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Dieskau, Jean-Armand (1701-1767).

France Paris, Fourchette, 1747-1748, argent, Musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal 1984.X.480 (photo Judith Houde).

Les fourchettes du Régime français sont rares car, avec leurs fourchons fragiles,
elles se conservent beaucoup moins bien que les cuillers.
Ses poinçons permettent de dater cet objet parisien de 1747-1748.
Mais celui de l’orfèvre, trop abîmé, n’est pas identifiable.

« Dieskau — Saxe, Prusse (Rec. du titre de baron, 12 fév. 1853 et 13 fév. 1865.) D'azur à un cygne d'arg., le vol levé; à la barre de gu., br. sur le tout. C.: un chapeau renv. de gu., lié de cordons du même, placé devant un vol d'arg., les plumes ext. d'azur. L.: à dextre d'arg. et de gu., à sen. d'arg. et d'azur [Rietstap 1884, vol. 1, p. 537]. » Massicotte 1915, p. 102, en donne une image inversée de gauche à droite.

Les armoiries de cette fourchette sont celles du baron Jean-Armand Dieskau (1701-1767) (DBC). D'origine saxonne, il arrive en France en 1720, protégé par le maréchal de Saxe et servant sous ses ordres comme aide de camp. Il est par la suite promu colonel de cavalerie, nommé maréchal de camp, puis gouverneur militaire de Brest, la plus importante base navale française sur l’Atlantique.

En mars 1755, on lui confie le commandement des renforts français de troupes régulières envoyées en Nouvelle-France. Arrivé à Québec en juin, il est soumis aux ordres du gouverneur général Pierre de Rigaud de Vaudreuil.

En septembre suivant, lors d'une bataille au lac George, perdue contre le colonel britannique William Johnson, il est blessé à la jambe et à l'aine. Le peintre Benjamin West (1738-1820), mieux connu pour son épique composition de La mort du général Wolfe datée de 1770, évoque le sauvetage de Dieskau par Johnson dans un tableau peint à Londres vers 1764-1768.

Prisonnier, Dieskau est amené à New York, à Londres, puis à Bath pour soigner ses blessures. Après la paix de 1763, il est rapatrié en France où il décède quatre ans plus tard. Cet officier n'a séjourné qu'environ trois mois en Nouvelle-France. Il y a néanmoins laissé une pièce d’orfèvrerie à ses armoiries, un rare témoin documentaire de grande qualité jusqu'ici inconnu.

Benjamin West, General Johnson Saving a Wounded French Officer, 1764–1768, oil on canvas, 129,5 × 106,5 cm, Derby Museum and Art Gallery UK (Wikipedia).

 

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