Gérard Morisset (1898-1970)

1937.02.27b: Peintre - Palardy, Jean

 Textes mis en ligne le 5 mars 2003, par Stéphanie MOREL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Peintre - Palardy, Jean 1937.02.27

Bibliographie de Jacques Robert, n° 119

Le Journal, 27 février 1937, p. 9-10.

L'exposition de peinture de M. et Mme. Palardy

Que les amateurs de peinture me permettent de leur rappeler qu'il se tient actuellement chez Kerhulu, rue de la Fabrique, une exposition qui est loin d'être indifférente. Madame Jori Smith fait voir les portraits qu'elle a peints au cours des derniers mois, tandis que monsieur Jean Palardy expose des paysages du coin de terre grandiose qu'il habite dans le pays montagneux de Saint-Urbain.

Disons tout de suite que ces deux artistes, sans s'insurger irrévocablement contre ce qu'on appelle la tradition, s'expriment dans une langue picturale hardie, simplifiée, non dépourvue d'une certaine éloquence hardie et, trouverait-on à première vue revêche. Mais si l'on veut bien revenir sur ses premières impressions, si l'on a soin de faire abstraction, sans remords, des paragons en vertu desquels on juge trop souvent les œuvres d'art les plus disparates, surtout si l'on réfléchi [sic] que la beauté n'est pas attachée à telle ou telle forme, on s'apercevra que M. et Mme Palardy n'en ont plus que de mérite à na pas suivre aveuglément ce que je nommerais sans trace d'ironie, l'art scolaire.

Et pour cause. Ces jeunes artistes se sont déterminés à voir la nature autrement qu'à travers les yeux d'autres, ils se sont forcés un langage rude mais expressif, ils se sont ri de l'élégance généralement admise, au profit d'un réalisme qui, pour ne pas flargorner le regard, n'en a pas moins la faculté de conduire à la méditation.

Tout n'est pas parfait dans les trente-sept peintures que M. et Mme Palardy exposent en ce moment. Eux-mêmes en conviennent d'ailleurs avec l'aimable et robuste sincérité qu'ils apportent à peindre. Toutefois, il y a là de belles pièces décoratives qui reposent de la banalité coutumière de certaines expositions conformistes. Je signale notamment - sans vouloir imposer mes préférences - Lucien, Un marin, un portrait de Paysan, deux portraits d'Enfants d'une psycologie cruelle mais sans défaillance, la Première neige, la Récolte de pommes de terre et Luttes politiques.

Quelques visiteurs - j'en ai eu la confidence - n'ont pu saisir le lien, pas très visible il est vrai, qu'il y a entre les pièces exposées; bien plus, ils n'ont pu se familiariser avec un genre pictural qui, assurément, laisse loin derrière lui les licences que certains de nos peintres ont déjà prises avec la nature. Qu'ils ne s'en offusquent point; il est parfois si difficile de comprendre une formule nouvelle, à plus forte raison de la goûter; il faut tant d'abnégation pour se dire qu'on n'est pas le seul à posséder la vérité, qu'elle qu'elle soit [sic].

Certains amateurs trouvent que M. et Mme Palardy piaffent. Ils peuvent par ce moyen sortir de la somnolence les amateurs qui s'ignorent et les gens trop sages, ils feront œuvre utile. Car, disons-le encore une fois, nous tenons trop pour certain que la beauté est soudée à telle ou telle forme. Non. La vraie beauté est libre comme les tempéraments; elle est diverse comme la nature; elle a le privilège d'épouser toutes les formes...

L'exposition de M. et Mme Jean Palardy, ouverte à deux heures aujourd'hui, se terminera à dix heures ce soir.

 

 

web Robert DEROME

Gérard Morisset (1898-1970)