web Robert DEROME
Les sources iconographiques
des portraits fictifs du père jésuite Jacques Marquette

 


Extraits du texte de Benjamin Sulte, « Jean Nicolet »,
Journal de l'instruction publique
, novembre 1873, p. 166-167, février-mars 1874, p. 28-32.

Texte repris, avec modifications, dans Sulte 1877, 1881cf, 1882, 1883.

Une croix blanche rayonnante, au-dessus d'un livre ouvert sur les mots RELIGION LIBERTÉ SCIENCE PROGRÈS, posé sur un phylactère RENDRE LE PEUPLE MEILLEUR, le tout entouré d'une couronne de feuilles d'érables, branches taillées par un castor surmontant la signature J. WALKER Sc

Depuis le mois de juin dernier, les journaux publient, à qui mieux mieux, des articles sur la découverte du Mississippi, — découverte qui a été faite, il y a juste deux cents ans cette année, par le sieur Jolliet, Canadien, et le Père Marquette, né en France.

Une lacune qui n’est pas sans importance existe dans tous ces écrits ; on n’y mentionne aucunement, le voyage de Jean Nicolet accompli trente-huit ans avant celui des deux découvreurs en question, tandis que l’on cite l’entreprise de l’Espagnol De Soto qui est pour l'histoire d’une bien moindre valeur que celle de Nicolet [p. 166c1].

Lorsque, trente huit ans plus tard (1673), Louis Jolliet et le Père Marquette reconnurent définitivement le Mississippi, on partageait toujours l’opinion que ce fleuve se déversait dans le Pacifique. Il fallut attendre encore vingt-six ans pour voir disparaître les derniers doutes sur ce sujet ; en 1699, d’Iberville trouva dans le golfe du Mexique l’embouchure de ce fleuve [p. 28c2].

Un Espagnol, Ferdinand de Soto, parti de la Floride, s’était rendu jusqu’au Mississippi, en 1539, et y avait laissé ses os ; mais ensuite aucun Européen n’avait marché sur ses traces.

La gloire de Nicolet n’a rien à craindre d’un devancier qui, en fin de compte, ne l’a pas devancé, puisque le Mississippi était encore parfaitement inconnu du temps de Champlain.

Si la découverte de Nicolet ne causa point la même sensation que, plus tard, celle de Jolliet et Marquette, cela ne peut être attribué qu’à la date où elle eut lieu. La Nouvelle-France ne comptait encore que Tadoussac, Québec et les Trois-Rivières, en remontant le fleuve Saint-Laurent. La population de ces postes se composait d’une poignée de Français, tous fraîchement débarqués et fort occupés, pour la plupart, de défricher un coin de leurs terres [p. 28c2-29c1].

Le colonel Wood, de Virginie, qui habitait la rivière James, découvrit, dit on, en diverses excursions, de 1654 à 1664 plusieurs branches des grandes rivières de l’Ohio et du Mississippi.

On soutient, aux Etats Unis, que le colonel Wood découvrit le Mississipi en 1654 et que le capitaine Bolton s’y rendit en 1670.

Ce qui est bien certain c’est que les Français ont eu connaissance de ces régions avant Wood et avant 1654. Les preuves abondent. [...]

M. Pierre Margry appuie fortement les droits de Nicolet à la découverte d’une étendue considérable de pays au sud-ouest du lac Michigan [p. 31c1] [...]

Espagnols, Anglais et Français se sont mis sur les rangs pour obtenir de l’Histoire qu’elle les reconnaisse comme les découvreurs du Mississipi. De Soto en 1540, Wood en 1654, Bolton en 1670, Jolliet et Marquette en 1673, Hennepin en 1680, et enfin La Salle en 1682.

La gloire de la grande découverte appartient à Jolliet et Marquette, il n’en faut plus douter. Mais n’allons pas croire qu’ils furent les premiers Français qui osèrent s’aventurer dans cette direction. Le voyage de Jean Nicolet, accompli en 1634, leur avait ouvert la voie.

Les trois points principaux de mon article sont ceux-ci : 1o. Nicolet est le premier Français connu qui soit allé au au Mississipi ; 2o. Son voyage a eu lieu en 1634-35 ; 3o. Ses découvertes n’ont pas été sans résultat comme celles de De Soto, du Col. Wood et du Capt. Bolton.

J’en conclus que Nicolet mérite une large place dans l’histoire de la découverte du Mississipi.

“Feuilletons les annales de la Nouvelle Angleterre, dit M. Ferland (Journal de Québec du 21 avril 1851) et nous y trouverons précieusement conservée l’histoire d’hommes considérés comme remarquables, parce qu’ils osèrent s’avancer les premiers jusqu’à cinquante ou soixante lieues des côtes de la mer. Chez nous, on connaît à peine le nom d’un Français du Canada (Nicolet) qui, dès les premières années de la colonie, avait déjà pénétré bien loin dans les régions inconnues de l’Ouest. Nicolet ne s’amuse pas comme les Anglais de Plymouth et de Boston, à tâtonner autour des établissements européens. S’embarquant sur le frêle canot d’écorce, il remonte les rapides de l’Ottawa, pénètre, au moyen de petites rivières, des lacs et des portages, jusqu’au lac Huron, qu’il traverse, et visite une partie du lac des Illinois (aujourd’hui Michigan.) De la Baie-Verte, où il est environné de tribus remuantes et inconnues, il poursuit sa route vers l’Ouest, remonte la rivière aux Renards passe, par un portage assez court, à celle du Wisconsin, et vogue enfin sur les eaux qui appartiennent au vaste bassin du Mississippi. Il s’arrête à près de quatre cents lieues du fort de Québec, après avoir reconnu la côte septentrionale du lac Huron, et une partie du pays qui forme les Etats du Michigan et du Wisconsin. Ce voyage et ses découvertes auraient suffi pour former la réputation de cinq ou six traiteurs chez nos voisins [p. 31c2].”

Octobre 1873. Benjamin Sulte.

Note. — Mon texte donne à entendre que le dernier doute relativement à l’endroit où se décharge le Mississippi fut levé par d'Iberville, en 1699, lorsqu’il découvrit l’embouchure de ce fleuve. Il faut comprendre que La Salle avait descendu le cours du fleuve en 1682, et s'était avancé assez loin sur ses eaux pour constater qu’il se rendait au golfe du Mexique. Dix-sept ans plus tard, d’Iberville entreprit de trouver par mer, l’entrée du fleuve et il y réussit comme l'on sait [p. 32c1].

Une croix blanche rayonnante, au-dessus d'un livre ouvert sur les mots RELIGION LIBERTÉ SCIENCE PROGRÈS, posé sur un phylactère RENDRE LE PEUPLE MEILLEUR, le tout entouré d'une couronne de feuilles d'érables, branches taillées par un castor surmontant la signature J. WALKER Sc

 

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