Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français

Benjamin Sulte

Québec 1700 

par Yann Pocreau, étudiant,
baccalauréat en histoire de l'art, Université du Québec à Montréal,
décembre 2001.

 

Le Québec, énorme terre vaste et froide, riche et bafouée par un vent d'Europe, donna depuis la fondation de sa capitale en 1608, naissance à une culture bien mitigée. Lord Durham en fit un constat bien négatif lors de son rapport. On écrivit ensuite l'histoire en guise de pillier culturel. Quand Benjamin Sulte écrivit L'histoire des Canadiens-Français..., il ne se douta jamais que de ne pas joindre à son livre les sources de ses 122 illustrations, il allait causer tant de questionnements et un tel vent de panique sur la liste de discussion HAR 1800 ! J'avais ici à étudier une gravure présentant François-Xavier Garneau et une autre présentant une vue de la ville de Québec en 1700. Le travail ayant pris une ampleur presque gigantesque dans ma tête, le portrait historique de Garneau retiendra ici mon attention d'une façon plus marquée.

Fondée en 1608 par Samuel de Champlain, Québec (autrefois « Stadaconné ») fut le premier site de colonisation française en Amérique du Nord. Québec en 1700 affichait déjà plusieurs de ses plus beaux attributs encore aujourd'hui reposant dans l'enceinte de sa vieille ville. Après avoir cherché dans De Volpi 1971 et autres ouvrages sur la ville de Québec, la seule référence intéressante restait le premier volume de l'Histoire municipale de la ville de Québec (Chouinard 1963). On y parle de Québec en 1709, neuf ans après l'illustration. On cite par contre, le fort Saint-Louis, le séminaire, la cathédrale et tous les autres bâtiments importants de l'époque. On parle des routes cahoteuses, des portes Saint-Jean et Saint-Louis bâties en 1693 et de l'importance du clergé. On y souligne également le fait que la plupart des maisons se retrouvent en basse-ville plutôt qu'en haute-ville où se trouvent plusieurs terrains vides ou jardins.

Garneau dans son Histoire du Canada, cite l'année 1700 comme ayant été une année importante pour les autochtones. On signa en 1700 un traité pour la paix générale entre diverses tribus autochtones qui, depuis la colonisation, se trouvaient mêlées au conflit européen. Garneau parle d'une « solennité qui assurait la paix de l'Amérique Septentrionale, et ensevelissait dans le sein de la terre cette hache de guerre qui avait fait de la baie d'Hudson au golfe du Mexique comme un vaste tombeau ».

La gravure se trouvant dans l'Histoire des Canadiens Français... de Sulte ne présente du moins, aucun lien direct avec ce traité. Après avoir cherché si ce dessin était oui ou non un cartouche de carte comme il semblait l'être, et d'avoir attentivement cherché dans plusieurs ouvrages portants sur les représentations historiques de Québec, je trouvai une image presque identique à la mienne.

Une enveloppe plastifiée aux allures vaseuses attira mon attention lors d'une de mes visites aux Archives nationales. Dans celle-ci, un vieux catalogue du tricentenaire de la ville de Québec présentait cette image à sa seizième page. Ce dessin fut réalisé en 1699 par un français, de Fonville, officier de la Marine française en voyage à Québec. L'original est aujourd'hui gardé à la Bibliothèque du Dépôt de la Marine à Paris et fait partie de la collection Pinart.

Anonyme, Québec 1700, gravure, Sulte 1882-1884, pour la référence voir la table de concordance.
Anonyme, Québec [1700], copie non datée, Archives nationales du Canada (Charbonneau 1982, p. 36).
Anonyme, « Lectures historiques à travers les noms et faits de nos annales », Le congrès de la langue française et le tricentenaire de Québec, Album Souvenir, Québec, Imprimé par la compagnie de publication le Soleil, 1912, p. 16.

De Fonville, Québec vue de l'Est, 1699, cartouche, Paris, Archives nationale, Holzapfel (Noppen 1979, p. 26, fig. 26).

Chose certaine, nous sommes ici en présence d'une tradition de copies et de copistes à partir de l'original dessiné par de Fonville en 1699. Seules de plus amples recherches permettront de dater ces copies et documenter la contribution de ces copistes.

Les illustrations conservées aux Archives Nationales du Québec à Montréal notons le, présentent deux sortes de papiers différents. Un papier beaucoup plus fibreux, plus mince fut utilisé pour toutes les cartographies et autres représentations architecturales et un autre plus cartonné, beaucoup plus blanc et se conservant mieux fut utilisé pour tous les portraits historiques. Les papiers utilisés pour les gravures cartographiques a jauni plus rapidement et, affiche, autour de chaque illustration, un cadre. Cette observation pourrait porter à croire que toutes les cartes furent gravées par la même personne, et n'oublions pas, certaines de celles-ci ont été attribués à Pierre-Louis Morin qui pourrait aussi bien être l'auteur copiste de cette vue de la ville de Québec en 1700.

 

Observations globales et collaboration

Après plusieurs discussions et argumentations partagées avec une collègue de classe, Annie Auger (voir Aubert de Gaspé et Fréchette), un bon nombre d'hypothèses et d'observations sortirent de nos recherches. Comme le propose Patrice Groulx, les liens établis entre les personnages et le texte me semblent très politiques (voir tomaison des gravures). Les personnages semblent, chez ceux observés, tous posséder un lien politique entre eux. Qu'ils soient tous membres de l'Assemblée législative, d'un groupe politique ou intellectuel de l'époque, ils font tous à leur façon preuve d'une vie ou d'un penchant politique bien marqué. Cette hypothèse viendrait ajouter à celle d'un coup de publicité par l'image, un coup de propagande par l'image dans l'ouvrage de Sulte.

Sulte,comme le disent certains ouvrages et bibliothécaires, ne semble jamais avoir été actif en politique, on en dit même qu'il ne s'en serait jamais vraiment préoccupé (DOLQ). Wilson, personnage bien flou, aurait pu être bien anglo-saxon de mentalité et aurait pu vouloir ajouter à l'oeuvre de Sulte son propre point de vue. À mon humble avis, une recherche sur la rue Saint-Jacques pourrait peut-être éclaircir les choses. Maintenant couverte de magasins et de boutiques pour touristes, certaines informations dorment peut être encore, sous de vieux registres enfermés dans un coin ou une cave du numéro 89 ou 93.

Chose intéressante aussi, le huitième tome de l'Histoire des Canadiens- Français de Sulte semble être paru ou avoir été réédité deux ans plus tard que les premiers. Cette analyse, je dois dire m'a plongé dans une exaltation totale toutefois freinée par le temps et mes compétences. Plusieurs pistes ont été lancées et malheureusement je ne pus toutes les vérifier. Par hasard je suis également tombé sur l'illustration Habitation Québec qui en fait, est une oeuvre de Champlain dessinée d'après ses indications. Je n'en connais pas plus sur ce dossier mais l'information semblait pertinente. L'histoire de l'art est peut-être en fait basée sur cette déception de l'inachèvement qui nous pousse toujours à chercher plus loin...

 

Remerciements

Je remercie grandement tous ceux qui m'ont aidé dans ma panique avec la plus grande des dévotions.

 

web Robert DEROME

Gravures dans l'Histoire des Canadiens-Français de Benjamin Sulte