Une boîte remplie de fragments

L'ancien ostensoir de 1681-1682 avait désormais été très lourdement transformé. Le nouvel ostensoir de bronze fabriqué par Favier Frères vers 1854-1857 a également subi le même sort à l'occasion de la fabrication du nouveau soleil vers 1891 : on scia une partie de son décor à la base du pied et on le dépouilla des feuilles d'acanthe décorant le noeud de la tige. Les rayons du nouveau soleil de 1891 seront également abîmés. Une boîte de bois remplie de fragments de cet ostensoir fait état de cette histoire mouvementée.

Photos Gilbert Langlois.

Cette boîte de bois porte cette inscription manuscrite à l'encre datant vers 1891  : « Pied de l'Ostensoir / l'O Donné par / Mme de La Basme / Tante de Notre mère De Brésoles ». À l'intérieur on découvre un amas de fragments, tous en bronze dorés provenant de l'ostensoir fabriqué vers 1854-1857 par Favier Frères à Lyon, mais également du soleil anonyme fabriqué vers 1891.

Photos Gilbert Langlois.

3 des 18 fragments sont différents des autres.

Le fragment en forme de T est un vestige de la grande lunule fabriquée vers 1891 pour remplacer la plus petite que Favier Frères avait fabriqué vers 1854-1857 pour l'ancien soleil de 1681-1682 qui n'existe plus. La lunule de 1891, dont il ne reste qu'un fragment, sera en effet remplacée au milieu du XXe siècle par celle de l'orfèvre montréalais Gilles Beaugrand.

Le long fragment, étroit et acéré, est un bout de rayon brisé du soleil fabriqué vers 1891. Une photographie d'archives atteste de ce bris survenu entre 1891 et 1942.

La feuille d'acanthe est ce qui reste de l'ancien décor du noeud central de la tige de l'ostensoir fabriquée à Lyon par Favier Frères vers 1854-1857.

Photo Robert Derome.

Les 15 autres fragments présentent un métal beaucoup plus épais. Leur dessous montre un bronze contenant beaucoup de cuivre rouge (on en voit quelques-uns sur la photo ci-dessus), tout comme le dessous de la base de l'ostensoir au pourtout duquel on distingue les soudures grossières laissées suite à cette opération de sciage.

Photo Robert Derome.

Le dessus doré de ces fragments s'orne d'une frise décorative qui ornait naguère le pourtour de la base actuelle. En effet, lorsqu'on reconstitue le casse-tête, les fragments mis à leur place et bout à bout donnent un périmètre rectangulaire qui s'ajusterait parfaitement tout autour de la base actuelle de l'ostensoir. On a donc rapetissée le périmètre de l'ancienne base rectangulaire en sciant tout autour la frise décorative. Ce genre d'opération a d'ailleurs été faite sur un autre objet des collections des hospitalières, le fabuleux calice d'Ignace-François Delezenne ; dans ce cas, les hospitalières ont reconstitué le calice original avec les fragments sciées vers le milieu du XXe siècle qui avaient été conservés.

 

Les vestiges-reliques de l'ostensoir de Pierre Loir donné en 1681-1682 par Madame de la Basme à Judith Moreau de Brésoles pour les Hospitalières de Saint-Joseph de Montréal.
web Robert DEROME