Gérard Morisset (1898-1970)

1937.03 : Peinture - Portrait - Evolution

 Textes mis en ligne le 24 février 2003, par Sophie MALTAIS, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Peinture - Portrait - Evolution 1937.03

Bibliographie de Jacques Robert, n° 330

Le Terroir, vol. 17, no 10, 1937, p. 5

LE PORTRAIT DE FEMME dans la peinture canadienne

Résumé d'une causerie donnée au Palais Montcalm le 13 février, sous les auspices de ls Société des Arts, Sciences et Lettres.

M. Gérard Morisset, attaché honoraire des musées nationaux de France, et directeur de l'enseignement du dessin dans la province de Québec, a prononcé, samedi soir, au Palais Montcalm, devant une salle comble, une brillante conférence illustrée qu'il avait intitulée : "Le portrait de femme dans la peinture canadienne". Cette soirée littéraire, qui était sous la présidence de M. Hector Faber, président de la Société des Arts, Sciences et Lettres, a remporté un très beau succès. L'assistance était considérable.

Le président, M. Hector Faber, a présenté le conférencier en termes élogieux et l'assistance de son côté n'a pas ménagé ses applaudissements à M. Morisset, qui a intéressé vivement ses auditeurs.

Après avoir remercié M. Faber, M. Morisset a fait revivre, durant une heure, la femme dans la peinture de chez nous. Le premier portrait de femme, nous dit M. Morisset, remonte à 1650, et c'est celui d'une morte, la Mère de Saint-Joseph. Puis il passe en revue les divers portraits peints par nos artistes depuis cette date jusqu'à Théophile Hamel.

Voici un résumé de cette conférence de M. Morisset.

"Le premier portrait de femme est celui de madame de Champlain, conservé à Meaux, mais inaccessible. Il faut attendre l'année 1650 pour rencontrer le véritable premier portrait de femme et c'est celui d'une morte : la Mère Saint-Joseph. Ce n'est pas le seul. Il y a dans notre histoire, toute une série de portraits de morts, sorte de nécrographie macabre qui n'est pas dénuée d'effet : Marie de l'Incarnation et Catherine de Saint-Augustin, par l'abbé Rugues [sic] Pommier, Marguerite Bourgeois, par Pierre LeBer, Catherine Tékakouita, par le jésuite Chauchetiêre, et Madame d'Youville, peinte tout probablement par de Beaucourt".

"Le grand nombre de portraits religieux, ne doit pas nous étonner", ajoute M. Morisset. "C'est, on le conçoit, une manifestation de l'esprit du temps. La mère canadienne n'a pas les moyens de faire "tirer" son portrait, ni de son vivant, ni après sa mort ; elle est laborieuse, mais pauvre et isolée. Ce ne sera que vers 1683 que l'on rencontrera le premier portrait de femme qui ne sera pas celui d'une religieuse ; et encore, ce sera un ex-voto qui représente Marie-Anne Robineau de Bécancour, fille du baron de Portneuf, une future Ursuline."

Monsieur Morisset raconte ensuite que la vie primitive s'adoucit peu à peu et que la vie de Versailles a quelques reflets ici. "Québec et Montréal", dit-il, "ont leurs sculpteurs qui s'inspirent du Louis XV. Les architectes se modèlent sur ceux de Paris ; les peintres essaient de rendre des œuvres de Rigaud. Le plus célèbre tableau de cette époque féconde est celui d'Angélique de Méloïzes."

Monsieur Morisset fait ensuite un bref résumé de la guerre de sept ans jusqu'à la cession du Canada à l'Angletere, en 1760. "Les portraits de cette période", déclarent-ils, "témoignent de la pauvreté et de la misère de la population, de la baisse persistante de l'esprit français. Deux artistes sortent de cette ornière en allant étudier leur art en France : François Baillargé, plus connu comme architecte et sculpteur, et François Malepart de Beaucourt, peintre de la lignée de Fragonard, peut-on dire en forçant la note. La Révolution apporte un regain de vitalité par l'arrivée d'immigrants pourchassés".

Au cours du XIXe siècle, presque tous nos peintres font le voyage d'Europe. Ce sont les deux Plamondon, Théophile Hamel, Falardeau. Napoléon Bourassa, Eugène Hamel, Charles Huot et nombre d'autres.

Le conférencier fait alors une brève analyse de leurs œuvres. "La Jeune Esclave", de Malepart de Beaucourt apporte une teinte exotique", dit Monsieur Morisset. "Quant à Plamondon, il a deux belles œuvres à son crédit : les portraits de Madame Amable Dionne et de la Mère Saint-Joseph. Ce sont là des œuvres spontanées dans lesquelles la vie circule avec intensité".

"Chez Théophile Hamel, le métier prend le pas sur l'inspiration. On le constate en examinant les portraits de Madame Georges-B. Faribault, de Madame Théophile Hamel et l'effigie très réaliste de Madame Sophie Melvin Place.

"Le talent de portraitiste de Théophile Hamel s'est transmis à son neveu Eugène Hamel. Celui-ci a laissé un grand nombre de portraits de femmes."

Monsieur Morisset termine par quelques considérations sur le portrait féminin d'aujourd'hui. "Existe-t-il", se demande le conférencier, "ce portrait féminin contemporain ? C'est douteux !"

Et le conférencier fait appel en concluant aux dames et aux jeunes filles. "Aller chez le photographe", dit-il, "c'est bien : mais confier l'exécution de son portrait à l'un de nos peintres, c'est mieux, car l'art ne sera prospère au Canada français, que si nos artistes ont l'occasion de cultiver et d'exercer leur talent." (appl.)

Monsieur Joseph Blais, courtier, remercia le conférencier.

("Le Journal")

 

 

 

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