La « médaille » du baron de Fouencamps et l'iconographie de la Vierge à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours

Un objet exceptionnel

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recherches, textes et photos par © Robert DEROME avec l'aide de collaborations

Plaque originale en cuivre pour la gravure en taille-douce. Le texte est inversé. L'image est en négatif : les parties pâles sont en creux pour recevoir l'encre ; les parties foncées sont en surface et ne captent pas l'encre.

Image numérique inversée et positive comme elle apparaîtrait si elle était imprimée sur papier en noir et blanc : le texte est à l'endroit ; les parties foncées sont celles qui étaient pâles sur la plaque et vice-versa.

Attribué au graveur François de Poilly (1623-1693) avec, peut-être, la collaboration de Claude François dit Frère Luc (1614-1685), « Médaille » du baron de Fouencamps, Notre-Dame de Bon Secours, Vierge-Mère à l'enfant Jésus emmailloté terrassant le dragon, mai-juin 1672, plaque de gravure en cuivre, 11 x 9 cm, Montréal, Musée Marguerite-Bourgeoys, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.
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Ce petit objet exposé au Musée Marguerite-Bourgeoys, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Montréal, est fascinant et exceptionnel à plusieurs égards. Son interprétation repose sur plusieurs analyses inédites d'ordre historique, archéologique, héraldique, stylistique et iconographique. Nous proposons plusieurs nouvelles hypothèses d'interprétation qui rompent avec la tradition et qui confèrent à cet objet une importance jusqu'ici insoupçonnée, puisqu'il fut enfoui dans les murs de la chapelle pendant près de trois siècles avant d'être redécouvert au milieu du XXe siècle, puis être exposé au public à l'aube du deuxième millénaire après des restaurations majeures à la chapelle et à la crypte.

Les plaques de fondations de la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours et les archives réfèrent, en 1675 puis en 1771, à une « medaille de cuivre de la Ste Vierge » que nous proposons d'identifier à cet objet. Sur la plaque de fondation de 1675 et dans les archives, Pierre Chevrier baron de Fouencamps est d'ailleurs cité comme le personnage honoraire officiel présidant à la cérémonie par l'entremise de Gabriel Souart (1611-1691).

Le mot « médaille » ne doit pas être pris dans le sens usuel qu'on lui attribue aujourd'hui, mais dans son sens premier, une acception qui date de 1496 :

« Pièce de métal, généralement circulaire [donc pas obligatoirement], frappée ou fondue en l'honneur d'un personnage illustre ou en souvenir d'un événement (Petit Robert). »

« MEDAILLE. s. f. Piece de metal en forme de monnoye, qui a esté fabriquée en l'honneur de quelque personne illustre, ou pour conserver la memoire de quelque action memorable, de quelque evenement, de quelque entreprise (Dictionnaire de L'Académie française, 1ère édition, 1694). »

Nous proposons que l'événement commémoré soit la guérison miraculeuse du baron de Fouencamps à l'occasion de la fondation de la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours et que les personnes illustres en l'honneur desquelles cette « médaille » fut gravée soient identifiées à Pierre Chevrier baron de Fouencamps (1608-1692), premier propriétaire seigneur de l'île de Montréal et cofondateur de la Société de Notre-Dame, ainsi que Marguerite Bourgeoys (1620-1700) fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame à Ville-Marie.

Nous proposons en effet d'attribuer le monogramme et les armes gravées sur cette « médaille » à Pierre Chevrier. baron de Fouencamps. Celui-ci a donné une sculpture de Notre-Dame de Montaigu à Marguerite Bourgeoys en avril 1672, ainsi qu'une somme d'argent pour la construction de la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Cette plaque de gravure fut fabriquée en mai-juin 1672 afin de réaliser son voeu de « publier partout les bontés de la Vierge » suite à la guérison miraculeuse opérée sur lui par Notre-Dame de Montaigu.

L'iconographie très particulière de cette « médaille », ainsi que son inscription inusitée, semblent avoir été faites sur mesure pour Marguerite Bourgeoys et la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.

O J[ESU]S [IN]IM[I]CA VIRGO BELLVIS DA DEXTRAM MISERO ET TECVM MET[IETUR] PER VNDAS

O JESUS L'AIMABLE VIERGE ENNEMIE DES MONSTRES DONNE À L'INDIGENT SA MAIN DROITE SECOURABLE ET AVEC TOI IL PARCOURRA LES MERS HOULEUSES

Cette « médaille » illustre la Vierge-Mère à l'enfant Jésus emmailloté terrassant le dragon que nous proposons d'identifier aussi comme une Notre-Dame de Bon Secours. L'étude de la dévotion et du motif iconographique de l'enfant Jésus emmailloté, diffusé par l'artiste méconnu Simon François de Tours (1606-1671), permet d'attribuer cette « médaille » au grand graveur parisien François de Poilly (1623-1693) avec, peut-être, la collaboration du célèbre peintre Claude François dit Frère Luc (1614-1685) actif en Nouvelle-France en 1670-1671.

En outre, cette « médaille » est également une plaque de gravure en cuivre, ce qui en fait encore, à un tout autre titre, une oeuvre très exceptionnelle, puisque très peu d'objets ce type ont été conservés pour le XVIIe siècle français. C'est la seule qui soit conservée au Québec. Les images sur papier qui ont pu en être imprimées avant son enfouissement dans la maçonnerie de la chapelle auraient pu aussi contribuer à la réalisation du voeu du baron de Fouencamps de publier partout les bontés de la Vierge ainsi qu'à la commémoration de la fondation de la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.

Une autre partie des mystères entourant cette « médaille » réside dans les nombreuses blessures infligées à cet objet abîmé sous forme de multiples trous de clous, marques et bris. Nous proposons de les interpréter comme les conséquences d'une vénération particulière à l'occasion de dévotions et pèlerinages, de mai-juin 1673 au 30 juin 1675, lorsque cette plaque aurait été clouée aux murs de l'appentis de bois en forme de chapelle érigé sur ce site avant la construction de la chapelle de pierre.

Cette « médaille » se trouve donc associée, par l'entremise de son commanditaire et de sa récipiendaire, à la fondation de Ville-Marie, appelée à devenir la ville de Montréal, et à la construction de sa première église en pierres, la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Nous proposons de l'intituler et la décrire désormais de cette façon :

Attribué au graveur François de Poilly (1623-1693) avec, peut-être, la collaboration de Claude François dit Frère Luc (1614-1685), « Médaille » du baron de Fouencamps, Notre-Dame de Bon Secours, Vierge-Mère à l'enfant Jésus emmailloté terrassant le dragon, mai-juin 1672, plaque de gravure en cuivre, 11 x 9 cm, Montréal, Musée Marguerite-Bourgeoys, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.  
 

web Robert DEROME

La « médaille » du baron de Fouencamps
et l'iconographie de la Vierge
à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours