaire par Marie Bonnot et Me de Villeneufve son représentant.

 

Sur quoy, nous, Commissaire susdit, avons donné acte ausdites parties de leurs comparutions, dires, réquisitions, consentements et contestations et sans y préjudicier, ny que la qualité puisse faire aucun préjudice aux mesmes parties, a esté par lesdits Me Bernard Musnier et Aumont, notaires audit Chastelet de Paris, présens et comparans, procédé à l'inventaire des meubles en évidence estant dans la salle que dans la chambre, en laquelle est décédé ledit deffunt [Maisonneuve est-il décédé dans la salle ou dans la chambre ? Par la proximité linguistique on doit conclure ici qu'il est décédé dans la chambre.]. à la requeste dud. sr. de Turmenyes, au lit nom d'exécuteur testamentaire et de ladite dame audit nom d'habile à se dire héritière dud. sieur de Maisonneufve son oncle, conjointement et à la prisée et estimation par ledit François Jacob, sergent à verge audit Chastelet et, après qu'à ce faire a esté vacqué jusques à six heures et demy et que dans l'inventaire des meubles ont esté compris du consentement de ladite dame présumptive héritière et dud. sieur de turmenyes, audit nom, un meschant lit dans lequel couche ledit Fin et un habit de droguet gris réclamé par ledit Fin, lesdits meubles et choses inventoriez du consentement des parties sont demeurez à la garde dudit Fin qui s'en est volontairement chargé et promis les représenter ensemble nosdits scelles sains et entiers, toutesfois et quantès, comme dépositaire et, pour la confection dudit inventaire, lassignation continuée à demain, trois heures de relevée, à laquelle heure elles ont aussy consenty estre procédé tant en absence que présence et ont signé

M. Bonnot - Villeneufve - Louis Fin - De Turmenyes - Poîret - Perier

 

  web Robert DEROME

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