La « médaille » du baron de Fouencamps et l'iconographie de la Vierge à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours

Conclusion

Index

Cette « médaille » fut commanditée par le baron de Fouencamps dont elle porte les armes à la suite de son voeu de publier partout les bontés de la Vierge. Elle fut fabriquée pour Marguerite Bourgeoys en mai-juin 1672 à la fin de son séjour européen de 1670-1672. Elle accompagnait le don de « Trente Pistolles » pour la construction de la chapelle où elle fut enfouie, et elle porte en son thème iconographique toutes les affinités possibles avec celui du patronyme de la chapelle, soit celui de Notre-Dame de Bon Secours.

Étant donné que le commanditaire s'est inscrit dans l'oeuvre par ses armes de la baronnerie de Fouencamps. Étant donné que Pierre Chevrier a rencontré Marguerite Bourgeoys, lui a donné une statuette miraculeuse de Notre-Dame de Montaigu à la même époque et qu'il a contribué au financement de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Étant donné qu'il faisait partie de cette génération de pionniers, de forte personnalité, qui ont construit un Nouveau Monde à leur image : Le Royer de la Dauversière, Chomedey de Maisonneuve, Marguerite Bourgeoys, Jeanne Mance... Nous concluons que le baron de Fouencamps, doté d'une forte créativité, a créé et fait créer de toutes pièces une nouvelle iconographie « sur mesure » pour tracer un portrait « spirituel » de Marguerite Bourgeoys dont il admirait et soutenait les oeuvres.

Portrait de Marguerite Bougeoys peint par Pierre LeBer le 12 janvier 1700, immédiatement après la mort de la religieuse.

Attribué au graveur François de Poilly (1623-1693) avec, peut-ĂȘtre, la collaboration de Claude François dit Frère Luc (1614-1685), « Médaille » du baron de Fouencamps, Notre-Dame de Bon Secours, Vierge-Mère à l'enfant Jésus emmailloté terrassant le dragon [image inversée et positive comme elle apparaîtrait si elle était imprimée sur papier], mai-juin 1672, plaque de gravure en cuivre, 11 x 9 cm, Montréal, Musée Marguerite-Bourgeoys, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.

Nous concluons donc que Pierre Chevrier baron de Fouencamps a délibérément construit cette iconographie qu'il a marqué du sceau de son blason. Qu'il a fait exécuter cette plaque de gravure à Paris par l'un des plus illustres graveurs de la rue Saint-Jacques auquel nous l'abbribuons, soit François de Poilly, peut-ĂȘtre aidé de Claude François dit Frère Luc qui venait tout juste de passer quinze mois en Nouvelle-France. Rappel, par le thème de la Vierge-Mère, de la maternité d'Anne d'Autriche, une grande amie des dévots et de leurs oeuvres. Rappel, par l'Enfant Jésus emmailloté, des oeuvres charitables des dévots de l'époque (Bérulle et les oratoriens, saint Vincent de Paul, la Charité, l'hôpital des Enfants-Trouvés) à laquelle Marguerite Bourgeoys est associée par ses propres oeuvres liées à l'enfance et à l'éducation. Rappel du courage combattif de Marguerite contre les oeuvres du démon, en assimilant à son portrait spirituel celui chevaleresque du dragon terrassé par l'archange saint Michel ou de la Femme et du Dragon de l'Apocalypse. Rappel du voeu de chasteté par le croissant de lune référant à l'Immaculée Conception. Et finalement, signature par l'inscription, qui rappelle les voyages outre mer de Bourgeoys et l'aide outre mer de son bienfaiteur Fouencamps dont le rêve de venir à Ville-Marie ne s'est pas réalisé. Faute de venir à Ville-Marie en personne, les armes et le mécénat du baron de Fouencamps ont été liés intimement au mortier des murs de la chapelle, discrets et enfouis, pour n'être révélés que trois siècles plus tard par le plus heureux de hazards, révélant à nos yeux ébahis l'histoire secrète des dévotions reliées à cet objet exceptionnel dont le sort et l'histoire sont liés intimement aux deux plaques de fondation en plomb de 1675 et 1771 de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.  

 

web Robert DEROME

La « médaille » du baron de Fouencamps
et l'iconographie de la Vierge
à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours