Gérard Morisset (1898-1970)

1942b : Historiographie - Gauvreau, Jean-Marie

  Textes mis en ligne le 24 mars 2003, par Kawthar GRAR, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Historiographie - Gauvreau, Jean-Marie 1942b

Bibliographie de Jacques Robert, n° :249Culture, vol. 3, 1942, p. 143-144.

GAUVREAU, JEAN-MARIE, Artisans du Québec . Trois-Rivières, Editions du Bien-Public, 1940. 23 cm. 231 pp. 80 gravures.

Il y a cent ans et plus, nos ancêtres - tout comme leurs contemporains de bien des pays de l'univers, civilisés ou non - produisaient chez eux, et avec des matières premières de la région qu'ils habitaient, tout ce dont ils avaient besoin, non seulement pour leur subsistance mais encore pour leur agrément. Peu à peu la vie moderne s'est infiltrée dans l'économie de l'ancien régime et l'a bouleversée irrémédiablement. L'homme est vite devenu machine. La machine a eu tôt tendance a remplacer l'homme. Et c'est devenu un lieu-commun de dire que la grande industrie et son fils légitime, le machinisme, ont porté le coup de mort à un grand nombre de métiers d'art d'autrefois, et des plus vivaces.

Mais voilà que, par son automatisme et sa banalité, la grande industrie en est venue à lasser les plus fervents des modernes, même, le croirait-on? certains industriels; à plus forte raison a-t-elle désabusé les hommes qui possèdent, au plus profond de leur être, le goût de l'œuvre humaine. Et voilà encore que la grande industrie, après avoir fait faillite au point de vue social, est devenue presque exclusivement une monstrueuse machine de mort et de destruction. Il n'en a pas fallu davantage pour provoquer le renouveau de nos arts paysans.

Le terme renouveau signifie exactement . L'art de nos artisans d'aujourd'hui paraît être un nouveau printemps de l'art de leurs devanciers d'il y a un siècle (car je me refuse à y voir une sorte d'été de la Saint-Martin). Mais ce renouveau, s'il a eu besoin d'une étincelle initiale pour secouer l'engourdissement de l'hiver, n'a pu se maintenir sans l'action constante d'un petit groupe d'animateurs désintéressés.

Jean-Marie Gauvreau est de ceux-là. Je me rappelle une avant-midi bleutée de septembre 1929. . Il prêchait un converti. Je revois Jean-Marie Gauvreau en 1935. C'est le même homme actif, entreprenant, curieux de tout, bienveillant jusqu'à la cordialité, toujours prêt à seconder celui qui l'appelle à son aide. Je ne suis pas le seul à avoir trouvé chez lui réconfort et force. Quelques-uns lui doivent l'épanouissement de leurs aptitudes, tout au moins la foi en leur talent et le goût de ; d'autres lui doivent une certaine notoriété. Qui ne connaît aujourd'hui - au moins parmi les amateurs avertis - Gilles Beaugrand l'orfèvre, les ferronniers Lebrun, le sculpteur Elzéar Soucy, les Bourgault, Eugène Leclerc, Léo Arbour, Zénon Alary? Qui n'a vu au moins quelqu'une de leurs œuvres? Il y a quelques années, ces artistes et artisans étaient presque des inconnus. Tout au plus savait-on qu'un jeune homme de Montréal s'occupait à ouvrer des feuilles d'argent; qu'à Saint-Jean-Port-Joli, des ci-devant menuisiers fabriquaient des statuettes et des groupes d'un comique spirituel; qu'il existait aux Trois-Rivières une fort active; qu'Elzéar Soucy avait modelé une statue pour la façade du Parlement de Québec; que de jeunes sculpteurs, venus on ne savait d'où, s'essayaient à travailler le bois avec un couteau de poche… Aujourd'hui, grâce à Jean-Marie Gauvreau, on en sait plus long.

Même chose à l'égard de l'artisanat féminin. Avant la publication d'Artisans du Québec , on pressentait une sorte de renaissance de nos arts domestiques, mais on savait peu de chose des femmes et des jeunes filles qui y participaient. Jean-Marie Gauvreau nous les fait connaître dans son beau livre, non seulement avec des mots à la fois justes et sympathiques, mais encore avec de belles images.

En un passage de son livre, l'auteur se défend de vouloir faire de la critique d'art. Il a fait mieux: il a construit un vaste panorama de notre paysage artisanal d'aujourd'hui, dans lequel chaque région a sa place avec les artisans qui caractérisent sa physionomie. Et ce panorama n'est point une sèche grisaille. C'est une fresque aux couleurs gaies et vives, à l'atmosphère accueillante, dont chaque partie est imprégnée de la bonne santé morale de l'auteur et de son inaltérable confiance en l'avenir de notre artisanat.

Artisans du Québec possède une valeur éducative et une portée sociale qui en font un livre non de critique mais de direction, l'un de ces livres qui nous montrent déjà la voie droite en l'éclairant de beaucoup d'optimisme.

Déjà il a produit des résultats considérables…

 

 

 

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Gérard Morisset (1898-1970)