Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français

Benjamin Sulte
© Robert Derome avec l'aide de collaboration

Le portrait de Benjamin Sulte (1841-1923) ci-contre est utilisé comme filigrane des pages de ce site. Il n'a été gravé que quelques années après la publication de l'ouvrage étudié ici, l'Histoire des Canadiens-Français (Sulte 1882-1884). On consultera le site de l'Université du Québec à Trois-Rivières pour une biographie succincte de Sulte, ainsi que les sources suivantes pour une historiographie : Biron 1942, DBC, DOLQ, Malchelosse 1916, Sulte 1918.

On peut aller directement aux pages voulues en cliquant sur l'initale « S » dans le menu à droite.

La main de Jacques Cartier, au bas de chaque page, guide vers la page suivante ou prédécente.

Attribué à Pierre-Louis Morin (1811-1886), Jacques Cartier, vers 1854, gravure, Sulte 1882-1884, pour la référence voir la table de concordance.
Anonyme, Portrait de Benjamin Sulte, gravure, Le Monde illustré, vol. 4, n° 186 (26 novembre 1887), p. 237, accompagnée d'un texte.

Sulte 1882-1884 - Sulte, Benjamin, Histoire des Canadiens-Français, 1608-1880, origine, histoire, religion, guerres, découvertes, colonisation, coutumes, vie domestique, sociale et politique, développement, avenir, ouvrage orné de portraits et de plans, Montréal, Wilson & Cie éditeurs, 1882-1884, 8 volumes publiés en 40 fascicules de 32 pages. Édition numérique disponible sur le site de la BNQ.

Lorsqu'elle fut publiée en 1882-1884, l'Histoire des Canadiens-Français... de Benjamin Sulte était dans le contexte québécois une entreprise novatrice au niveau de l'utilisation des images dans un ouvrage historique. Les quelques 125 gravures qu'elle contient en font un ouvrage colossal, hors norme, dans le contexte de l'édition à cette époque où les livres n'offrent habituellement que quelques illustrations. Une grande quantité de ces gravures furent d'ailleurs exécutées spécifiquement pour cet ouvrage, alors que d'autres étaient des rééditions. La réutilisation de ces images par la suite nous incite à explorer les raisons de leur forture critique, mais surtout le mécanisme qui a mené à leur insertion dans le discours historique et commémoratif.

Plusieurs questions se posent quant à ces gravures. Seulement 8 des quelques 125 illustrations sont signées de leur auteur. Les archives, les recoupements et les comparaisons nous permettent d'en attribuer une trentaine, soit le quart. Qui sont les auteurs des 75% restantes ? Sont-ils montréalais, québécois, canadiens, américains, français, anglais ou irlandais, comme le démontent les quelques oeuvres identifiées ? N'est-il pas étonnant que cet ouvrage célébrant le nationalisme canadien-français soit le fruit d'un modèle d'édition anglo-américain, publié avec des fonds anglophones par un éditeur anglophone ? D'ailleurs, qui était cet éditeur nommé Wilson ?

Quel est le message donné par ces images ? La classification par genre montre la nette prédominance du portrait historique (61%), suivi du portrait vivant (28%). L'architecture (7%) et la cartographie (4%) historiques n'occupent qu'un dizième de l'ensemble, donc une place mineure mais néanmoins importante en terme de discours imagé. L'histoire passe donc avant tout par la commémoration personnalisée... Quelle est cette commémoration ? Seule une fine analyse au cas par cas de chacune des gravures permet de comprendre la source et la signification de ce langage imagé où les traits des héros sont parfois inventés ou créés de toute pièce ou bien simplement transférés à partir de la photographie qui commençait alors à prendre une place de plus en plus prépondérante dans les médiums utilisés pour le portrait.

Comment s'articule la sélection des images ? Certains héros sont absents alors que d'illustres inconnus prennent une place prépondérante ! Comment expliquer la présence de tant de personnalités vivantes alors que le texte étudie avant tout la Nouvelle-France ? Comment se répartissent les images par rapport au texte ? Pouquoi l'emplacement des images varie-t-elle autant d'un exemplaire à l'autre ? Comment expliquer les erreurs dans l'identification de quelques personnages ? Quelle place l'image occupe-t-elle dans les rapports entre l'historien Sulte, son éditeur Wilson et le public ?

La gravure d'illustration dans les livres du XIXe siècle n'a jusqu'à ce jour fait l'objet que de peu d'études de la part des historiens de l'art. Pourtant, c'est une part importante de la pratique des artistes à cette époque. L'ouvrage de Sulte marque d'ailleurs un tournant important dans l'évolution du marché et les pratiques de l'édition. Quel rapport l'historien entretenait-il et entretient-il avec l'image ? De toute évidence ce rapport est fort différent de celui de l'historien de l'art qui considère l'image comme un « document parlant » alors que l'historien l'utilise comme un accessoire d'édition.

Travaux en cours

Les informations sur ces pages changent constamment car ce site est en construction. Votre apport d'information et votre collaboration sont bienvenus.
web Robert DEROME

Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français de Benjamin Sulte