Gérard Morisset (1898-1970)

1935.05.11 : Peintre français - Leroux, Georges

 Textes mis en ligne le 30 janvier 2003, par Robert DEROME, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867, à la demande de M. Jacques MARIE, 29, route de Bonsecours, 76000 ROUEN, France, dans le cadre de ses recherches sur le peintre Auguste LEROUX et sur Giacomo Casanova et Auguste LEROUX. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

3. Peintre français - Leroux, Georges - 124.2

L'Ordre, Montréal, samedi 11 mai 1935, p. 6.

UNE EXPOSITION DE DESSINS DE GEORGES LEROUX

LE quatrième centenaire du premier voyage de Cartier n'a pas inspiré que les littérateurs ni intéressé que les historiens. Il a fourni aux artistes des sujets de compositions : dessins et peintures, bustes et bas-reliefs. Le directeur de l'enseignement du dessin en sait quelque chose : dans chaque enveloppe de dessins que lui envoient les inspecteurs régionaux, il aperçoit invariablement le Malouin haranguant les Sauvages, la Croix de Gaspé ou encore la Caravelle du Découvreur mouillant dans une rade ou remontant le Saint-Laurent... De toutes les œuvres que les fêtes du mois d'août 1934 ont suscitées, ce ne sont pas les moins émouvantes. Dans un langage fruste et simplifié, les tout petits se font souvent mieux comprendre que les autres. Je reviendrai plus tard sur cette abondante production.

Pour aujourd'hui, disons quelques mots des dessins de M. Georges Leroux.

* * *

M. Leroux est né à Paris le 3 août 1877. Il entre jeune à l'atelier de Bonnat, c'est-à-dire du peintre officiel le plus influent de la fin du XIXe siècle. En 1904, il obtient une médaille de troisième classe. Deux ans après, il a la bonne fortune de décrocher le prix de Rome. C'est la clé du succès. En 1911, il a une médaille de deuxième classe au Salon. En 1920, on lui décerne le prix Henner. Chevalier de la Légion d'honneur en 1926, il entre à l'Institut en novembre 1932.

L'Etat lui achète des peintures : les Combattants et Ville en Toscane, qu'on peut voir au Musée national du Luxembourg; la ville de Paris fait de même : au Petit Palais, il y a une Allégorie de la victoire des Alliés, datée de 1920, peinte dans la manière solide et la touche grasse de Bonnat.

La manière impeccable et souvent impersonnelle de M. Georges Leroux, certains Québécois la connaissent bien. En 1924, il faisait partie du groupe des et exposait, dans une salle de l'Hôtel du Gouvernement, trois grandes peintures &emdash; l'Enfer, le Jardin du Luxembourg au printemps, le Château de Roquemartine en Provence &emdash; et neuf dessins de guerre. Ces œuvres, d'un académisme sage, eurent quelque succès.

Aussi M. Leroux devait-il &emdash; fatalement &emdash; représenter l'Académie des Beaux-Arts aux fêtes du quatrième centenaire du premier voyage de Cartier. Il s'embarqua donc sur le Champlain et n'oublia pas d'emporter ses crayons et ses pinceaux. Aux cours de la brillante randonnée de la délégation française, il nota scrupuleusement quelques scènes dont il fut témoin. A son retour en France, il prêta quelques-uns de ses dessins à M. Baschet qui les fit reproduire dans l'ILLUSTRATION de septembre dernier.

Ces dessins &emdash; il y en avait dix-sept, sans compter le portrait de M. le sénateur Beaubien &emdash; sont en ce moment à Québec, exposés par la maison Morency dans une salle du palais Montcalm [Note 1. Les ouvrages de M. Leroux seront ensuite exposés à Montréal.]

Ce sont des lavis à la sépia rehaussée de gouache blanche. Ce procédé simple convient parfaitement à certains sujets dans le genre de ceux-ci : Jacques Cartier remonte le Saint-Laurent avec soixante compagnons ou le transportant au Canada les membres de la délégation française, ou encore Sur le pont supérieur du , M. Flandin et M. Charlety contemplent les sportifs.

Il convient moins à d'autres scènes où quelque subtilité dans les tons eût été de mise. Mais ne chicanons pas trop l'artiste. Il est si habile ! Il détaille avec tant de précision les oiseaux qui voltigent avec élégance au-dessus du buste de Cartier à Montréal. Il modèle avec tant de délicatesse les jolis minois, les bras dodus et les jambes fermes des belles déléguées. Il s'applique tant à ne pas perdre un seul pli des vêtements, une ride de la surface mouvante du Saint-Laurent, la ressemblance des personnages officiels...

Certains dessins &emdash; Sur la place de l'Hôtel de ville de Québec; Gagnier-Duparc remettant une réduction de la à la ville d'Ottawa &emdash; prennent l'allure de procès-verbaux fidèles, plus agréables assurément que des photographies, mais guère moins précises.

D'autres ne manquent pas d'une certaine puissance dans l'effet. Tel est le Saint-Laurent entre Québec et Montréal. Au premier plan, un immense champ dépouillé de ses clôtures &emdash; il est heureux que M. Leroux ne les ait pas vues &emdash; meublé de sapins coniques et de deux chevaux pris de peur ; puis le fleuve tout scintillant de lumière argentée et aveuglante ; au loin, la rive sud, sombre et fort bien indiquée ; le ciel est nuageux.

Deux dessins expriment la vie agréable de la traversée. L'un représente la Promenade matinale sur le pont, avec des femmes élégantes et d'autres qui le sont moins, des loustics futés, des officiels débraillés. L'autre est intitulé: Tangage, vent. Au centre, une petite femme court vêtue est à la poursuite de son béret que le vent pousse avec violence vers la gauche.

La série s'achève sur deux visions nocturnes de New-York, rendus savamment lavés, impeccables mais froids...

* * *

De tous les témoignages des fêtes magnifiques de Gaspé, les ouvrages de M. Leroux sont les plus fidèles. En observateur consciencieux, il a enregistré ce qu'il a vu, avec le souci de se distraire, sans doute, mais aussi de renseigner ses compatriotes.

Au reste, il en a l'habitude. Historiographe de la Grande-Guerre, puis des cérémonies officielles de la paix, il décrit avec ses pinceaux ou ses crayons comme Raymond Recouly avec sa plume, avec autant d'exactitude dans les faits que de justesse dans les costumes, l'expression des personnages, la qualité de l'atmosphère ou l'ordonnance des cérémonies, continuant à sa manière l'œuvre des Le Bret, des Taunay, des Scheffer, des Meissonnier, des Morot, des Detaille, des Alphonse de Neuville, des Bouchor..., apportant à cette tâche toute de précision l'amour du détail pittoresque rendu avec la plus grande facilité.

 

web Robert DEROME

Gérard Morisset (1898-1970)