Gérard Morisset (1898-1970)

1946.05.21 : Sculpteur - Thibault, René

 Textes mis en ligne le 24 février 2003, par Josée RIOPEL, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Sculpteur - Thibault, René 1946.05.21

Bibliographie de Jacques Robert, n° 054

L'Action catholique, 21 mai 1946, p. 4.

Une madone de René Thibault à l'église de Limoilou

Depuis longtemps, je veux écrire tout le bien que je pense des œuvres des jeunes sculpteurs de Québec - de cette brillante Ecole qui, par le talent, la sensibilité et l'intelligente ferveur de ses artistes, s'apparente de très près à l'Ecole de François Baillairgé, aux temps paisibles et déjà lointains de 1790-1800. Il y faudrait plusieurs études que je rédigerai sûrement un jour, mais que je dois laisser actuellement de côté, faute de loisirs.

Pour aujourd'hui, je me contente de signaler une œuvre de monsieur René Thibault, sculpteur, élève diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Québec. C'est une Madone en bois sculpté et peint, destinée au baptistère de l'église de Limoilou. Le fait qu'on a confié la facture de cette ststue à un sculpteur, au lieu d'acheter l'une de ces horribles statues en plâtâre [sic], peintes de tons doucereux, mérite déjà un bon point. Mais il y a mieux. Le sculpteur, d'accord avec l'architecte, monsieur Henri Tremblay, a composé son œuvre en tenant compte de l'architecture du baptistère, des lignes de la voûte, de l'éclairage et de l'endroit précis où la statue doit prendre place. Encore un bon point, n'est-ce pas. Ce n'est pas tout. René Thibault a sculpté, non une image de carte de mode comme il y en a trop dans nos églises, mais une Madone jeune, aimable et légèrement souriante; une fille du peuple douce et candide, d'une adorable simplicité. Et cette jeune femme qui tend les bras n'est pas perdue dans une fade extase de théâtre de province; elle est accueillante avec grâce, elle est présente parmi nous, elle nous parle somme ces Madones du XVe siècle, à la fois si humaines et si familières.

Tout est digne de louange dans cette œuvre: la souplesse du maintien, la plénitude des formes, la sûreté de la technique, la cohérence des rythmes du mouvement, surtout l'harmonieuse distribution de la couleur. La statue n'est pas entièrement peinte. Le sculpteur a laissé à nu certaines parties du bois, comme le manteau, la figure, les mains et le socle; le reste est peint, non pas au naturel - car il ne s'agit pas ici de mannequin -, mais en des couleurs voisines ou complémentaires du ton même du bois. C'est de l'excellente polychromie, telle qu'on la comprise aux belles époques de la sculpture.

Maintenant que l'on sait que cette belle œuvre d'art brillera discrètement dans la chapelle baptismale de l'une de nos églises, je souhaite qu'on s'y rende parfois pour la contempler. Qu'on retienne bien le nom du sculpteur; on le retrouvera souvent, je l'espère, au bas d'œuvres sculptées aussi fortes et aussi émouvantes.

Bas de vignettes:

[1]- Madone qui orne le nouveau baptistère de la paroisse St-Charles de Limoilou.

 

 

 

web Robert DEROME

Gérard Morisset (1898-1970)