Analyse tragico-comique de la partition musicale
Ézilda
1. La partition ne porte aucun titre ni auteur. Nous
serions donc en présence d'un authentique anonyme
d'influence musico-picturale.
2. La partition porte en tête, à
l'emplacement habituel de l'indication de tempo, le nom de
la petite enfant prodige:
« Ézilda ». Nous venons
probablement de découvrir un nouveau tempo,
d'influence latine, et d'origine toute
canadienne-française. (On soupçonne ici
l'influence des religieuses dans l'enseignement de la
musique à l'aube du XIXe siècle.) Aucun de mes
manuels de théorie musicale n'en fait mention. Je
soupçonne d'après la musique qu'il s'agit
d'une indication de tempo rapide, dans le genre:
"Dépêche-toi Ézilda!"
3. La tonalité de l'oeuvre en question est en
do majeur, ce qui permet de ne pas encombrer l'iconographie
de type « sproulien »
de signes complexes (comme des dièses ou des
bémols). La pièce commence dans un do majeur
bien affirmé et se termine dans un do majeur
exubérant.
4. L'évolution harmonique de la pièce de
musique suit à peu près le schéma
harmonique suivant: I - V - I, c'est-à-dire tonique -
dominante - tonique. Cette structure montre un sens tonal
suffisamment développé pour ne pas se
contenter de la seule tonique. On retrouve
fréquemment ce genre de structure dans des oeuvres
fort réussies et qui on passé l'épreuve
du temps comme Au clair de la lune ou Frère
Jacques.
5. Mélodiquement, la pièce fait montre
d'une imagination... toujours gardée sous
contrôle.
6. Certaines mesures contiennent plus ou moins de
temps que les autres. J'en conclus que la petite
Ézilda [ou Antoine Plamondon?] était
soit un précurseur de Béla Bartok, soit
dyslexique.
À la suite de ces remarques j'en viens à
la conclusion suivante: cette pièce de musique est un
modèle très intéressant de musique
bourgeoise du début du XIXe siècle et que cela
reflète bien la sphère privée non
destinée à la sphère publique. Cette
pièce de musique est à ranger dans la
catégorie de celles qui font la fierté des
parents mais le désespoir des professeurs.
D'ailleurs, la mine réjouie de Mme Papineau montre
bien ce qu'elle éprouve pour le talent de sa petite
Ézilda.
Par conséquent, comme ce document
iconographique, pourtant non dénué
d'intérêt, n'apporte pas suffisamment de
nouvelles données sociomusicologiques susceptibles
d'enrichir notre projet, je propose de ne pas enregistrer la
dite pièce de musique et de la laisser à
l'envers lors de l'exposition.
Toutes mes salutations.
Pierre Turcotte
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