Les vestiges de l'ostensoir fabriqué entre le 7 novembre 1681 et le 10 juillet 1682

Attribué à Pierre Loir (1628-1700), Paris, Ancienne base de l'ostensoir donné par Madame de la Basme, transformée et intégrée à l'arrière du soleil vers 1891, fabriquée entre le 7 novembre 1681 et le 10 juillet 1682, argent, doré vers 1891, Montréal, Religieuses hospitalières de Saint-Joseph.
Poinçon de maître orfèvre rendu illisible après avoir été déformé sur la longueur et oblitéré par martelage.
Paris, poinçon de charge pour les ouvrages d'argent de Paul Brion du Saussoy II, en usage du 7 novembre 1681 au 29 juillet 1684 : un soleil et une fleur de lys au milieu et un A au-dessous.
Paris, poinçon de jurande en usage du 3 juin 1681 au 10 juillet 1682 : une couronne sur la lettre M.

Le seul vestige conservé de l'ostensoir original de 1681-1682 est une plaque d'argent, dorée vers 1891, à l'occasion de son intégration à l'arrière du soleil de bronze vers 1891. Cette plaque d'argent dorée porte un poinçon d'orfèvre illisible, le poinçon de charge pour les ouvrages d'argent de la seconde période du bail du fermier parisien Paul Brion du Saussoy (en usage du 7 novembre 1681 au 29 juillet 1684) et le poinçon de jurande portant la lettre M (en usage du 3 juin 1681 au 10 juillet 1682). Par recoupement des dates on peut donc conclure que l'ostensoir d'origine avait été fabriqué entre le 7 novembre 1681 et le 10 juillet 1682.

L'histoire des hospitalières nous informe que l'ostensoir original avait été commandité par Madame de la Basme pour sa nièce Judith Moreau de Brésoles (1620-1687). On ne connaît rien de la vie de Madame de la Basme, si ce n'est qu'elle était l'épouse du gouverneur de Blois, lui-même le frère naturel du père de Judith de Brésoles. Madame de la Basme était donc la tante par alliance de Judith. Arrivée au Canada le 7 septembre 1659, Judith fut la fondatrice et la première supérieure des religieuses hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal, communauté organisée avec l'aide de Jeanne Mance, les mères Macé et Maillet (DBC).

« La famille et l'anfance de ma soeur Bresoles.

Monsieur son pere demeurèt dans la ville [de] Blois et y tenèt un rand considerable puis que son frere naturel en etoit Gouverneur, qui s'apellèt Monsieur de la Basme. [...]

Huit annee apres [le contexte ne permet pas de préciser de quelle date il s'agit], Madame de la Basme, sa tante, luy envoya un petit balot d'ornemans pour notre eglise, qu'on estima valoir au moins six cens frands, et cent escu qu'elle luy promit pour aider a faire un soleil a exposer Notre Seigneur sur l'hotel, / qu'elle envoya en mesme tamps a Monsieur Macé a Paris, notre bon amy, qui ramply son intansion, qu'elle savèt estre en nos interets, &c. Pour lors, ma chere soeur de Bresoles crut estre obligee de remercier sa chere tante et luy ecrivit pour cela (Morin 1979, première page du chapitre 25e et p. 182). »

Le ciboire de Pierre Loir fut fabriqué entre le 3 juin et le 7 novembre 1681, soit durant la première partie du bail du fermier Brion du Saussoy. Figurait-il parmi le « petit balot d'ornemans pour notre eglise » envoyé par Madame de la Basme ? Les poinçons conservés de l'ostensoir d'origine permettent de conclure qu'il ne fut complété que dans la seconde partie du bail de ce même fermier entre le 7 novembre 1681 et le 10 juillet 1682. Donc, la commandite de Madame de la Basme fut donnée en 1681 pour un ciboire et un ostensoir. Le ciboire fut complété entre le 3 juin et le 7 novembre 1681, alors que l'ostensoir ne fut terminé qu'entre le 7 novembre 1781 et le 10 juillet 1682. Le délai ne fut peut-être pas occasionné seulement par un retard de l'orfèvre ou du fermier. En effet, Madame de la Basme ne finança qu'une partie du coût de cet ostensoir : « cent escu qu'elle luy promit pour aider a faire un soleil a exposer Notre Seigneur sur l'hotel ». Le délai fut-il occasionnée par la nécessité, pour Judith Moreau de Brésoles, de trouver le financement complémentaire ? Ces délais sont en outre confirmés par l'inscription de la date de 1682 figurant sous le ciboire. Même si le ciboire avait été fabriqué entre le 3 juin et le 7 novembre 1681, l'inscription atteste que ce n'est qu'en 1682 qu'il fut destiné aux hospitalières de Montréal ! À moins que l'on ait acheté qu'en 1682 un ciboire déjà prêt et poinçonné mis en vente à la boutique de l'orfèvre ?

L'étude des poinçons et le contexte de la commandite nous amènent à attribuer à Pierre Loir le poinçon de maître orfèvre rendu illisible sur le vestige conservé de l'ostensoir. L'ostensoir et le ciboire devaient donc partager les mêmes caractéristiques stylistiques et morphologiques que l'on pourrait appliquer à une reconstitution par dessin de l'ostensoir.

 

Les vestiges-reliques de l'ostensoir de Pierre Loir donné en 1681-1682 par Madame de la Basme à Judith Moreau de Brésoles pour les Hospitalières de Saint-Joseph de Montréal.
web Robert DEROME