
Textes mis en ligne le 19 février 2003, par Pascale TREMBLAY, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Art - Conservation 1934.12.24
Bibliographie de Jacques Robert, n°104
L'Événement, 24 décembre 1934, p.4.
À propos des lettres de Napoléon [Note 1. S.M.: Article attribué à Gérard Morisset par Edgar Bernard.]
On a commenté avec force détails l'acquisition par le Gouvernement français de trois cent dix-huit lettres que Napoléon écrivit à sa seconde femme, Marie-Louise. Ces bouts de papier jauni ont coûté le joli denier de soixante-quinze mille dollars. Qu'on ne s'étonne pas de ce prix: on ne paie jamais assez cher des documents comme ceux-là, plus humains que des plans de campagne, plus révélateurs de l'esprit napoléonien que les anecdotes colportées sous la Restauration. C'est ce que pensaient les collectionneurs du Second Empire. En 1857, le compte Georges d'Esterhasv vendait sa collection d'autographes. Parmi les pièces offertes en vente, il y avait une lettre que Bonaparte avait écrite à son frère Joseph, entre deux batailles de la campagne d'Italie (1796). Joséphine était alors malade - ou teignait de l'être - à Paris et le Général priait son frère de prodiguer ses soins à la femme qu'il aimait". Et il terminait par ce passsage qui nous fait sourire aujourd'hui: "Adieu! mon ami, tu seras heureux toi, quand à moi, je fus destiné par la nature à n'avoir jamais rien de brillant que les apparences". La lettre fut acquise par le compte d'Hunolstein, pour le prix de mille francs, environ trois cents piastres d'aujourd'hui.
Mais il y a mieux, Shakespeare, à demi connu en France jusqu'à la publication de l'ouvrage magnifique de Léon Daudet, était fort en vogue au milieu du siècle dernier. Les collectionneurs se disputaient, à coups de dizaines de guinées, les moindres reliques du poète de Stratford. En 1858, passe en vente à Londres une signature autographe de Shakespeare au bas d'un acte "d'hypothèque sur une maison de Blackfriars, daté du 11 mars 1612". C'était, écrit un chroniqueur de l'époque, "le plus belle autographe connu de l'illustre auteur". Le Conservateur du British Museum ne pouvait s'abstenir: il acquit la pièce pour la somme de 315 livres sterling. Cela rappelle une acquisition qui causa quelque scandale avant la guerre. Le Musée du Louvre, très riche en tableaux flamands du XVIIe siècle, possédait peu d'uvres de la même Ecole, antérieures à 1500. En 1913, une occasion s'offrit de combler cette lacune. Il s'agissait du "Triptyque de la famille Bracque", peint vers 1452 par Roger de la Pasture, dit Rogier van der Weyden. C'était une peinture sur bois d'un peu plus de deux pieds largeur. Son propriétaire en demandait huit cent mille francs (cent soixante mille dollars). Le Conseil des Musées Nationaux ne recula pas devant la dépense et le chef-d'uvre de Roger de la Pasture est aujourd'hui l'un des joyaux du Louvre.