
Textes mis en ligne le 24 février 2003, par Sophie MALTAIS, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Peinture - Influence française 1936.08.15
Bibliographie de Jacques Robert, n° 93
Le Droit, 15 août 1936, p. 8; 22 août 1936, p. 6; 29 août 1936, p. 8
L'art français en Nouvelle-France au XVIIIe siècle
Si actifs que soient les peintres canadiens de la première moitié du XVIIIe siècle ils ne peuvent suffire à la tâche d'orner de leurs tableaux toutes les églises qui s'élèvent en terre canadienne de Gaspé au lac Saint-Louis. D'ailleur [sic] le pourraient-ils qu'une élite hésiterait à recourir à leur talent, car s'ils ont une certaine adresse manuelle, ils manquent en général de savoir et de virtuosité, ils sont souvent brouillés avec les lois de la composition et de l'anatomie.
Aussi bien la peinture est-elle [illisible] qu'au traité de Paris, un article d'importation. Presque tous les navires du roi qui partent de Bordeaux, de Rochefort ou de Saint-Malo portent à leurs bords des tableaux de toutes dimensions, soigneusement emballés pour soustraire aux chocs les sculptures de leurs cadres. Débarqués à Québec, c'est selon la richesse de leurs bordures qu'on les taxes de droits d'entrée, d'ailleurs minimes.
Cette production est assurément de meilleure tenue que les uvres de l'Ecole canadienne. On divine aesément [sic] d'où elle provient: des élèves de Jouvenet, des Rostouts, des van Loo, des Coypels, et des peintres, aujourd'hui fort oubliés sinon inconnus, qui gravitaient autour de ces petits-maîtres autrefois célèbres. On verra qu'à part certains noms qui ont survécu à l'oubli - la peinture importée porte souvent signature et date - les autres ne figurent même pas dans les dictionnaires d'art les plus complets.
C'est donc un court chapitre de l'Art français à l'étranger que constituent les pages suivantes. Et comme les peintures importées sont, pour la plupart, destinées à l'édification des fidèles, c'est dans les communautés religieuses et dans les églises qu'il faut aller pour en faire l'étude.
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A québec, c'est l'Hôtel-Dieu qui conserve le plus grand nombre de tableaux français.
Parmi les tableaux de sainteté, je relève une grande toile représentant la Descente de croix, une peinture de Jacques Stella et deux talbeaux de Charles-Antoine Coypel.
La Descente de croix, récemment restaurée, me paraît être une uvre de Jean Jouvenet ou de l'un de ses disciples; c'est une bonne imitation du même sujet par Pierre-Paul Rubens.
La peinture de Stella, une Nativité donnée en 1735 par Mgr Dosquet [Note 1. Tableau signalé par Hawkins dans son Picture of Quebec et par Lemoine dans son Album du touriste. S'il faut en croire la Mère Duplessis de Saint-Hélène, Mgr Dosquet n'aurait pu sortir cette peinture de Rome que grâce à la complicité d'un cardinal. Cf. Abbé Casgrain, Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, p. 382. Cf. Lettres de la Mère Duplessis de Sainte-Hélène, dans Nova Francia vol. III, p. 178.] est, dit la Mère Duplessis de Sainte-Hélène, "admirablement belle". Au centre, l'Enfant-Jésus, affreusement repeint, est couché dans sa crèche; autour de lui sont groupés la Vierge qui découvre son fils, deux jeunes bergers et saint Joseph. Les personnages et [sic] sont éclairés que par la lumière discrète qui émane du corps de l'enfant.
Des deux peintures de Charles-Antoine Coypel, [Note 2. Né à Paris le 11 juillet 1694, mort dans la même ville le 14 juin 1752.] l'une, la Vierge à l'oiseau, est de provenance incertaine; c'est une jolie composition que Théophile Hamel a copié. L'autre a été commandée en 1749 par le jésuite Duplessis, frère de la supérieure de l'Hôtel-dieu; c'est une Sainte Famille au-dessus de laquelle planent le Très-Haut et deux angelets, charmante toile dans le style de Boucher.[Note 3. Au revers de la toile, cette inscription: DE LA PART DU RD PERE DUPLESSIS DE LA COMP. DE JESUS MISSIONNAIRE 1750. Cf. Joseph. Ed. ROY, Lettres du Père Duplessis, p. 266.]
Le Père Duplessis a fait d'autres dons à l'Hôtel-Dieu: en 1742, c'est une autre Sainte-Famille qui, suivant une inscription placée au revers de la toile "a été tirée sur l'estampe que Mgr de Laval fit faire pour être distribuée dans toutes les familles de cette nouvelle colonie, après qu'il eût établi la Confrérie de la Sainte Famille en ce pays."
Sept ans après, il commande à Charles-Antoine Coypel, un autre tableau de la Sainte Famille. Dans une lettre datée du 9 février 1749, il donne ces précisions: "... Il sera de votre goût et vous pouvez l'appeler la fournaise de l'amour divin. Mais vous ne pourrez l'avoir que l'année prochaine" [Note 4. Ibid, p. 266 - Lettres du 7 juin et du 21 juillet 1750.]. A plusieurs reprises il revient sur le sujet de cette toile et en parle avec lyrisme... En 1753, il fait don d'une Madone à l'Hôtel-Dieu; trois ans plus tard, il donne deux petits ttbleaux [sic] "du Sacré-Cur de Notre-Seigneur".
Mgr de Saint-Vallier s'intéresse tant à l'hôpital-Général, qu'il a fondé en 1692, que l'annaliste écrit: "Il n'y a dans le monastère presqu'aucun lieu où l'on ne conserve précieusement quelque objet donné par notre illustre fondateur... Ici, c'est tableau [sic] du Crucifiement, là une antique image de la Mère de Dieu..." Aux libéralité [sic] de Mgr de Saint-Vallier, [Note 5. Ibid, p. 287 et 293.] sur lesquelles nous n'avons pas la moindre précision, Mgr Dosquet ajoute les siennes en 1735, il fait don à l'Hôpital-Général d'un Saint-Jérôme et d'une Marie-Madeleine, tableaux que J. Purves Carter a attribués l'un à l'école flamande l'autre à Guido Reni [Note 6. Ces deux toiles appartiennent à l'Ecole flamande.].
Au même monastère Knox admire en 1739 un Saint Pierre repentant qu'il proclame "truly expressive" [Note 7. Cf. Capt. KNOX, An Historical Journal, t. II, p. 156. - Cette toile n'existe plus.]. Il ne dit rien d'un très beau portrait de Louis XV à douze ans, peint par André Tremblain en 1722, c'est que ce portrait n'a été donné à l'Hôpital-Général qu'à la fin du XVIIIe siècle par Mademoiselle de Saint-[illisible]. Et puisqu'il est question de Louis XV, demandons-nous où se trouve aujourd'hui le portrait de ce roi qui fut expédié à Québec en 1759. En effet, le 21 mars 1759 un bon du Roi autorise M de Marigny directeur-général des Bâtiments à "faire faire un portrait de Sa Majesté en buste avec son cadre pour les Sauvages du Canada qui l'ont très humblement demandé" [Note 8. Archives nationales, Paris, [illisible] 1064. Cf. Nouvelles archives de l'Art français, vol. V (1889), p. 78.].
Chez le gouverneur M. de Vaudreuil, mort en 1725, les pièces de tapisserie sont en plus grand nombre que les peintures. A côté des tentures d'"autelise" (sic), des tapisseries de Flandres et de Bergame, à côté des cortières lissées qui ornaient les salles d'apparat et les chambres du château Saint-Louis, je ne relève dans l'inventaires notarial de 1725 que trois tableaux un portrait de Louis XIV, [Note 9. Ce portrait de Louis XIV est peut-être celui que conserve l'Hôtel-Dieu de Québec. C'est un bon portrait officiel dépourvu de ses accessoires. Il a figuré à l'exposition de souvenirs historiques à l'Hôtel-Dieu de Québec en août 1934.], un Dieu phone (sic) et un tableau représentant différents seigneurs de la cour et de la famille. On ne sait ce que sont devenues ces toiles [Note 10. C. Inventaires de tous et uns chacuns des biens meubles de feu le haut et puissant seigneur Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil (19 juin 1728), dans le Rapport de l'archiviste... pour 1921-1922, passim.].
(à suivre)
L'art français en Nouvelle-France au XVII siècle [sic]
II
En 1734 le gouverneur de Beauharnois et l'intendant Gilles Hocquart demandent humblement au roi son portrait qui, selon la teneur de leur lettre, "sera un nouveau motif pour engager les officiers du Conseil (supérieur) à rendre la justice avec encore plus d'exactitude s'il est possible et ne peut manquer d'augmenter le respect dû à ce tribunal". [Note 11. Cf. Nova Francia, vol. V (1930), p. 78 et s.] Louis XV accède volontiers à ce désir; le 25 avril 1735, le ministre expédie le tableau avec son cadre. Je me hâte d'ajouter que ce portrait, installé en grande pompe dans la salle du Conseil à l'automne de 1735, n'est pas un chef-d'uvre ignoré. M. de Cathelineau a trouvé le nom de l'artiste, André Tremblan, mort à Paris le 24 juin 1742, à la fois maître-peintre et professeur à l'Académie Saint-Luc, marchand d'antiquités à Paris, entrepreneur de copies et encadreur. Son portrait de Louis XV était probablement une copie.
C'étaient peut-être des uvres de même valeur que possédait le procureur Cugnet, mort en 1742. Dans l'inventaire de ses biens, il y a vingt-huit toiles, dont deux portraits de Louis XIV, cinq portraits de famille et des natures mortes; peintures qu'il avait peut-être apportées de Paris.
L'historien de l'expansion de l'Art français à l'étranger, M. Louis Réau - qui a ignoré les faits que je rapporte ici -, signale deux portraits peints vers 1757 par un nommé Pierre Jouffroy, de Paris. C'étaient les portraits de Charles Duplessis de Moraupont, grand prévôt de la maréchaussée de la Nouvelle-France, et de Monseigneur du Breuil de Pontbriand, dernier évêque de Québec sous le régime français. "Des experts sont commis, écrit M. Réau, pour constater si ces portraits sont faits selon l'art, ressemblants et de peinture propre à supporter sans se gâter le trajet de mer pour être transportés à Québec dans le Canada." [Note 12. Cf. Rapports d'experts par Georges Wildenston.] Le portrait de Duplessis de Maraupont a dû être rapporté en France, comme tant d'autres portraits de cette époque, celui de Mgr de Pontbriand n'a pas encore été retrouvé.
L'absence de documents ne me permet pas d'affirmer que Ville-Marie ait possédé un grand nombre de tableaux français au XVIIIe siècle. Les seules pièces que je puisse citer ont échappé aux incendies et se trouvent à la Congrégation Notre-Dame et à l'Hôpital-Général.
Aux religieuses de la Congrégation, Mgr Dosquet, quelques temps leur supérieur, fait don de quelques toiles de sainteté pour leur chapelle. Avant son départ définitif de Québec, il leur fait un dernier don: "Je vous ai destiné, écrit-il à la supérieure le 13 octobre 1735, un tableau d'un peintre fameux..." [Note 13. Abbé FAILLON. Vie de la Mère Bourgeoys, t. II, p. 350.].
A l'Hôpital-Général, Madame d'Youville fait vu en 1741 de faire peindre une toile représentant le Père éternel. Bon vu - la guérison de son directeur, l'abbé Normant - étant exaucé, elle commande la peinture à Paris et la reçoit quelques mois après. [Note 14. Abbé SATTIN, Vie de Mme d'Youville.]
A notre-Dame de Montréal c'est-à-dire dans l'église démolie en [illisible] , dix toiles sans cadre "couvrent les deux longs pans du reposoir", c'étaient des "tableaux de la Passion peints en France à la détrempe en 1756", nous apprend Hugues Latour dans son Annuaire de Ville-Marie.
Mais c'est à la campagne que les peintres français ont leur plus nombreux clients.
En 1700, la fabrique de Charlesbourg paie 380 livres pour une bonne copie d'une composition très connue, Saint Charles Borromée distribuant la communion aux pestiférés de Milan. [Note 15. Abbé TRUDELLE. Histoire de la paroisse de Charlesbourg. p. [illisible].]
A Batiscan, c'est par l'intermédiaire d'un peintre nommé Leblond que le curé fait venir de France deux peintures exécutées vers [illisible] Saint François-Xavier et ne madone. [Note 16. Livres de comptes de Batiscan (1709).]
Tout à côté, à l'église de Champlain, une monumentale peinture d'Antoine Coypel, la Visitation, est l'occasion du changement de [illisible] de la paroisse, cette toile, peinte vers 1716, existe encore; mais en si mauvais état qu'on ne reconnaît point la touche de Coypel.
Dans un mémoire présenté au conseil de Marine en 1722, M. [illisible] d'Auteuil, en demandant qu'il soit créé une paroisse avec curé résidant dans sa seigneurie de la Grande-Anse (Sainte-Anne-de-la-Pocatière), argue qu'il y a fait des travaux considérables, des dépenses non moins grandes et notamment, qu'il a fait peindre à Paris, il y a quelques années "un très beau tableau de Sainte Anne, pour mettre au retable..." [Note 17. Cf. Rapport de l'archiviste pour 1922-1923, p. 97.]
Vers le même temps la fabrique de la Pointe-Levy donne au Père de la Place, récollet, une certaine somme d'argent pour l'achat en France de "deux petits tableaux or et argent battu..." [Note 18. J-Ed ROY Histoire de la seigneurie de Lauzon, t. II, p. 97, 162 et 163.]
La chapelle de la mission des Jésuites de Tadoussac, déjà si riche en tableaux, ne cesse de s'orner de sculptures et de peintures venues de France. Dans le sanctuaire, une Présentation au temple porte la signature du peintre Beauvais et la date de 1747. Son pendant, l'Ange gardien, n'est pas signé, mais il porte le millésime de 1730. Un ange protège un enfant contre un serpent; au second plan, on voit un château tout illuminé. En examinant avec attention cette peinture élégante, un nom vient spontanément à l'esprit, celui de François Boucher. C'est son dessin charmant, son coloris un peu crû, ce sont surtout les visages qu'il a créés, figures aimables et grassouillettes doù est exclue toute spiritualité. Deux peintures ont été données à l'église de Tadoussac vers 1750 par le jésuite Duplessis: Saint Charles Borromée et la Vierge et l'enfant. [Note 19. J-Ed ROY. Lettres du Père Duplessis, p. §67.]
Je note pour mémoire un Saint Germain d'Auxelle donnant une médaille à sainte Geneviève acquis en 1736 pour l'église de Rimouski et restauré vers 1789 par François Baillairgé, et une Sainte Geneviève à genoux sur un rocher, les mains jointes sur la poitrine, tenant sa houlette, entourée d'agneaux. [Note 20. Abbé MOREAU. Précis de l'histoire de Berthier, p. [illisible].] Ce dernier tableau, fort abimé, orne le maître-autel de l'église de Berthier-en-Haut.
Le même sujet se trouve dans la chapelle Notre-Dame-des-Victoires à Québec, composition que J.-Purves Carter a attribuée avec vraisemblance à Carle van Loo. La sainte assise sous le feuillage d'un chêne, tourne les pages d'un livre, au loin la ville de Paris et en haut, deux têtes d'anges.
(à suivre)
L'Art Français en Nouvelle-France au XVIIIe siècle
Voici les noms de deux peintres fort peu connus en France, Chaulereau et de Cherches. Celui-ci a peint en 1742 une grande toile représentant la Vision de saint Antoine de Padoue, acquise par la fabrique de Saint-Augustin (Portneuf); de Chaulereau, c'est une Sainte Famille au rameau d'olivier, toile signée et datée de 1741, elle orne la même église de Saint-Augustin. Dans la même église se trouve une autre peinture de Chaulereau; c'est une copie du Saint Charles Borromée de Pierre Mignard.
Ce sont aussi des tableaux venus de France qu'on voit à l'église du Sault-au-Récollet, la Visitation, copie d'après Mignard; à Saint-Charles de Bellechasse (Saint Charles Borromée acquis à Paris en 1765); à la chapelle du Petit-Cap (Saint Louis de Gonzague); à l'église de l'Assomption (le Christ remettant les clefs à Saint Pierre) et à Saint-Jean-Port-Joli (le Baptème du Christ).
A Sainte-Foy, près Québec, un beau tableau du Frère André, dominicain, représente la Visitation; il provient des Congréganistes du Séminaire qui, en 1763, le prêtèrent aux marguilliers de Sainte-Foy; ceux-ci en firent l'acquisition en 1806.
La mission indienne du Lac-des-deux-Montagnes (aujourd'hui Oka) est au XVIIIe siècle la plus riche de la Nouvelle-France. Les Sulpiciens, qui en ont la charge, ne cessent de l'enrichir d'uvres d'art de toute sorte. L'un d'eux, l'abbé Picquet, a l'idée de faire, d'une des deux montagnes, une sorte de Golgotha. Il fait donc construire en guise de chemin de croix des édicules de pierre d'une extrême simplicité. Dans chacune de ces minuscules chapelles, il place un tableau venu de France. Mais le climat canadien est si rude qu'après 1759 on doit remplacer par des bas-reliefs les tableaux qu'on transporte à l'église. Ils y sont encore. S'il faut en croire l'abbé Olivier Maurault, c'est "la plus belle galerie de peintures religieuses qu'il y ait au Canada". Sept de ces tableaux - ceux qui décoraient les chapelles extérieures - sont l'uvre certaine de Nicolas Lefebvre; d'autres toiles lui sont attribuées; une peinture de l'Annonciation est attribuée à Frontier, peintre parisien de la première moitié du XVIIIe siècle; enfin quelques petites toiles proviennent de la collection de M. de Terlaye. [Note 21. [n'apparaît pas sur la photocopie de l'article]]
Insistons, non sur les toiles de Lefebvre, mais sur la biographie qui est mal connue.
Né vers 1660, il est reçu à l'Académie Saint-Luc, à Paris, le 29 novembre 1691. En 1716, il signe un beau portrait du marquis de Cambis-Velleron à l'âge de dix ans (Musée Calvet, Avignon). En 1727, il appose de nouveau sa signature au revers du portrait de Fleurian d'Armenonville (Musée de Chartres). Quatre ans après, Nicolas Lefebvre fait son testament et se retire à la maison des Sulpiciens de Paris pour y finir ses jours. C'est là qu'il peint les tableaux destinés à la mission des Deux-Montagnes. C'est peut-être dans cette retraite qu'il s'éteint à une date que d'ailleurs on ne connaît point.
Les peintres français n'ont fourni que peu d'uvres profanes à la Nouvelle-France. Sans doute y avait-il chez les grands personnages de l'époque et chez les riches bourgeois des tableaux mythologiques, des portraits, des natures mortes et des paysages faits en France. Signalons sommairement les collections Vaudreuil, La Corne de Saint-Luc, Lanouillier et Cugnet. Ajoutons les [illisible] portes de l'hôtel [illisible], la collection de portraits du marquis de Vaudreuil , celle de l'intendant Bigot, grand amateur de peinture aussi bien que joueur effréné et homme galant. On pourrait ajouter, ne serait-ce qu'en passant, les portraits des vaillants défenseurs de la Nouvelle-France. Mais ces uvres d'art ont repassé les murs après la capitulation de Montréal - sauf de rares épaves sur la survivance desquelles nous ne possédons que de vagues renseignements.
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En somme il y a peu de chefs-d'uvre dans l'apport français du XVIIIe siècle. C'est de l'honnête peinture pour bourgeois moyens; ce sont des tableaux religieux corrects et soignés, des portraits de bonne tenue. Mais cette peinture intéresse doublement, elle marque le souci artistique de la population canadienne qui, fortement enracinée dans la France nouvelle ne veut pas perdre contact avec l'ancienne et s'attache à rassembler dans la vallée du Saint-Laurent des uvres d'art françaises, ce que j'appellerais le sourire même de la race. De pus, elle apporte des éléments nouveaux à l'historien de l'art. Des noms comme Beauvais, Chautereau, de Cherches, Leblond, sont quasi inconnus en France et il convient de les signaler, ne serait-ce que pour compléter la nomenclature des artistes secondaires du XVIIIe siècle. A l'égard des artistes - Coypel, van Loo, le Frère André, Nicolas Lefebvre, Jacques Stella et d'autres - dont la vie et les uvres sont assez connues des érudits, les lignes qu'on vient de lire apporte des précisions qui ne sont point négligeables, ouvrages inconnus ou oubliés, dates qui, à l'occasion, peuvent servir de points de repère.
Ce que je dis ici de cette époque s'applique aussi au XVIIe et au XIXe siècle. On connaîtrait mal par exemple la carrière du Frère Luc et l'on négligeait l'étude des ouvrages qu'il a laissés en Nouvelle-France. On sait aussi que la collection Desjardins complète singulièrement les détails que l'on possède sur tel ou tel peintre secondaire et fait connaître le sort de quelques peintures que les décrets de l'Assemblée législative et la Convention avaient accumulées au dépôt des Petits-Augustins et ailleurs.
Juste retour des choses; le Canada, après avoir joui longtemps des manifestations intellectuelles et artistiques de la généreuse nation qui l'a formé, est aujourd'hui en mesure de contribuer à la plus parfaite connaissance de cette époque où la France, en se répandant pour ainsi dire sur les continents nouveaux, y prodiguait les germes de sa gloire et de sa puissance actuelles...