Le luth en Nouvelle-France

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1534

1612

1642

1665

1680

Mythes

web Robert DEROME

Maisonneuve à Paris en 1665.

     ◊ Chez les Pères de la doctrine chrétienne ou Doctrinaires.
     ◊ Testament et le luthiste Robert Carron.
     ◊ Inventaire après décès.
     ◊ La valeur du luth emporté par sa nièce.
     ◊ Délivrance de legs et compte d'exécution testamentaire.

Parti de la Nouvelle-France à l'automne de 1665, Maisonneuve habite en 1666 au coeur de Paris, rue Saint-Martin, paroisse Saint-Médéric. Cette église, aujourd'hui connue sous le nom de Saint-Merri, jouxte le Centre Pompidou. Chomedey habitait ainsi près des Halles, de l'église Saint-Jacques et du pont menant à l'église Notre-Dame.

Albert Jouvin de Rochefort, Paris et ses environs, 1672, détail de l'église Saint-Médéric sur la rue Saint-Martin surlignée en vert (BNF Gallica).

« Il [Paul de Chomedey] disposa toutes choses pour s'an aller en France la mesme annee. Ce qu'il executa non pas pour aller s'y plaindre du mauvais treitements qu'on luy avoit fait isy [les abus de pouvoir d'Augustin de Saffray de Mésy, gouverneur en 1663-1665] et revenir triomphans, comme il l'auroit pu faire s'il avoit voulu, mais pour y vivre / petit et humble, agissant comme un homme du commeun, n'ayant qu'un seul vallet qu'il servèt plus qu'il n'an estoit servy, allant luy mesme acepter ces vivres au marché. Une personne de merite m'a asuré que l'estant allé voir a Paris, elle l'avoit trouvé dans les mesmes pratiques et santimens qu'an Canada. et que l'ayant fait manger avec luy, il alla luy mesme querir une bouteille de vin dans une auberge, ce qui la surprit plus qu'on ne soroit dire, ne creyant pas q'un homme qui avoit encorre l'habit du monde, mais tres simple et modeste, ut assé de courage de faire des actes pareils au milieu de la ville de Paris et de faire litiere de l'honneur sy publiquement [Morin 1921 et Morin 1979, p. 68-72]. »

 

Chez les Pères de la doctrine chrétienne ou Doctrinaires.

Cinq ans plus tard, en 1671, Marguerite Bourgeoys rend visite à Chomedey dans son nouveau et dernier domicile.

« Je fais en sorte de trouver Monsieur de Maisonneuve qui était logé sur le Fossé de Saint-Victor, proche les Pères de la doctrine chrétiennne. Et j'y arrivai assez tard ; et il n'y avait que quelques jours qu'il avait fait garnir une petite chambre et y faire une cabane à la façon du Canada afin de loger quelques personnes qui viendraient de Montréal. Et en frappant à sa porte, il descend, car il logeait au second et troisième étages avec Louis Frin et m'ouvre la porte avec une joie très grande [CHM 1996, p. 43]. »

Le plan de Jouvin de Rochefort, dressé en 1672, illustre les bâtiments du couvent des Pères de la doctrine chrétienne ou Doctrinaires, à l'extérieur des fortifications, à la campagne entre deux abbayes, Sainte-Geneviève et Saint-Victor. On y distingue la maison, donnant sur la rue en bas à gauche, en face de la chapelle du couvent Saint-Charles, à laquelle elle est reliée par un mur bornant le terrain. Le premier étage de trois fenêtres est séparé du deuxième par un espace plus grand qu'entre les deuxième et troisième étages, le tout surmonté d'un quatrième étage avec une seule fenêtre sous les combles.

Marguerite Bourgeoys atteste que Maisonneuve habite les deuxième et troisième étages. Les documents ultérieurs référeront à un entresol qui, selon Furetière 1690 (t. 1, p. 953), est un étage ménagé entre deux planchers un peu élevés, qui sont partagés par un autre plancher ; on y fait coucher des valets ; on y serre plusieurs petites commodités ; on y loge quelquefois. Cet entresol devait se trouver entre la première et la deuxième rangée de fenêtres.

Reconstitution moderne d'un lit cabane, Musée des Ursulines de Québec (Landry 1992, p. 141, photo L. Leblanc).

Albert Jouvin de Rochefort, Paris et ses environs, 1672, détail du couvent des Doctrinaires rue des Fossés Saint-Victor (BNF Gallica).

« Fut présent Paul Chomedey, escuyer, sieur de Maisonneuve cy devant gouverneur de l'Isle de Montreal en la Nouvelle France demeurant à Paris sur le fossé d'entre les portes St Marcel et St Victor paroisse St Estienne du Mont gisant au lit malade de corps en une antresolle au premier estage ayant veue sur la cour de R.P. de la doctrine chrestienne et sur le fossé [Le Blant 1959.09, p. 278, introduction du testament de Paul Chomedey de Maisonneuve daté du 8 septembre 1676 à 21h] ». « En 1686, la rue des Fossés Saint-Victor est rabaissée sur une grande partie de sa longueur afin d'en réduire la pente. Ces travaux obligent la Doctrine chrétienne à réparer tous leurs bâtiments. Le marché du 15 janvier 1686 [Paris, Archives nationales, Minutier central, cote ET | LXV | 117] indique que le bâtiment de façade sur la rue des Fossés Saint-Victor (actuel 77 rue du Cardinal Lemoine) a subi d'importants ajouts dont deux caves superposées et vôutées [CHM 1996, p. 48]. »

Détail de la planche 7 de Louis Bretez pour Michel-Etienne Turgot, notice explicative d'Alfred Bonnardot, Paris au XVIIIe siècle, Plan de Paris en 20 planches, 1734-1739, Paris, A. Taride, 1908, 1 plan, 4 p. de texte, tableau d'assemblage, 20 pl., 52 cm (Gallica).

Eugène Atget (1857-1927),
Ancienne demeure des frères de la doctrine chrétienne, 77 rue du Cardinal-Lemoine, 5ème arrondissement, Paris
,
1897-1914, photographies, 21,9 x 17,9 cm, Musée Carnavalet PH4031 et PH6586.
Voir aussi l'exposition virtuelle de la BNF sur Eugège Atget.

Kateri 1957f-, 1969.12-F039, p. 22 en bas. Cette façade est celle du Collège des Écossais, voisin de l'ancien couvent des Doctrinaires (voir Jouvin 1672, Turgot 1739, Google Maps).

Kateri 1957f-, 1969.12-F039, p. 23 en haut.

(Photos RD 28 septembre 2000.)

La maison où habitait Chomedey, qui n'existe plus aujourd'hui, était probablement sise à l'emplacement des actuels numéros civiques 77 ou 79 Cardinal Lemoine. Une plaque commémorative a été posée en 1968 au-dessus du portail du 73 Cardinal Lemoine, immeuble à gauche de l'entrée de l'Hôtel au 75 et de son jardin.
Conformément à ses dernières volontés testamentaires, Chomedey a été inhumé « en l'église desdits R.P. de la Doctrine chrestienne de la maison de St Charles [Le Blant 1959.09, p. 278] ». Cette chapelle n'existe plus aujourd'hui. Les fouilles archéologiques effectuées en 1932 et 1994 n'ayant par permis de retrouver sa tombe (Lumbroso 2021.03, collaboration de Jacques Lantin et Hélène Mainville), une autre plaque commémorative a donc été posée en 1995, au 10 rue Rollin, dans le 5e arrondissement de Paris (CHM 1996), à l'entrée de l'école qui occupe une partie de l'ancien emplacement de cette chapelle.

L'ancienne cour du couvent Saint-Charles des Doctrinaires est aujourd'hui occupée par le jardin de l'Hôtel des grandes écoles, au 75 Cardinal-Lemoine.

(Photos RD 28 septembre 2000.)

Gerard ter Borch, A Woman playing a Lute to Two Men, 1667-1668, Oil on canvas, 67.6 × 57.8 cm, National Gallery NG864.

Gerard ter Borch, Le Duo, chanteuse et joueur de luth théorbé, 1669-1670, huile sur toile, 0,825 x 0,72 m, Louvre INV 1900.

 

Testament et le luthiste Robert Carron.

Legs testamentaires de Maisonneuve en liquidités, le 8 septembre 1676 à 21 heures.

Le Blant 1959.09, p. 278-280, référence au Minutier central, minutes d'Aumont, étude XVII [ou XVIII ?], n° 364, 8 septembre 1676.

pris sur les dix mil huit cens livres principal de six cens livres de rente au denier dix huit que lui doibt la communauté des marchands de la ville de Troyes et arrerages
10 800#
ordonné l'inhumation de son corps en l'église desdits R.P. de la Doctrine chrestienne de la maison de St Charles auxquels il lègue tant pour le droit de sepulture que pour les prières
500#
à la congrégation Notre Dame de Montreal en la Nouvelle France dont Marguerite Bourgeois est superieure
2 000#
à Louis Fin son serviteur domestique
300#
aux hospitallliéres de S Joseph de Ville-marie dans ladite Isle de Montreal
1 000#
aux filles de la Congregation de la ville de Troyes ou ses sœur et niepce sont religieuses
1 000#
A Monsieur Le Bey promoteur de Monseigneur l'evesque de Troyes
300#
aux pauvres de l'hopital de Sainte-reyne
400#
il doibt à Jacques Le Bert et Charles Le Moyne marchands en Canada
400#
il doibt a la damoiselle de Saint Jacques de principal faisant rente
1 000#
SOUS-TOTAL DES SOMMES LÉGUÉES
6 900#
[supputation des sommes résiduelles à être partagées moitié moitié par Turmenyes et les Pères de la doctrine chrétienne]
[3 900#]
audit sieur de Turmenyes moitié de ce qui se trouveres rester du principal et arrerages
[1 950#]
quand à l'autre moitié il veut qu'elle soit mise entre les mains du R.P. Charles provincial desdits R.P. de la Doctrine chrestienne cy dessus pour en disposer par lui pieusement comme il advisera, voulant touteffois que sur le total dudit restant il soit pris la somme de deux cens livres une fois payées qu'il donne et lègue au sieur Robert Carron Me joueur de luth
[1 950#, moins 200# pour le luthiste Robert Carron]

Le testateur démontre donc son attachement au luth jusqu'à la fin de sa vie. Ce portrait d'homme accordant un luth, autrefois identifié à Simon Imbert greffier au Parlement d’Aix, se rapproche peut-être du statut social de Chomedey. Toutefois, il faudrait l'imaginer dans des vêtements plus modestes que ceux-ci, tels que décrits par Marie Morin ou dans son inventaire après décès. Le legs testamentaire de 200# au luthiste parisien Robert Carron constitue une somme importante à cette époque qui indique certainement une relation privilégiée. Robert Carron est un personnage élusif dont le nom est également orthographié Caron.

« J'ai regardé l'index du livre de Marcelle Benoit, Musiques de cour, 1661-1733, mais son nom n'y figure pas [collaboration Michèle Bimbenet-Privat, 21 août 2000]. »

« Un Robert Caron, joueur de luth, demeurant rue des Fossés-Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice, est présent à un baptême le 21 mai 1643 (Brossard 1965, p. 54). À supposer qu'il ait été compositeur, aucune pièce ne figure sous son nom ou ses initiales dans les manuscrits que je connais. Des recherches aux Archives nationales révéleraient peut-être si ce luthiste est un parent de Nicolas et Olivier Caron qui figurent dans l'entourage du gambiste Sainte-Colombe [collaboration François-Pierre Goy, juillet-août 2000 : les deux volumes de Madeleine Jurgens sur les documents du Minutier central concernant les musiciens, qui couvrent la période 1600-1650 et les études I à XX du Minutier central, ne contiennent aucune référence à Caron ou Carron, pas plus que quelques autres recueils d'actes notariés sur les musiciens du XVIIe siècle]. »

« J'ai parcouru rapidement les années 1635-1655 d'un recueil d'extraits des registres baptismaux de la paroisse Saint-Sulpice (BnF, Ms. Fr. 32593), mais n'y ai trouvé aucune mention de Robert Caron. Aucune trace de sa mort, non plus, dans les extraits des registres de décès de la même paroisse (BnF, Ms. Fr. 32594). Cependant, je ne m'attendais pas à grand-chose, étant donné que : 1) nous ne savons pas s'il était marié et s'il a eu des enfants ; 2) nous ne savons pas combien de temps il a habité dans cette paroisse ; et 3) je n'ai aucune idée de la proportion d'actes recopiés dans ces recueils, ni des critères des compilateurs [collaboration François-Pierre Goy, 28 août 2000]. »

Attribué à Laurent Fauchier (1643-1672), Portrait d'homme accordant un luth, autrefois identifié à Simon Imbert greffier au Parlement d’Aix, vers 1670, huile sur toile, 123 x 97,5 cm, Louvre RF 2472.

Nicolas Caron est un organiste qui est témoin, le 22 septembre 1669, au contrat de mariage de Françoise de Sainte-Colombe, habitant Rue de Bétizy à Paris, à Jean Varin « bourgeois de Paris ». Le père de Francoise, présumément le grand gambiste Jean de Sainte Colombe, avait également été témoin au mariage de Nicolas Caron en 1658. Nicolas touche les orgues de Saint-Thomas du Louvre et de l'église Sainte-Oppurtune (Dunford 1995.07, et, ou, puis, Dunford 2023.11.10). Pourrait-il être apparenté à une Dame Nicole de Caron ?

« Dès 1634, c'est le catéchisme, et non la doctrine, que fonde à Paris, dans l'église Ste Opportune, tous les dimanches, Dame Nicole de Caron [Viguerie 1976, p. 370, note 64. A.N. S 6840 fol. 15 r°]. »

En 1643, le prénom du luthiste Robert Carron est donné au fils de Marie Carron dont il est le parrain.

« Du jeudi 21 mai 1643, Robert, fils de René Leconte, agent du bureau des affaires des marchands merciers, et de marie Caron, demr. [demeurant] rue quincampoix, P. [Parrain] Robert Caron, Joueur de luth, demr [demeurant] rue des fossés St. Germain, par [paroisse] St Sulpice ; M. [marraine] Anne Miot, fe. [femme] de Augustin [sic], brodeur et valet de Chambre du roi, demt. [demeurant] rue des bons enfants. St Jacq [Jacques] la boucherie n°. 26 [Collaboration de Corinne Vaast pour le repérage du document dans le Fichier Laborde et autres notes de recherches sur Marie Caron. Collaboration de François-Pierre Goy, le 17 juin 2018, pour la référence au document numérisé, web ou pdf, ainsi que l'identification d'Anne Miot, web ou pdf, femme d’Augustin Delaporte inhumé le 17 décembre 1644, web ou pdf]. »

Cette famille ne semble présenter aucun lien de parenté avec les organistes Caron reliés aux Sainte-Colombe. Le luthiste Robert Carron ne semble pas non plus apparenté au guitariste François Carron qui habitait rue des Fossés Saint-Germain en 1655.

« J'ai le regret de vous informer qu'aucun des instruments de recherche élaborés au Minutier central, concernant l'histoire de la musique au XVIIe siècle (publications ou fichiers manuels), ne mentionnent le nom de ce musicien [Robert Carron]. Vous trouverez cependant dans le fichier Musique du CARAN, deux références à un nommé François CARRON, qualifié maître de musique et maître joueur de guitare (11 juillet 1655, ET/LIII/15 et 15 juillet 1655, ET/LXX/151). Si ce personnage est apparenté à Robert CARRON, ces deux actes pourront peut-être vous offrir des pistes de recherche [collaboration de Françoise Mosser suivie de celle de Corinne Vaast pour la photocopie des actes]. »

Quant aux Caron de la Nouvelle-France, aucun lien de parenté ne peuvent être établis avec le luthiste parisien, que ce soit Robert Caron fils de René Édouard Caron de La Rochelle, né en France vers 1617, mort le 8 juillet 1656 à l'Hôtel-Dieu de Québec, ou son fils Robert Caron, né le 20 février 1647 en Normandie, mort le 30 avril 1714 à Beaupré (collaboration de François-Pierre Goy, 25 août 2000, qui a compulsé ces données biographiques d'après plusieurs sites internet). Ni le Dictionnaire biographique du Canada, ni le Bulletin des recherches historiques (BRH), ni Landry 1979 ne nous éclairent davantage, hormis la présence des obscurs Jean et Simon Caron domestiques au Collège des jésuites de Québec en 1667 (Jetté 1983, p. 199-202).

Jean Lepautre, Homme estans à la promenade, 1670-1682, etching with some engraving, 302 x 198 mm, British Museum 1886,1122.61.

Albert Jouvin de Rochefort, Paris et ses environs, 1672, détail du couvent des Doctrinaires, rue des Fossés Saint-Victor, voisin du collège des Écossais (BNF Gallica).

Comme la somme de 200# léguée à Robert Carron est prise sur la portion restante du legs aux Doctrinaires, on peut présumer ce luthiste était bien connu du « R.P. Charles provincial desdits R.P. de la Doctrine chrestienne ». Et, que ce père Charles était tout aussi bien connu de Maionneuve ! Il s'agit dont très probablement du père Charles Gautherot qui est recteur du couvent Saint-Charles de la province de Paris en 1675-1678, puis général recteur des Pères de la doctrine chrétienne en 1678-1682 (collaboration de Corinne Vaast, photocopies de Viguerie 1976, p. 129 et 131).

Pourrait-on émettre l'hypothèse de liens privilégiés entre cette communauté et le luthiste Robert Carron ? Pourrait-on supputer que ce luthiste y accompagnait les services religieux et liturgiques ? Ou enseignait le luth à leurs élèves ? Ou bien résidait chez les Doctrinaires (collaboration de Stéphane-D. Perreault) ?

L'enseignement des Doctrinaires incluait bien sûr la religion, les lettres humaines et la philosophie, mais aussi la rhétorique et le théâtre. Viguerie 1976 ne fait aucune mention aux mots arts, ni musique, à l'index analytique ou à la table des matières. Par contre, le théâtre scolaire était une activité importante qui est développée sur plusieurs pages. L'index des noms de lieux se réfère à plusieurs entrées concernant le couvent Saint-Charles-Borromée de Paris. Son établissement et sa fondation, en 1626-1629 dans l'ancien Hôtel de Verberie, « dans un espace circonscrit par la rue des Fossez St. Victor à l'Ouest, la rue des Boulangers au Nord, et la rue St Etienne au Sud, dans le faubourg St Marcel et sur la paroisse St Médard [Viguerie 1976, note 80. À l'emplacement des numéros 69 à 75 de la rue actuelle du Cardinal Lemoine (J. Hillairet, Dictionnaire des Rues de Paris, Paris, 1963, t. I, p. 272)]. C'est un quartier de petites gens, d'artisans et de jardiniers [Viguerie 1976, p. 72-73] ». Cet établissement exerce des fonctions de résidence et de noviciat (Viguerie 1976, p. 89). Plusieurs données sont fournies sur les élèves, leurs origines, leurs âges, leurs professions, leur vie au collège, les costumes des pères, les revenus de la communauté, les messes et les saluts, les livres de prière, la bibliothèque, les dévotions, la prédication.

Prêtre de la doctrine chrétienne en France (Hélyot 1714-1719, t. 4, p. 232).

Gérard Edelinck (1640-1707) d'après Jean-François de Troy (1645-1730), Charles Mouton luthiste (1626 - après 1699), eau-forte, 580 mm, Paris Musée de la musique E.01102.

« Monique Rollin émet l'hypothèse que le luthiste Charles Mouton aurait pu être engagé par les Jésuites comme maître de luth (Rollin 1991, p. XXII-XXIII). Donc pourquoi pas Carron avec les Pères de la doctrine chrétienne ? L'argument de Monique Rollin est justement que Mouton, en 1692, habitait rue Saint-Antoine, où se trouvait la maison professe des Jésuites. Donc, à l'inverse, cela appuie l'hypothèse que Carron, au service des Pères de la doctrine chrétienne, aurait habité chez eux [collaboration de François-Pierre Goy, 28-29 août 2000]. »

« Après avoir vanté les qualités professionnelles et artistiques du dédicataire [Charles Mouton], P. Dominique nous le fait découvrir sous un nouvel aspect. Il est animé, dit-il, d'un "zele ardent [à] loüer le Seigneur... [qui,] presidant en touttes [ses] pieces [le] fait distinguer parmi ceux de nôtre siecle". Il préfère ainsi "a un vain applaudissement des hommes l'esperence d'une récompense digne de [ses] travaux". L'auteur poursuit : "Qui donc apres cela pourroit estre surpris de ce qu'un celèbre Chapitre [le dictionnaire Furetière du XVIIe siècle, réédition par Le Robert en 1978, définit ainsi le chapitre : communauté des ecclésiastiques qui desservent une église ou collégiale ; est aussi l'assemblée que tiennent les chanoines, les religieux, et les ordres militaires pour délibérer de leur affaires et régler leur discipline ; lieu où se tient cette assemblée de chanoines, religieux, ou chevaliers] vient d'enfanter une nouveauté pour s'assurer une possession si rare. Le titre qu'ils [lui] ont accordé quelqu'extraordinaire qu'il paroisse est moins glorieux [pour lui] qu'il ne leur est avantageux...". Ainsi arrivé au faîte de la gloire, mais refusant les honneurs, Mouton nous est montré comme un chrétien fervent qui, de même que la plupart des poètes de son temps, a consacré une part de sa vie et de son œuvre à l'expression d'un foi sincère. Mais quel est donc ce célèbre chapitre heureux et fier d'accueillir un musicien comme Charles Mouton, pour participer aux activités musicales de son église collégiale ou de son couvent ? Quelle nouvelle charge a-t-on créé pour lui, quel titre "extraordinaire" lui a-t-on accordé ? Nous n'avons pas pu recueillir de renseignements précis concernant cette période de la vie du luthiste, mais nous voudrions toutefois formuler une hypothèse. Serait-il possible que les jésuites aient, une fois encore, exercé quelqu'influence sur la carrière d'un luthiste éminent comme Charles Mouton (Cf. Œuvres de Pierre Gautier dans ce Corpus, éd. C.N.R.S., 1984, pp. XIII et ss.) ? Rappelons qu'à cette époque, "les jésuites sont plus puissants... que jamais..." écrit Madame de Sévigné en 1678 [collaboration de Corinne Vaast, copie de ce texte tiré de Rollin 1991, p. XXII). »

L'hypothèse que Robert Carron ait été au service des Doctrinaires est d'autant plus alléchante que Viguerie 1976 démontre que leur intérêt pour le théâtre venait d'une imitation et d'une concurrence avec les collèges des jésuites. Corinne Vaast a repéré des références à des manuscrits de musiques, postérieurs semble-t-il au décès de Paul Chomedey de Maisonneuve, qui faisaient partie des bibliothèques des Doctrinaires et qui sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque municipale de Toulouse ou à la Bibliothèque nationale de Paris (Viguerie 1976, p. 652-653, notes 95, 97 et 115).

« J'ai fait quelques recherches dans notre "fonds Montauban", mais en fait, nous n'avons rien sur la musique, ni sur Chomedey ou Robert Carron. Ce fonds contient essentiellement des ouvrages de théologie ou de littérature classique. À la Révolution française, en 1789, les bibliothèques d'établissements religieux ont été confisquées et les fonds redistribués dans les grandes bibliothèques publiques (Bibliothèque nationale et bibliothèque de la Sorbonne dans un premier temps). Les bibliothèques qui ont bénéficié de ces confiscations révolutionnaires se sont retrouvées, parfois, avec des livres en double, en triple exemplaire ou davantage. Les livres en plusieurs exemplaires ont été alors redistribués à diverses bibliothèques françaises. Lorsque la Faculté de théologie protestante de Montauban s'est créée au XIXe siècle, la bibliothèque de la Sorbonne a donné un certain nombre de livres à la bibliothèque de cette toute nouvelle Faculté (livres provenant de ces fameuses confiscations révolutionnaires). Cette Faculté de théologie a fermé au début du XXe siècle et les livres qui y étaient conservés ont été déposés à la bibliothèque universitaire de Toulouse. C'est ainsi, que nous nous sommes retrouvés les heureux possesseurs de livres anciens ayant appartenu à divers instituts religieux parisiens, dont, entre autres, quelques livres issus du couvent des Pères de la doctrine chrétienne. Les autres livres du couvent des Pères de la doctrine chrétienne se trouvent très certainement à la Sorbonne, peut-être aussi à la Bibliothèque nationale et sans doute dans d'autres bibliothèques publiques françaises [collaboration d'Agnès Bach]. »

Si le luthiste Robert Carron est la même personne que le luthiste Robert Caron qui assistait à un baptême en 1643 (Brossard 1965, p. 54), et qui demeurait alors rue des Fossés-Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice, il serait donc âgé d'une soixantaine d'années en 1676, donc du même âge que Maisonneuve. Il pourrait alors être un ami personnel et intime qui de surcroît pourrait partager aussi les mêmes convictions religieuses, de même que la passion du luth et de ses musiques qu'elles soient civiles ou religieuses. Les recherches dans les fonds et les archives de cette communauté permettraient peut-être de corroborer ces hypothèses.

Willem Peeters, after Cornelis de Wael, published by Alexander Voet I, Auditus Series The Five Senses (détail),
1660-1675, 227 x 297 mm, British Museum Sheepshanks.7637.

Collaboration de Corinne Vaast 1-3 février 2001.

Dans le catalogue de la bibliothèque des Pères de la docrine chrétienne on trouve des merveilles, non soupçonnées par Viguerie 1976. Jérome de Chomedey y figure, en tant que gentilhomme, conseiller de la ville de Paris et traducteur d'un ouvrage de François Guichardin, Histoire d'Italie, ouvrage populaire souvent réédité (Paris 1567 ; Paris, B. Turrisan, 1568 ; Paris, M. Sonnius, 1577 ; Lyon, P. de Saint-André, 1577 ; Genève, les héritiers de E. Vignon, 1593 ; Paris, J. Orry, 1612). Le f°4r° reproduit un Sonnet à Chomedey écrit par Pierre de Ronsard. Il faut d'ailleurs s'interroger sur le pourquoi et le comment de cet ouvrage dans la bibliothèque des Pères : pourrait-il avoir été donné par Paul de Chomedey ? Jérôme (Hiérosme) était en effet le grand-père de Paul. Son épouse, Madeleine Tanneguy, avait une mère d'origine italienne, une de la Croce, ce qui pourrait expliquer son intérêt pour l'histoire de l'Italie. Jérôme a en outre publié la traduction de plusieurs ouvrages de Salluste (La Guerre Jugurthine, Paris, A. L'Angelier, 1541 ; L'Histoire de la conjuration de Catilina, Paris, 1575 ; Avis donné à Jules Coesar à l'issuë de la bataille de Pharsale, Paris, 1582 ; BNF ; Daveluy 1965, p. 119-120).

François GUICHARDIN, Jérôme CHOMEDEY (trad.), ‎Histoire des guerres d'Italie, Advenue sous les règnes des Rois très-chrétiens Charles VIII. Louis XII. & François I, Paris, Pierre Le Mur, 1612 (web ou pdf).

Se touve également dans la bibliothèque des Doctrinaires, grâce à deux entrées, de la musique (Catherine Massip le conservateur géneral du département de la Musique a salué cette découverte) : Airs de dévotion à deux parties du Père François de Berthod religieux de l'Observance, sur la musique de Michel Lambert (1610-1696).

« Quand Michel Lambert, en 1656, le Pére François Berthod cordelier, entreprennent de publier un Livre d'airs de dévotion à 2 parties ou Conversion de quelques-uns des plus beaux de ce temps en Airs spirituels, ils ne songent qu'au salut de nombreuses religieuses ou dévotes qui désirent faire de la musique sans offenser Dieu [Massip 1999]. »

Nous pouvons supposer que Paul de Chomedey et Robert Carron aient joué ces airs à 2 parties. Jouer des airs de dévotion sur un des instruments de la vanité est pratiquable.

Le musicien Michel Lambert fut tuteur de Gaston d'Orléans, le frère Louis XIII. Chanteur et pédagoque, il fut l'un des plus importants compositeurs d'airs de la seconde moitié du XVIIe siècle et il influença des auteurs d'opéras de son époque. Il composa aussi des pièces en trio pour les violons, flûtes ou hautbois (Amsterdam, Estienne Roger, 1700).

Massip 1999.

Dans le catalogue des Pères de doctrine figurent d'autres religieux et musiciens et, dans une autre entrée, de nombreuses comédies et tragédies latines et françaises données le plus souvent dans les colléges jésuites à Paris et en Province, mais aussi dans ceux des Péres de la doctrine. Et à Paris, au séminaire Saint-Charles, a été donnée en 1659 la tragédie sainte Daniel délivré, entre autres exemples fort nombreux. Il y a toujours plus : ont été données des tragédies ballets, avec des ballets dansés durant ces tragédies.

On ne sait si Robert Carron y joua, mais il est raisonnable de penser que la pratique du luth partcipait de la bonne éducation des Doctrinaires et que Robert Carron, tout en demeurant rue des fossés Saint-Germain, enseignait cette pratique au séminaire Saint-Charles.

Concernant ces musiques, il ne s'agit malheureusement que de références. Celles des tragédies données dans les collèges des jésuites et autres ordres a été en grande partie perdue. Cependant, le catalogue de la bibliothèque des Doctrinaires indique, dans une sous-section musique, des traités de musique et des oeuvres : messes à 4 et à 5 voix, celles de Charles D'Helfer, celle de Le Tellier ; des oeuvres de Desmarets et des airs de dévotion, ceux de François Berthod - Michel Lambert (BNF, réserve du Département Musique), de Mathieu-Artus aux Coustiaux, des airs à 3 voix. La partie de basse pouvait se jouer au luth. Dans l'intimité, Paul Chomedey et Robert Carron ont dû également jouer du Etienne Moulinié, entre autres.

Sous le règne du jeune Louis XIV, les comédies ballets se multiplient dans les décennies de 1660 et 1670. Celle de La Princesse d'Élide, qui eut lieu en 1664, fut gravée par Israël Silvestre en 1673 (web ou pdf).

Israël Silvestre 1621-1691, Saint Sulpice, Bibliothèque municipale de Lyon F17SIL004174.

Robert Carron, joueur de luth, bourgeois de Paris demeurant rue des fossés Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice en novembre 1676, est le même que Robert Carron présent lors du baptême du fils de René Lecomte, son beau-frère. Dans sa paroisse de Saint-Sulpice, Robert Carron a pu croiser le génial compositeur pour luth Jacques Gallot et l'organiste de la paroisse Guillaume Nivert et d'autres musiciens plus obscurs comme Étienne-Mathieu de Sauzea, demeurant rue des Cannettes et son épouse pour laquelle Monsieur de Sainte-Colombe a composé la Caligie. Turmeynies demeurait également dans cette paroisse sur une rue connue aujourd'hui sous le nom de l'ancienne Comédie. Les sulpiciens ont donc certainement joué un rôle entre tous ces personnages liés à l'histoire de Montréal. Robert Carron sera également présent lors du mariage du serviteur de Maisonneuve, Louis Fin avec Françoise de Coin, le 23 juin 1677. À ce mariage sera présent tout un réseau de dévots, dont Nicolas Raisin, avocat au Parlement de Paris. Nicolas est le frère de Marie Raisin qui partit de Troyes en 1659 avec Marguerite Bourgeoys pour fonder la Congrégation de Notre-Dame à Ville-Marie (DBC). Les Raisin sont originaires de Troyes et comptent parmi les leurs d'importants comédiens et comédiennes qui ont côtoyé Molière : chez les Raisin il y donc des dévots et des comédiens. Turmenyes, qui appartient à ce réseau, est l'exemple parfait du dévot parisien et non un simple administrateur de biens.

Un autre personnage, qu'il faudrait mieux documenter, faisait probablement également partie de ce réseau. On trouve en effet plusieurs lettres de direction de conscience envers la Mission canadienne par le Père Hercule Audiffret (1603-1659), qui avait été Supérieur de l'ordre des Péres de la doctrine chrétienne (Audiffret 1668, 1675, 1974, 1975).

Les exceptionnelles trouvailles de Corinne Vaast permettent de mieux connaître le luthiste Robert Carron de même que le réseau qui le reliait à Maisonneuve, aux dévots et aux Doctrinaires. Ainsi fait jour tout un pan méconnu de l'activité musicale parisienne ! Ce riche réseau n'a donc probablement pas fini de nous étonner. Toutefois, on ne peut que conjecturer sur les relations entre le luthiste Robert Carron et Paul de Chomedey. S'agit-il d'une forme de mécénat musical accordé par le sieur de Maisonneuve à ce musicien qu'il devait bien apprécier ? Doit-on plutôt imaginer Chomedey délaissant la pratique de son instrument, étant donné qu'il est malade, au profit de son audition sous les bons offices de Robert Carron ? Ou bien est-ce des arrérages sur des leçons de musique pour un retraité qui veut meubler ses loisirs ? Ou bien d'autres liens amicaux, familiaux, professionnels ou financiers ? Ou bien des jeux musicaux à deux luths ? Ou bien un financement de ses activités chez les Doctrinaires ?

 

Inventaire après décès.

Le procès verbal des scellés a été publié par Édouard-Zotique Massicotte en 1916 d'après les transcriptions du document original effectuées par A. Léo Leymarie en juin 1913 (Massicotte 1916.05, se référant à Paris, Archives nationales, Minutier central, Y, 15728). Pour l'inventaire, nous utilisons la transcription publiée par Stéphane-D. Perreault, Jean-Claude Dubé et Denis Samson, mais seulement la partie qui concerne l'évaluation des biens matériels (CHM 1996, p. 83-98, Aumont et Mousnier, notaires, Paris, Archives nationales, Minutier central CXII, 164, 11 septembre 1676). Ces documents sont fort riches, mais pas toujours évidents à interpréter, les séquences d'inventaires étant souvent découpées en plusieurs portions, avec descriptions incomplètes, répétitions, contradictions, incohérences. Les intéressés consulteront leur transcription par ordre chronologique réunissant les portions disparates des deux documents. Leurs mentions éparses sont regroupées ci-dessous en grandes thématiques, l'objectif étant de connaître le milieu de vie de Chomedey à son décès et la place qui occupe son luth.

DÉCÈS ET RAISONS DE L'INVENTAIRE

Maisonneuve décède à Paris, le mercredi 9 septembre 1676 à 21h. Aussitôt, les scellés sont apposés sur ses biens, car sa nièce se réclame les droits d'héritage. Habituellement identifiée comme Marie « Bouvot », sa signature est interpétée par Michèle Bimbenet-Privat comme « Bonnot », doubles graphies qui seront donc rapportées selon les sources.

Archives nationales de France, Minutier central, Étude CXII, liasse 164, notaire Bernard Mousnier, 26 septembre 1676, Deslivrance de legs, et compte dexecution testamentaire de la succession de Paul Chomedey de Maisonneuve.

Un inventaire des biens est donc dressé. Les documents découlant de cette contestation permettent de reconstituer l'habitat domestique de Maisonneuve à la fin de sa vie et d'y évaluer la place qu'y occupait son luth.

« L'inventaire est rendu nécessaire par les prétentions de Dame Marie Bouvot, nièce de Maisonneuve, qui se déclare "seule habile à se dire et porter héritière du deffunt Paul de Chomedey". Pourquoi cette prétention ? Dans son testament, Maisonneuve ne donne rien à ses héritiers légaux dont sa nièce Marie Bouvot, fille de sa soeur Jacqueline. Celle-ci a contexté le testament mais Maisonneuve avait pris ses précautions, son ami et exécuteur testamentaire Philippe de Turmenyes a veillé à son exécution [CHM 1996, p. 84]. »

Est pareillement comparu, dame Marie Bonnot, femme séparée quant aux biens d'avec Mr Bernard Baraillon, escuyer, seigneur de Neufville et autres lieux, demeurant rue Masarine, paroisse St Sulpice habile à se dire et porter héritière dud deffunt, sieur paul Chaumedé sieur de Maisonneufve, son oncle, assisté de Me Louis de Villeneuve, son procureur [...] et estime que l'inventaire doit estre fait à sa requeste, comme seule et unique préseumptive héritière de tout ce qui se trouvera en évidence soubs nos scellez.

Jean Mariette, La complexion sanguine de la série Les quatre tempéraments, 1690-1720, eau-forte, 340 x 220 mm, British Museum 1996,1103.98.

Les ruines de l'Hôtel de ville de Paris où était conservé l'un des deux exemplaires de l'État civil parisien, gravure parue dans L'Opinion publique, 13 juillet 1871, p. 337.

L'église Saint-Étienne-du-Mont et l'abbaye Sainte-Geneviève, Topographia Galliæ, 1655, Reims, bibliothèque Carnegie (Wikipedia). Sur Jouvin 1672, cette église est sise à proximité du logis de Chomedey.

FUNÉRAILLES : quelle est donc la source du document transcrit par Leymarie 1926b ? Les deux exemplaires des archives de l'état civil parisien ont été brûlés en mai 1871 lors des incendies allumés par la Commune (collaboration de Michèle Bimbenet-Privat, référence à Gasnault 1997).

Leymarie a pu utiliser cet ouvrage publié avant la perte de ces registres paroissaux : « état civil de Paris, paroisse Saint-Etienne-du-Mont, 10 septembre 1676 [collaboration de Corinne Vaast, 3 février 2001, se référant à Faillon 1865-1866, p. 116]. »

Le Fonds Leymarie (Archives nationales du Canada MG 30 D 56) pourrait peut-être fournir des informations supplémentaires ; Stéphane-D. Perreault en a tracé une fort éloquente évaluation (CHM 1996, p. 69-81, inventaire inédit photocopié). Il faudrait peut-être aussi vérifier les archives de l'Archevêché de Paris, inaccessibles pour cause de travaux lors de notre passage.

Le jeudi dixiesme [septembre 1676] fut transporté en l'Église des Pères de la Doctrine chrétienne Paul de Chomedey, escuyer, Sieur de Maisonneuve, gouverneur de l'Isle de Montréal en la Nouvelle France, près le fossé entre les portes S. Marcel et S. Victor, en présence du soussigné. Royer.

CHM 1996, p. 39, ne précise pas la source de ce document qui est donnée dans Leymarie 1926b, p. 211, note 3 : "Registre paroissial de Saint-Étienne-du-Mont, septembre 1676".]

A.-Léo Leymarie (1876-1945) était un historien méticuleux qui donnait des références très précises aux fonds d'archives consultés. Or, il se réfère bien au « Registre paroissial de Saint-Étienne-du-Mont » pour sa transcription de l'acte d'inhumation de Paul de Chomedey. Jean-Paul Maillard, le sacristain de cette paroisse, nous a gentiment donné accès aux archives. Mais les plus anciens registres de baptême qui y sont conservés remontent à 1795, alors que les plus anciens registres de décès datent de 1834. Actif dans cette paroisse depuis vingt-et-un ans, il a succédé au précédent sacristain qui y a officié pendant quarante ans. Ni lui, ni son prédécesseur, ne connaissaient donc de registres plus anciens depuis 1940.

LOGEMENT : on y monte à une première chambre, l'entresol, le premier des deux étages du logement où Chomedey est décédé. D'après son testament, Chomedey était au lit malade. Une garde était à son chevet en la personne d'Anthoinette Hardelet, veuve de Charles Taconnet.

sur le fossé d'entre les portes Saint-Marcel et Saint-Victor, en une maison nouvellement bastie sur le devant et deppendant de la maison des Pères de la doctrine chrestienne ou estans monté en une première chambre ou entressolle ayant veue sur ledit fossé et sur la cour des Pères de la doctrine chrestienne

sieur de Maisonneuve, cy devant gouverneur de lisle de Montréal en la Nouvelle France, estoit deceddé en ladite chambre où nous sommes il y a une heure ou environ

Voir aussi :      ◊ Chez les Pères de la doctrine chrétienne ou Doctrinaires.

Albert Jouvin de Rochefort, Paris et ses environs, 1672, détail du couvent des Doctrinaires rue des Fossés Saint-Victor (BNF Gallica).

Abraham Bosse, Le Barbier, vers 1632-1633 (Courtin 2019 se référant à BNF, RESERVE FOL-QB-201 (29). Recueil. Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’Histoire de France. Tome 29, Pièces 2507-2592).

Dessin de Grégoire Huret, gravé par Jean Couvay, édité par Pierre I Mariette, La nuit, planche pour la suite des heures du jour, 1634-1640, estampe, burin, 28,8 x 20,6 cm (feuille), BNF Gallica.

LITS de Chomedey et de son serviteur Louis Fin, mais pas de trace du lit cabane mentionné par Marguerite Bourgeoys en 1671.

Le lit de Chomedey est la pièce de mobilier la plus chère de l'inventaire. Les gravures de Huret et de Bosse permettent de se faire une idée d'un lit à hauts piliers du XVIIe siècle garni de sa literie, de ses rideaux et de son ciel.

Il n'est pas étonnant qu'un noble militaire et colonisateur, qui a certainement mal dormi toute sa vie sur d'inconfortables couches dans le froid, veuille s'accorder le luxe d'un chaud lit aristocratique à sa retraite, d'autant plus qu'il dort seul, ayant fait vœu de chasteté. D'où les plumes, les soieries et les fourrures qui ornaient ce lit et le réchauffaient.

il nous est apparu du corps mort dud. deffunt estant sur une paillasse

Un lit à haut pilliers avec matelas, lit de plumes, traversin et couvertures et son autour de meschante tapisserie de Bergame

Item une petitte couche a hauts pilliers garnie de soyes [fourrures ?] dossier paillasse mattelas couvert de futenne remply de Bourlaniste d'un lit et un traversin et Couty remply de plumes une couverture de laine blanche Deux rideaux une bonnegrace au dossier de petitte tapisserie

sept draps de toille de chanvre de deux lits [?] chacun dont aucuns sont élimés


un meschant lit dans lequel couche ledit Fin

Item une paillasse un mattelas de Bourlanisse couvert de toille peinte un petit oreiller couvert de tapisserie une couverture de laine verte et deux morceaux de tapisserie en couverture sur led lit le tout tels quels prisés ensemble huict livres cy... biii #

dans l'inventaire des meubles ont esté compris un meschant lit dans lequel couche ledit Fin et un habit de droguet gris réclamé par ledit Fin, lesdits meubles et choses inventoriez du consentement des parties sont demeurez à la garde dudit Fin

• Bourrelanice : qui est de laine ; il n’a d’usage qu’avec le mot bourre ; une espèce de bourre qui sort de la tonture du drap, et dont on fait des matelas (Dictionnaire de l'Académie).

• Bourrelanisse : laine qui se tire des draps quand on les prépare avec le chardon de bonnetier (Furetière 1690, t. 1, p. 312).

• Futaine : étoffe croisée et pelucheuse, de fil et de coton qui servait à faire des jupons, des doublures, des camisoles (CNRTL).

• Paillasse : la plus basse garniture d'un lit, faite de paille enfermée dans la toile, qui n'est ouverte que par le milieu. Un paillasse, un lit de plume et un matelas sont les garnitures des lits ordinaires (Furetière 1690, t. 2, p. 4).

Le lit illustré par Bosse est « en housse » ou « à pentes », un système simple de grands pans d’étoffe fixés autour du ciel et retombant d’un seul tenant sur chacun des côtés. Celui de Chomedey ressemble davantage à celui présenté par Huret, plus pratique, mais plus complexe et luxueux. Comme il n'a que deux rideaux, probablement parce qu'il est petit et que l'un des trois côtés, qui en sont habituellement dotés, devait s'appuyer contre un mur. Ces rideaux glissent sur des tringles cachées par des pentes fixées autour du ciel, à l'intérieur et à l'extérieur. Ouverts, ils sont cachés par une seule bonne grâce à la tête, mais par aucune cantonnière au pied. Une petite tapisserie orne le dossier. (Informatiions, descriptions, vocabulaires et dessins tirés de Courtin 2019.)

Rideaux

Pentes intérieures

Pentes extérieures

Cantonnières

Bonnes grâces

Dossier

• « À la découverte du patrimoine, les toiles de Bergame », Ouest-France, 2014.05.13 (web ou pdf). • Légende. • Légende. • Légende.

BERGAME : tapisserie grossière faite d'un tissu de laine, de fil, ou de cotton sur le métier, sans représenter aucunes figures (Furetière 1690, t. 1 p. 259). On en fabriquait en France dans plusieurs centres au XVIIe siècle (web ou pdf). On en recouvrait les murs avant l'invention du papier peint en Angleterre au XVIIIe siècle (web ou pdf). Elle était utilisée comme isolant thermique et décor mural. C'était l'élément de plus répandu du décor quotidien de l'habitat domestique à Montréal sous le Régime français, donc commune et de peu de valeur, surtout celle nommée de bergame (Vermette 1983).

Ces tapisseries de bergame permettent d'extrapoler les dimensions approximatives de cette chambre. En prenant pour acquis qu'elles étaient mises bout à bout pour couvrir tout le mur, le périmètre approximatif de la pièce serait d'environ 15,6 m (13 aunes x 1,20 m), auquel il faudrait ajouter 1 m pour une porte et 1 m pour une fenêtre. Avec plus ou moins 18 m de périmètre, une telle pièce pourrait avoir une superficie approximative de 4 x 4,5 m, soit 18 mètres carrés ou 180 pieds carrés. Il s'agit donc d'une pièce de dimensions moyennes, typique du genre d'habitat urbain, tant à Paris qu'à Montréal, à cette époque ou même encore aujourd'hui.

Un lit à haut pilliers avec matelas, lit de plumes, traversin et couvertures et son autour de meschante tapisserie de Bergame

cinq morceaux de tapisserie de Bergame, tendue en lad. chambre en entresolle

Dans la salle Sest trouvé quatre morceaux de tapisserie de Bergame

treize aulnes ou environ de tapisserie de Bergame en plusieurs morceaux faisant le tour de lad chambre

trois morceaux de tapisserie contenans environ six a sept aulnes

un morceau de tapisserie au devant de la cheminée

une table avec un meschant tapy de tapisserie

un tapis de table de tapisserie

Un siege playant garny de tapisserie de Bergame

France, Fourchette (recto et verso), 1661-1663, argent, 18 cm, 49 g, Louvre OA 9778.

ARGENTERIE, dans la salle du haut, comprenant seulement trois couverts, mais qui comptent tout de même parmi les trois biens les plus précieux de l'inventaire avec le lit garni et les livres. On conserve peu d'exemples de ces couverts du XVIIe siècle massivement fondus sous le règne de Louis XIV.

Item trois cuilluiers et trois fourchettes a trois fourchons le tout d'argent façon de Paris pesant ensemble un marc et trois onces prisés a raison de vingt sept livres le marc revenant aud prix a la somme de trente-sept livres deux sols six d cy... xxxvii # ii s bi d

ensemble des trois cuillèrs et trois fourchettes dargent dont deux avoient esté mis dans ledit coffre, lors de lapposition de nos scellez et lautre laissé en évidence

une cuillere, une fourchette dargent ayant esté mises dans lun des coffes, deux cuilleres et deux fourchettes aussy d'argent

IR un compas et un croissant, Couvert de voyage pliant, début XVIIe siècle,
argent anciennement vermeillé, 15,2 cm, 39,5 g, Écouen Musée de la Renaissance (web ou pdf).

Venise, Petite cuiller, 1671-1714, argent, 12 cm, Louvre OA 9822.

 

Cuisine, salle à dîner, chambre, Montréal Château Ramezay.

Le MOBILIER de Chomedey lui permettait de servir plusieurs personnes à table, le tout arrosé de vin en futaille.

ÂTRE

une paire de chenets de fer a petites pommes de cuivre

une paire de chenets de fer a petittes pommes de Cuivre rompues pelle et pincettes cremaillere de fer

une pelle a pincettes de fer

un tourne broche et un petit miroir

une broche avec le tournebroche garni de ses poids de gres en poudre et cordage

une poesle avec un trepier une leche fritte un souflet

deux chaudrons de cuivre jaune garnis de leurs anses de fer

TABLES ET CHAISES

une table de bois de sapin

une table avec un meschant tapy de tapisserie

Une petitte table telle quelle sur son chassis

deux tables quarres [l'une] sur son chassis l'autre brisée aussy sur son chassis

six petites chaises couvertes de vieille tapisserie de [...]

six pettittes chaises a dossier couvertes de tapisserie de gros point

Deux chaises de paille

Nappes et serviettes sont sous clé avec le LINGE.

Chaise pliante en X latéral, XVIIe siècle,
Lyon, Musée de Gadagne.

Le Blond d’après Abraham Bosse, Le bal, vers 1634, eau-forte et burin,
215 x 312 mm, BnF ou Gallica.

SIÈGE PLIANT qui aurait très bien pu servir tant pour les repas que pour la pratique du luth. Ce terme peut aussi bien désigner une CHAISE qu'un TABOURET. « Selon Havard le terme de siège "ployant" semble apparaître au début du XVIIe siècle (Havard I, 654). [...] C'est, semble-t-il, à cette époque, une chaise pour les repas [Reyniès 1987, p. 46-47, 58-59 et 74]. »

Un siege playant garny de tapisserie de Bergame

VAISSELLE ET VARIA


Douze assiettes huict plats, une salliere deux petits flambaux une petitte tasse partie destain sonnant et le surplus destain commun pesant ensemble trente livres

environ dix ou douze livres destain

 Vaisselle en étain, aiguières, pichets, plats, assiettes, bougeoirs, gobelets, 17e-18e siècles, France, Bourgogne-Franche-Comté, Côte-d'Or, Moutiers-Saint-Jean, Hôpital Saint-Sauveur (web ou pdf).


un chandelier de gros cuivre

 France ou Espagne, Chandelier, XVIIe siècle, bronze, 34 x 15,7 cm, Antiquités Olivier Alberteau.


deux miroirs garnis de lrs borduress l'un de bois noircy et l'autre de bois de noyer


Une futaille en vidange

TABLETTES ET CLOISON

trois planches servantes de tablettes et unze planches avec une porte composée de deux aix fermantes a clef servantes de cloison

Les trois tablettes devaient former une étagère.

« Furetière (1690) définit deux types de "tablettes", la tablette à plusieurs planches servant à mettre "des livres, des curiositez, ou autres choses qu'on veut garder ou arranger", par opposition à la tablette à deux planches réunies par des colonnes servant à mettre des "petits vases et bijoux". Hache fils, entre autres, annonce des "tablettes pour mettre les livres" (Salverte, 5e éd., p. 151). On trouve de nombreuses étagères murales dans l'iconographie du Moyen Âge et au XVIIe siècle. Les rayons sont préservés par un rideau [Reyniès 1987, p. 600]. »

Les onze planches et la porte faite de deux planches fermant à clef devaient former une cloison rudimentaire pour diviser la pièce.

Anonyme Pays-Bas, Homme assis à son bureau, 1676, huile sur bois, 0,68 x 0,52 m, Louvre RF 2857.

CABINET se réfère à plusieurs meubles plus ou moins grands et luxueux pour le rangement de divers objets précieux et composés de nombreux tiroirs et / ou de portes (Reyniès 1987, p. 650-655). Celui de Maisonneuve était petit, fait de planches de sapin et donc d'apparence rustique, avec une serrure et une seule porte.

serrure de la porte d'un petit cabinet fait d'ais de sapin, estant dans la chambre cy devant déclarée

lentrée de serrure dun petit cabinet fait avec des ais de sapin, estant en ladite chambre, a costé du lit, a esté continué linventaire des livres et autres meubles estans dans ledit cabinet, ce fait, en avons tiré une petite cassette, couverte de cuir noir, ensemble un sac de papiers, à linventaire desquels a esté procédé dans la chambre ou entresolle, estant a costé dudit cabinet dans lequel sest aussy trouvé quatorze pistolles d'Espagnes et deux escus dargent lesquels ensemble les papiers inventoriez et non inventoriez ont esté remis dans une petite cassette couverte de cuir noir trouvée dans led. cabinet

L'ais est une pièce de bois de sciage longue et peu épaisse (Furetière 1690, t. 1, p. 67).

Au milieu du XVIIIe siècle à Montréal, la fondatrice des sœurs grises Marguerite d'Youville (1701-1771 DBC) utilisait un meuble semblable pour sa garde-robe et un bassin lavabo. Palardy le nomme bonnetière, terme non répertorié chez Furetière 1690 (t. 1, p. 295) et attesté que depuis 1928 (CNRTL web ou pdf). Le vocabulaire typologique de Reyniès 1987 regroupe, en terminologie actuelle, les catégories du mobilier domestique ancien. On y retrouve des exemples comparables sous l'appellation armoire bonnetière, en précisant de n'utiliser ce terme que lorsque la tradition locale est attestée (Reyniès 1987, p. 536). Au XVIIe siècle, l'armoire recevait les habits ou autres hardes, ces dernières étant des habits ou meubles portatifs pour la personne ou la chambre (Furetière 1690, t. 1, p. 148, et t. 2, p. 233).

France, Cassette rectangulaire, 1685-1700, cuir, 23 x 43 x 30 cm, Louvre OAR 308.

La dimension du « petit cabinet » de Chomedey peut difficilement être évaluée étant donné que les ais ou planches de sapin devaient exister en dimensions variables. Toutefois, il devait être assez grand pour y ranger des livres et « autres meubles », dont une petite CASSETTE couverte de cuir noir : « Richelet (1680) indique que la cassette est un "petit cofre couvert de cuir, ou d'étofe" et Furetière (1690) que c'est un "petit coffre portatif où l'on enferme ce qu'on a de plus précieux" (Arminjon 1984, p. 482). »

Meuble ayant appartenue à Marguerite d'Youville, XVIIIe siècle, bois, H. 6'6", L. 2'3", P. 1'2"3/4, [198,1 x 68,6 x 37,5 cm], Montréal, Hôpital général des sœurs grises (Palardy 1963a, n° 92).

Coffre avec deux pieds amovibles servant de supports, XVIIe siècle, bois, collection Girard, La Grand'Combe-Chateleu.

Malle ou coffre de bahut, milieu XVIIe siècle, bois recouvert de cuir et clouté, Dijon, Musée Perrin de Puycousin.

Malle ou coffre de bahut ayant appartenu à Marguerite Bourgeoys, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours - Musée Marguerite-Bourgeoys, Montréal.

COFFRE BAHUT — Aujourd'hui on utilise le mot « malle » pour désigner ce que l'on appelait au XVIIe siècle « bahut, coffre de bahut, coffre à sommier, coffre à trousser, cantine, coffre de campagne » qui servaient à ranger et transporter les vêtements ou autres objets. On les fabriquait en osier, en cuir ou en bois, recouvert de tissu, peau ou métal retenus par des clous (Reyniès 1987, p. 444-457). L'inventaire précise que celui de Maisonneuve fermait à clef, était carré, couvert de cuir et monté « sur ses deux pieds de bois ».

un coffre de bahut carré, couvert de cuir, l'inventorié du linge qui y estoit renformé, à lusage dud. deffunt

lentrée de serrure d'un grand coffre de bahut quarré couvert de cuir noir

un coffre quarré a une Serrure fermant a clef sur ses deux pieds de bois couvert de cuir noir

Voir : description de Marie Morin et dessin par Francis Back.

Attribué à Laurent Fauchier (1643-1672), Portrait d'homme jouant du luth,
vers 1657-1672, toile, 0,78 x 0,9 m, Louvre MI 1434.

LINGE — Le Blant 1959.09 (p. 269) trace ce portrait vestimentaire de Maisonneuve, tout à fait en accord avec celui dressé par Marie Morin et la reconstitution dessinée par Francis Back des vêtements portés par les premiers montréalais.

« Nous pouvons donc camper un Maisonneuve vêtu d'un vieux chapeau de feutre noir sur la perruque, d'un habit de droguet gris, c'est-à-dire d'une étoffe de laine de peu de valeur, d'un justaucorps marron, d'une culotte d'une couleur hélas ignorée, de bas de laine en tricot marron et de chaussons, l'aspect martial étant sauvegardé par l'épée et son ceinturon. »

Il faudrait y ajouter les chemises neuves et caleçons neufs, de même que quelques-uns usagés. Les nappes et serviettes utilisées à table sont sous clé avec le linge.

On retrouve le luth parmi cet inventaire du « Linge ». Cette proximité avec les vêtements indiquerait-elle une pratique quotidienne de cet instrument ?

un hauttes chausses en culotte et son justaucorps de droguet minime une aut hautte chasses en culotte un justaucorps aussy de droguet couverts de musc [?] et une serviette de rattine blanche

neuf chemises dont il y en a cinq de neuves cinq callesons dont trois neufs et deux vieils

led Fin a declaré que par led Testament del feu Sieur de maison neuve son maistre a ordonné qu'il luy fut dellivrée et laisses quelques chemises et habits qui peussent estre a l'usage dud le Fin

quatre paires de chosons une douzaine de Cravattes trois coeffes de nuict cinq paires de Chosettes neuf mouchoirs six torchons et un petit pacquet de menu linge

quatre vieux chapeaux de feutre noir une perruque une paire de bas de laine couleur de minime une espée avec son ceinturon

un morceau de toille neuve contenant environ quatre aulnes et demy

huict nappes huict serviettes de différentes toilles et grandeurs

ltem un luth dans sa boeste garny de ses cordes

Voir l'analyse détaillée de cette énigmatique gravure de 1546-1562.

Willem Peeters, after Cornelis de Wael, published by Alexander Voet I, Auditus Series The Five Senses, 1660-1675, 227 x 297 mm, British Museum Sheepshanks.7637.

Giuseppe Maria Crespi dit « Lo Spagnolo » (1665-1747), Bologne Italie, Femme jouant du luth, vers 1700-1705, huile sur toile, 121.3 x 153.0 cm (47 3/4 x 60 1/4 in.), Boston, Museum of Fine Arts, Charles Potter Kling Fund, 69.958.

LUTH DANS SA BOÎTE — Le luth de Chomedey était donc utilisé régulièrement et en état de jouer, puisqu'il était garni de ses cordes et que sa valeur est élevée. Étant donné qu'il est décrit en même temps que le linge, on peut en déduire qu'il se trouvait tout près du coffre de bahut où on rangeait les vêtements. Donc dans la chambre à coucher de Maisonneuve. Serait-ce uniquement là qu'il en jouait ? Maisonneuve a bien pris soin de son luth en le préservant dans un étui approprié. Selon Kenneth Sparr, il serait cependant beaucoup plus difficile de trouver une « boîte » ou un « étui », qui sont aujourd'hui beaucoup plus rares encore que les luths, mais qu'on peut se représenter grâce aux illustrations d'époque ci-dessus.

ART : Chomedey avait un goût pour les œuvres d'art, tableaux et gravures, dont probablement plusieurs étaient des images pieuses. On y trouve un autre objet d'art et de dévotion, une Vierge à l'enfant Jésus. Cette information est fort intéressante en ce qui concerne les matériaux des sculptures en terre cuite qui auraient pu être importées en Nouvelle-France et à Montréal au XVIIe siècle par les premiers colons.

quatre toilles peintes

Deux douzaines d'images en estampes

plusieurs estampes

une vierge tenant un petit jesus de terre cuitte façon de marbre

 Pierre Biardeau (1608-1671), Vierge à l'enfant, vers 1636-1671, terre cuite,
116 x 63 x 63, Angers Église Saint-Jacques (web ou pdf ; Wikipédia).

 Charles Hoyau (actif 1631-1644), Vierge à l'enfant, terre cuite,
64 x 39, Nantes Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul (web ou pdf).

LIVRES
Histoire
tomes
Espagne
2
Angleterre
3
Flandres
2
France
3
Rome
5
TOTAL
15
Religion
tomes
Oeuvres de Mr de Salles
2
Fleur des saints
2
Sermons de saint Chrysostome
3
Cathéchisme de Grenade
4
Guide des pécheurs
1
Combat spirituel
1
Office de la semaine sainte
1
TOTAL
14
Non identifiés
tomes
six autres livres tous lesquels sont reliés en veau in octavo
6
trente autres volumes de differente gradeur relies en parchemin
30
TOTAL
36
   
 

GRAND TOTAL DE TOUS LES LIVRES

65

LIVRES : 15 en histoire (23%), 14 en religion (22%) et 36 non identifiés (55%), pour un total de 65. Peut-on présumer que quelques-uns des ouvrages non identifiés puissent être des partitions musicales pour le luth, plus particulièrement quelques-uns de ceux de différentes grandeurs reliés en parchemin ? Chomedey a légué par testament ces livres à Philippes de Turmenyes qui en a pris possession suite au règlement de la succession. On devra donc les chercher chez ses héritiers.

Écritoire, XIXe siècle, bois recouvert de velours et métal argenté, Saint-Denis, Musée Bouilhet-Christofle (Arminjon 1984, p. 526-532).

Anonyme Pays-Bas, Homme assis à son bureau (détail), 1676, huile sur bois, 0,68 x 0,52 m, Louvre RF 2857.

ÉCRITOIRE que l'on trouve après la liste des livres, soit une espèce d'étui où l'on serre les choses nécessaires à écrire, particulièrement le canif, les plumes, l'encre et la poudre (Furetière 1690, t. 3, p. 987), près duquel pouvait se trouver la cire et ses accessoires pour les cachets.

une petitte escrittoire en forme de boeste facon de chagrin quatre petittes planches

On doit donc imaginer une petite écritoire en bois recouverte de cuir fin séparée en compartiments par quatre planchettes.

Les papiers composés de 19 items, non relevés ici, sont intéressants pour connaître les affaires de Maisonneuve.

 

La valeur du luth emporté par sa nièce.

Michiel van Musscher, Portrait de femme jouant du luth, 1680, huile sur toile, 44,8 x 38,9 cm, Musée des beaux-arts de Montréal 1927.350.

John Smith, after Sir Godfrey Kneller (UK Government Art Collection 15035), Arabella Hunt, 1706, mezzotint, 13 5/8 in. x 10 in. (347 mm x 254 mm) plate size, 14 in. x 10 3/8 in. (356 mm x 262 mm) paper size, National Portrait Gallery D11599.

Et apres avoir vacqué a ce que dessus jusques pres de sept heures les meubles inventoriés en la presente vaccation ont esté laissés en la garde et possession dud Fin qui s'en est chargé a l'exception dud luth que lad dame a déclaré luy appartenir et quelle a [ramené] et fait emporter

L'inventaire après décès décrit ce luth parmi les biens de Maisonneuve sans relever aucun autre droit de propriété particulier. Pourquoi alors Marie Bouvot déclare-t-elle qu'il lui appartient ? Cette réclamation est à mettre au même rang que ses prétentions générales à l'héritage de l'ensemble des biens de Maisonneuve. « L'inventaire est rendu nécessaire par les prétentions de Dame Marie Bouvot, nièce de Maisonneuve, qui se déclare "seule habile à se dire et porter héritière du deffunt Paul de Chomedey". Pourquoi cette prétention ? Dans son testament, Maisonneuve ne donne rien à ses héritiers légaux dont sa nièce Marie Bouvot, fille de sa soeur Jacqueline. Celle-ci a contesté le testament mais Maisonneuve avait pris ses précautions, son ami et exécuteur testamentaire Philippe de Turmenyes a veillé à son exécution (CHM 1996, p. 84]. »

En effet, il n'y aurait pas eu d'inventaire après décès sans la contestation de Marie Bouvot. On peut d'ailleurs présumer que la justice a suivi son cours en reconnaissant les pouvoirs et autorités légales de Turmenyes à titre d'exécuteur testamentaire, hypothèse confirmée par la récente découverte du document inédit de Deslivrance de legs, et compte dexecution testamentaire de la succession de Paul Chomedey de Maisonneuve. Le fait d'accaparer ce luth pourrait être interprété comme un « prix de consolation » alors que Marie Bouvot voyait l'ensemble de l'héritage lui échapper. Voyant la valeur du luth, et y ayant probablement un intérêt particulier, elle a peut-être fait valoir le fait que Maisonneuve le lui avait promis ? Ce serait étonnant que le luth lui ait appartenu. Si elle l'avait prêté à Maisonneuve, ce dernier n'aurait certes pas oublié de le mentionner à son testament comme il l'a fait pour plusieurs autres dettes et tout particulièrement pour le legs d'une somme de 200# au luthiste Robert Carron. Et si Maisonneuve ne lui a rien laissé en héritage, c'est qu'il ne devait pas être un de ses familiers. Quoiqu'il en soit, les parties présentes à l'inventaire et au procès-verbal n'ont pas contesté la réclamation de Marie Bouvot sur ce luth, révélant ainsi une entente tacite à le lui laisser, tant de la part de Turmenyes et de Fin qui étaient des intimes de Maisonneuve.

Ce faisant, la nièce de Maisonneuve Marie Bouvot, « femme séparée quant aux biens d'avec Mr Bernard Baraillon, escuyer, seigneur de Neufville [Neuville-sur-Vanne près de Troyes] et autres lieux », s'accaparaît derechef d'un bien précieux représentant 4,12% du total des biens meubles estimés ! Ce luth aurait-il été conservé en France par les descendants de cette noble dame qui résidait à l'époque « rue Masarine, paroisse St Sulpice » à Paris ? En effet, ce luth est un bien luxueux (n° 7 des biens les plus chers dans le tableau ci-dessous), puisqu'à lui seul il équivaut à la même somme que tout le mobilier de la petite salle basse tel que décrit plus haut. On peut comparer, dans le tableau ci-dessous, la valeur de ce luth en rapport avec chacun des autres biens. Notons encore que ce luth équivaut à 20% du salaire annuel du serviteur Louis Fin, à 12% du prix de location annuel de l'appartement du sieur de Maisonneuve ou à 2% de sa rente annuelle.

Rang selon le % de la valeur des biens inventoriés
Objets
#

sols
(20 sols = 1#)

deniers
(12 deniers = 1 sol)
total en # décimales

Valeur de ce bien par rapport au sous-total des biens inventoriés

Valeur du luth par rapport à ce bien
1
lit garni de soies et fourrures
40
-
-
40,00
16,47%
25%
2
65 livres (bibliothèque)
38
-
-
38,00
15,65%
26%
3
3 couverts en argent façon de Paris
37
2
6
37,13
15,29%
27%
4
7 draps de toile de chanvre
17
10
-
17,50
7,21%
57%
5
vaisselle : 12 assiettes, 8 plats, salière, 2 flambeaux, tasse d'étain
15
-
-
15,00
6,18%
67%
6
9 chemises 5 caleçons
15
-
-
15,00
6,18%
67%
7
table, 6+2 chaises, 3 tapisseries, 4 toiles, 12 estampes
10
-
-
10,00
4,12%
100%
8
luth dans sa boeste garny de ses cordes
10
-
-
10,00
4,12%
100%
9
Tapisserie de Bergame
8
-
-
8,00
3,29%
125%
10
lit garni
8
-
-
8,00
3,29%
125%
11
hauttes chausses en culotte et justaucorps
6
-
-
6,00
2,47%
167%
12
8 nappes 8 serviettes
6
-
-
6,00
2,47%
167%
13
1 étagère, 1 cabinet, 1 siège pliant
6
-
-
6,00
2,47%
167%
14
4 aulnes de toile
5
10
-
5,50
2,26%
182%
15
4 paires chaussons, 12 cravattes, 3 coiffes de nuit, 5 paires chaussettes, 9 mouchois, 6 torchons, menu linge
4
-
-
4,00
1,65%
250%
16
tournebroche
3
-
-
3,00
1,24%
333%
17
outils de foyer
-
40
-
2,00
0,82%
500%
18
2 miroirs
-
40
-
2,00
0,82%
500%
19
chaudrons, chandelier
-
30
-
1,50
0,62%
667%
20
2 tables
-
30
-
1,50
0,62%
667%
21
Coffre à serrure
-
30
-
1,50
0,62%
667%
22
4 chapeaux perruque, bas, épée et ceinturon
-
25
-
1,25
0,51%
800%
23
outils de foyer
-
20
-
1,00
0,41%
1000%
24
poêle, trépier, lèchefrite, soufflet
-
20
-
1,00
0,41%
1000%
25
Vierge tenant un petit jesus de terre cuite façon de marbre
-
20
-
1,00
0,41%
1000%
26
futaille
-
10
-
0,50
0,21%
2000%
27
écritoire
-
10
-
0,50
0,21%
2000%
sous-total
228
297
6
242,88
100%
argent liquide
160
-
-
160,00
-
6%
TOTAL
388
297
6
402,88
-
2%
Rente annuelle de Maisonneuve
500#
2%
Location de son appartement par année
81#
12%
Rente annuelle de son serviteur
50#
20%
Legs testamentaire au luthiste Robert Carron
200#
5%

Kenneth Sparr, qui possède une documentation exceptionnelle sur l'histoire du luth, nous a fait connaître l'existence d'un des rares luths français conservés du XVIIe siècle : celui du luthier Jean Desmoulins, fabriqué à Paris en 1644. Selon M. Sparr, il serait cependant beaucoup plus difficile de trouver une « boîte » ou un « étui », qui « sont aujourd'hui beaucoup plus rares encore que les luths [collaboration de Kenneth Sparr, 23 juillet 2000]) » !

Desmoulins, Jean (15??-1648). Date d'exécution : 1644. Lieu de fabrication : PARIS FRANCE. Description : 9 choeurs : 1 x 1; 7 x 2; 1 x 1 * Caisse en loupe d'érable (?) à 9 côtes * Table en 2 pièces d'épicéa (?) * Rosace en bois découpé, motifs végétaux * Chevalet en bois noirci * Manche, chevillier et chevilles en bois noirci * Vernis brun récent * Chevalet, manche, chevillier et chevilles non originaux *. Etiquette imprimée : "Jean Desmoulins / a Paris 1644" * (Source : J. Bran-Ricci : Musiques anciennes, instruments et partitions). Longueur totale : 837 mm. Longueur caisse : 505 mm. Longueur vib.1 : 700 mm. Largeur caisse inf. : 320 mm. Longueur vib.1 : 693 mm. Collection : Musée de la musique. Mode acquisition : Dation. Date acquisition : 15/03/1979. Histoire : Collection Georges Le Cerf. Collection Geneviève Thibault de Chambure. Notes : Dégats anciens réparés (vers, fractures de côtes).

 

Délivrance de legs et compte d'exécution testamentaire.

Le 26 septembre 1676, devant le notaire Bernard Mousnier est passé l'acte inédit, publié ici pour la première fois, de Deslivrance de legs, et compte dexecution testamentaire de la succession de Paul Chomedey de Maisonneuve (Archives nationales de France, Minutier central, Étude CXII, liasse 164) dont voici les points saillants référant à la transcription intégrale qui suivra plus bas.

Marie Bonnot qui avait contesté le legs, de même que son mari le chevalier Bernard de Baraillon dont elle est séparée de biens, ont « consenty Et accordé que le dt Testament soit Executé selon sa forme Et teneur ». Il conserveront tous les papiers de la succession, sauf ceux des Cottes Un et Seize qui seront remis à de Turmenyes afin d'en poursuivre l'administration. Il délivrent donc de Turmenyes de l'exécution testamentaire et le déchargent entièrement à cet égard tout en étant eux mêmes déchargés.

Les meubles figurant à l'inventaire après décès, dont faisait également état le procès-verbal des scellés, resteront en possession de Turmenyes tel que stipulé au testament. C'est donc dans les papiers et chez les descendants de de Turmenyes qu'il faudra chercher les meubles et manuscrits de musique ayant appartenus à Chomedey de Maisonneuve. Mais on se rappellera que Marie Bonnot avait pris possession du luth appartenant à Chomedey. C'est donc chez les descendants de celle-ci qu'il faudra le rechercher.

Archives nationales de France, Minutier central, Étude CXII, liasse 164, notaire Bernard Mousnier, 26 septembre 1676, Deslivrance de legs, et compte dexecution testamentaire de la succession de Paul Chomedey de Maisonneuve.

Les sommes léguées en liquidités par Chomedey de Maisonneuve reposaient avant tout sur le principal et les rentes provenant de la communauté des marchands tanneurs de Troyes. Ces legs seront respectés et payés sur les rentes reçues jusqu'au jour du décès de Chomedey. Le contract original (Troyes,Greffe Cligny Et Thémignon, 1er août 1652), principal et rentes, pourra être « transporté » ou vendu par de Turmenyes à un tiers parti afin de permettre le remboursement des dettes dues tant à de Turmenyes qu'aux autres créanciers. Baraillon et Bonnot ne garantissent cependant pas ces sommes et transactions. Turmenyes les assumera donc seul en hypothéquant ses propres biens. Il gardera donc en sa possession les documents ayant trait à cette rente, soit ceux de la la Cotte Un de l'inventaite après décès, de même que ceux de la Cotte Seize concernant les affaires du Canada dont il continuera à assumer l'administration. On trouve d'ailleurs plusieurs autres actes d'administration successorales par de Turmenyes au greffe de Mousnier (ANF, MC, ET, CXII, pour les années 1676-1679) dont un « Certificat de procuration [par] Les filles de la Congregation de Montreal a Philips de turmenyes [15 mars 1678] ».

Affaires du Canada administrées par de Turmenyes
mentionnées au compte d'exécution testamentaire transcrit ci-dessous
à la congrégation Notre Dame de Montreal en la Nouvelle France dont Marguerite Bourgeois est superieure 2 000#
La plus grande partye appartenant aux filles de la Congregration de nostre dame de montreal dont marguerite Bourgeois est superieure
aux hospitallliéres de S Joseph de Ville-marie dans ladite Isle de Montreal 1 000#
il doibt à Jacques Le Bert et Charles Le Moyne marchands en Canada 400#
quaux sieurs de Leber Et lemoyne marchands en canada aussy a prendre en la dicte rente conformement au dit testament
Le surplus estant celles des Messieurs [les sulpiciens ?] relatives du pays
D'autres legs mentionnés au testament seront respectés : ceux de mademoiselle Saint-Jaques (1 000#) et du domestique Louis Fin (300#). Les autres légataires non mentionnés dans ce compte d'exécution testamentaire l'étaient peut-être aux « memoire » ou « memoirre » que l'on y mentionne avoir été remis à Baraillon et Bonnot, soit les personnes suivantes nommées au testament de Chomedey : « Monsieur Le Bey promoteur de Monseigneur l'evesque de Troyes » pour 300# ; « aux pauvres de l'hopital de Sainte-reyne », pour 400#, don qui figure peut-être sous la rubrique générale des dons aux pauvres dans le compte d'exécution testamentaire ci-dessous. Ces comptes confirment que Chomedey occupait un logement chez les Doctrinaires pour lequel de Turmenyes paye les loyers échus à la saint Rémy et à Noël. Sa maladie a nécessité des dépenses chez l'apothicaire de Castre ainsi que le soutien « journalier » de Turmenyes, tant pour le maître que son domestique. Les détails des frais d'inhumation nous échappent car ils étaient consignés aux « memoire » ou « memoirre » remis à Baraillon et Bonnot, mais on confirme que Chomedey a été inhumé à Saint-Charles, donc dans la chapelle des Doctrinaires. De Turmenyes a de plus payé 125# pour 300 messes à être célébrées tant à Paris (Doctrinaires et autres églises) qu'en province, dont une centaine sous la supervision de la soeur Louise de Chomedey religieuse à Troyes. Les surplus prévus au testament pour les Doctrinaires et le luthiste Robert Carron ne sont pas mentionnés dans ce compte d'exécution testamentaire.

Deslivrance de legs, et compte dexecution testamentaire xx6m Septembre 1676

furent presents mre bernard De baraillon chl'er Seigneur de neufville et autres lieux, et dame marie bonnot son espouse quil authorise a leffet des presentes, La d. dame seulle Et unique heritiere par benefice d'Invre de defunct paul de chomedey escuier Sieur de maisonneufve gouverneur de L'Isle de montreal en la nouvelle france, son oncle, demeurante a paris rue mazarin parroisse Sainct Sulpice Lesquels apres avoir pris Communiquation du testament et derniere volonté du dt sieur de maisonneufve receu par Torinon Et Aumont nott.res au chlet' de paris Le huict du present mois Septembre dernier de L'Inventaire faict apres le deces du dt s.r de maisonneufve, a la requeste tant de la dt dame de baraillon au dit nom Et es qualité et separée de biens, que de philippes de turmenyes Con.r du roy Con.[eur] ord.[re] des guerres au regiment des gardes suisses et estrangères de sa majte Exeur dud testament par ledit aumont Et Mousnier No.res le dixe du dt mois de septembre Et des pieces Inventoriées par Icelluy, ont par les presentes consenty Et accordé que le dt Testament soit Executé selon sa forme Et teneur, Ce faisant ont faict Et font delivrance pour Et simple Et Reelle Et actuelle, au dt sr de turmenyes des meubles Inventories au dt Invre qui sont demeures en sa possession par la fin Et lecture dIcelluy, Plus au dit s.r de turmenyes et aux autres legataires particuliers nommés au dit testament des Legs a Eux faicts par Icelluy, a prendre Et recevoir sur le principal Et arrerages d'iceux Jusques au Jour du desces du dt sieur de maisonneufve de Six Cents livres de rentes constituees au dit Sieur de Maisonneufve par la communauté des marchands tanneurs de la ville de Troyes par contract passé par devant cligny Et themignon nottaires au dict Troyes Le premier Jour d'aout Mil Six cents Cinquante Deux Et ce compris les debtes deues par le dict sieur de maisonneufve tant de la dt dam.lle de s.t jaques, Louis fin son domestique quaux sieurs de Leber Et lemoyne marchands en canada aussy a prendre en la dicte rente conformement au dit testament, Pour facilliter Le payement desquelles debtes Et loyer Les susdits sieur Et dame de baraillon accordent en tant qua Eux est et besoing seroit que le dict sieur de turmenyes fasse transport de la dt rente en principal Et arrerages pour estre Le prix du dt transport par luy employé a leffet susdict a ce que Lacquerreur de la dte rente soit subrogé aux droits et privilleges des dicts Creanciers Et legataires pour plus de seureté de lacquisition dIcelle, sans aucune garantye de la part des susdicts s.rs Et dame baraillon et pour asseurer Laquelle garantye Le sdt acquereur l'a pour ce faire decretté sur luy Et a hypotequés sy aucun y avoit du faict du dict s.r de maisonneufve

Recognoissant Les dits sr Et dames de baraillon que le dict sr de turmenyes a ce present demeurant Rue St martin parroisse St Jaques de la boucherie a ce present Leur a rendu Et delivré Les tiltres Et pieces Inventoriées par le dict Inventaire a l'exception de ceux Inventoriez soubs la Cotte un quy est le contract de Constitution des dictes six cents livres de rentes deubts par Les dictes Testament Tanneurs de Troyes dont le dict sr de maisonneufve a Entierement disposé par son dict Testament, plus des pieces de la Cotte Seize quy sont une liasse et de six vingts dix pieces quy concernent ses affaires du Canada La plus grande partye appartenant aux filles de la Congregration de nostre dame de montreal dont marguerite Bourgeois est superieure, Le surplus estant lettres missives relatives au pays Et autres pieces Inutilles Desquelles pieces rendues ausdicts sr Et dame de baraillon ils en déchargent Le dt sr de Turmenyes Et tous autres Et consentent quil en soit faict mention sur Leurs Minuttes et grosse du dict Inventaire par les nottairres de ce requis sans que sa presence y soit nécessaire

Et Par ces mesmes presentes Les dt sr Et dame de baraillon Et le dit sr de turmenyes ont compté l'Ensemble des sommes receues et à recevoir par le dt sr de turmenyes en la dicte qualite d'Executeur testamentaire. Et des sommes quil a payees Et acquittées en la dite qualité ainsy quil Ensuit

Recepte
#
faict Le dict de turmenyes recepte de la somme de Cent soixante dix livres de deniers de comptans qui se sont trouves dans la chambre du dict feffunct sr de maisonneufve en proceddant a l'Inventaire quy furent Lors Mis es mains du dt sr de turmenyes Cy CLx#
160#
Se charge le dt sr de turmenyes en recepte de la somme de deux Cents quarante neuf livres sur solde a recevoir du sieur [Ardrenas] faisant avec quinze livres quinze sols pour son droict de recepte Et quittance en tout la somme de deux cents soixante cinq livres six sols par luy receues à l'hostel de ville dont y a Cent cinquante livres pour les deux derniers quartiers de 1652 et quartier Janvier 1653 àccause de deux cents livres de rente sur le clergé. Cinquante une livres quatre sols pour les deux quartiers 1676 declarent que les sus dict soixante quatre livres deux sols pour les dt deux quartiers de la presente année de la rente de viagère Cy iict xlix# xi s
249#
Plus Le dict sr de turmenyes se charge en recepte de la somme de deux cent soixante dix sept livres pour huict mois neuf jours pris le premier Janvier mvic soixante seize jusques au neuf neuf septembre audt an, jour du desces du dt sr de maisonneufve d'arrerages de quatre cents livres faisant partye de Cinq Cents livres de pention viagère Et Créér a son profit par Messieurs du seminaire de st sulpice Et par luy reservés par acte passé le sept mars mvi soixante quinze, sauf de recevoir la dt somme Cy iict Lxx vii#
277#
somme totalle de la dt recepte six cents quatre vingts six livres onze sols
686# 11s

Despence
#
faict le dict sr de turmenyes depence de la somme de six vingts livres payée au sr de castre appo.re de paris tant pour les drogues Et medicaments par luy fournis durant la derniere maladie du sr deffunct Et au paravant que pour le luminaire par Luy fourny pour son enterement et service suivant ses partyes Et quittance du dix sept du dt mois de septembre au dt an Cy vixx#
120#
De la somme de soixante dix huict livres Cinq sols payée au dt francois poiret Commre au chlet pour ses vaccations dapposition Et levée de scelles Et de deux procureurs que pour grosse Et Minutte de son proces verbal suivant sa quittance du vingt trois du dt mois de septembre Cy Lxx viii# 5 s
78# 5s
De la somme de Cinquante six livres quatre sols payée aux dicts aumont & mousnier no.res pour leurs vaccations Et grosse de l'inventaire par Eux faict suivant Leur quittance [du] vingt trois septembre Cy Lvi# iiii s
56# 4s
De la somme de quarante Livres dix sols payée au procureur des peres de la Doctrine Chrestienne pour les termes de st remy Et noel mvi soixante seize des lieux qu'ocupoit le dt sieur de maisonneufve a raison de quatre vingts une livres Cy quarante livres dix sols xl# x s
40# 10s
Plus le dt de turmenyes faict depence de la somme de Cent vingt cinq livres pour trois Cents Messes basses Celebrees ou quy seront incessamment Celebrees pour le repos de lame du dt sr de maisonneufve, scavoir Cent à St Charles où il est inhumé Cent aux filles de la Congregation de Troyes Et ailleurs par les ordres de La mere de Chomedey sa soeur du dt sr de maisonneufve Et Cent en diverses autres Eglises dans paris Cy Cxxv#
125#
Plus le sr de turmenyes faict depence de la somme de sept cent soixante six livres douze sols frays et autres déboursez par le dt sr de turmenyes tant auparavant que depuis le desceds du dt sr de maisonnefve outre les sommes particulieres cy dessus tant pour la depence journaliere pendant la maladie du dt sr de maisonneufve Et pour Le dict fin son domestique pendant le confect dudit Inventaire fraits funeraires Et d'enterrement, Cerceuil, médecin chirurgien, Et garde que pour aumosne Et distribution faicte aux pauvres Le jour du service Et autres menues depence expliquees en un memoire par.ce represente cy viict Lxvi# xii s
766# 12s
somme totalle de la despence xiict iiiixx vi# xi s
1 286# 11s
[d'après calculatrice]
[1 186# 11s]

Par tant la dt depence excede la recepte Et a le dt sr de turmenyes plus desbourse que recu de la somme de six Cent livres Laquelle somme a esté compensee Et deduicte pour les arrerages des dicts six cents livres de remboursement Couru depuis ledit neuf septembre Jour du desceds du dt sr de maisonneufve Et quy Courront pendant la duree du contract quy pourra estre faict de la dt rente durant lannée du dt desceds. Lesquels arrerages par ce moyen appartiendront au dt sr turmenyes tant pour le débit de ce present compte qua cause des frais ordinaires du decès, desquels frais ordinaires il se chargera [pour] facillite Le transport de la dt rente au moyen duquel present Compte Compensation Et desductions cy dessus Le dt sr de turmenyes demeure quitte et deschargé de la dt Execution testamentaire. Comme le s dt sr Et dame de baraillon L'en deschargent a leur esgard, Et a rendu aussy la dame baraillon Les quittances Et memoirre Justifficatifs de la despence, Et pour si besoin est et passé toutes sentences et décrets Et arreste en Conformite des presentes pour la délivrance des legs Et autrement Les dt Sr Et dame baraillon Constitutent Leur procureur Le porteur donnant pouvoir Et a l'effect des presentes et depandances lesdites parties eslisent Leurs domicilles Irrevocables en cette ville de paris scavoir les sr Et dame baraillon en la maison de Mr [espace laissé blanc] de villeneufve procureur au chlet de paris scize rue de la Harpe paroisse St Severin Et le dt sr de turmenyes en la maison ou il demeure rue st martin au coing de la rue [des vignes] ausquels lieux promettant & obligeant chacun en droit sauf & Renonçant & faict Et passé a paris En la maison des s dicts sieur Et dame de baraillon en la d rue Mazarin Lan Mil six cents soixante seize Le vingt huictiesme jour de septembre apres midy Et ont signes De Baraillon [paraphe] Marie Bonnot Rallu [paraphe] De Turmenyes [paraphe] mousnier [paraphe]

 

Le luth en Nouvelle-France

-3100

1534

1612

1642

1665

1680

Mythes

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