
Textes mis en ligne le 19 février 2003, par Pascale TREMBLAY, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Art - Conservation 1945a
Bibliographie de Jacques Robert, n° 288
Société Canadienne d'histoire de l'église catholique. Rapport, 1945-1946, p. 53-54.
Destin de nos uvres d'art [Note 1. Résumé de la causerie de M. Gérard Morisset. ]
Pendant de longues années, le développement de nos anciennes paroisses a suivi parallèlement les progrès des fiefs et des seigneuries. Au début, elles comprennent donc des territoires assez vastes, mais fort peu peuplés. Les églises, construites en bois, sont de dimensions exiguës, et leur ornementation est réduite au minimum.
Un premier essor dans la construction religieuse se produit pendant l'heureuse époque 1720-1750. On construit alors un assez grand nombre de modestes églises en pierre, décorées de meubles et de retables en bois sculpté et doré; la peinture édifiante se généralise et l'orfèvrerie d'église entre dans nos habitudes.
Après les malheurs de la guerre de Sept Ans, la population, au lieu de se laisser aller à gémir inutilement, se remet au travail et, en moins de quinze ans, parvient à une grande prospérité matérielle. D'où un nouvel essor dans l'architecture religieuse et de la décoration des sanctuaires. C'est alors que les destructions commencent. Les paroisses ont grandi; le nombre des fidèles a triplé; l'heure est à la reconstruction - et l'on ne reconstruit pas sans démolir quelque chose. Aussi bien, voit-on nombre de petites églises disparaître pour faire place à des églises plus grandes; des meubles être relégués dans des hangars, parce qu'ils ne peuvent plus servir; des vases sacrés être envoyés à la fonte pour être transformés an vases plus grands.
Cependant, le pays se développe. Vers 1820, les paroisses riveraines du fleuve ont acquis leurs limites et leur population normales; mais l'arrière-pays, c'est-à-dire les concessions, s'organise en paroisses - au reste, cette phase dure encore. C'est à cette époque que les destructions se font plus considérables et que commencent les fréquentes migrations d'uvres d'art. D'un bout de la Province à l'autre, les tabernacles, les retables, les chaires, les bancs d'uvre, les pièces d'orfèvrerie, des meubles de toutes sortes changent d'église ou de chapelle et, parfois dans leur transport, perdent quelques-uns de leur éléments. Voici un exemple typique: le retable de l'ancienne chapelle du Collège des Jésuites, sculpté vers 1750 par Pierre-Noël Levasseur: après la mort du Père Casot en 1800, on enlève le retable et on l'adjuge à l'Hôtel-Dieu de Québec; il ne reste pas longtemps dans la chapelle que l'abbé Desjardins, aîné, vient de construire, rue de Charlevoix, car en 1809, les Hospitalières le vendent à la fabrique de Sainte-Marie-de-la-Beauce; à Sainte-Marie, il orne le fond du sanctuaire jusqu'à l'érection de l'église gothique actuelle, en 1856; depuis cette date, on perd la trace du retable des Jésuites; il y en aurait, paraît-il, des fragments dans la sacristie de Saint-Bernard (Dorchester).
Enfin, au temps de l'architecture archéologique, c'est-à-dire depuis le milieu du XIXe siècle, les destructions, les enlèvements et les migrations d'uvres d'art se multiplient - et dans les destructions, il faut compter les restaurations particulièrement indiscrètes, comme les façades de Lotbinière, de Saint-Marc (Verchères), l'Ile-Perrot, Sorel, la façade de l'Islet Des statistiques permettent d'affirmer que depuis soixante-quinze ans, nous avons perdu une bonne moitié de notre patrimoine artistique.
Il est à souhaiter que notre population acquière un peu de respect à l'égard des ouvrages des générations éteintes; et quand il s'agit d'ouvrages religieux, le respect devient presque vertu.