Gérard Morisset (1898-1970)

1928.08.11 : Église - Saint-Gilbert

 Textes traités le 8 mars 2003, par Kawthar GRAR, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Église - Saint-Gilbert 1928.08.11

Bibliographie de Jacques Robert, n° 045

L'Action catholique, 11 août 1928, p. 17.

L'EGLISE DE SAINT-GILBERT

Elle sera bénite demain après-midi par S. E. le Cardinal ROULEAU, s. p.

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La paroisse de Saint-Gilbert (Comté de Portneuf) aura l'honneur de recevoir, dimanche, le 12 août, la visite de S. E. le cardinal ROULEAU, archevêque de Québec. Son Eminence, après avoir présidé à la messe paroissiale, procédera, vers 3 heures, à la bénédiction de l'église.

A l'occasion de cet événement important dans l'histoire d'une famille paroissiale, il paraît opportun de publier quelques photographies et de rédiger quelque notes descriptives de cette nouvelle église.

HISTORIQUE

L'Eglise actuelle de Saint-Gilbert a été construite en 1925. Elle a remplacé, de sa silhouette impersonnelle mais agréable, le temple ravagé par le feu au cours du printemps de la même année.

Bâtie d'après les plans de M. Myrand et sous la direction de M. Colin, entrepreneur, elle ne devait pas garder longtemps sa pauvre parure intérieure de terracotta et d'épinette rugueuse. M. le curé Adélard GAGNON rêva, dès son arrivée à Saint-Gilbert, de la terminer simplement mais dignement. Dès le mois de septembte 1927, il traçait de sa propre main les quelques changements nécessaires qu'il entendait faire à l'aménagement intérieur et collaborait avec son architecte afin de concevoir une décoration aussi peu compliquée que nouvelle. En décembre, les plans étaient terminés, les soumissions étaient calculées et rendues publiques. Un contretemps vint tout annuler et il fallut recommencer la demande de soumissions. Enfin, en février 1928, l'entreprise était adjugée à la Compagnie Louis Caron et Fils Limitée, de Nicolet, au prix de $9,500,00, environ. Les travaux commencèrent aussitôt sous l'habile direction du contremaître Léonidas Roberge et se poursuivirent jusqu'à la fin dans le plus parfait accord entre les parties intéressées. A l'heure actuelle, les travaux de parachèvement sont terminés.

DESCRIPTION

L'Egylise [sic] forme un vaisseau sans colonnes de 104 de longueur, coupé en son milieu par un transept de 26 de largeur et de 3 de saillie. La nef compte à l'intérieur, 51 de longueur, 38.3 de largeur et 27 de hauteur sous voûte. Le chœur, auquel il a fallu faire quelques changements inévitables, à 27 de largeur et 24 de hauteur. La sacristie, qui en bonne logique aurait dû servir de sanctuaire et qui doit sa destinantion actuelle au manque de ressources nécessaires à la construction d'une sacristie extérieure, a 22.6 par 13.6.

Du long du mur de la façade, sont aménagés les trois porches d'entrés et deux oratoires, dont l'un sert de chapelle des morts et l'autre de baptistère. Ces deux oratoires sont pourvus de leur mobilier respectif, en plus d'un minuscle autel.

La nef compte 50 bancs de 4 places et la tribune de l'orgue, abaissée de près d'un pied, en compte 18, donnant un chiffre de 272 places.

Les murs et la voûte sont faits en enduits de plâtre, entièrement unis, exempts de tous ornements de plâtre et teintés en couleur crème. La voûte est formée par un berceau en anse de panier traversé de gloires et de frises exécutées au pochoir en quatre couleurs - bleu, orange, vert et vermillon - à qui le temps se chargera d'enlever insensiblement ce qu'elles ont de trop brillant. la décoration picturale comprend des croix des différentes formes, des fleurs de lis, des feuilles d'érable et de maronnier et des étoiles. Ces motifs, et d'autres encore, sont quelque peu stylisés, à la façon des églises dominicaines et franciscaines du nord de l'Italie. Dans une vaste cathédrale, ce système décoratif ne vaut guère, car il est comme perdu dans l'immensité des nefs. Dans un temple de modeste dimensions, il crée une riche atmosphère d'intimité et porte à la dévotion.

Les éléments décoratifs cités plus haut forment aussi toute la décoration sculptés du mobilier, les autels exceptés. Ces derniers, dont la toilette a été rafraîchie, n'ont pas subi de transformation notable. Le maître-autel, particulièrement (surmonté d'un tableau peint à l'huile par la R. Marie de l'Eucharistie, de Québec représentant Saint-Gilbert dans la gloire) a gardé l'apparence qu'il avait lorsqu'il fut donné à l'église par M. chanoine Perron, natif de la paroisse. Les autres pièces de mobilier et les boiseries ont été conçues en menuiserie vraie, sobrement sculptée dans ses parties saillantes.

MATERIAUX ET EXECUTION

L'Eglise est pratiquement à l'épreuve du feu. Construite en granit de Saint-Gilbert et en terracotta, muni d'une charpente d'acier et d'un plancher en béton armé, elle n'a guère que le clocher et la fausse-voûte qui peuvent offrir un pauvre aliment au feu destructeurs [sic]. La voûte, les murs et les cloisons sont faits partie en terracotta, partie en enduits sut lattes métalliques ou de bois. Les trois escaliers intérieurs sont en acier et l'escalier de la cave est en béton armé. En outre la partie basse des murs comprend un lambris-d'appui en brique, avec cimaise et plinthe en briques rouge et jaune.

Le mobilier, les boiseries du chœur et les pièces de menuiserie apparentes sont faits en merisier choisi pour les parties constructives et la mouluration et en feuilles de sapin de la Colombie pour les panneaux. Toute la menuiserie est finie au naturel, et légèrement teintée de manière à rendre le bois plus égal de couleur.

L'exécution des travaux de parachèvement est très soignée et fait grand honneur à l'entrepreneur général, la Compagnie Louis Caron et Fils limitée, de Nicolet. Cette compagnie qui a doté la charmante ville de Nicolet et les paroisses avoisinnantes d'édifices religieux et civils remarquables, n'a rien épargné ni sur les matériaux, ni sur l'ouvrage pour exécuter les plans à la lettre et d'une façon parfaite. Le mobilier surtout a été l'objet d'un soin attentif et il témoigne des bonnes traditions qu'on a jalousement gardées à l'atelier Caron. Que le président de la compagnie, M. Léopold Roy, veuille bien accepter les félicitations auxquelles il a droit.

Il faut en dire autant de bien des enduits faits par MM. Lauréat et Joseph Morency, de Québec, de la décoration picturale entreprise par M. Ovide Lachance de Lévis et de la décoration des fenêtres exécutée par M. Joseph Bernard, de Québec.

CONCLUSION

Vu les moyens mis à la disposition des constructeurs. - Le coût des ouvrages atteint à peine $10,000,00 on a cherché, en dessinant les plans de parachèvement de cete église, à s'éloigner autant de la traditionnelle église blanc et or que de la demi-église édifiée à coups de catalogues et de recettes commerciales. On a tenu à concevoir un plan où la dignité de la maison de Dieu serait assurée et où le travail de l'homme, soutenu par une pensée nouvelle et par une collaboration généreuse, pourrait être compris par les fidèles de toutes conditions. On a cherché à éviter les mensonges d'architecture qui s'étaient trop souvent en maintes églises et la fausse richesse, source de la dépravation du goût. On a voulu faire de l'architecture véritable en employant honnêtement des matériaux qui ne demandent pas mieux qu'à ne pas mentir.

A Saint-Gilbert, les docteurs-es imitation et les plâtriers de la stricte observance n'ont eu rien à voir, non plus que les fournisseurs de faux marbres et de faux matériaux. On a employé le plâtre comme enduits et non comme pourvoyeur de faux membres d'architecture. Et si le plâtre a mérité déjà, par ses audaces, l'épithète de maudit que lui a assénée un architecte de Montréal, dans la revue ART ET INDUSTRIEL, (Livraison du 10 juin 1928), ce n'est pas à Saint-Gilbert que cette affirmation, par ailleurs sensée, trouve sa preuve.

On a voulu en fin faire une œuvre canadienne par son plan, son adaptation, à nos coutumes et sa décoration. Ici, entendons-nous. L'Eglise blanc et or, que d'aucuns considèrent comme nationale, conviendrait, à condition qu'elle soit logique, à un pays de soleil intense et de lumière chaude, comme les régions du midi. Chez-nous, avec notre soleil biafard, avec nos nombreux jours de pluie et de brouillard, elle me paraît terne et froide.

A saint-Gilbert, cet inconvénient disparaît parce qu'on a teinté les murs et la voûte en couleur crème, qu'on les a décorés de motifs colorés et qu'on a garni les fenêtres de verre jaune et orangé. Si cette décoration manque de grandeur et de pompe, elle est toutefois moins banale que l'éternel entablement et la non moins éternelle feuille d'acanthe, moulés en plâtre et chargés de dorure.

Le parti adopté ici n'est pas nouveau. Il a été appliqué de tout temps par les constructeurs qui disposaient de peu de ressources et qui, au lieu de vouloir imiter des membres d'architecture ou de la sculpture avec des matériaux camouflés, ont préféré bâtir avec simplicité et décorer sobrement des édifices modestes. La fausse grandeur, les formes soi-disant pompeuses, enfin, le style pompier, voilà l'ennemi…

Tous ceux qui ont collaboré au parachèvement de l'église de Saint-Gilbert auront atteint leur but si les paroissiens lui trouve un air dévotieux et s'ils y éprouvent les sentiments de paix et de bonheur que toute église devrait inspirer.

 

 

web Robert DEROME

Gérard Morisset (1898-1970)