La « médaille » du baron de Fouencamps et l'iconographie de la Vierge à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours

La dévotion à Notre-Dame de Bon Secours et son iconographie

Index

Le monumental ouvrage de Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien (Réau 1955-1959), situe le point de départ du culte officiel de Marie au Concile d'Éphèse en 431. Plusieurs de ces sources proviennent des cultes païens de l'Antiquité aux Déesses mères. Au Ve siècle, le nombre d'églises consacrées à la Vierge devint considérable. L'appellation chevaleresque « Notre-Dame », apparue en Syrie au Ve siècle, ne devient toutefois populaire en Occident qu'à la suite des croisades. Elle fut popularisée par saint Bernard (1091-1153) et l'Ordre de Citeaux. C'est sous ce vocable que sont placées les églises de France dédiées à la Vierge. Toutes les langues ont adopté ce terme : Nostra Signora, Nuestra Señora, Our Blessed Lady, Unsere Liebe Frau (Liebfraenkirchen), Onze Lieve Vrouw, Vor Frue... Le Voeu de Louis XIII, en 1638, consacra la Vierge protectrice du Royaume de France.

Réau ne fournit que peu d'informations au sujet de l'iconographie de Notre-Dame de Bon Secours, mentionnée seulement dans la section consacrée aux « patronages » :

« La Sainte Vierge était considérée dans toute la chrétienté comme la plus éloquente, la plus influente des avocates au tribunal de Dieu. "Elle serait capable, écrit un moine cistercien, de faire absoudre le diable et Judas, s'ils se confiaient en sa miséricorde. [...] Elle est surtout la protectrice des marins et des pêcheurs à cause de son surnom d'Étoile de la mer (Stella Maris). De nombreuses chapelles lui sont dédiées par les marins sur les côtes où elle prend le nom de N. D. de la Garde, N. D. du Bon Secours, N. D. de Recouvrance, par les pêcheurs du bord des fleuves (Maria-Stiegen sur un bras du Danuble, à Vienne) (Réau 1955-1959, tome second, vol. II, p. 65-66). »

 

Le culte de la Madonna del Soccorso

À Boston, depuis 1911, on célèbre la Fisherman's Feast, La Fête des pêcheurs, tradition transplantée en Amérique suite à l'immigration italienne. Nous tirons de leur site web un bref résumé de l'origine et de l'historique de leur dévotion à la Madonna del Soccorso (Madonne du Secours).

En 1300, le moine augustin Nicolo Bruno était au lit avec une fièvre sévère et le cou brisé. Une nuit il eut la vision d'une femme d'une beauté éclatante qui lui dit : « Je suis la Madonne du Secours de Sciacca. Je suis venue dans votre ville pour aider le peuple ». Elle lui dit de se lever et d'aller diffuser ce message dans cette ville de Sicile. Miraculeusement, il avait été guéri. Il passa le reste de sa vie à répandre cette dévotion.

Un autre miracle devint la source d'une iconographie largement répandue. Un enfant de six ans harassait sa mère. Fâchée, elle lui cria : « va au diable petite peste ». Soudainement, le démon apparut et agrippa l'enfant. La mère appela alors la Madonna del Soccorso pour le sauver des griffes de Satan. Elle vint, habillée de blanc et d'or, tenant une massue avec laquelle elle terrassa le démon qu'elle piétina, protégeant le garçon sous son manteau.
Luca Giordano (1634-1705), Madonna del Soccorso, XVIe siècle, huile sur toile, Église du Gesù construite en 1609 et dédiée à la Madonna del Soccorso, Castellamare del Stabia, Campanie, Italie.
Anonyme, Madonna del Soccorso, date inconnue, sculpture, Santuario Santa Maria del Soccorso construit en 1740, Nicastro, Italie.

En 1492, Guliano Mancino et Bartolomeo Berrettaro se rendirent à Palerme pour sculpter un marbre de la Madonna del Soccorso. La statue fut transportée à Sciacca par mer en 1503 au moyen d'une flotte de barques regroupant plus de 200 pêcheurs. Dès lors, la Madonna del Soccorso devint le patronage des marins qui seuls étaient autorisés à la transporter lors des fêtes annuelles à Sciacca. La sculpture originale fut logée à l'église de Saint-Augustin jusqu'en 1861, date où elle fut transférée à l'église bâtie en son honneur et qui porte son nom.

La peinture ombrienne et toscane des XVe et XVIe siècles confirme l'expansion de ce culte et sa remontée vers le nord. Niccolò Alunno da Foligno a peint un tableau illustrant ce thème et qui est conservé à la Galleria Colonna de Rome (Walter 1993).

La « médaille » du baron de Fouencamps est un prolongement de ce thème guerrier et chevaleresque où le démon est terrassé par la Vierge qui sauve l'enfant de son emprise. C'est donc là un type de Vierge tutélaire, médiatrice, d'intercession, d'avocate, de très miséricordieuse défendresse. Il n'est donc pas étonnant de retrouver le titre « d'auxiliatrice » gravé sur la plaque de fondation de 1771.

« Des manuscrits grecs ont conservé la légende de la Vierge Marie descendant en Enfer pour tâcher d'adoucir le sort des Damnés (Réau 1955-1959, tome second, vol. II, p. 111). » Elle est alors accompagnée de saint Michel et intercède auprès de son Fils pour sauver les damnés. L'iconographie de la « médaille » se situe dans le prolongement de cette tradition par ses références à saint Michel par le dragon, le blason et la quintaine. Sur la « médaille » du baron de Fouencamps l'intercession auprès de son fils est immédiate, puisqu'elle le porte dans ses bras. Le texte du phylactère réfère justement à ce rôle de la Vierge auprès de Jésus.

O JESUS L'AIMABLE VIERGE ENNEMIE DES MONSTRES DONNE À L'INDIGENT SA MAIN DROITE SECOURABLE ET AVEC TOI IL PARCOURRA LES MERS HOULEUSES

Le patronage marin est évoqué dans la « médaille » du baron de Fouencamps par cette inscription référant au parcours des mers houleuses.

 
web Robert DEROME

La « médaille » du baron de Fouencamps
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