Le Vieux Montréal 1661-1803
en collaboration avec Honoré BEAUGRAND

Attribué à Pierre-Louis Morin (1811-1886), gravé chez Photo Electrotype Engraving Company New-York, Portrait de Paul Chomedey de Maisonneuve, vers 1882, gravure, Sulte 1882-1884, pour la référence voir la table de concordance.

L'attribution à Pierre-Louis Morin permet de rapprocher trois œuvres qui ont occupé ses travaux de recherche et de création : le portrait du gouverneur et la reconstitution de son Fort à Ville-Marie, mais aussi le mythique « Château Maisonneuve » qui était, en fait, le premier séminaire des sulpiciens où Maisonneuve a peut-être résidé (et joué du luth ?) avant son départ définitif de Montréal (Lahaise 1980, p. 224-227).

 

Certainement influencé par l'ouvrage de Sulte 1882-1884, Pierre-Louis Morin publiera peu après un atlas intitulé Le vieux Montréal, 1611-1803 (Morin 1884), qui contient des dessins et plans qui sont toujours utilisés par de nombreux historiens, sévèrement critiqués par les uns, justement apprécié par d'autres (Robert 1994, p. 30-31, et p. 159, note 103 ; voir aussi Lahaise 1980, p. 30-31).

Un de ces plans reconstitue justement le Fort de Ville-Marie où vécut Paul Chomedey de Maisonneuve, démontrant sans aucun doute l'intérêt de Pierre-Louis Morin pour ce personnage. En outre, Pierre-Louis Morin a contribué à diffuser le mythe du « Château Maisonneuve » qui, en fait, était plutôt le premier séminaire des sulpiciens (Lahaise 1980). Plusieurs ouvrages récents continuent à utiliser ces dessins sans en faire la critique historique et, pire, sans en citer l'auteur...!

 

 

Dessin de Pierre-Louis Morin (1811-1886) gravé par George Bishop & Co. photo-litho-graveur (vers 1838 - après 1894), Le Fort..., reconstitution hypothétique, vue en trois dimensions à vol d'oiseau, du fort de Ville-Marie au XVIIe siècle (Morin 1884).

 

Dessin de Pierre-Louis Morin (1811-1886) gravé par George Bishop & Co. photo-litho-graveur (vers 1838 - après 1894), C. Résidence de Mr de Chomedey Sr de Maisonneuve, premier Gouverneur de Montréal, bâtie en 1652, et occupée en 1659 par quatre prêtres missionnaires du Séminaire de St. Sulpice de Paris, qui arrivèrent à Montréal en 1657, reconstitution hypothétique tirée de Morin 1884, Montréal, vue à vol d'oiseau, de 1645 à 1650.

 

Toutes ces oeuvres sont de pures créations de l'imagination de l'artiste et n'ont que peu ou prou à voir avec la véracité historique ! Elles ont cependant eu une influence considérable et durable...
Anonyme d'après Pierre-Louis Morin (1811-1886), Résidence 1650, Cette demeure de M. de Chomedy de Maisonneuve fut bâtie en 1650. elle était située près la rue St Paul. sur le terrain ou est constuit le magasin de la Cie Frothingham. Occupée comme premier séminaire de Montreal de 1659 à 1712 par quatre missionnaires, prêtres du séminaire St Sulpice de Paris, elle fut rasée en 1850, vers 1894, reproduction d'un lavis tirée de Souvenir Maisonneuve 1894, p. 11.

 

L'enceinte du fort de Ville-Marie est démolie en 1675. La résidence de Maisonneuve subsiste jusqu'en 1682-1683 (Desrochers 1998.12). Elle est remplacée par celle du gouverneur Louis-Hector de Callière construite entre 1688 et 1697, qui officie à titre de gouverneur de Montréal de 1684 à 1699.

Gaspard Chaussegros de Léry, détail du Plan de la ville de Montréal dans la Nouvelle France, 1731.
Derrière les jardins, la lettre M identifie l'hôpital Charron devenu plus tard l'Hôpital d'Youville sur la place du même nom.

 

L'historien jésuite Félix Martin (1804-1886), graveur, dessinateur et architecte actif à Montréal à compter de 1842, propose une reconstitution du fort de Ville-Marie qui a été mise en doute car elle utilise le plan de la résidence de Louis-Hector de Callière tellle qu'on peut la voir sur plusieurs cartes de Montréal dessinées par Gaspard Chaussegros de Léry entre 1717 et 1731 (Robert 1994, p. 30-31).

Félix Martin (1804-1886), Pointe à Callière, plan hypothétique du fort de Ville-Marie, milieu du XIXe siècle, Archives du Séminaire de Québec.

 

On ne connaît ni l'emplacement exact ni l'aspect du fort de Ville-Marie. Ce plan du XVIIe est reconnu par certains pour en être une esquisse rapide. D'autres le récusent comme n'étant pas un plan de Montréal. On y distingue, de droite à gauche : une grande maison marquée « casse de monr Le Gouverneur » flanquée de deux batîments, les « [cuisines ?] » en haut et les « [forges ?] » en bas ; en face de la résidence du gouverneur se trouve la « place d'armes », bornée en bas par « la chapelle » flanquée de « casse pour les prestres » et en face du « magasin » ; entre la place d'armes et la porte fortifiée on trouve quatre « casse pour le monde » ; à l'entrée du fort se trouve le « corps de gardes » tout près du « four » ; finalement un bâtiment marqué « privé », puis un emplacement marqué « plan pour une grue », donnent sur la rivière sur laquelle figure plus loin un « plan pour chaloupe ».

Attribué à Jean Bourdon, Plan présumé du fort de Ville-Marie, vers 1647, Université McGill, Département des livres rares et des collections spéciales.

 

Des fouilles archéologiques effectuées dans les années 1980-1990 ont révélé certains indices de l'emplacement du fort, de l'ancienne résidence du gouverneur et du premier cimetière utilisé de 1643 à 1654. Le périmètre classé continue de révéler des indices du passé, dont ceux du fort Ville-Marie repérés à plusieurs endroits : rue du Port, rue de la Commune, place d'Youville et surtout rue de Callière.

À proximité du fort est aménagé le premier cimetière catholique de Ville-Marie où seront enterrés des Français et des Amérindiens entre 1643 et 1654. Les vestiges du cimetière confirment le lieu exact de la fondation de Montréal. Ils sont mis en valeur au Musée Pointe-à-Callière (Pothier 1998.03).
On voit ici les fouilles réalisées en 1993 sur le site du Château de Callière dans un petit espace vacant de la rue De Callière entre la rue de la Commune et la place d'Youville. On a pu situer le coin nord-est d'un bâtiment associé au fort Ville-Marie, la résidence de Maisonneuve (Desrochers 1998.12).

 

web Robert DEROME