
Textes mis en ligne le 24 février 2003, par Josée RIOPEL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Récollets 1935.03.12
Bibliographie de Jacques Robert, n° 85
Le Droit, 12 mars 1935, p. 2.
NOTES ARTISTIQUES
Deux artistes Récollets au XVIIIe siècle
On sait que les Récollets revinrent en Nouvelle-France en 1670 sous la direction du Père Germain Allard. Parmi eux se trouvaient un peintre-architecte, le Frère Luc François et un maître-d'uvre - et je puis dire - le Frère Anselme Bardou. Ils ont laissé des uvres qui existent encore.
Chez les Récollets de la Nouvelle-France, il y eut presque toujours des religieux qui cultivaient les arts. C'était le Père Juconde Drué, l'habile architecte du couvent de son Ordre à la Haute-ville de Québec; c'était le Frère Antoine de Limo [illisible], apparenté à la famille Hoseur de l'Orme, qui, entre autres uvres traça un plan "certifié être bon et juste... de la devanture de la grande rivière Duchesne", dans la seigneurie de Lotbinière.
D'autres fils de saint François peignaient ou crayonnaient durant leurs loisirs, comme le Frère François et le Père Augustin Quintal.
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Au XVIIIe siècle, trois récollets répondaient au nom de Frère François. L'un d'eux, François [illisible], allemand d'origine, s'exerçait à la peinture documentaire. Le [illisible] octobre 1732, il écrit au ministre de la Marine: "... comme elle (femme esquimau de Beauport) n'a plus son habillement sauvage dans lequel j'aurai souhaitter (sic) la tirer, je lui ai fait faire un sauvage et une sauvagesse Esquimaux avec leur habillement ordinaire. La pauvre femme n'est pas bien au fait du dessin ni de la sculpture, mais on y voit au naturel leur manière de se vêtir. J'ai l'honneur de vous les envoyer par M. des Mé [illisible] ...".
Est-ce le même récollet qui a peint un "grand chef indien" et un "sauvage [illisible] en Canada", aquarelles datées de 1717 et conservées au Cabinet des Estampes à Paris? Ou encore une grande aquarelle représentant un Indien en tenue de guerrier? Il est vraisemblable de le croire.
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Un autre récollet, le Père Augustin Quintal, n'a pas seulement cultivé la peinture, il a fait uvre d'architecte.
Né à Boucherville en [illisible], il entre chez les Récollets de Montréal en [illisible] et fait profession le 30 novembre [illisible]. Ordonné en 1713, il dessert les paroisses du district des Trois-rivières jusqu'en [illisible] ; supérieur de Montréal de [illisible] , curé des Trois-Rivières de [illisible] , il s'occupe en même temps des paroisses des environ, entre autres de celle d'Yamachiche. Il y construit l'église en [illisible] , suivant un plan qu'il trace de sa main; au reste, cette église fut incendiée par la foudre le 19 mars [illisible] . Après avoir desservi presque toutes les paroisses de la région trifluvienne, il meurt le 17 novembre 1775, à l'âge de [illisible] ans.
Il reste fort peu de chose de l'active et longue carrière du Père Quintal. L'église d'Yamachiche, on l'a vu, a été incendiée et il n'en a été conservé nulle image ou gravure.
Seules, des photographies donnent une idée exacte des deux admirables pièces de mobilier dues à son crayon d'architecte: la chaire et le banc-d'uvre de l'ancienne église des Trois-rivières. Le Père Quintal en a fourni le dessin vers 1732, en s'inspirant sans doute de l'art somptueux de Robert de Cotte à la chapelle de Versailles. C'est la même clarté dans l'ordonnance, la même abondance contenue dans la sculpture, avec cette aimable fantaisie du style Régence qui fait prévoir la grâce du style Louis XV. Sous les architraves de l'abat-voix et du baldaquin un peu lourd du banc-d'uvre, Quintal a imaginé une frise pendante ajourée du plus bel effet. "Tous les ornements du Versailles de [illisible] étaient là, jetés avec profusion sur la chaire et l'abat-voix, utilisés avec modération dans l'architecture du banc-d'uvre, savoureusement interprétés par un artiste qui fit mieux que d'appliquer des recettes."
Cet artiste, c'était le sculpteur Gilles Bolvin, originaire de Saint-Nicolas [illisible], dans la région de Cambrai. Son uvre, hélas!, a été détruite le 22 juin [illisible] , dans l'incendie de l'ancienne église des Trois-Rivières.
Est-ce le Père Quintal qui a peint à l'aquarelle une charmante [illisible] des Trois-Rivières avec ses trois clochers, sa palissade de pieux et ses côteaux boisés? (Cf. Père Od.-M. JOUVE, Les Franciscains et le Canada. Aux Trois-Rivières, Paris, 1934, p. 103.) Impossible de l'affirmer, bien que cette attribution soit vraisemblable.
Chose certaine, il lavait de jolies aquarelles. L'église de Saint-Basile de Madawaska en conserve deux qui portent l'inscription suivante: "Le Père Augustin Quintal a dessiné cette image à l'âge de [illisible] ans (1767)" [Note 1. Cf. Abbé BOIS, Gardes-notes historique et littéraire. t. VI, p. 43 (Manuscrit conservé au Séminaire de Nicolet).]
Il existe sans doute d'autres images semblables dans les églises du gouvernement des Trois-Rivières; car, dit l'abbé Bois, "il s'occupait à faire des images à l'aquarelle... et en adressait aux missionnaires des paroisses pauvres, des copies pour orner les chapelles".
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"Des copies pour orner les chapelles...". Hélas! Ces chapelles ont disparu au cours du XVIIIe et du XIXe siècle - tant d'incendies ont dévasté notre Province - : les aquarelles aussi. C'est dire que notre patrimoine artistique, autre fois [sic] fort riche, n'est plus que l'ombre de ce qu'il était. C'est dommage....
Il serait si intéressant de savoir ce qu'admiraient nos ancêtres, ce qu'exécutaient nos artistes sans l'ombre de prétention, ce que faisaient nos artisans populaires formés dans la pure tradition fraçaise!
Dans bien des cas, nous en sommes réduits à juger nos artistes à travers les mentions plus ou moins [illisible] et substantielles des pièces d'archives.
Si cela peut nous consoler...