
Textes mis en ligne le 20 février 2003, par Kawthar GRAR, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.
Art - Influence française 1946.07.20
Bibliographie de Jacques Robert, n° 115
L'Événement, 20 juillet 1946, p.2.
L'influence de l'art français sur le nôtre [Note 1. S.M. : cet article n'est pas écrit par Gérartd Morisset, il s'agit d'un interview par Jacques Monnier.]
M. Gérard Morisset, directeur des services provinciaux de l'enseignement du dessin et de l'inventaire des uvres d'art du Québec, diplôme de l'Ecole du Louvre (1934), membre de la Société Royale du Canada, nous parle de l'influence de la France sur nos arts. Cette influence fut toujours très grande.
- "Et quoi d'étonnant à cela? nous dit M. Morisset. Depuis quatre siècles, au point de vue artistique, le monde entier est à la remorque de la France".
"Nous possédons au pays, en plus grand nombre qu'on le croit communément, des uvres d'artistes de là-bas.
"L'orfèvrerie de notre ancienne mère-patrie nous a doté d'une multitude d'ouvrages d'argenterie, calices, flacons, timbales, tabatières, etc. On les trouve dans les institutions religieuses, les églises ou certaines familles. Les propriétaires en ignorent le plus souvent la vraie valeur. Des légendes s'attachent parfois à leur histoire Ainsi longtemps un de nos concitoyens crut posséder une aiguière ayant servi au marquis de Montcalm: car l'objet portait fort visiblement un signe de reconnaissance: une M surmontée d'une couronne. L'expertise révéla qu'il s'agissait du poinçon apposé par le fabricant parisien pour dater son uvre à la manière du XVIIIème siècle
"M. Louis Carrier, de Montréal, a en sa possession la collection d'argenterie la plus complète du Canada et peut-être des États-Unis. Ses 1,250 morceaux constituent un abrégé de l'histoire de l'orfèvrerie
"Les peintres français sont bien représentés au Canada. Leurs tableaux décorent monastères et maisons. La collection la plus typique à cet égard nous provient du pillage de Paris pendant la révolution. Elle fut rassemblée en 1803 par l'abbé Philippe Desjardins et vendue à Québec en 1817. Une partie des toiles a malheureusement péri dans différents incendies. Les autres ont été dispersées: elles restent remarquables par leur variété.
"Rares sont les sculptures françaises qui ont traversé l'Atlantique: cela s'explique par les difficultés du transport. Mais notre patrimoine compte des statues d'un Nemourien tel que Philippe Liébert, d'un Bordelais tel que Jacques Leblond, qui arrivèrent très jeunes ici. Ces deux immigrants nous apportèrent les formes du style Louis XIV.
"L'ascendant de la France s'est surtout exercé sur nos arts par l'intermédiaire de la jeunesse canadienne qui fréquenta les écoles parisiennes, et par les intellectuels qui, en tout temps, voyagèrent beaucoup d'un continent à l'autre, contrairement à l'opinion courante erronée.
"Il est curieux de noter que les styles nouveaux s'imposèrent à nos traditions avec un certain retard atteignant parfois vingt ans, et que le style Louis XV passa pratiquement inaperçu de nos ancêtres (Ne serait-ce pas à cause de son caractère mondain qui semble le destiner à la haute bourgeoisie?) - Le style Louis XIV qui règne au Canada jusqu'en 1790 environ, présentait cette particularité qu'il sentait un peu sa province; la naïveté de ses proportions, la simplicité de son ordonnance l'apparentaient au roman; mais cela était charmant ainsi. Il fut détrôné par le style Louis XVI, transplanté par Laurent Amyot qui apprit, de 1782 à 1787, l'orfèvrerie à Paris, et par François Baillargé qui avait étudié la sculpture dans cette capitale de 1779 à 1781.
"Comme l'artiste français, le canadien, remarque M. Morisset, montre une grande habileté et de l'initiative, il érige en dogme le souci du travail fini, il prend grand plaisir à ouvrer la matière. Cette dernière caractéristique est illustrée par le fait que proportionnellement le Québec produit beaucoup plus de sculpteurs sur bois, par exemple, que le reste de l'Amérique."
M. Gérard Morisset nous cite ensuite quelques chefs de file de l'art canadien d'aujourd'hui: l'architecte Cormier qui a fait les plans de l'Université de Montréal
"L'an dernier, je vous aurais mentionné le nom de M. Marcel Parizeau que nous avons eu le malheur de perdre en juillet 1945 Il nous a laissé des uvres originales, vraiment uniques. C'était un disciple de l'école française d'architecture, la première du monde."
M. Morisset nomme: pour la peinture Pellan, Borduas, Lemieux; pour la sculpture Marius Plamondon, René Thibault, Armand Filion; pour l'orfèvrerie, Gilles Beaugrand.
Et nous laissons M. Gérard Morisset à ses recherches historiques.
Le distingué critique d'art nous a déjà donné bon nombre de livres: "Coup d'il sur les arts en Nouvelle-France", "Peintres et tableaux", "François Ranvoyzé", "Philippe Liébert", "Evolution d'une pièce d'argenterie", "Les églises et le trésor de Varennes", "La vie et l'uvre du Frère Luc", "Le Cap-Santé, ses églises et son trésor". Son prochain volume traitera de "L'architecture en Nouvelle-France",
Jacques MONNIER.