La « médaille » du baron de Fouencamps et l'iconographie de la Vierge à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours

Notre-Dame de Bon Secours — XVIe Nice

Index

Avec la collaboration de Dominique Bon, septembre 2003.

Vers le milieu du XVIe siècle, Notre-Dame du Secours a été invoquée à Nice dans le sillage des événements du siège franco-turc.

 En 1538, le « Congrès de Nice », tenu sous l'égide du pape Paul III, avait scellé la paix entre François Ier et Charles Quint. Nonobstant, en 1543, les Français alliés aux Turcs attaquèrent le duc de Savoie, assiégèrent la ville et ravagèrent ses faubourgs [Nice 2003 Guerre et paix]. L'assaut du 15 août et la libération le 8 septembre se sont produits le jour de deux fêtes dédiées à la Vierge Marie [Nice 2003 Ségurane qui ne mentionne pas quels étaient les vocables de ces fêtes].

Plan calque de la ville et du Château, siège de Nice par les Turcs.- 1543.- Nice, Archives municipales, 1 Fi 90/8 [Nice 2003 Guerre et paix, page 4.4].

Afin de remercier la Vierge des « secours » obtenus, on y alla de diverses manifestations commémoratives, soit...

Après avoir analysé chacune de ces manifestations historiques, nous examinerons les liens tissés entre la dévotion à Notre-Dame du Secours et les mythes légendaires concernant Catherine Ségurane.

 

Une médaille frappée par le duc de Savoie en 1544 en l'honneur de la Vierge.

Cette information nous a été communiquée par Dominique Bon [collaboration] :

« Le duc de Savoie fit frapper une médaille en l'honneur de la Sainte Vierge (1544), et chaque année, le 15 août, il y a une procession solennelle [Tisserand, Abbé E., Histoire civile et religieuse de la cité de Nice et du département des Alpes Maritimes (1868), Laffite Reprints, 1973, tome II, p. 46-47.] ».

Cette médaille aurait été frappée un an après la guerre, soit en 1544. Il s'agirait donc là d'un événement commémoratif majeur, peut-être même pour fêter le premier anniversaire de la victoire contre les assailants ? Ou bien la ratification du traité de Crépy-en-Valois, par lequel François Ier renonça à ses prétentions sur le comté de Nice [CGAP 2003? Il y avait de quoi fêter pour Charles III, puisque la perte de Nice en aurait fait un souverain sans territoire... !

« Neuvième duc de Savoie, Charles III (ou Charles II, selon les historiens, 1486-1553) monta sur le trône en 1504 et dut se débattre dans d'infinies difficultés politiques, coincé entre François Ier son neveu et Charles-Quint son beau-frère. Ayant choisi ce dernier, sous son règne eurent lieu le congrès de Nice (1538) et le premier grand siège (1543) [Serre 2003 Charles III]. »

« Le règne de Charles III (1504-1553) est l'un des plus malheureux de l'histoire de la Savoie : le duc perd tous ses états à l'exception de Nice [CGAP 2003]. »

Il est donc essentiel de retrouver un exemplaire de cette médaille et d'obtenir de bonnes photographies de l'avers et du revers. On pourrait alors y apprécier les iconographies et les inscriptions qui permettraient des analyses plus détaillées et fondées. Il serait fort intéressant de savoir si on y utilisait le vocable de « Notre-Dame du Secours » ? Ou bien l'un des innombrables autres vocables attribués à la Vierge ?

Faute de retrouver un original, une copie ou une photographie de cette médaille, il serait important de retrouver les sources historiques qui en parlent afin de départager la véracité historique de la légende dans la chaîne documentaire historiographique. Dans l'attente de ces informations, il nous est donc impossible de corroborer les conclusions de Dominique Bon à l'effet que cette médaille démontrerait que « ND du Secours connaît son premier lieu de culte au Malonat (en 1544, donc avant la chapelle édifiée en 1552) [Bon 2003] » ! En effet, aucune information ne nous permet de conclure qu'il existe des liens entre cette médaille frappée par le duc de Savoie en 1544, Notre-Dame du Secours et le quartier des pêcheurs de Nice appelé le Malonat.

 

L'érection de la Chapelle votive Notre-Dame de Sincaire en 1552.

D'importants faits d'armes, lors des batailles de 1543, auraient eu lieu à la muraille du bastion des Cinq côtés, appellation qui en niçois se dit Cinq caire, ou Sincaire [Nice 2003 Ségurane]. [Ce mot est toujours utilisé dans l'hymne de Nice et de son Comté, Nissa Bella, composé en 1912 par Menica Rondelly, poète et écrivain niçois (1854-1935).]

Il n'est donc pas étonnant que l'on ait voulu commémorer la victoire de 1543 par des manifestations appropriées tout près de l'un des lieux de la bataille qui se trouvait naguère à proximité de l'actuelle Place Garibaldi : rue Pairolière, rue des Bastions, rue Sincaire, rue Catherine Ségurane.

En 1552, la Ville érige donc une chapelle votive sur le site de Sincaire [Nice 2003 Ségurane]. Cette chapelle est placée sous le patronage titulaire de Notre-Dame de Sincaire, Notre-Dame de l'Assomption ou Notre-Dame du Secours [Bon 2003].

La première appellation fait référence à la muraille du bastion des Cinq côtés [Cinq caire, ou Sincaire, en niçois]. Ce phénomène de la multiplication des titularisations, en rapport avec la Vierge du Secours, se retrouvera également en Nouvelle-France.

Cette Chapelle votive Notre-Dame de Sincaire pourrait peut-être correspondre à un bâtiment décrit sur un plan de 1625 : soit ce qui semble être une petite chapelle construite tout près des remparts tel qu'indiqué par une flèche verte ci-contre. Cette chapelle sera détruite en 1784 lors de la construction de la place Garibaldi.

Détail du plan dit Laurus du Château et de la ville.- 1625.- 1 Fi 90/4. Nice, Archives municipales [Nice 2003 Guerre et paix, page 4.4].

La Chapelle votive Notre-Dame de Sincaire fut pourvue d'une statue de la Vierge également appelée Notre-Dame du Secours.

« Ne dit-on pas que, le 15 août 1543, elle apparut aux Niçois, couvrant la ville de son manteau pour y recueillir les boulets ennemis [Nice 2003 Ségurane] ? »

Ce texte fait explicitement référence à un autre thème iconographique associé à Notre-Dame du Secours, soit celui de la Vierge de miséricorde.

Cette sculpture sur bois polychrome de Notre-Dame du Secours est aujourd'hui conservée à la chapelle des Pénitents bleus du Saint-Sépulcre [Nice Rendez Vous 2003 Château], sise Place Garibaldi, tout près de l'ancienne « Chapelle de Sincaire ».

Anonyme, Notre-Dame du Secours, fin XVIe siècle, bois polychrome et tissu, dimensions inconnues, Nice, Chapelle des Pénitents bleus du Saint-Sépulcre (photo Dominique Bon, 2003) [collaboration].
 

La Notre-Dame du Secours de la Chapelle des Pénitents bleus du Saint-Sépulcre pourrait-elle n'être qu'une âme de bois recouverte de tissus ?

Âme de bois et vêtements de Notre-Dame de Lorette (Porter 1986, p. 263).

« La Chapelle du Saint-Sépulcre (heures d'ouvertures affichées), de plan néo-classique (1782-84) est à l'étage. On y conserve les statues de la Vierge du Sincaïre et de Saint Sébastien, bois polychrome fin XVIe siècle, et les objets processionnels des Pénitents, deux marbres, un Christ de Pitié et une dédicace, encadrent le portail ; ils proviennent de la chapelle votive N.-D. de Sincaïre, détruite à la fin du XVIIIe siècle dans le voisinage. Récemment restaurée (1992-93) la toile du maître-autel représentant l'Assomption est une des meilleures œuvres du peintre Abraham-Louis Van Loo (Amsterdam 1653-Nice 1712) qui s'inspira d'un modèle de Guido Reni [Nice Rendez Vous 2003 Château]. »

Ce patronage à Notre-Dame du Secours confirme donc la remontée vers le nord, à partir de la Sicile, du culte de la Madonna del Soccorso. Reste à expliquer la portion marine habituellement associée à cette dévotion : serait-ce, dans ce cas-ci, une référence à l'attaque maritime de la coalition franco-turque contre laquelle la Vierge protégea la ville de Nice ? Ou bien les activités maritimes traditionnelles de la ville ?

 

Une inscription gravée sur la porte de la Tour de l'horloge dans le quartier du Malonat.

La ville de Nice éleva la chapelle Sincaire mais aussi, « grava à la porte de la tour de l'horloge une inscription commémorative [Tisserand, Abbé E., Histoire civile et religieuse de la cité de Nice et du département des Alpes Maritimes (1868), Laffite Reprints, 1973, tome II, p. 46-47.] ». Il serait important de savoir d'où vient cette information de Tisserand au sujet de cette inscription commémorative : s'agit-il d'une interprétation de sa part, ou bien réfère-t-il à des sources du XVIe siècle ? Des recherches supplémentaires permettraient peut-être de dater cet événement commémoratif, de retrouver le libellé et l'emplacement exact de cette inscription afin d'en connaître la teneur et tout particulièrement à quel vocable de la Vierge elle faisait référence.

Il est vrai qu'étant donné que la Tour fut détruite en 1543, la « porte » de la Tour de l'Horloge ne peut être l'entrée de l'édifice. Mais, en l'absence de précision de la part de l'Abbé Tisserand, il est fort probable que l'inscription commémorative ait été inscrite sur le « portail » des fortifications. La Tour de l'Horloge était placée près de la « porte des Rustègues », dite aussi « portail des Rusticis », « portale Rusticorum », « porte des paysans » ou « porte Malonat ».

La difficulté de localisation de la Tour réside dans la création de la « porte Majesté » en 1409, « véritable arc de triomphe » et qui semble faire peu à peu concurrence à la porte du Malonat. La porte Majesté est à la rue du Château ce que la porte des Rustègues est à la rue du Malonat.

Ainsi, la reconstruction de la Tour de l'Horloge en 1565 pourrait procéder à un déplacement du site destiné à recevoir l'édifice comme le montre des plans sardes du XVIIe siècle, avant le second siège de Nice en 1691. [Février P-A., Le développement urbain en Provence de l'époque romaine à la fin du XIVème siècle, Ed. De Boccard, 1964, p. 110. Thévenon L., Le développement urbain à Nice du Moyen-Age à l'Empire, Serre, 1984, p. 23 et p. 43. Venturini A.., L'évolution urbaine de Nice du XIème à la fin du XIVème, p. 4, in Nice-Historique, 1984.]

Des documents anciens nous font voir des vues de la Tour de l'horloge aux XVIe et XVIIe siècles, ainsi que des autres constructions avoisinantes dont la rue donnant accès au Château. Cette iconographie est cependant insuffisante pour nous faire connaître l'inscription en question. Par contre, elle permet d'illustrer différentes phases de l'évolution de ces bâtiments alors situés dans le quartier du Malonat.

1543

Détail du plan calque de la ville et du Château, siège de Nice par les Turcs.- 1543.- Nice, Archives municipales, 1 Fi 90/8 [Nice 2003 Guerre et paix, page 4.4]
1610

« Plan de Nice créé en 1610 par la cartographe Giovanni Ludovico Balduino sous la demande de Honoré Pastorelli et dédié au comte Annibal Grimaldi de Beuil, gouverneur de la ville et comté de Nice [Azur Guide 2003 plan 1610]. »
1625
Détail « 12. Torre del Rologie. » du plan dit Laurus du Château et de la ville.- 1625.- 1 Fi 90/4. Nice, Archives municipales [Nice 2003 Guerre et paix, page 4.4].

1837

Plans du 18 avril 1837.
1988

En 1988 avant la restauration.
2003

État actuel.

L'information officielle publiée par la Ville de Nice relate l'histoire mouvementée de l'actuelle Tour Rusca ou Tour de l'Horloge, Place du Palais. « Elle fut achetée par la ville de Nice en 1504 à la famille Galléan, nobles niçois. Détruite lors du siège de 1543, reconstruite en 1565, encore démolie en 1704 lors du siège de 1691, elle fut finalement transférée place Saint-Dominique en 1718. »

 

Notre-Dame du Secours et les mythes légendaires concernant Catherine Ségurane.

Il n'est pas aisé de départager la véracité historique du mythe. Surtout lorsque les traditions orales, les autorités municipales, les écrivains et les artistes s'en mêlent, boursouflant, changeant, médusant, mystifiant la réalité qui devient fiction. Ainsi en va-t-il des récits concernant le siège et la bataille de 1543.

« Et voilà que, quelque cinquante ans plus tard, à la figure sainte [de la Vierge] s'ajoute, puis se substitue celle d'une Niçoise du peuple, une lavandière, qui aurait porté le coup fatal à l'enseigne turc d'un revers de son battoir. Cette femme, c'est l'historien Honoré Pastorelli qui en parle le premier, et son texte est repris, développé tout au long du XVIIème siècle. Cette femme, c'est Catherine Ségurane [Nice 2003 Ségurane]. »
Onorato [Honoré] Pastorelli

« Podestat de Nice en 1593, puis premier consul de 1604 à 1611, l'Histoire retint son nom pour une harangue interminable qu'il prononça dans la cathédrale Sainte-Réparate à l'occasion de l'établissement à Nice du monastère des Clarisses [le Couvent Sainte-Claire Pastorelli 1604]. Honoré Pastorelli, en effet, ne se contenta pas d'un discours, mais retraça toute l'histoire du comté. Un sacré travail qui laissa sur les genoux l'assistance. On lui doit aussi le premier plan précis de la cité réalisé en 1610, cette cartographie fameuse porte son nom [Chez.com 2003 Pastorelli]. »

« Plan de Nice créé en 1610 par la cartographe Giovanni Ludovico Balduino sous la demande de Honoré Pastorelli et dédié au comte Annibal Grimaldi de Beuil, gouverneur de la ville et comté de Nice [Azur Guide 2003 plan 1610]. »

Notons, au passage, que la revitalisation de l'intérêt pour Catherine Ségurane semble coïncider avec la réédition au milieu du XIXe siècle d'un des ouvrages de Pastorelli : Delle storie Nicesi opuscoli due, di Onorato Pastorelli e Pietro Gioffredo, corretti ed annotati con documenti dal prof. Luigi Cicchero (Pastorelli 1854). L'édition de cet ouvrage coïncidait également avec la revitalisation du culte de Notre-Dame de Bon Secours au Malonat à l'occasion de l'épidémie de choléra.

« Le 15 août, lors d'une escalade par les Turcs du bastion Sincaïre, une robuste lavandière, Catherine Ségurane, galvanise les défenseurs par sa bravoure, assomme des assaillants à coups de battoir, leur arrache une bannière et les rejette pêle-mêle au bas du rempart. Alors, retroussant ses jupons, elle leur aurait, suprême humiliation pour des Musulmans, montré ses arrières ! Le 23 août, la ville se rend tandis que le château résiste jusqu'à l'arrivée des renforts le 9 septembre. Après un pillage en règle, Turcs et Français évacuent la ville.

Les chroniques contemporaines du siège ne font aucune mention de cet épisode. Catherine Ségurane n'apparaît dans la littérature locale qu'une cinquantaine d'années plus tard. Au début du XVIIème siècle un petit monument avec buste est élevé à une héroïne anonyme du siège. La légende s'en empare : description physique, généalogie, prouesses variées et parfois savoureuses ! [...]

Catherine Ségurane a été célébrée dans toutes les formes de l'art. Divers genres littéraires (poèmes, épopées, romans, théâtre dramatique et lyrique) l'ont chantée, de nombreux tableaux et jusqu'à l'ancien rideau de l'Opéra, lui ont été dédiés de même que des morceaux de musique, une imagerie populaire abondante et plusieurs moments dont le dernier en date (1923) en rassemble la population chaque 25 novembre, maire et édiles en tête, musiques et groupes folkloriques se produisant [Nice Rendez Vous 2003 Ségurane]. »

Bagotti, Monument à Catherine Ségurane, 1923,
Nice, face à l'église Saint-Martin Saint-Augustin.

Les chroniqueurs du XVIe siècle sont muets au sujet de Catherine Ségurane. Son surnom d'abord, puis son nom apparaissent seulement à partir de 1608. Pastorelli, le premier, en parle en ces termes:

« Le jour de la Madone de mi-août ... une autre (enseigne) fut arrachée des mains du porte-bannière turc par une citadine appelée Donna Maufacha qui à l'exemple de ce que firent bien d'autres femmes... combattait à la Tour de Cairi, où se trouvait la batterie des Turcs. »

Cette affirmation est reprise en 1634 par Antoine Fighièra, qui mentionne l'existence d'une « tête en pierre », érigée en l'honneur de la « femme mal faite » sur la porte Pairolière. Il semble que certains s'accordent à voir dans Catherine Ségurane « un personnage proche de Jeanne d'Arc et de Jeanne Hachette », une « figure mi-historique, mi-légendaire. » Selon Latouche, si Pastorelli situe l'exploit de la lavandière « au même endroit où Marie apparût (à la Tour Sincaire ou Cinquaire, cinq angles) », Gioffredo précise, seulement, que la Vierge Marie intervient pour repousser les Turcs [Costamagna H., Nice aux siècles de la Renaissance et du Baroque, in Bordes M., Histoire de Nice et du pays niçois, Privat, 1976, p. 135-176].

Jean Badat, notable et chroniqueur niçois ne mentionne pas l'existence de Ségurane, ni même des faits concernant la prise de drapeaux aux Turcs. C'est dire « qu'il na pas tout noté dans ses mémoires », car le Président de la Chambre des Comptes de Savoie, Pierre Lambert, se trouvant à Nice lors du siège précise la prise de trois enseignes turques [Fighiéra C.A., Veran D., Catherine Ségurane, légende ou réalité, in Lou Sourgentin, Nice, 1980, p. 8-9]. 

« En effet, lors du siège de 1543, le Pont-Vieux, l'unique accès de la cité niçoise, fut alors détruit pendant deux ans. La ville resta coupée de l'autre côté de la rive, séparée par le torrent, le fleuve du Paillon. Ainsi, la lavandière Ségurane, la bugadiera du Paillon, symboliserait le passage d'une rive à l'autre. Confondue avec Notre-Dame du Secours, patronne des mariniers, qui favorise le passage des fleuves, la lavandière et son battoir ne seraient pas sans rapport avec la Madonna del Soccorso et sa massue [Bon 2003]. »

Oeuvre non identifié et non datée (XIXe siècle ?) représentant Catherine Ségurane au combat.

Le Paillon

Couverture du Paillon, projet Lamarle.- 1856.- 4 O 7.
Carte postale sur les lavandières du Paillon.- Fin du XIX ème-Début du XX ème siècle.- 3 Fi 65.

« Nice possède deux fleuves qui furent aussi deux frontières: le Var et le Paillon. Ce dernier, le plus proche dans l'imaginaire niçois, connu pour ses colères, est un torrent, guère plus qu'un oued. Au Moyen-Age déjà, son débit intermittent répond difficilement aux attentes de ses riverains : alimenter la ville, irriguer les jardins, nettoyer les rues. La boucherie, les tanneurs, les lavandières, bien d'autres corps de métier ont besoin d'un débit constant : afin d'utiliser au mieux les ressources en eau, il faut rassembler les filets d'eau qui descendent des collines, constituer des retenues qui actionneront les roues des moulins et des scieries, aménager les petits bras du Paillon en canaux qui sillonnent la Vieille-Ville. Les ressources du Paillon ne se limitent pas à l'eau : son lit est large et offre un espace de pâture, et des surfaces cultivables. On plante des palissades pour renforcer les berges, on gagne quelques arpents en détournant un bras. Au XIXème siècle la ville connait un essor spectaculaire, il lui faut de l'espace. C'est pourquoi le Paillon est progressivement recouvert. Aujourd'hui, on peut circuler du jardin Albert Ier au Palais des Expositions sans se douter que quelques mètres au-dessous coule un torrent... [Nice 2003 Paillon] »

« Ségurane est dite la maufacha, la mal faite. D'un physique ingrat, elle s'assimilerait [selon Claude Gaignebet professeur à l'Université de Nice, 2000] aux « Vierges fortes ». L'analogie avec saint Christophe fut souvent utilisée, et ici, la référence est double, puisque l'hypothèse formulée consisterait à dire que Notre-Dame du Secours et Catherine Ségurane, à l'instar de Christophe, incarneraient la figure du passeur.

Au milieu du XIXe siècle, la commémoration du 15 août, invoque Notre-Dame et Ségurane qui arracha le drapeau turc et « le jeta dans la mer ». C'est que « l'humble femme de nos rivages », dit la presse locale, avait « invoqué Marie la mère de Dieu, et ce jour, qui lui est consacré, éclaira ce noble triomphe et la délivrance de Nice ». Ses habitants « à l'exemple de Catherine Segurane », ont « demandé au ciel protection et secours. Comme eux aussi, nos voeux et nos prières invoquent l'Etoile de la Mer [La Vérité. Journal de Nice, n° 20, Mardi 14 août 1855, Bibliothèque de Cessole, Nice] ».

La cité de Nice - l'actuel Vieux-Nice historique - comprise entre colline, mer et Paillon, balisa-t-elle son territoire à travers le culte de Notre-Dame du Secours remédiant aux dangers venus de la Mer et du fleuve? Il reste qu'un déplacement du culte semble s'opéré du 15 août vers le 8 septembre [Bon 2003]. »

 

web Robert DEROME

La « médaille » du baron de Fouencamps
et l'iconographie de la Vierge
à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours