La « médaille » du baron de Fouencamps et l'iconographie de la Vierge à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours

 La rupture des mémoires

Index

Exemples de ruptures de mémoires et de traditions dans l'identification, la datation, la conservation et l'attribution d'oeuvres religieuses majeures du XVIIe siècle.

Peut-on se fier aux traditions orales ? Peut-on se fier aux inscriptions ajoutées tardivement sur les oeuvres ? Peut-on se fier aux modifications qui ont été faites aux oeuvres d'art au gré des aléas de leurs localisations et de l'évolution des idéologies au cours de plusieurs siècles ? Le cas de la statuette de Notre-Dame de Montaigu est loin d'être unique et isolé...

OBJET
état d'origine et/ou archives
ruptures de mémoires au 19e-20e siècles
interprétation scientifique actuelle

Pierre Le Ber, Portrait de Marguerite Bourgeoys, 1700, huile sur toile, Montréal, Musée Marguerite-Bourgeoys.

Portrait original peint par Pierre Le Ber en 1700.

Repeints du 19e siècle.

Restauration au milieu du 20e siècle. (Gagnon 1976)

Anonyme, France, Paris, Ciboire, 1677-1680, argent, H. 18,5 cm, Montréal, Congrégation Notre-Dame.

Sous le pied on trouve des traces des poinçons d'origine.

Du fait qu'il ont été burinés deux siècles plus tard, on ne peut plus identifier l'auteur de ce ciboire.

Sous le pied, au burin mécanique, une inscription avec une datation imprécise a été ajoutée à la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle.

« CE CIBOIRE A ÉTÉ DONNÉ DU VIVANT DE LA VÉN. M. BOURGEOYS / À LA CONG. DE N. D. DE LA VICTOIRE, / FONDÉE LE 2 JUILLET 1658 ».

Un poinçon a échappé au burinage. Il permet de dater présimément ce ciboire.

Sur la bate : Décharge de Paris de Martin Du Fresnoy 1677-1680 une couronne fermée.

VOIR : Marguerite Bourgeoys et Jeanne Le Ber, commanditaires de pièces d'orfèvrerie religieuse parisienne au XVIIe siècle

Anonyme aux initiales « CD », France, Paris, Plat auquel on a ajouté des supports à burettes, 1648-1649, argent, 28,3 x 20,8 cm, Montréal, Congrégation Notre-Dame.

Poinçons de Paris 1648-1649.

Ce plat a été fabriqué avant la venue à Montréal de Marguerite Bourgeois.

Fait partie du don de Jeanne Le Ber en 1693-1695.

VOIR : Marguerite Bourgeoys et Jeanne Le Ber, commanditaires de pièces d'orfèvrerie religieuse parisienne au XVIIe siècle

L'inscription ajoutée récemment est inappropriée : « Soeur / Marguerite Bourgeoys / fondatrice et 1ère supérieure / de la Congrégation de Notre-Dame de / Montréal / 1695 ».

Ce plat civil est transformé en plat à burettes par l'ajout de supports qui défigurent l'objet d'origine.

Ce plat n'a pas appartenu à Marguerite Bourgeois. Il fut donné à la communauté par Jeanne Le Ber en 1693-1695. En tant que plat civil, il a pu appartenir à ses parents : Jacques Le Ber (vers 1633-1706), qui avait épousé une fille de la célèbre et riche famille des Le Moyne. Ces deux familles possédaient de riches orfèvreries desquelles ce plat provient très certainement.

Anonyme d'après un dessin d'Annette Joubert c.n.d., Portrait fictif de Pierre de Chevrier, baron de Fouencamps (1608-1692), tenant la sculpture de Notre-Dame de Montaigu dans sa main droite, 1958, mosaïque, Chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, Musée Marguerite-Bourgeoys, Photo Rachel Gaudreau.

Aucun portrait original connu.

Création d'un portrait fictif, hormis la représentation de la sculpture de Notre-Dame de Montaigu.

Considérer ce portrait comme une fiction historique.

Obtenir le testament et l'inventaire après décès de Fouencamps afin de documenter s'il possédait son portrait.

Charles de Poilly (vers 1620-1676), Buste reliquaire de saint Jean de Brébeuf, 19 juillet 1664 - 15 juin 1665, argent, bois, métal, os, H. 53.3 cm, L. 53.3 cm, Québec, Augustines de l'Hôtel-Dieu, A-100.

Le buste porte des poinçons du XVIIe siècle dont l'identification n'avait pas été faite.

Des documents d'archives du XVIIe siècle réfèrent à cet objet mais n'étaient ni connus ni interprétés.

La propriété du buste passe aux Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec suite à l'abolition de l'ordre des Jésuites à la fin du XVIIIe siècle.

On date le buste de 1649 tout en affirmant qu'il fut commandité par la famille de Brébeuf.

On date l'objet de 1664-1666. On identifie son auteur. On le relie à la construction de l'église des Jésuites de Québec, tout comme le tableau La France apportant la foi aux Hurons de Nouvelle-France (Bimbenet 1997 ; Derome 1997b).

Anonyme, France (Nantes ?), La France apportant la foi aux Hurons de Nouvelle-France, vers 1665-1666, huile sur toile, 227,3 x 227,3 cm, Québec, Monastère des Ursulines, provient des Jésuites.

Des documents d'archives du XVIIe siècle réfèrent à cet objet mais ils n'étaient ni connus ni interprétés.

La propriété du tableau passe aux ursulines de Québec suite à l'abolition de l'ordre des Jésuites à la fin du XVIIIe siècle.

De très longues recherches permettent de redécouvrir les significations secrètes de ce tableau historique complexe (Pichette 1977.03 ; Gagnon 1983.09).

Anonyme (XVIIIe siècle), Le Sacré-Coeur de Jésus adoré par les anges, vers 1784, huile sur toile, 129,3 x 96,7 cm, Montréal, Religieuses hospitalières de Saint-Joseph.

Le tableau original du début du XVIIIe siècle, qui n'existe plus que par des mentions d'archives, tirait son iconographie des traditions du XVIIe siècle en amalgamant les iconographies du Sacré-Coeur et de la Sainte-Famille. La version existante est une copie de la fin du XVIIIe siècle.

Ce tableau à l'iconographie austère est remisé dans les entrepots à la fin du XIXe siècle au profit d'une interprétation rénovée du thème iconographique.

Des recherches permettent de redécouvrir les significations iconographiques et historiques de ce tableau lié aux pratiques religieuses des XVIIe et XVIIIe siècles à Montréal (Simard 1976).

En présence des anges, Art religieux et dévotions populaires. Catalogue d'exposition, mai 1997 - mai 2000.

Anonyme, Ancien baldaquin de la chapelle du premier palais épiscopal de Québec commandité par Mgr de Saint-Vallier (1653-1727), vers 1690-1698, noyer peint et doré, à l'église de Neuville depuis 1717.

Mgr de Saint-Vallier, deuxième évêque de la Nouvelle-France, finance un remarquable baldaquin pour la chapelle de son Palais épiscopal vers 1690-1698 dont il doit se départir en 1717 au profit de la paroisse de Neuville.

La Conquête de la Nouvelle-France détruit le Palais épiscopal. On perd la trace de l'origine du baldaquin.

Le baldaquin est réinterprété par John R. Porter grâce à des prouesses historiques et iconographiques. (Porter 1982)

Anonyme, Notre-Dame de Bon Secours, avant 1685, bois polychromé, grandeur nature, ancienne église de Champlain près de Trois-Rivières.

Les archives documentent cette oeuvre, sa dévotion et ses miracles aux XVIIe et XVIIIe siècle.

Au XIXe siècle, elle est remplacée sur la facade de l'église par une autre sculpture dédiée à Notre-Dame de Lourdes.

Claude Durand et René Beaudoin redécouvrent la fascinante histoire de cette sculpture et sa tête qui est conservée au Musée du Château Ramezay.

Photo Claude Durand

 

web Robert DEROME

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