Portraits de Cartier, Champlain et Montcalm

La biographie de Pierre-Louis Morin dans Karel 1992 réfère à ses lithographies diffusées en 1857 des portraits de Cartier, Champlain et Montcalm. Ces œuvres connues par un compte rendu journalistique n'ont pas encore été retrouvées. Compte tenu de la collaboration démontrée de Morin à l'ouvrage de Sulte 1882-1884, nous proposons de lui attribuer ces trois portraits non signés, très différents des autres versions connues et étudiées par l'histoire de l'art (Martin 1988).

Attribué à Pierre-Louis Morin (1811-1886), JACQUES CARTIER, vers 1854, gravure, Sulte 1882-1884, pour la référence voir la table de concordance.
Attribué à Pierre-Louis Morin (1811-1886), CHAMPLAIN, vers 1854, gravure, Sulte 1882-1884, pour la référence voir la table de concordance.
Pierre-Louis Morin (1811-1886), MONTCALM, vers 1854, gravure, Sulte 1882-1884, pour la référence voir la table de concordance.

Collaboration de David Karel

Le compte rendu dans Le Canadien en date du 20 août 1858 permettrait de reconnaître à Morin une certaine paternité relativement à ces trois images.

« [...] C'est ainsi que nous lui [M. P.-L. Morin] devons ces deux précieux portraits qui nous restent de l'immortel Champlain, ce glorieux fondateur de Québec, et de l'infortuné Montcalm, son noble et généreux défenseur, aux jours mauvais de la défaite.

Nous regrettons pour l'honneur des nôtres de voir que les éditions faites ne soient pas depuis longtemps épuisées et que chaque famille canadienne n'en ait pas encore orné un pan de ses murailles quand cela touche de si près pourtant à la fibre nationale la plus vivace. On sait à quelles démarches M. Morin s'est voué en France et quels soins il s'est donné pour arriver à cette précieuse et intéressante trouvaille qui fait tant d'honneur à son patriotisme et qui n'a pas laissé que d'imposer des sacrifices à [sa] bourse. [...] »

Évidemment, ce sont des images d'emprunt, et on doit conclure à l'intervention d'une troisième main encore plus anonyme que la sienne dans la réalisation des lithos à Paris. Mais, puisqu'il était professeur de dessin et qu'il diffusa d'autres lithos à la même époque, et puisqu'à l'époque on le reconnaissait comme l'auteur de ces trois effigies, je trouve parfaitement raisonnable que l'on veuille les lui attribuer aujourd'hui.

 

« Durant son séjour en France, il [Morin] fit travailler L.-C.-J. Ducornet, peintre sans mains. Morin est donc l'auteur probable d'un article sur Ducornet dans le Journal de Québec (juin 1856) [Karel 1992, p. 584]. »

« La lithographie de Ducornet, imprimée par Villain, à Paris, porte cette souscription : "Enregistré conformément à l'Acte de la Législature Provinciale, en l'année 1854 par P.-L. Morin de Québec, dans le bureau du Registrateur de la province (sic) du Canada" [Note 18. Bibliothèque Nationale. Cabinet des Estampes, [illisible].]. Au bas, à gauche, une note nous apprend que l'image fut éditée à Paris par Massard, "édit., 58 rue de Seine" [Morisset 1934.06]. »

Ducornet est l'auteur du plus ancien faux portrait de Champlain. Pierre-Louis MORIN fut en lien non seulement avec lui, mais avec les mêmes graveurs et éditeurs que Faillon ! Morin aurait-il pu collaborer à la fabrication de ce faux portrait ? Dont le personnage fut copié à partir du portrait de Michel Particelli gravée par Balthazar Moncornet en 1654.

 

Le Musée du Nouveau-Brunswick conserve un exemplaire d'une lithographie de Louis-Joseph marquis de Montcalm (feuille 53,5 cm x 40,5, image 32,3 x 24,4, W1122 17160) dont ils identifient l'artiste comme étant Pierre-Louis Morin, le graveur « Imp. Villain, Paris » et la date « 1854 ». Il est donc fort probable que les portraits de Cartier et de Champlain aient eu le même imprimeur à l'époque où Morin effectuait un de ses voyages de recherches à Paris. Il serait pertinent de vérifier la correspondance et les archives de l'historien Étienne-Michel Faillon (1799-1870) chez les sulpiciens de Paris (collaboration de Soeur Nicole Bussières, voir DBC) afin de savoir si Morin avait pris contact avec lui. Faillon portait en effet un grand intérêt pour l'illustration de ses nombreux ouvrages sur la Nouvelle-France (1841, 1843, 1847, 1852a, 1852b, 1853, 1854, 1860, 1865-1866, 1920) pour lesquels il faisait graver des images de grande qualité à Paris. Il est d'ailleurs à la source de plusieurs iconographies des héros de notre histoire (Martin 1988 ; sur Faillon voir aussi Gamon 1877, Desmazures 1879, Desmazures 1882, Cormier 1968).

« Wilson envoie à Sulte un portrait de Champlain. Peut-être pour approbation ? S'agit-il de celui qui apparaît dans le vol. 1 de l'Histoire des Canadiens-Français et que Martin 1988 analyse à fond (collaboration de Patrice Groulx le 20 août 2001) ? »

Ces trois gravures réinterprètent les portraits de ces trois personnages abondamment diffusés au XIXe siècle. Denis Martin a démontré avec brio que les portraits de ces personnages sont des fictions historiques ; mais il n'illustre pas les œuvres de Pierre-Louis Morin (Martin 1988).

web Robert DEROME