Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français

Benjamin Sulte

Fréchette, Louis (1839-1908)

par Annie Auger, étudiante,
baccalauréat en histoire de l'art, Université du Québec à Montréal
décembre 2001
 

Tout en faisant mes recherches sur les deux personnages historiques choisi, je me suis penché sur les liens existant entre la présence de ces gravures et la mention de ces personnages dans le texte de l'oeuvre de Benjamin Sulte. Comme il n'y avait pas de lien évident, j'en ferai la preuve dans ce présent travail, je me suis questionné sur ce propos. Est-ce seulement une technique de publicité ou ne serait-ce pas un propos politique intégré à l'oeuvre par l'éditeur comme le sous-entend Robert Derome :

« Finalement n'est-il pas étonnant que le financement d'un ouvrage sut l'Histoire des Canadiens-Français, rédigée par un francophone avec un contenu nationaliste, soit mise sous main-mise anglophone d'après un modèle américain, Picturesque America? »

Tout en discutant avec un collègue, Yann Pocreau, nous avons réalisé, qu'il y avait probablement là des pistes d'une réponse pouvant expliquer la présence du choix de ces gravures. Bien que les deux personnages historiques que j'ai étudiés soit écrivains, l'un Philippe Aubert de Gaspé, auteur du roman historique Les Anciens Canadiens, et l'autre Louis H. Fréchette « poète lauréat », ils ont également étés des hommes politiques importants et engagés à l'époque de la publication de l'Histoire des Canadiens-Français. C'est pour cette raison que j'ai axé ma recherche bibliographique sur leurs rôles et idéologies politiques. Je fais part par la suite de toutes mes trouvailles concernant les gravures ainsi que ma démarche.

Louis Fréchette est né en 1839. Il est poète, conteur, dramaturge, journaliste, avocat, homme politique et fonctionnaire. Il constitue un des principaux acteurs de l'histoire des lettres et des idées politiques au Québec. Jeune, il a du mal à se plier aux règlements disciplinaires des institutions d'enseignements. Il finit tout même à être admis à l'un des cabinets les plus en vue de Québec. Il épouse Emma Beaudry, nièce du célèbre maire de la ville, Jean-Louis Beaudry. Il participe activement, mais sans succès aux campagnes électorales, d'abord pour le Parti conservateur puis pour le Parti libéral. Il fonde une succursale de la Société St-Jean Batiste où il répand ses idées d'annexion aux États-Unies. Il écrit plusieurs ouvrages polémiques. Il gagna plusieurs prix dont un de l'Académie française. L'attribution de ce prix à un écrivain qui n'est pas de nationalité française s'explique par son adhésion à l'idéologie de la 3ième République. Mercier lui attribut le poste de greffier du Conseil législatif de la province de Québec. Il est membre fondateur de la section française de la Société royale du Canada, chevalier de la Légion d'honneur. Pour sa lutte idéologique, il publie des critiques polémique anticléricale sous divers pseudonymes. Il publie certains de ses écrits en édition anglaise, avant même de le faire en français. Sa production est militante et constitue un rouage important de la discrète mais puissante, machine libérale. Gonzalve Desaulnier concidère que « ce fut Fréchette qui révéla le Canada français intellectuel à nos compatriotes de la langue anglaise et à nos frères de là-bas […] ». Il meurt en 1908.

La place de Louis H. Fréchette dans l'oeuvre de Benjamin Sulte est minime. On y retrouve seulement un poème qu'il a composé en hommage à M. l'abbé Tanguay.

Anonyme, Fréchette, Louis (1839-1908), gravure, Sulte 1882-1884, pour la référence voir la table de concordance.

J'ai retrouvé la photographie ayant inspiré la gravure étudiée dans le livre de Klinck 1955 (p. 17). Il s'agit d'une photographie prise en 1874, alors que Louis Fréchette a 35 ans. Dans cet exemplaire, qui est le seul que j'ai trouvé contenant cette photographie, la source est non-disponible puisqu'il n'y a aucune table des illustrations ni références. J'ai donc poussé mes recherches et j'ai trouvé l'existence du fond Louis-Honoré Fréchette (par internet), qui est situé aux Archives nationales du Canada.

« Nous avons effectué des recherches dans nos bases de données ainsi que dans notre catalogue de photographies et nous n'avons pu retrouver la photographie du montage de Quéry Frères sous laquelle il est écrit 35 ans. Nous avons vérifié l'original de ce montage et l'origine des photographies utilisées n'est pas mentionnée. Toutefois, la photographie du côté droit sous laquelle il est écrit 40 ans a été prise par William James Topley en 1874. Ainsi, la photographie que vous recherchez doit être antérieure à cette dernière et avoir été prise autour de l'année 1869. Si vous désirez localiser d'autres photographies de Louis Fréchette, nous vous prions de consulter la base de données des photographies des Archives nationales du Canada (collaboration d'Isabelle Ringuet, 27 novembre 2001). »
Quéry Frères, Mosaîque de la Vie de Fréchette, photomontage, Archives nationales du Canada, reproduit dans Klinck 1955, p. 17.

Sur le médaillon, faisant parti de la Mosaïque de la Vie de Fréchette, la différence la plus frappante entre la gravure et la photographie est le fond noir. Sur la gravure, comme sur le médaillon, c'est le buste de Louis Fréchette qui est représenté. Il ne sourit pas. De trois-quarts vers la droite. Il vêt un tailleur, au col de type chemisier, agrémenté d'une finition autour de l'encolure. Une chemise blanche et une cravate à l'intérieure de son gilet. Ses cheveux sont courts et coiffés sur le côté. Il porte de petites lunettes, une moustache aux coins longs et effilés. Le trait de crayons est sensiblement le même que celui de la gravure de Aubert de Gaspé; composée de traits, de lignes courbes et de pointillés plus ou moins rapprochés pour créer les ombres et les lumières

Les répercutions de la gravure sur la vie de Louis Fréchette ne semble pas trop importante étant donné que je ne l'ai vu dans aucunes des biographies de l'auteur (des photographies étant plus utilisées) bien que celle-ci soit publiée vers les 43 ans de sa vie.

Pour conclure, ce travail de recherche fut passionnant, à plusieurs reprise j'ai eu l'impression de me retrouver dans la peau de Sherlock Holmes, une loupe à la main! On peu chercher des heures et des heures et la moindre trace de piste est d'une importance capitale. J'ai réalisé l'ampleur que pouvait prendre une recherche et surtout que l'on pouvait trouver des discordances dans les écrits et des erreurs aux archives nationales du Québec. J'ai découvert le fabuleux monde de la recherche; d'être en contact avec cet inconnu qui est souvent désarmant, et la joie éprouvée lorsque l'on trouve enfin quelque chose!

 

web Robert DEROME

Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français de Benjamin Sulte