Gérard Morisset (1898-1970)

1934.12.05 : Peintre - Beaucourt, Paul

 Textes mis en ligne le 24 février 2003, par Josée RIOPEL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Peintre - Beaucourt, Paul 1934.12.05

Bibliographie de Jacques Robert, n° 100

L'Événement, 5 décembre 1934, p.4.

Paul Malepart de Beaucours (1700-1756)

Nous savons fort peu de choses des artistes canadiens-français de la première moitié du XVIIIe siècle. A peine pouvons-nous citer quelques rares noms, des dates et des œuvres soit abimées, soit disparues.

C'est le cas de Paul Malepart de Beaucours. S'il nous est relativement facile de retracer sa vie à l'aide de notes éparses, par contre, aucun chercheur n'a pu jusqu'aujourd'hui signaler quelqu'une de ses œuvres.

Né en 1700 dans la paroisse Saint-Eustache, à Paris, Paul Malepart de (ou dit) Beaucours vient en Nouvelle-France vers l'âge de vingt ans comme soldat dans les troupes royales; peu après, il parvient au grade de sergent dans l'armée coloniale.

Jusqu'en 1737, nous ne savons rien de sa vie. Cette année là, il épouse dans l'église de Montréal (le 23 juin) Marguerite Haguenier. En 1740, il est à La Prairie-de-la-Madeleine ou naît son fils François, peintre comme lui, mais avec plus de métier et de talent. Deux ans après, il retourne à Montréal, toujours sergent dans les troupes.

En 1746, il est à Québec et c'est dans cette ville que naissent ses derniers enfants morts en bas âge. Il quitte l'armée et se fait peintre, peintre de portraits, sans doute - car nos père aimaient se faire tirer -, peintre de tableaux religieux et d'ex-voto. Il n'exerce pas longtemps son art, car il meurt le 18 juillet 1756, dans sa cinquante-septième année. Sa veuve épouse sept mois après Lacellain Romain de Québec.[Note 1. Cf. Mgr. TANGUAY, Dictionnaire généalogique, T.II p. 160 et t. V p. 478: E.Z. MASSICOTTE, Le peintre Malepart de Beaucours, dans le Bulletin des recherches historiques, juin 1921, (vol. XXVII), p.187-188 etc.]

Tel est le curriculum vitæ du premier Malepart de Beaucours.

Ne reste-t-il pas quelques épaves de son œuvre? Voici:

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Il y a au presbytère du Cap-Santé deux peintures - la Vierge et l'Enfant-Jésus, Saint Joseph et l'Enfant-Jésus - qui portent la signature quasi illisible de Paul Beaucours et la date de 1746. L'abbé Voyer, curé de Cap-Santé de 1743 à 1752, dut en faire l'acquisition l'année même de leur exécution, puisqu'elles figurent dans l'Inventaire des meubles et effets de l'église, dressé en 1747, "conformément aux ordres donnés par Messieurs les archidiacres dans les visites précédentes": "...deux cadres dorés, dans l'un l'image de la Sainte Vierge, dans l'autre, celle de Saint Joseph".[Note 2. Abbé GATIEN. Histoire de la paroisse du Cap-Santé, Québec, 1899, p. 36 et 37.]

Ce sont des peintures sur toile d'environ quinze pouces de hauteur sur une largeur de douze pouces. Leurs chassis mal fabriqués, sont ceux de l'époque.

Sur l'une de ces peintures on voit la Vierge presque de face, la tête légèrement tournée vers la droite et couverte d'un voile de couleur terre de Sienne. Elle porte une tunique rouge-vermillon et un manteau bleu-vert. Elle vient de tirer de son berceau l'Enfant Jésus vêtu d'une chemise jaunâtre. Au fond, un paysage à demi effacé et le firmament verdâtre. Au premier plan, le lit de l'Enfant-Jésus.

Le Saint-Joseph et l'Enfant-Jésus est peint dans les mêmes tonalités.

Saint-Joseph vu de trois quarts à gauche, vêtu d'une tunique verte et d'un manteau brun, le visage cuivré, les lèvres très rouges, les traits empreints de tristesse, tient un lis de la main gauche et, du bras droit embrasse l'Enfant-Jésus debout sur ses genoux. Celui-ci, en chemise jaunâtre, couronne son père de fleurs. Le fond est bleu-vert.[Note 3. J'ai pu examiner ces peintures grâce à l'extrême obligeance de M. L'abbé Nap. Pouliot ancien curé du Cap-Santé.]

Est-il besoin d'indiquer que ces peintures de sujets traditionnels sont d'un métier indigent et timide. Si les personnages ne sont pas trop mal campés, c'est que Beaucours a démarqué scrupuleusement quelques gravures de l'École de Venise; si la touche est un peu libre dans les draperies, par contre, elle est lisse dans le modelé des figures, trop léchée dans les accessoires. La couleur est lourde, opaque, dépourvue de toute finesse.

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Du reste, ces défauts se retrouvent dans presque toutes les peintures canadiennes de la même époque, notamment dans certains portraits et ex-voto. C'est comme une marque de fabrique, un air de parenté qui tire son origine de l'École des arts et métiers de Saint-Joachim. Non pas que tout soit à critiquer et à négliger dans la production de cette école. Au contraire, certains ex-voto - celui de la Rivière Ouelle, par exemple, - valent mieux, en dépit de leurs maladresses que des peintures dans le goût académique. Pour peu qu'on s'y intéresse, on leur découvre une certaine puissance dans les formes, un réalisme robuste et savoureux dans l'exécution des détails. C'est une peinture rude, naïve, elle tire sa beauté, non de la fausse élégance, ni de la correction du dessin, mais de sa sincérité, de son absence de prétention.

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En cherchant bien dans nos églises du XVIIIe siècle et dans nos presbytères, dans les habitations de nos vieilles familles et dans les cloîtres de Québec et de Montréal, il serait possible de trouver d'autres peintures de Paul Malépart de Beaucours.

Ainsi, il y a à l'Hôtel-Dieu de Québec deux portraits - le Cardinal Richelieu et la Duchesse d'Aiguillon - qui offrent quelque analogie avec les peintures du Cap-Santé. Sont-ils de Paul Beaucours?

C'est ce que nous verrons dans une prochaine étude.

 

web Robert DEROME

Gérard Morisset (1898-1970)