
Textes traités le 24 février 2003, par Josée RIOPEL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Peintre français - Denis, Maurice 1931.02.07
Bibliographie de Jacques Robert, n° 046
L'action catholique, 7 février 1931, p.3.
Notes parisiennes. UNE CAUSERIE SUR L'ART MODERNE
M. Firmen Rez, directeur de la Maison canadienne à Paris a eu l'heureuse idée de fournir aux étudiants canadien l'occasion d'entendre une remarquable conférence prononcée le 19 janvier par M. Maurice Denis.
Le grand peintre catholique a parlé de la TRADITION DANS L'ART MODERNE, c'est-à-dire dans la peinture contemporaine.
Il a montré la qualité purement traditionnelle dans l'uvre de Delacroix continué à travers le XIXe siècle par les peintres les plus intelligents et les plus décriés: - Chassériau, (1819-1856) le plus brillant des élèves d'Ingres et le plus doué, qui a cherché, durant sa trop brève existence à combiner le classicisme finissant avec le romantisme en pleine évolution; Puvis de Chavannes (1824-1898) joignant à un métier simple et nouveau des dons de peintre symboliste, épris de poésie profonde; Henri Martin, (1860-) appliquant à la peinture murale les découvertes des Impressionnistes et la puisance de conception de Puvis; Humbert et Besnard, apportant l'un son dessin primesautier, l'autre son coloris attachant.
Ces artistes dont les uvres décoratives resteront comme la plus pure gloire du siècle dernier, ont, de leur vivant, passé pour des révolutionnaires irréductibles. Poutant, il est facile de voir en leur uvre la trame de la tradition. Chacun d'eux croyait appartenir au classicisme le plus indiscutable, comme le disait Delacroix à la fin de sa vie. Aujourd'hui, ces artistes sont des classiques, au même titre que Poussin, Fragonard et David.
Le cas de Cézanne est moins clair. Isolé de ses contemporains, cherchant à peindre par volume s des natures-mortes toujours les mêmes, Cézanne n'a existé que pour fournir à ses disciples - car il n'a pas eu d'élèves - des oeuvres des moyens techniques nouveaux qui ont enrichi le vocabulaire des peintres contemporains.
La conférence de M. Denis, présidée par l'Hon. Ph. Roy et présentée par M. Firmin Roz, a été claire, substentielle, pleine d'aperçus ingénieux et de déductions originales. Si elle a recrée les auditeurs, elle leur a été d'un précieux enseignement.
MAURICE DENIS
Maurice Denis a commencé sa carrière vers 1889. Dès cette date, il se réclamait de Cézanne, à qui il a voué une admiration aussi touchante qu'excessive. De fait, le métier de M. Denis, peintre de murailles, ressemble beaucoup à celui de son maître - ce qui laisse entendre que Cézanne s'est quelque peu trompé lorsqu'il a appliqué au tableau de chevalet des moyens techniques qui ne conviennent guère qu'à la décoration murale.
C'est, il faut l'avouer, un métier de conventions. L'élégance y compte peu, la correction du dessin n'y est pas parfaite, et l'accadémicien en est absent.
Mais le coloris est délicieux de chaleur et d'harmonie, la composition est charmante et réaliste, savante et bien ordonnée. Des uvres de M. Denis se dégage une impression de fraîcheur qui fait songer aux Florentins. L'auteur est un lyrique tout comme son ainé Henri Martin. Il ne voit dans la nature que le côt`agéable et savoureux qu'il stylise dans une harmonie de couleurs presque pures.
Les uvres de ce peintre sont trop peu connues. Quelques-uns de ses tableaux de chevalet sont au Luxembourg, comme MATERNITÉ BLANCHE et HOMMAGE À CÉZANNE. Mais il faut voir ses peintures murales, celles de l'église de St-Louis de Vincennes (l927), celles de l'église de Sainte-Croix du Vézinet (1898) exposée aujourd'hui au musée des Arts Décoratifs, à Paris, celles aussi du Petit Palais, musée de la ville de Paris. Celles-ci représentent l'histoire de l'art français, du sculpteur roman à Cézanne. C'est une belle uvre colorée qui illumine une des coupoles du Petit Palais - les autres coupoles ont été décorées par Besnard et Humbert - et fait revivre aux yeux du spectateur charmé les artistes et monuments de la France.