La « médaille » du baron de Fouencamps et l'iconographie de la Vierge à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours

1675 plaque de fondation

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Anonyme, Plaque de fondation de la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, 1675, plomb gravé, 16,5 x 16,5 cm, Montréal, Musée Marguerite-Bourgeoys, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.
 

Transcription de l'inscription

D. O. M.
et
Beatae Mariae Virgini
Sub Titulo Assumptionis

[Traduction : Deo Optimo Maximo À Dieu très grand et très bon et à la Bienheureuse Vierge Marie Sous le Vocable de l'Assomption]

L An 1675 le 30 Juin cette premiere [pierre] a ete
pausee avec une medaille de cuivre de la Ste Vierge
par Mre gabriel Souart lun des Prestres du seminere
de St Sulpice de Paris Segrs de Montreal ancien Cure
de cette Paroisse et a prst Superieur des Ecclesiastique
du dit Monreal au nom et place de Mre Pierre le
Chevrier Ba[ron de] fancamp Prestre ancien
Seignr et iadis proprietaire de cette Is[le] estant Cure pour
lors Mre Gilles Perot lun des Prestres du d Seminaire
qui desert cette Eglise Mrs Jean [obuchon] Pieres
Pigeon et Jean Martinet Marguillers de present en charge 
»

 

deliberation pour la batisse de La chapelle de N.-D. de bonsecours, 1675, 29 juin

Transcription d'après Lapalice 1930 corrigée et complétée avec une photocopie du document original, Montréal, Archives de l'Église Notre-Dame, Registre des délibérations des marguilliers, p. 69-71 (collaboration de Musée Marguerite-Bourgeoys)

L'An Mil six Cent Soixte et quinze Le Vingt et neuf Juin Jour et feste de St Pierre la Soeur Marguerite Bourgeois Superieure des filles de la Congregation de Nôtre dame du Monreal ayant representé a Mre Gilles Perot l'un des Prestres du Seminaire de St Sulpice de Paris Seigneur de ladt Isle de Monreal et Curé de la paroisse de Cette Isle et aux Srs Jean Aubuchon et Jean Martinet Marguilliers de ladt Paroisse de p~nt en charge Le Sr Pigeon Second Marguillier absent, qu'en l'année 1672 estant pour lors en france a Paris en son dernier voiage Messire Pierre Chevrier Baron de Fancamp Prestre Jadis premier Seigneur et propriétaire de Isle de Monreal mist en depost entre Ses mains une ancienne Image de Bojs de Nôtre Dame de Montaigu de la haulteur de Six poulces ou environ, montée sur un pied d'estail fait d'un autre bois dans lequel est une relique de St Blaise, qui luy avoit esté donnée par Messrs. Le Prestre, aussy prestres, pour envoyer en ladt Isle de Monreal en la nouvelle france, a dessein d'y faire honorer la ste Vierge, en l'honneur de la quelle cette Isle est dediée, et en laquelle ladt Marguerite Bourgeois l'apporta la meme année, et l'a placea l'an en suivant par l'ordre de Mre Gilles perot Curé dudt Montreal, dans l'octave du St Sacrement, en un petit apenty de bois fermé en forme de Chapelle, a quatre cent pas ou environ de Ville-Marie en ladt Isle de Monreal, eslevé sur un ancien fondement qu'avoit fait bastir ladt Marguerite Bourgeois il y a dix huit ans, par permission du R. P. Piiart Jesuitte, qui deservoit pour lors cette Eglise pour y faire bastir une chapelle en l'honneur de la ste Vierge, qui a esté discontinuée iusqu'à la permission que donna depuis Messre. Jean dudouy grand Vicaire de Monseigneur L'Evesque de Petrée, Vicaire Apostoloque du st Siege en ce pays, et a p~nt Evesque de Quebec, par la lettre missive en datte du 24e aoust 1673, de continuer la batisse de ladt Chapelle, depuis nommée nôtre dame de bon Secours, par Messre henry de Bernieres Grand-Vicaire de Mondt Seigr l'Evesque de Québec pour y estre honorée en ladt Image sous le tiltre de Son Assomption, comme il appert par sa lettre missive qu'il en a escrite a ladt Soeur Bourgeois le 4 Novembre 1674, Et dautant que pour remplir les pieuses Intentions des Srs Le prestre comme appert par le certificat de la donation de ladt Image en datte du 15e avril 1672, et particulierement dudt Sr de fancamp bien-faiteur de ladt Isle qui a attesté par Son certificat en datte du dernier jour d'avril 1672, avoir esté guery miraculeusement [une croix de renvoi] au moien de Voeu quil fit a dieu sous l'Invocation de la ste Vierge par en Ladt Image [une croix de renvoi], de luy procurer la batisse de ladt Chapelle audt Monreal en son honneur, de donner comme il a fait Trente Pistolles pour ayder a la bastir, il est necessaire de travailler incessament a ladt batisse, et dy employer les dt trente pistolles argent de france, qui ont doublé en ce pays par le debit des marchandises, et autres aulmosnes que ladt Bourgeois a recueillies et fourny du sien pour ce faire : Requerant pour cet effet ladt Bourgeois, les dt Sr Curé et Marguilliers, de vouloir conduire ledt Oeuvre et le mettre a chef pour Servir A la devotion publique et estre une annexe et dependance de leur paroisse a quoy ils ont Volontiers acquiescé, et en la presence de Mre Gabriel Soüart prestre dudt Seminaire, ancien Curé de ladt Paroisse, et a present Superieur de Messrs Les prestres et Ecclesiastiques dudt Monreal qui a agrée ladt proposition, et promis de donner sous le bon plaisir de Monsieur de Bretonvilliers supérieur dudt seminaire de st Sulpice de Paris ; la Terre et l'emplacement de ladt Chapelle. Il a esté resolu que des ce dt jour on iroit en procession a l'Issue des Vespres de paroisse planter la Croix au lieu cy devant designé et commancé a creuser pour ladt batisse de la chapelle pour le lendemain ensuivant 30e et dernier Jour de Juin aller processionnellement a pareille heure Issue des Vespres poser la premier pierre avec les Ceremonies ordinaires de la ste Eglise

Et ledt Jour et An feste de St Pierre Et de st Paul, la procession s'est faite audt Lieu designé, a l'Issue des Vespres, avec concours de peuple, ou ledt Sr Soüart audt Nom de Superieur a planté la Croix, pour l'absence dudt Sr Perot Curé incommodé

Et le Lendemain 30e et dernier Jour dudt Mois de Juin pareille procession s'est faite audt Lieu avec concours de peuple, a l'Issue des Vespres de paroisse, ou le dt Sr Souart au Nom et pour l'absence dudt Sr de fancamp, a posé la premiere Pierre dans le milieu du rond point de la dt Chapelle, avec les Ceremonies accoutumees de la ste Eglise faites par ledt Sr Perot Curé et sous ladt Pierre a esté mis une plaque de Plomb dans laquelle sont Gravées les parolles suivantes

D. O. M.
Et
Beata Maria Virgini Sub Titulo Assumptionis

[Traduction : Deo Optimo Maximo À Dieu très grand et très bon et à la Bienheureuse Vierge Marie Sous le Vocable de l'Assomption]

L'An 1675 Le 30 Juin cette premiere Pierre a esté posée par Messre Gabriel Soüart l'un des prestres du Seminaire de st Sulpice de Paris Seigneurs de Monreal ancien Curé de cette Paroisse et a present Superieur des Ecclesiastiques dudt Monreal, au nom et place de Messire Pierre le Chevrier Baron de Fancamp, Prestre Ancien Seigneur et Jadis Proprietaire de cette Isle, avec une medaille de Cuivre de la Ste Vierge, estant Curé pour lors Messre Gilles Perot l'un des Prestres dudt seminaire qui desert cette Eglise, Maistres Jean Aubuchon, Pierre Pigeon et Jean Martinet Marguillers de present en Charge

G. Soüart [paraphe] - G. Perot curé [paraphe] - Jean Frémont Prétre - Seguenot - Remy [paraphe] - Ranuyer [paraphe] - Jean obuchon - M Langevin - Marguerite bourgeoys - anne hiou - Elisabeth de la Bertache - J Martinet [paraphe] - Cabazie [paraphe] - Paul Preud'homme - Landeron - Marguerite preudhomme - dulhut [paraphe]

 

donation de L'image de La tres s.te Vierge que Lon pretend être miraculeuse, par mr de fancamp a la S.r Bourgeois 1672 . 15 av.

Archives de l'Église Notre-Dame, Registre des délibérations des marguilliers, p. 71-72 (collaboration du Musée Marguerite-Bourgeoys)

En suivent les extraits des certificas de donation de lad: Image, du pretendu miracle fait par son moyen en la personne de Monsieur de Fancamps et es lettres missives de M.rs Dudoüyt et de Bernieres Grans-Vicaires de Monseigneur l'illustrissime et reverendissime Evéque de Québec en la manire qui suit

Nous soussignés Denys le Prétre Prétre et Loüis le Prétre S.r de Fleury frères agés de soixante ans Certifions à tous qu'il apartiend que pour la devo~on que nous avons eüe dés le commencemt de l'habit~on de l'Ile de Monreal en la nouvelle France laquelle Ile est dédiée à la s.te Vierge nous avons tiré de nôtre chapéle domestique une ancienne Image de bois de Nôtre-Dame de la hauteur de six pouces ou environ montée sur son pié destal fait d'un autre bois dans lequel est une Relique de st Blaise lad. Image à nous laissee par le décés de la Dame le Prétre nôtre mere agée de plus de quatre vingt ans qu'elle a toûjours eüe en grande vénération comme étant venüe en ses mains aprés le décés du R.d Pere Leonard Capucin provincial illustre dans son ordre décédé agé environ de quatre-vings ans lequel tant qu'il a vécu a eu pour céte s.te Image une particuliere devotion, tellement que par ce que dessus il paroit que céte ste Image a été vene[rée] prés d'un siecle, laquelle pour étre envoyée aud. lieu de Mon[real] nous l'avons mis és mains de Monsieur de Fancamps ce 15 Avril mil six cent soixante douze,

Signé D. le Prétre avec un paraphe et L. le Prétre aussi avec un paraphe

 

certificat de mr de Fancamp d'un miracle opere en Sa persone par L'image Susdite 1672 . 30 . av

Montréal, Archives de l'Église Notre-Dame, Registre des délibérations des marguilliers, 29 juin 1675, transcription du document original qui ne semble pas avoir été conservé, p. 72-74 (collaboration du Musée Marguerite-Bourgeoys)

Je soussigné Pierre Chevrier Sieur de Fancamps Prétre indigne certifie à tous qu'il apartiendra que le quinziéme Avril dernier, Messieurs le Prétre m'ayant mis entre les mains une Image de la ste Vierge du bois miraculeux de Nôtre-Dame de Montaigu pour envoyer à Monreal en la nouvele-France afin d'échaufer d'autant plus la devo~on que les habitans de céte Ile ont à céte s.te Dame qui en est la Maitre[sse] que dés ce soir m'étant trouvé si mal que ie fut oblije à me métre au lit pour mon indisposition laquelle augmentant d'heure à au~e ie passé la nuit avec de grandes inquiétudes lesquelles furent suivies d'une dangereuse fluxion sur la poitrine dont tout le monde à p~nt qui en est ataqué ne dure que tres peu de tems étant la peste publique, ce qui me fit an trouver au Medecin qui trouva en moy des dispo~on dangereuses qui m'obligerent à rompre le carême, la Veine de Daque ayant été saigné fort penetré de crainte du succés de céte maladie ie m'adressés à céte Image que i'avois lors devant les yeux et luy dit avec confiance qu'elle allait à Montreal pour y faire paroitre les largesses de ses misericordes si elle vouloit en partant laisses malade son pauvre fondateur, que me vouloit me faire la grace de me guerir que ie publirois partout ses bontes procurerois de tout mon pouvoir le bâtiment de sa chapéle, et que pour la commencer ie luy ofrois et Voüois trente pistoles m'obtenant le têms de faire penitence aprés il me semble que ie demeuray sans veüe ni crainte de maladie quelque temps aprés sans aucun remede ny aide de la nature, ce me semble, il me survint un si grand débordement d'une bile enflammée que ie iettay qui étoit le foyer de mon mal, que ie me trouvé incontinent aprés entierement query, lequel debordem.t ne m'étoit iamais arrivé, en foy de quoy iaÿ écrit et signé ce present certificat le dernier iour d'Avril mil six cent soixante douze

Signé Chevrier de Fancamps

 

Le texte de cette plaque de fondation, et les documents d'archives, nous apprennent plusieurs informations essentielles concernant cette « médaille ».

Cette « médaille » est nommément mentionnée comme accompagnant la plaque de fondation. Toutes deux ont été insérées en même temps dans la maçonnerie de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours le 30 juin 1675. On peut induire que toutes deux ont été intentionnellement conçues en vue de cette cérémonie et donc fabriquées durant les années précédant le 30 juin 1675. La plaque de plomb aurait pu être gravée à Montréal, mais pas la « médaille », car personne en Nouvelle-France n'aurait pu exécuter une oeuvre d'art aussi complexe (voir la discussion à propos de la plaque de cuivre de Lambert Closse). La « médaille » a donc obligatoirement été fabriquée en France. Comme les transports étaient lents durant cette période, il faut donc compter un certain temps pour que la « médaille » soit commanditée, conçue, fabriquée, expédiée, puis reçue à Ville-Marie.

Dans son certificat de miracle du 30 avril 1672, le baron de Fouencamps a promis de réaliser les voeux suivants faits à la Vierge après sa guérison :

« que ie publirois partout ses bontes »

« procurerois de tout mon pouvoir le bâtiment de sa chapéle »

« et que pour la commencer ie luy ofrois et Voüois trente pisto[les] »

La première promesse mentionnée, donc la plus importante à ses yeux, concerne la publication des « bontés » de la Vierge, en l'occurence une Vierge du « Bon » Secours. Notons la racine commune des mots « bontés » et « Bon » ! Ce certificat est sans conteste une forme de publication, mais privée, car limitée à quelques personnes. Si ce certificat fut copié dans les registres de l'Église Notre-Dame c'est qu'il fut apporté à Montréal. L'original aurait-il été conservé ? Portait-il un sceau armorié du baron de Fouencamps ? Comment le certificat de donation sous seing privé des LePrestre s'est-il retrouvé aux Archives nationales du Canada ?

Nous proposons de déduire de ce passage une véritable volonté de publication, c'est-à-dire rendre public « partout » tel que l'écrit lui-même le baron de Fouencamps. Nous en concluons que la « médaille », qui est une plaque de gravure, est la réalisation immédiate de ce voeu, ainsi que la publication des images qui en furent imprimées sur papier (voir la tache d'encre) mais dont aucun exemplaire n'a été conservé. Nous concluons également que cette « médaile » fut fabriquée peu de temps après la guérison du baron de Fouencamps, pour être imprimée puis apportée à Ville-Marie. Le baron de Fouencamps a reçu la statuette de Notre-Dame de Montaigu le 15 avril 1672. Il signe son certificat de miracle le 30 avril 1672. Nous proposons qu'il fit fabriquer cette « médaille » peu de temps après ces événements, puisque l'on sait qu'il donna suite rapidement à ses autres voeux. L'absence de signature sur cette plaque pourrait alors être la conséquence d'une certaine précipitation dans sa fabrication.

Nous concluons de ces informations que cette « médaille » a été apportée à Ville-Marie en même temps que le certificat de miracle, la Vierge de Montaigu et la somme de trente pistolles pour la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, soit par Marguerite Bourgeoys au retour de son voyage en France en 1672. Elle quitta la France le 2 juillet, arriva à Québec le 13 août qu'elle quitta pour Montréal le 17 octobre (Montgolfier 1818, consulté grâce à la collaboration de Patricia Simpson le 27 juin 2001). Le baron de Fouencamps disposa donc de deux mois complet entre la rédaction de son certificat de miracle le 30 avril et le départ de Marguerite Bourgeoys le 2 juillet, pour faire graver cette « médaille » et en faire tirer des exemplaires sur papier. C'était donc suffisant. Nous proposons donc de dater la fabrication de cette « médaille » de mai-juin 1672.

En outre, la Vierge sur cette médaille est une Notre-Dame de Bon Secours, une iconographie appropriée au sauvetage miraculeux de la maladie du baron de Fouencamps, mais également le patronyme de la chapelle qu'il promet de procurer « de tout mon pouvoir » et de financer « pour la commencer » par la somme de trente pistolles.

La « médaille » constitue donc la prolongation et la publication du miracle opéré par la statuette de Notre-Dame de Montaigu, se trouvant ainsi intimement associée aux pouvoirs de la statuette miraculeuse. Il n'est donc pas étonnant que l'on ait voulu vénérer cette « médaille » en même temps que la statuette dans l'appenty de bois érigé avant la construction de la chapelle, soit à partir de son arrivée à Ville-Marie en 1672, jusqu'à ce qu'elle soit enfouie dans la maçonnerie le 30 juin 1675. C'était là aussi une autre forme de « publication ». Et c'est ce qui lui a valu d'être clouée à plusieurs reprises avant d'être enfouie dans la maçonnerie afin de protéger la chapelle des oeuvres du démon « dragon ».

C'est Gabriel Souart (1611-1691) qui a procédé à la la pose de la plaque de fondation en plomb accompagnée de cette « médaille ». Il était prêtre, sulpicien, premier curé de Montréal et supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, médecin et maître d'école. Il avait été choisi par M. Olier en 1657 pour fonder le séminaire de Montréal (DBC). Gabriel Souart n'agit pas en son nom propre, mais « au nom et place de Mre Pierre le Chevrier Ba[ron de] fancamp Prestre ancien Seignr et iadis proprietaire de cette Is[le] ». C'est donc Pierre Chevrier baron de Fouencamps le maître de cérémonie officiel in absentia de la pose de la pierre angulaire de la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, accompagnée de cette « médaille » commémorative. Cette cérémonie constituait un événement majeur pour cette petite colonie de dévots, puisque c'était la première église de pierre construite à Montréal, bien avant l'église Notre-Dame ouverte au culte en 1683 avant la fin des travaux en 1688 (Laberge 1982, p. 22-23). Mais le baron de Fouencamps est forcément absent puisqu'il n'a jamais réalisé son rêve de venir s'établir à Montréal, même si le 21 avril 1659 il s'était fait réserver une concession de 500 arpents sur la montagne (Oury 1992b, p. 35, note 69).

Pourquoi la plaque de fondation de 1675 désigne-t-elle le baron de Fouencamps comme maître de cérémonie officiel ? D'abord parce qu'il a contribué d'une somme de trente pistolles ou trois cents livres au financement de l'édifice, puis au don de la Vierge miraculeuse de la statuette de Notre-Dame de Montaigu. Comme le rappelle judicieusement le texte de la plaque de fondation, c'est grâce à la fortune personnelle du baron de Fouencamps que l'Île de Montréal avait pu être acquise. Il en avait été le premier propriétaire et seigneur. Il avait été le deuxième pilier de la Société de Notre-Dame auprès de son fondateur Jérôme le Royer de la Dauversière. Toute sa vie il a fidèlement aidé la communauté de Montréal et de la Nouvelle-France, même après le décès de Le Royer, l'abolition de la Société de Notre-Dame, la cession de Montréal aux sulpiciens le 9 mars 1663 (Lahaise 1980, p. 227) et le départ de Paul Chomedey de Maisonneuve en 1665.

Lors du voyage de Marguerite Bourgeoys en France en 1670-1672, la baron de Fouencamps avait voulu lui « donner quelque chose » pour son retour. Ne trouvant pas « d'image » appropriée chez « les sculpteurs de Paris » les frères LePrestre se départirent de leur Vierge de Montaigu le 15 avril 1672 au profit du baron de Fouencamps qui la remit à Marguerite Bourgeoys. Ce don avait été fait rapidement car « il fallait partir » écrit la recipiendaire (voir Notre-Dade de Montaigu). Ces circonstances nous inclinent à penser que le baron de Fouencamps poursuivit son intention de faire faire une « image » spéciale pour Marguerite Bourgeoys et sa Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. La forme que prit l'image voulue par le baron de Fouencamps fut celle de cette « médaille » qui, ne l'oublions pas, est aussi un objet commémoratif au même titre que la plaque de fondation en plomb. Le mot « médaille » ne doit pas être pris dans le sens usuel qu'on lui attribue aujourd'hui, mais dans son sens premier, une acception qui date de 1496 :

« Pièce de métal, généralement circulaire [donc pas obligatoirement], frappée ou fondue en l'honneur d'un personnage illustre ou en souvenir d'un événement (Petit Robert). »

« MEDAILLE. s. f. Piece de metal en forme de monnoye, qui a esté fabriquée en l'honneur de quelque personne illustre, ou pour conserver la memoire de quelque action memorable, de quelque evenement, de quelque entreprise (Dictionnaire de L'Académie française, 1ère édition, 1694). »

Nous proposons que l'événement commémoré soit la fondation de la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours et que les personnes illustres en l'honneur desquelles cette « médaille » fut gravée soient identifiées à Pierre Chevrier baron de Fouencamps (1608-1692) et Marguerite Bourgeoys (1620-1700). Nous proposons en effet d'attribuer les armes gravées sur cette « médaille » à Pierre Chevrier. baron de Fouencamps. L'inscription gravée en latin référant pour sa part à Marguerite Bourgeoys et l'enfant emmailloté à ses oeuvres d'éducation.

En outre, il paraît approprié que l'iconographie de cette « médaille » soit celle du patronyme de la chapelle où elle est déposée dans la maçonnerie avec la plaque de fondation, soit Notre-Dame de Bon Secours ! Cette hypothèse se trouve corroborée par l'anaylse de la représentation du thème iconographique qui y est gravé, soit celui de la Vierge-Mère à l'enfant Jésus emmailloté terrassant le dragon.

 
  web Robert DEROME

La « médaille » du baron de Fouencamps
et l'iconographie de la Vierge
à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours