La musique jouée par Ézilda Papineau

Reconstitution amateure par Robert Derome au piano synthétiseur, avec toutes mes excuses...

1836

Antoine Plamondon (1804-1895), Madame Louis-Joseph Papineau, née Juie Bruneau, et sa fille Ézilda, 1836, huile sur toile, 122 x 106,7 cm, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 17920.
Béland 1991b, ill. coul. p. 88, cat. 187.

Antoine Plamondon (1804-1895), Louis-Joseph Papineau (1786-1871), 1836, huile sur toile, 122 x 106,5 cm, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 17919, acheté en 1974. Reproduction photographique.

 

Analyse tragico-comique de la partition musicale Ézilda

1. La partition ne porte aucun titre ni auteur. Nous serions donc en présence d'un authentique anonyme d'influence musico-picturale.

2. La partition porte en tête, à l'emplacement habituel de l'indication de tempo, le nom de la petite enfant prodige: « Ézilda ». Nous venons probablement de découvrir un nouveau tempo, d'influence latine, et d'origine toute canadienne-française. (On soupçonne ici l'influence des religieuses dans l'enseignement de la musique à l'aube du XIXe siècle.) Aucun de mes manuels de théorie musicale n'en fait mention. Je soupçonne d'après la musique qu'il s'agit d'une indication de tempo rapide, dans le genre: "Dépêche-toi Ézilda!"

3. La tonalité de l'oeuvre en question est en do majeur, ce qui permet de ne pas encombrer l'iconographie de type « sproulien » de signes complexes (comme des dièses ou des bémols). La pièce commence dans un do majeur bien affirmé et se termine dans un do majeur exubérant.

4. L'évolution harmonique de la pièce de musique suit à peu près le schéma harmonique suivant: I - V - I, c'est-à-dire tonique - dominante - tonique. Cette structure montre un sens tonal suffisamment développé pour ne pas se contenter de la seule tonique. On retrouve fréquemment ce genre de structure dans des oeuvres fort réussies et qui on passé l'épreuve du temps comme Au clair de la lune ou Frère Jacques.

5. Mélodiquement, la pièce fait montre d'une imagination... toujours gardée sous contrôle.

6. Certaines mesures contiennent plus ou moins de temps que les autres. J'en conclus que la petite Ézilda [ou Antoine Plamondon?] était soit un précurseur de Béla Bartok, soit dyslexique.

À la suite de ces remarques j'en viens à la conclusion suivante: cette pièce de musique est un modèle très intéressant de musique bourgeoise du début du XIXe siècle et que cela reflète bien la sphère privée non destinée à la sphère publique. Cette pièce de musique est à ranger dans la catégorie de celles qui font la fierté des parents mais le désespoir des professeurs. D'ailleurs, la mine réjouie de Mme Papineau montre bien ce qu'elle éprouve pour le talent de sa petite Ézilda.

Par conséquent, comme ce document iconographique, pourtant non dénué d'intérêt, n'apporte pas suffisamment de nouvelles données sociomusicologiques susceptibles d'enrichir notre projet, je propose de ne pas enregistrer la dite pièce de musique et de la laisser à l'envers lors de l'exposition.

Toutes mes salutations.

Pierre Turcotte