Gérard Morisset (1898-1970)

1935.05.28 : Peintre - Plamondon, Antoine

 Textes mis en ligne le 5 mars 2003, par Stéphanie MOREL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Peintre - Plamondon, Antoine 1935.05.28

Bibliographie de Jacques Robert, n° 068

Le Canada, 28 mai 1935, p. 2.

Les peintures de Plamondon à l'Hôtel-Dieu de Québec

Dès son retour de France (1830) et jusqu'en 1840, Plamondon a travaillé pour les Hospitalières de la Côte-du-Palais. D'ailleurs, il avait donné ses premiers coups de pinceau dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu; en 1817, il avait, avec son maître Joseph Légaré, participé à la restauration des peintures de la collection Desjardins. Jusqu'en 1826, date de son départ pour Paris, il avait visité assidument l'abbé Desjardins cadet, chapelin de l'Hôtel-Dieu depuis 1807, et pris, auprès de ce mécène, le goût des belles choses et - faut-il le dire - de la peinture académique.

L'abbé Desjardins cadet prisait fort, semble-t-il le talent de Plamondon. Son disciple, il l'incitait à peindre, il lui fournissait des modèles, il lui procurait des commandes, il le pressant [sic] même d'aller étudier son art à Paris. On sait que Plamondon partit pour l'Europe en 1826. L'abbé Desjardins lui avait donné quelques subsides; mais c'était le grand vicaire Descheneaux qui payait le voyage du jeune peintre et ses frais de séjour en Europe.

À son retour, Plamondon emportait dans ses bagages un beau portrait destiné à son protecteur, l'abbé Desjardins cadet; c'était le portrait de l'abbé Philippe-Jean-Louis Desjardins, l'ainé des deux frères.

Il est vu de face. Sur sa tête massive, une grande calotte noire. La figure bien mise en lumière, le front haut et large, les paupières lourdes, les prunelles fixes, le nez long et recourbé, les joues tombantes, les lèvres épaisses et malicieuses, les boucles grisonnantes encadrant le visage, bref la physionomie entière, empreinte de bonhomie, est extraordinairement vivante et fine. On perçoit un peu d'égoïsme dans la partie inférieure du visage, de la rouerie dans l'assurance du regard, du désabusement dans l'expression. On oublie vite ces constatations devant le beau jet de lumière qui illumine le front, caresse les pommettes, suit la ligne courbe du nez et s'estompe sur le menton. Ce n'est pas une image plaquée sur une surface plane; c'est presque un buste sculpté et coloré. "Ça tourne", dirait M. Ingres. Ou plutôt, "ça tournait", car la peinture de Plamondon n'est qu'une copie.

L'original, je l'ai déjà écrit, avait été peint en 1828 par Jean-Baptiste-Paulin Guérin, [Note 1. Né à Marseille en 1783, mort à Paris en 1866 [illisible] . Guérin fut le peintre officiel de Charles X. Il a peint un grand nombre de portraits pour le Château de Versailles.] maître de Plamondon. Celui-ci en exécuta trois copies; l'une pour l'abbé Déjardins cadet qui la légua à l'Hôtel-Dieu de Québec, une autre pour les Dames de la Congrégation de Montréal, une troisième pour les Dames Ursulines de Québec. D'autre part, la peinture de Guérin - qui a probablement péri dans le sac du Palais épiscopal de Paris en 1831 [illisible] - fut lithographiée deux fois: la première d'après un dessin de Belliard, la seconde sur une copie au crayon par Montaud; l'éditeur était Lemercier - la même qui a publié, en 1832, le portrait de Louis-Joseph Papineau.

Quelle différence entre le beau portrait de l'abbé Desjardins ainé et celui de Marie-Madeleine Vitourod [Illisible] duchesse d'Aiguilles. [Note 2. Née au château de Glénay, près Bressuire, en 1604, morte à Paris le 17 avril 1675.] C'est une peinture lourde, un coloris vaseux. La duchesse est assise dans un fauteuil, les jambes trop courtes, vêtue, dirait-on, de vètements mouillés. À gauche, une table; en haut des draperies; au fond à droite, on voit le Saint-Laurent sur lequel vogue une barque. En bas à gauche, le peintre a signé et daté ce médiocre ouvrage: Ant. P. / 1832. N'insistons pas...

Quatre portraits d'hommes d'église sont de meilleure tenue.

Celui de l'abbé Pierre-Flavien Turgeon. [Note 3. Né à Québec le 12 novembre 1737, décédé à Québec le 25 août 1867.] procureur du séminaire en 1830, plus tard archévêque de Québec, est une œuvre d'un métier précis et d'une couleur qui se rapproche de celle de Guérin.

Il est vu de face, les yeux intelligents et bien ouverts, le teint rosé. Peint "au retour de Plamondon", a écrit le grand vicaire Careau au revers de la toile, ce portrait date de 1830; il est donc l'un des premiers ouvrages de l'artiste après son retour de France.

Plamondon a peint maintes fois l'abbé Turgeon, lorsque celui-ci fut devenu coadjuteur de Québec en 1834. Le premier de ces portraits est celui du Musée de l'Université Laval (salle de lecture). Le prélat est assis, vu presque de face, la physionomie ouverte, les yeux francs; il porte un surplis à dentelle et une mosette qu'on dirait empesée, tant elle est roide [sic] . C'est le prototype de tous les portraits d'évêques peints par Plamondon. On retrouve ces caractéristiques dans le portrait de Mgr Denaut, au Palais épiscopal, dans certaines effigies conservées au Séminaire de Nicolet et à Montréal.

A l'Hôtel-Dieu, il y a deux portraits de Mgr munauté, l'autre dans l'appartement du chapelain. Pierre-Flavien Turgeon; l'un dans la salle de com- [sic] Ce sont, je l'ai dit, des répliques presque parfaites du tableau de l'Université Laval. L'un, acquis par les Dames Hospitalières, est signé; l'autre donné par l'abbé Desjardins cadet, en 1848, ne porte aucune inscription. Ils datent de 1835. Sans être des œuvres remarquables, ce sont de bons portraits officiels.

Il faut ne dire autant du portrait de Mgr Joseph Signay (né à Québec le 8 novembre 1778, décédé à Québec le 1er octobre 1850). Il date vraisemblablement de 1835, comme les portraits de Mgr Turgeon.

L'évêque est vu de trois-quarts à gauche et tient un livre. Il est revêtu d'un surplis et d'une mosette d'un ton violet tirant sur le bleu. Ce portrait est assez différent que celui que Plamondon peignit vers 1845 pour le Palais épiscopal de Québec. Le prélat est plus jeune; il a le teint frais, les yeux vifs et parait en aussi bonne santé que possible.

Enfin, la dernière peinture que Plamondon exécuta pour l'Hôtel-Dieu se trouve dans l'église de la rue de Charlevoix, au retable du maître-autel. C'est une Descente de croix d'après la composition que Pierre-Paul Rubens peignit vers 1614 pour la cathédrale d'Anvers ou plutôt, disent les Annales de l'Hôtel-Dieu, d'après une copie, faite par Louis Dulongpré, [Note 4. Décédé à Saint-Hyacinthe en 1848.] du tableau de Rubens. La toile de Plamondon serait donc la copie d'une copie... Cela est vraisemblable. Sans doute l'artiste a respecté le dessin du maître anversois; mais dans le coloris, il a innové (...) c'est-à-dire qu'il a jugé bon d'y apporter des couleurs de son cru, comme si l'œuvre de Rubens eut manqué à ses yeux de justesse dans les tons... Qu'importe. C'est une assez bonne copie. Plamondon l'a signée ostensiblement à droite sur les barreaux de l'échelle (Plamondon/ Pit 1840). Vingt ans plus tard, il exécuta une autre copie de la composition de Rubens; elle se trouve dans l'église de Neuville, à l'autel de gauche.

* * *

Ces œuvres, on l'avouera, n'ont pas de quoi forcer l'admiration, ni l'enthousiasme.

Tout de même elles sont des documents historiques non négligeables. Les peintures originales prouvent qu'il y a cent ans nos artistes ont fait un sérieux effort pour sortir de la banalité. Hélas! Ils étaient envoûtés par le goût de la copie; leurs clients aussi. C'était la rançon inévitable de la vente des peintures de la collection Desjardins, en 1817. Ces peintures, nos artistes se sont appliqués à les copier, au lieu que de n'y voir que des sujets d'étude.

Cette erreur se répète encore aujourd'hui.

 

 

web Robert DEROME

Gérard Morisset (1898-1970)