
Textes mis en ligne le 20 février 2003, par Josée RIOPEL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Musique 1931.03.14
Bibliographie de Jacques Robert, n° 047
L'Action catholique, 14 mars 1931, p. 3.
Notes parisiennes
Une nouveauté à Paris
Un organier français vient d'installer, pour la première fois dans une église française, un orgue électrique. Cet instrument, dont on lira ci-après quelques notes descriptives, a été donné par souscription à la chapelle des Orphelins-apprentis d'Auteuil à Paris. [Note 1. Cette chapelle, construite en 1925, est l'uvre de M. Henri Chalileux fils. C'est un édifice en pierre et ciment armé dont les formes soi-disant gothiques sont d'une piètre originalité. Il n'y a guère à signaler que les vitraux exécutés en 1926 par M. Mauméjean.]
Le devis en a été fait par M. Libert, organiste à la basilique de Saint-Denis, près Paris, et professeur au Conservatoire Américain de Fontainebleau. Il a été exécuté par la maison Abbey, de Paris, dont le chef actuel est le descendant d'une longue lignée de facteurs d'orgue qui ont pratiqué leur art durant plus d'un siècle.
Voilà un événement d'autant plus intéressant que l'industrie canadienne de l'orgue n'y est peut-être pas étrangère. Les instruments que la maison Casavant a multipliés non seulement dans la province de Québec, mais chez nos voisins et même en France, n'ont pas été sans exercer quelque influence sur les virtuoses français qui nous ont visités et les organistes parisiens, dont quelques-uns ne sont pas du tout réfractaires aux progrès techniques de l'orgue. A leur tour, les uns et les autres ont agi, par leurs désirs, sur les initiatives des organiers français.
Que l'orgue électrique soit d'origine française ou américaine, anglaise ou canadienne, je ne le sais guère positivement. mais il faut convenir que la maison Casavant a fourni au perfectionnement de l'orgue une contribution aussi considérable qu'intelligente. Des découvertes pratiques de ses ingénieurs, des sages avis d'organistes cultivés cette florissante maison a su tirer partie dans l'exécution d'instruments de grand mérite, dont celui de la Basilique des [sic] Québec est l'un des plus intéressants.
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L'orgue de la chapelle d'Auteuil contient toutes les nouveautés pratiques que connaissent déjà les organistes canadiens et quelquues additions originales qui ne sont pas à dédaigner. Il a trois claviers de 61 notes et un pédalier de 30 notes, le tout disposé suivant la méthode anglaise, légèrement modifiée.
Tous les claviers, la pédale comprise, sont expressifs, réalisant le vu, maintes fois exprimé, de certains maîtres français. Le Récit et le Positif ont chacun une boîte expressive, tandis que le grand orgue et la Pédale disposent d'une boîte commune.
Des 34 organes d'accouplements, 3 sont fixés et se manuvrent par pistons, aux pieds, [Note 2. Ces trois pistons ne sont pas électriques, mais à action directe. La constance de leur fonctionnement est donc garantie.] 5 autres ajustables sont commandés par pistons, aux pieds, et les 26 autres se manuvrent au moyen de dominos disposés au-dessus du dernier clavier, comme dans nos orgues. [Note 3. Tous les claviers disposent de l'unisson muet.]
Les organes de combinaisons sont au nombre de 80 - On les a multipliés sans compter. Il y en a 62 qui se manuvrent à la main et 18 aux pieds. Quelques-uns font double emploi, 6 boutons placés sous le clavier du grand orgue commandent tous les jeux de l'instrument.
L'orgue comptant 43 jeux - dont 33 jeux francs, - l'organiste a donc à sa disposition 167 organes, régistres, dominos, boutons, pistons et pédales à bascule. Le contraste est saisissant entre ces abondantes commodités et la pénurie de ressources pratiques des autres instruments parisiens.
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Le 6 février, eut lieu l'inauguration. M. Libert, organiste à la Basilique de Saint-Denis, exécuta un long et intéressant programme, interrompu par un beau discours de M. le chanoine Coubé. Parmi les pièces importantes du programme citons: Cinq chorals et Toccate et Fugue en ré bémol de Jean S. Bach, l'Allegro de la 5e Symphonie de Chs.-M. Widor, Noël de Daquin, le choral, en la mineur et Ctantahile, de César Franck et un Noël de Libert.