Plusieurs « pieds de soleil » sont utilisés au XIXe siècle à la sacristie

Les inventaires de la communauté étaient tenus méthodiquement au XIXe siècle, année après année, dans un grand registre à colonnes. On retrouve ainsi dans la sacristie la consignation de la quantité de plusieurs objets utilisés pour le culte. Ces registres inventorient systématiquement des objets appelés « pieds de soleil ». Or, les mêmes inventaires confirment que la sacristie n'utilise qu'un seul ostensoir jusqu'en 1868, date de l'acquisition du nouvel ostensoir en argent fabriqué par Marie Thierry fils à Paris. Nous avions d'abord pensé que la terminologie « pied de soleil » référait à une base d'ostensoir, sur laquelle on pouvait placer un soleil amovible. Or, comment expliquer le fait que la communauté possédait un si grand nombre de « pieds de soleil » ? Y en aurait-il eu un à chacun des oratoires ou lieux de prière dans les nombreux corridors tant du monastère que de l'hôpital ?

dates

nombre de « pieds de soleil »

1807-1817
3
1818-1826
6
1827-1829
7
1830-1834
9
1835-1841
10
1860
16

La page 24 de cet inventaire, pour 1851 à 1860 à la sacristie, porte bien encore l'item libellé « pieds de soleil ». Mais cette appellation a été rayée et remplacée par le mot « custodes » ! La définition de ce mot se retrouve dans deux livres publiés en 1873 et utilisés à la sacristie de la communauté.

« On se sert encore d'une espèce de petit ciboire, muni de son couvercle, et recouvert d'un petit voile ou pavillon de soie blanche pour porter le Dieu aux malades, quand le trajet est long ou difficile. Chaque église doit être munie de ce petit ciboire qu'on appelle custode ; quelquefois elle consiste en une simple petite boîte plate en argent, dorée à l'intérieur, d'autres fois elle est munie d'un pied. Plusieurs évêques ont interdit l'usage des custodes dont le pied se dévisse et contient l'huile des infirmes (D'Ézerville 1873, p. 27). »

« De la custode. La custode est une espèce de petit ciboire, ou une petite boîte très-solide, dans laquelle on conserve les saintes espèces et ordinairement la grande hostie consacrée que l'on place dans l'ostensoir. À défaut de ciboire ou de custode, on peut placer les hosties consacrées dans un calice consacré, couvert de sa patène. La custode doit être en or ou en argent doré, au moins à l'intérieur. Il convient que le couvercle soit surmonté d'une petite croix solidement dixée ; cependant cette croix n'est pas de rigueur. Lorsque la custode est munie d'un pied, et que, selon l'usage général pour le ciboire, le couvercle est surmonté d'une petite croix, rien n'empêche qu'on ne distribue la sainte communion avec une custode ainsi faite. [...] La custode pour la communion des malades ne peut pas faire un seul tout avec la boîte de l'huile des infirmes (Religieuse sacristine 1873, p. 14-15). »

La custode, était aussi appelée pyxide ou porte-dieu. Elle pouvait donc désigner deux objets distincts. Le premier contenait la grande hostie du prêtre. Celle que l'on place dans l'ostensoir. Or, cette boîte, était toujours laissée au « pied de l'ostensoir » après que l'hostie ait été placée dans sa lunule. Cette habitude pourrait expliquer l'origine de cette terminologie documentée, à notre connaissance, nulle part ailleurs que chez les hospitalières de Montréal ! Mais le mot custode peut aussi désigner l'objet mieux connu sous le nom de porte-dieu. Ce petit objet contient la petite hostie et sert au prêtre pour aller porter la communion aux malades. On comprend alors mieux pourquoi on trouve autant de custodes à la sacristie. Elles étaient utilisées pour porter la communion à plusieurs malades de l'hôpital, en même temps, par plusieurs prêtres !

 

Les vestiges-reliques de l'ostensoir de Pierre Loir donné en 1681-1682 par Madame de la Basme à Judith Moreau de Brésoles pour les Hospitalières de Saint-Joseph de Montréal.
web Robert DEROME