Les trois incendies

Le monastère des hospitalières fut victime de trois incendies qui détruirent quantité d'oeuvres d'art en 1695, 1721 et 1734. L'ostensoir d'origine n'a pas eu par la même chance que le ciboire qui s'en sortit indemne.

en 1695

Dans la description que fait Marie Morin de l'incendie de 1695 elle ne parle pas directement de l'ostensoir. Il est donc possible que l'ostensoir de Madame de Basme ait été endommagé par le feu en 1695, cet incendie étant réputé comme le plus destructeur des trois.

« Peu apres ariva trois Peres recollets qui nous furent d'un grand secours. Le Reverand Pere Joseph Denys, leur superieur, prit le tres Saint Sacrement et le porta en la maison de Monsieur Arnaud, marchand. Ma tres honoree soeur Le Jumeau le suivit et demeura en priere dans cette maison, en sa presance, jusqu'au grand jour, quand on nous rasambla. [...] Plusieurs de nos soeurs signalerent leur courage et presance d'esprit, qui avec peu de secours de dehors sauverent la plus grande partie du linge et ornemens de la sacristie (Morin 1979, p. 240-241) ».

La terminologie « Saint Sacrement » pourrait-elle désigner l'ostensoir ? Ou ne s'agirait-il pas plutôt du ciboire, placé dans le tabernacle, et qui contenait les hosties ? Le ciboire de Pierre Loir (1628-1700), daté de 1681, est toujours conservé par la communauté. Il fut donc sauvé des multiples incendies.

en 1721

En 1721 l'incendie eut lieu durant la procession du Saint-Sacrement, un des rituels qui implique la présence obligée d'un ostensoir. Lorsque l'incendie éclata, la procession était en route pour l'église Notre-Dame. L'ostensoir était donc entre les mains du prêtre officiant, étant derechef sauvé de l'incendie.

« Seconde insandie generalle de notre monastere, arivee le 19e juin 1721.

Il me samble, mes soeurs, que vous seré bien de voir, dans quelques annee d'isy, qu'on ait ecrit ce qui c'est passé de plus remarquables quant notre eglise, notre couvant et la maison de notre hospital brusla tout a la fois. Voisy comme cela ariva.

La petite feste de Dieu, de cette annee, ariva le 19 juin. La procession generalle du tres Saint Sacrement fut plus solanelle que de coutume a cause que la pluye avoit enpesché qu'on ne la fit le jour. Nos soeurs sacristines marquerent leur zelle a parer notre eglise tout de leur mieux et en firent une chapelle ardante a la mode de Rome, selon le santiment de Monseigneur notre evesque qui en est revenu, il y a peu d'annee, en ce peys. On fait de grandes decharges de fusils et mesme de canons a chaque eglise ou il y a des reposoirs. Ce que l'on fit a la nostre, a la sortie de la procession qui n'etoit pas encorre randue a l'eglise paroissialle de cette ville, dont nous ne sommes pas loin, qu'un estourdy tira un gros coup de fusil dans le portail de notre eglise, qui porta le feu sur la couverture de la ditte eglise et dans la voute, en un momand, et qui s'y aluma d'une sy gran[de] vitesse que plusieurs de nos amis qui se trouverent la presans ne purent point l'etindre, quoy que bien adroits et intelligens. Ce qui fit sonner le toquesin pour appeller du monde a notre secours, voyant le mal sans remede. Il y en vingy bon no[m]bre d'abort, ce qui dura peu, a cause que le feu ce comunica en mesme tamps a la maison de nos malades et de nostre monastere par le toit de l'eglise, qui estoit haute / et couverte de bardeau de sedre, et les autres aussy, ce qui bruslas aussy viste que la paille, sur tout par un tamps chaud et acompagné de vand, comme il fesoit alors.

Nos soeurs se jetterent d'abort a deparer l'hotel et sauver les ornemans, avec des layques, et sauverent presques tout [...] (Morin 1979, p. 272-273) »

et en 1734

Un troisième incendie eut lieu en 1734. Les religieuses dressèrent une liste, conservée dans les archives de la communauté, indentifiant...

« Lesquels meubles ont esté brûlés et perdus dans l'Incendie arrivéé a montreal le dix avril 1734

Sçavoir

Il n'y a eu que [les] vases Sacrés sauvés ; Et il est [ainsi] de tous quà la sacristie étoit fort riche. »

 

Les vestiges-reliques de l'ostensoir de Pierre Loir donné en 1681-1682 par Madame de la Basme à Judith Moreau de Brésoles pour les Hospitalières de Saint-Joseph de Montréal.
web Robert DEROME